GREC
Observation sur Vanéantissement de la langue grecque à Marseille.
\L est bicu étrange qu'une colonie grecque ayant fondé Marseille, il ne reste presque aucun vestige de la langue grecque eu Provence, ni en Languedoc, ni en aucun pays de la France; car il ne faut pas compter pour grecs les termes qui ont été formés très-tard du latin , et que les Romains eux-mêmes avaient reçus des Grecs tant de siècles auparavant : nous ne les r.^us que de la seconde main. Nous n'avons
aucun droit de dire que uous avons quitté le mot de Got pour celui de Theos , plutôt que pour celui de Deus, dont nous avons fait Dieu par une terminaison barbare.
Il est évident que les Gaulois , ayant reçu la langue latine avec les lois romaines, et depuis, ayant encore reçu la religion chrétienne des mêmes Romains, ils prirent d'eux tous les mots qui concernaient cette religion. Ces mêmes Gaulois ne connurent que trèstard les mots grecs qui regardent la médecine, l'anatomie, la chirurgie.
Quand on aura retranché tous ces termes originairement grecs, qui he nous sont parvenus que par les Latins, et tous les mots d'anatomie et de médecine, connus si tard , il ne restera presque rien. N'est-il pas ridicule de faire venir abréger de Irak us plutôt que dabbreviare ; acier dViri plutôt que d'nWct ; acre d'rtoros plutôt que d'ager; aile d'i'/y, plutôt que d'.i/a ?
On a été jusqu'à dire qu'omelette vient d'ameilaton , parce que nie/i, en grec , signifie du miel , et oon signifie un oeuf. On a fait encore mieux dans le Jardin des racines grecques ; on y prétend que dîuer vient da difincin , qui signifie souper.
Si on veut s'en tenir aux expressions grecques que la colonie de Marseille put introduire dans les Gaules, indépendamment des Romains , la liste en sera courte :
Aboyer, peut-être de bautein.
Affre, affreux, d'afronos.
Agacer, peut-être d'an«r«in.
Alatiydxx cri militaire des Grecs.
Babiller, peut-être de babazo.
Balle, de ballo.
Bhs, de bnty*.
Blesser, de l'aoriste blapto.
Bouteille, de boiittis.
Bride , de bryter.
Brique, de brtjka.
Coin, de goulu.
Colère , de choie.
Colle, de cclla.
Couper, de copto.
Cuisse, peut-être ïischis.
Entraille , d'entera.
Ermite, d'eremo\.
Fier , do finros.
Gargariser, de gargarise*.
Idiot, d'idiotes.
Maraud, de miaros.
Moquer, de mokeuo.
Moustache, de mustar.
Orgueil , d'orge.
Page, de puis.
Siffler, peuî être de si((h\
Tuer, ihnciii.
Je m'étonne qu'il reste si peu de mois d une langue qu'où parlait à Marseille, du temps d' Auguste, dans touîe sa pureté; et je m'étonne surtout que la plupart des mots grecs conservés en Provence soicut des expressions de choses inutiles, tandis que les terme*
qui désignaient les choses nécessaires sont absolument perdus. Nous n'en avons pas un de coux qui exprimaient la terre , la mer, le ciel , le soleil , la lnne , les fleuves, les principales parties du corps humain; mou qui semblaient devoir se perpétuer d'Age en âge. il faut peut-être en attribuer ta cause aux Vf»igoths, aux Bourguignons, aux Francs, à l'horrible barbarie de tous les peuples qui dévastèrent Pemphrc romain, barbarie dont il reste encore tant de traces.