HAUTEUR
Grammaire, morale.
Si hautain est pris en mal , hauteur est tantôt une bonne, tantôt une mauvaise qualité, selon la place qu'on tient, l'occasion où l'on se trouve, et ceux avec qui l'on traite. Le plus bel exemple d'une hauteur noble et bien placée, est celui de Popilius, qui trace un cercle autour d'un puissant roi de Syrie, et lui dit : Vous ne sortirez pas de ce corcle sans satisfaire à la république ou sans attirer sa vengeance. Un particulier qui en userait ainsi serait un impudent. Popilius., qui représentait Rome, mettait toute la grandeur de Rome dans son procédé, et pouvait être un
D y a des hauteurs généreuses; et le lecteur dira que ce sont les plus estimables. Le duc d'Orléans , régent du royaume , pressé par M. Sum , envoyé de Pologne, de no point recevoir le roi Stanislas, lui répondit : Dites à votre maître que la France a toujours été l'asile des rois.
La hauteur avec laquelle Louis XIV traita queli, est d'un autre genre et :
On ne peut s'empêcher de remarquer ici ce que ht père Bouhours dit du ministre d'état Pomponc. a II avait uuc hauteur, une fermeté que rien ne fesaft ployer. » Ltaiis XIV, dans unMémoire de sa main (a),
dit, de c dignité.
On a souvent employé au pluriel le mot hauteur dans le style relevé, les hauteurs de l'esprit hunmin; et on dit dans le style simple, il a eu des Lautcurs, il s'est fait des ennemis par ses hauteurs.
Ceux qui ont approfondi le cœur humain en dirout davantage sur ce peut article.
HEMISTICHE.
Hémistiche, *>irr<»«r s. m. moitié de vers, demi vers, repos au milieu du vers. Cet article, qui para m d'abord une minutie, demande pourUuit touie l'attention do quiconque veut s'instruire. Ce repos a I « moitié d'un vers n'est proprement le partage que des vers aloxaudrins. La nécessité de couper toujours ce vers en deux parties égales, et la nécessité non moin* forte d'éviter la monotonie, d'observer ce repos et de le cacher, sont des chaînes qui rendent l'art d'autau plus précieux qu'il est plus difficile
Voici des vers techniques qu'on propose, quelque bibles qu'ils soient, pour montrer par quelle méthode on doit rompre cette monotonie que la loi de l'hémistiche semble entraîner avec elle.
Obiarvei l'hémistiche, et redoutes l'ennui
Qu'un repos uniforme attache auprès d« lui.
Que voire phrate heureuse, et clairrment rendue.
Soit tantôt léonine* et tantôt suspendu»;
Cest le secret de l'art. Imites ce* acceo*
Dont l'ailé Geliolte avait charmé no» aena.
Toujours harmonieux, et lihre aani Ikepce,
Il n'appesantit point ici sont et m cadence.
Salle\ dont Terpsichorc avait conduit les pas ,
Fit scutir la mrsurc , et ne la marqua pas.
Ceux qui n'ont point d'oreille uont qu'à consulter seulement les points et les virgules de ces vers ; ils verront qu'étant toujours partagés en deux parités égales, chacune de six syllabes, cependant la cadence y est toujours varice , la phrase y est con'enu* ou dans un demi-vers , ou dans un vers entier , on dans deux. On peut mémo ne compléter le sens nu ait bout de six vers ou de huit; et c'est ce mélange qui produit une harmonie dont ou est frappé , et dont peu de lecteurs voient la cause.
Plusieurs dictionnaires disent que l'hémistiche est la même chose que la césure, mais il y a une grande différence. L'hémistiche est toujours à la moitié du vers; la césure qui rompt le vers est partout où elle coupe la phrase.
Tiens , lè voila , marchons , il est a mus , vient , lîappe. Presque chaque mot est une césure dans ce vers.
