‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 287 sur 551 · GENIE · texte numérisé non relu

GENIE

section mm iehe.

Génie, daimon; nous en avons déjà parlé à l'article Ange. Il u'est pas aisé de savoir au juste si les péris des Perses furent inventés avant les démons des Grecs; mais cela est fort probable.

Il se peut que les Ames des morts appelées ombres, maues, aient passé pour des daimons. Hercule dans Hésiode dit qu'un daimon lui ordonna ses travaux (a). 4 Le daimon ou démou de Socratc avait tant de réputation, qu'Apulée, l'auteur de l'Ane d'or, qui d'aib leurs était magicien de bonne foi, dit dans son traité sur ce génie de Socrate, qu'il faut être saus religion pour le nier. Vous voyei qu'Apulée raisonnait précisément comme frère Garasse et frère Berthicr. Tu ne crois pas ce que je crois, tu es donc sans religion? Et les jansénistes en ont dit autant à frère Berthicr, et le reste du monde n'en sait rien. Ces démons, dit le très -religieux et tres-ordurier Apulée, sont des puissances intermédiaires entre l'éthcr et notre basse région. Us vivent dans notre atmosphère, ils portent nos prières et nos mérites aux dieux. Ils en rapportent les secours et les bienfaits , comme des interprètes et des ambassadeurs. Cest par leur ministère , comme dit Platon, que s'opèrent les révélations, le* présages, les miracles des magiciens.

Ctrlcrùm tunt quteian* divin* médite poteetattt , inter u*m~ mum attkera, et infimes terrât, in itto intertitte aérit tpatio, par quai et daideria nottra et mérita ad deoe commeant. Ilot qrteco nomme clcmonat nuncupenl. Inter ttrricolat arlicolat* que vectoret, hinc pecum, indé donorum ; qui ullrù citroque portant, hinc petitiona indè tuppciias : ceu quidam ulriusque interprelei, et taiuliycri. Per hos eotdem, ut Plato in Sympeitio autumat, cuncta denuntiata , et maejorum varia miracuia, omnaque prauaqiorum 1

D'CTIONJNAIRE

Saint Augustin a daigné réfuter Apulée ; voici se* paroles :

4»« (<>) Nous ne pouvons non pins dire «pie les démons ne sont ni mortels, ni étemels; car tout ce qui a la vie, ou vit éternellement, ou perd par la mort la vie dont il est vivant; et Apulée a dit que, quant au temps , les démons sont éternels. Que resre-t-il donc, sinon que, les démons tenant le milieu, ils aient une chose des doux plus hantes et une chose des deux plus basses. Ils ne sont plos dans le milieu', et ils tombent dans l'une des deux extrémités; et, comme des deu* choses qui sont, soit de l'uno, soit de l'autre part, il ne se peut faire qu'ils n'en aient pas deux, selon que nous Pavons montré, pour tenir le milieu il faat qu'ils aient une chose de chacune; et, puisque Téternité ne leur peut venir des plus basées, ou elle ne se trouve pas, c'est la seule chose qu'ils ont des plus hautes; et ainsi, pour achever le milieu qui leur appartient, que peuvent-ik avoir des plus basses que la misère ? »

Cest puissamment raisonner.

Comme je n'ai jamais vu de génies, de démons, do péris, de Farfadets, soit bienfbnns, soit malfèsans, je n'en puis parler en connaissance de cause, et je m'en rapporte aux gens qui en ont vu.

Chci les Romains on ne se servait point du mot génitif pour exprimer, comme nous ferons, un rare talent; c'était hujcniuui. Nous employous îndifféremmeut le mot tjenic quand nous parlons du démon qui avait une ville de l'antiquité sous sa garde, ou d'un machiuistc, ou d'un musicien.

Ce terme de ij< nic semble devoir désigner, non pas indistinctement les grands talens, mais ceux dans lesquels il entre de l'invention. Cest surtout cette invention qui paraissait un don des dieux, cet ingfnium (/«.im' inijinitum, une espèce d'inspiratiou divine. Or un artiste, quelque parfait qu'il soit dans son genre, s'il n'a point d'invention, s'il u'est point original, n'est point réputé génie, il ne passera pour avoir été inspiré que par les artistes ses prédécesseurs, quand même il les surpasserait.

