‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 304 sur 551 · GRAVE, GRAVITE · texte numérisé non relu

GRAVE, GRAVITE

Gxave, au sens moral, tient toujours du physique; il exprime quelque chose de poids ; c'est pourquoi on dit: Un homme, un auteur, des maximes de poids; pour homme, auteur, maximes graves. Le grave est au

sérieux ce que le plaisant est à l'enjoué : il a un degré de plus , et ce degré est considérable. On peut être sérieux par humeur , et même faute d'idées. On est grave, ou par bieuscaucc, ou par l'importance des idées qui donnent de la gravité. 11 j a de la différence entre être grave et être un boramc grave. C'est un défaut d'être grave hors de propos. Celui qui est grave daus la société est rarement recherché. Un homme grave est celui qui s'est concilié de l'autorité plus par sa sagesse que par son maintien.

.... Pieiait gravent me mérita 11 /orti virum qutm.

(Vtaou.t4Soeid., cmit. I, ». i5i.)

L'air décent est nécessaire partout; mais l'air grave n'est convenable que dans le* fonctions d'un ministère important, dans un conseil. Quand la gravité u'est que dans le maintien, comme il arrive trèssou veut, on dit gravement des inepties : cette espèce de ridicule inspire de l'aversion. On ne pardonne pas à qui veut en imposer par cet air d'autorité et de suffisance.

Le duc de La Rochefoucauld a dit que m la gravité est un mystère du corps, inventé pour cacher les dé* fauts de l'esprit. » Sans examiner si cette expression, mystère du corps, est naturelle et juste, il suffît de remarquer que la réflexion est vraie pour tous ceux qui affectent de la gravité, mais non pour ceux qui ont dans 1 occasiou une gravité convenable à la place qu'ils tiennent, au lieu où Us sont, aux matières qu'on traite.

Un auteur grave est celui dont les opinions sont suivies dans les matières contenticuses ; on ne le dit pas d'un auteur qui a écrit sur des choses hors de doute. Il serait ridicule d'appeler Kuclidc, Arrhimède, des auteurs graves.

U y a de la gravité dans le style. Titc-Live, de Thou, ont écrit avec gravité : ou ne peut pas dire la m»1 nie chose de Tacite, qui a recherché la précision, et qui laisse voir de la malignité; encore moins du cardinal de Retz, qui met quelquefois dans ses écrits nnc gaieté déplacée , et qui s'écarte quelquefois des bienséances.

Le style grave évite les saillies, les plaisanteries : s'il s'élève quelquefois au sublime, si dans l'occasion il est louchant, il rentre bientôt dans cette sagesse , dans cette simplicité noble qui fait son caractère; il a de la force, mais peu de hardiesse. Sa plus grande difficulté est de n'être point monotoue.

Affaire grave , cas yave , se dit plutôt d'une criminelle que d'un procès civil. Maladie grave pose du danger.

Page 1