Héla* ! quel est le prh de* vertu*? la souffrance.
La césure est ici à la neuvième syllabe. Dans les vers de cinq pieds ou de dix syllabes il n'y a point d'hémistiche , quoi qu'en disent tant de
(a) On trouve ce mémoire dons le Siècfc de terne U (XXII de I* coûeetion).
XIT,
dictionnaires; il n'y a nie des césures, on ne peut couper ces vers en deux parties égales de deux pieds et demi.
Ainsi partagea — bottaw et mal faits , -
On en voulut faire autrefois de cette espèce, dans le temps qu'on cherchait l'harmonie qu'on n'a que très -difficilement trouvée. On prétendait imiter les vers pentamètres latins, les sculi qui ont en effet naturellement cet hémistiche : mais on ne songeait pas que les vers pentamètres étaient variés par les spoudées cl par les dactyles , que leurs hémistiches pouvaient contenir ou cinq, ou six, ou sept syllabes. Ce genre de vers français , au contraire , ne pouvant jamais avoir que des hémistiches de cinq syllabes égales, et ces deux mesures étant trop courtes et trop rapprochées , il en résultait nécessairement cette uniformité ennuyeuse qu'on ne peut rompre comme dans les vers alexandrins. De plus , le vers pentamètre latiu, venant après un hexamètre, produisait une variété qui nous manque.
Ces vers de cinq pieds à deux hémistiches égaux pourraient se souffrir dans des chansons; ce fut pour la musique que Sapbo les inventa chez les Grecs et qu'Horace les imita Quelquefois , lorsque le chaut était joint à la poésie, selon sa première institution. On pourrait parmi nous introduire dans le chant cette mesure qui approche de la saphique.
L'Amour est un diru — que U terre a dote, Il fait m» tourmeiu — il mit la» guérir : Dans un doux repos — heureux «mi l'ignare , Plu» heureux cent fois — qui peut le servir.
Mais ces vers ne pourraient être tolérés dans des ouvrages de longue haleine, à cause de la cadence uniforme. Les vers de dix syllabes ordinaires sont d'une autre mesure ; la césure sans hémistiche est presque toujours à la fin du second pied, de sorte que le vers est souvent en deux mesures , l'une de quatre, l'autre de six syllabes. Mais on lui donne aussi souvent une autre place, tant la variété est nécessaire.
Languissant, faible, et courbé tous les maux. J'ai consuma mes jours dans les traraut. Quel fut le prix de tant de soins ? leu»ie ; ? on souille unpui empoisonna m* vie.
Au premier vers, la césure est après le mot faible . ai >.ccond après foun; au troisième elle est encore (Mi. loin, après îw'/w,- au quatrième elle est après
i(t; pur. '
i 'ans les vers de huit syllabes il n'y a ni hémistiche
ni . -SUIT.
Ijoui tic nous ce discours fotgair*.
V*c la nature degémV,
Que tout passe ef que tout finit.
La nature est inépuisable,
lit le travail inr.nigahle
Kst un dieu qui la rajeunit.
Au premier vers s'il y avait une césure, clic serait à la sixième syllabe, pu<n , ou plutôt à la quatrième if . qui est confondue avec la troisième j«v; mais eu effet U n'y a point là de césure. L'harmonie des vers
de cette mesute consiste dans le choix heureux des mots et dans les rimes croisées; faible mérite sans les pensées et les images.
Les Grecs et les Latins n'avaient point d'hémistiches dans leurs vers hexamètres. Les Italiens n'eu ont dans aucune de leurs poésies.
Le donc, i eavalur, rtrme, 5(1 amort ,
Le cor leste, foudari impre*» 10 canto
Che (ura al tempo ckt fauta i Ma i
D'A fric* il mare, 4 in Franeia nocyuer tanlo, etc.