Il se peut que plusieurs personnes jouent mieux aux échecs que l'inventeur de oc jeu, et qu'ils lui gagnassent les grains de blé que le roi des Indes voulait lui donner. Mais cet inventeur était un génie; et ceux qui le gagneraient peuvent ne pas l'être. Le Poussin, déjà grand peintre avant d'avoir vu de bons tableaux , avait le génie de la peinture. Lulli , qui ne vit aucun bon musicien en France, avait le génie de la musique.

Lequel vaut le mieux de posséder sans maître Le génie de son art, on d'atteindre à li perfection en

imitant et en surpassant ses maîtres?

Si vous faites cette question nux artistes, ils seront peut-être partages : si vous la faites au public, il n'hésitera pas. Aimci-vous mieux une belle tapisserie des Gobelins qu'une tapisserie faite en Flandre dans les commcnccmcns de l'art? Préférci-vous les chefsd'œuvre modernes en estampes aux premières gra-

(b) Cité de de Gui

, Ihr. IX, ,

vurcsenboisllai airs qui ressemblaient au chant grégorien? l'artillerie d'aujourd'hui au génie qm inventa le* premiers eanons? tout le monde vous répondra : Oui. Tous les acheteurs vous diront : J'avjue que l'inventeur de In navette avait plus do géuie que le manufacturier qwt fait mon drap ; mais m*>n drap vaut mienx que celui

Enfin chacun avouera , pour peu qu'on ait de conscience, que nous respectons les génies qui ont ébauché les arts, et que les esprits qui les ont perfeelus à notre i

SECTION II

tftaTfcui Génie a été traité i nalre par des hommes qui en avaisnt. On donc dire que pmi de chose après eux.

Chaque ville, chaque homme avant en autrefois son génie, on n'imagina que ceux qui Misaient de» choses extraordinaires étaient inspirés par ce génie. Les neuf Muses étaient neuf génies qu'il fallait invoquer; c'est pourquoi Ovide (Fastes VI, 5.) dit

Est Deus in nobit, agitante cafoa'miu i/Io.

Il c»t on Dieu dam notu, c'ast lui qui nous anime.

Mus au fond ln génie est-il autre chose que le talent? qucsi-cc que le talent, sinon la disposition à réussir dans un art? pourquoi disons-nous le génie d'une langue? c'est que chaque langue par ses terminaisons, par ses articles, ses participes, ses mots plus ou moins longs, aura nécessairement des propriétés que d'antres langues n'auront pas. Le génie de

lion, parce que sa marche nécessairement simple et régulière ne généra jamais l'esprit. Le grec et le latin auront plus de variété. Nous i que nous ne pouvons dire h TftéopJiile a ] affaires de César » que de celte seule uauiere ; mais en grec et en latin on peut transporter les cinq mots qui composeront oette phrase en cent vingt façons différentes, sans géuerea rien lèsent.

Lo style lapidaire sera plus dans le génie de la langue latine que dans celui de la française et de l'allemande.

On appelle ffenie d'tuie nation le caractère, les mœurs, les talens principaux, les vices même, qoî distinguent un peuple d'un autre. Il Français , des Espagnols et des Anglai* pour cette différence.

Nous avons dit qne le génie particulier d'un homme dans les arts n'est autre chose que son talent : mais on ne donne ce nomqu'à un talent très-supérieur. Combien de gens ont eu quelque talent pour la poésie, pour la musique, pour la peinture? Cependant il serait ridicule do les appeler des génies. .

Le génie conduit par le goût ne fera jamais de faute grossière ; aussi Racine depuis Andromaquc, Le Poussin, Rameau n'en ont jamais fait.

Le génie sans goût en commettra d'énormes; mt ce qu'il y a de pis, c'est qu'il ne bis sentira pas.

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