( AaiosTi , cent, I , st. 1 . )
Ces vers sont comptés d'onze syllabes, et le génie cde la langue italienne l'exige. S'il y avait un hémistiche, il faudrait qu'il tombât au deuxième pied et trois quarts.
La poésie anglaise est dans le mémo cas. Les grands vers anglais sont de dix syllabes; ils n'onl poiut d'hémistiches, mais ils ont des césures roar quées.
Ai tropinaten — not far from Catabridye, ttooi
A erou , a plcaiinoj arum — a briAgt of tvood
Near if a m'M — in low and plathy grouni,
Whert corn fur ail tht ntighowing parts — wos/ôund
Les césures différentes de ces vers sont désignées par les tirets.
Au reste, il est inutile du dire que ces vers sont le commencement de l'ancien coûte italien du Berceau, traité depuis par la Fontaine. Mais ce qui est utile pour les amateurs, c'est de savoir que non-seulement les Anglais et les italiens sont affranchis de la gène de 1 hémistiche, mais cucorc qu'ils *« ocrmetlent tous les kiatus qui choquent nos oreilles; et qu'à ce* libertés ils ajoutent celle d'allonger et d'ac courcir les mots selon le besoin , d'en changer la terminaison, de leur ôter des lettres; qu'enfin dans leurs pièces dramatiques et dans quelques poèmes, ils ont secoué le joug de la rime. De sorte qu'il est plus aisé de faire cent vers italiens et anglais passables que dix fiançais, à génie égal.
Les vers allemands ont un hémistiche, les Espagnols n'en ont point. Tel est le génie différant des langues, dépendant en fraude partie de celui de* nations. Ce géutc qui consiste daus la construction des phrases, dans les termes plus ou moins longs, dans la facilité des inversions, dans les verbes auxiliaires, dans le plus ou -uoins d'articles, dans le mélange plus ou moins heureux des voyelles et des consonues; ce génie, dis-jc, détermine toutes les différences qui se trouvent dans la poésie de toutes les nations. L'hémistiche tient é\ idouimeut à ce génie des langues.
C'est bieu peu do chose qu'un hémistiche. Ce mot semblait à peine mériter un article, cependaut on a été forcé de s'y arrêter un peu. Rieu n'est n mépriser daus les arts; les moindres règles sont quelquefois d'un très-grand détail. Celte observation sert a justifier l'immensité de ce Dictionnaire, et doit inspirer de la reconuaissaticc, par les peines prodigieuses de ceux qui ont entrepris uu ouvrage lequel doit rejeter, à la vérité, toute déclamation, tout paradoxe, toute opinion hasardée, mais qui exige que tout soit approfondi.
♦ HlRÊSlE.
SICTIOlt FlEHtÈtE
Mot grec qui signifie croyance, opinion Je choix. Il n'est pat trop à l'houneur de la raison humaine qu'on se soit haï, persécuté, massacré , brûlé pour des opinions choisies; mais ce qui est encore fort peu à notre honneur, c'est que cette manie nous ait été particulière comme la lèpre l'était aux Hébreux, et jadis la vérole aux Caraibes.
!\ous savons bien, tbèulogiquement parlaut, que l'hérésie étant devenue un crime, ainsi que le mot une injure j nous savons, dis-jc, que l'église latine pouvant seule avoir rabon, elle a été en droit de réprouver tous ceux qui étaient d'une opinion différente de la sienne.
D'un autre côté l'église grecque avait le même droit (.') ; aussi réprouva-t-cllc les Romains quand ils curent choisi une auirc opinion que les Grecs sur la procession du Saint-Esprit, su- les viandes de carême, sur l'autorité du pape, etc., etc.
Mais sur quel fondement parvint -ou enfin à kire bnilcr, quand on fut le plus fort, ceux qui avaient des opinions de choix 7 Ils étaient sans doute criminels devant Dieu, puisqu'ils étaient opiniâtres. Ils devaient donc, comme on n'en doute pas, être brûlés pendant toute l'éternité dans l'autre monde. Mais pourquoi les briller à petit feu dans celui-ci? Us représentaient que c'était entreprendre sur la justice de Dieu; que t e supplice était li eu dur de la part d<:.< hommes; que de plus il était inutile, puisqu'une beurc de souffrance ajoutée à l'éternité est comme zéro.
Les âmes pieuses répondaient à ces reproches que rien n'était plus juste que de placer sur des brasiers aiilcns quiconque avait une opinion c/toi\ie ; que c'était se conformer à Dieu que de faire brûler ceux qu'il devait brûler lui-même; et qu'enfin puisqu'un bOchcr d'une heure ou Jeux est zéro par rapport à lï'crnité, il importait très-peu qu'on brûlât cinq ou six pro\ inces pour des epinions de choix , pour des hérésies.
Ou demande aujourd'hui chez quels anthropophages ces questions furent agitées, et leurs solutions prouvées par les faits? nous sommes forcés d'avouer que ce fut chez nous-mêmes, dans les mêmes villes où l'on uc s'occupe que d'opéras, de comédies, de bals, de modes et d'amour.
Malheureusement ce fut nn tyran qui introduisit la méthode de faire mourir les hérétiques ; nou pas un de ces tyrans équivoques qui sont regardés comme des saints dans un parti , et comme des monstres dans l'autre : c'était un Maxime , compétiteur de Théodose 1 , tyran avéré par l'empire entier dans la rigueur du mot.
Il 6t périr à Trêves, par la main des bourreaux , l'Espagnol Priscillieu et ses adhérens, dont les opinions furent jugées erronées par quelques évéques d'Espague (6). Ces prélats sollicitèrent le supplice
(M Histoire de H'glW, quatrième siècle.
(a) Voyet, i l'article CoaciU, le* conciles deConstantiiv>[>Le.
des ptolflknistes «fed «fié charité" si ardente que Maxime ne {Mit rcur rien refuser. Il ne tint pas mémo i eux qu'on ne fit foapVr le cou à saint Martin comme à un hérétique. Il fut bien heureux de sortir de Trêves, et de s'en retourner à Tours.
Il ne faut qu'un exemple pour établir un usage. Le premier qui chez les Scythes fouilla dans la cervelle de son ennemi, et fit une coupe de son crâne, fut suivi par tout ce qu'il y avait de plus illustre ebez les Scythes. Ainsi fut consacrée la coutume d'employer des bourreaux pour couper des opinion*.
On ne vit jamais d'hérésie chez les anciennes religions, parce qu'elles ne connurent que la morale et le culte. Dès que la métaphysique fut un peu liée au christianisme, on disputa, et de la dispute naquirent dift'érens partis comme dans les écoles de philosophie. Il était impossible que cette métaphysique ne mêlât pas ses incertitudes à la foi qu'on devait à Jésus-Christ. 11 n'avait rien écrit, et son incarnation était un problème que les nouveaux chrétiens, qui n'étaient pas inspirés par lui-même, résolvaient de plusieurs manières différentes. « Chacun prenait parti, comme dit expressément saint Faul (<); les nns étaient pour Apollos, les autres pour Céphas. »•
Les chrétiens eu général s'appelèrent long-temps nazaréens ; et même les gentils ne leur donnèrent guère d'autre nom dans les deux premiers siècles. Mais il y eut bientôt une école particulière de nazaréens qui crurcut un évangile différent des quatre canoniques. On a même prétendu que cet évangile ne différait que très-peu de celui de saint Matthieu, et lui était antérieur. Saint Epipbane et saint Jérôme placent les nazaréens dans le berceau du christianisme;
Ceux qui se crurent plus savans que les autres prirent le titre de gnostiques, les connu iiseurs ; et ce nom fut long-temps si honorable que saint Clément d'Alexandrie, dans ses Stromatcs (ri), appelle toujours les bons chrétiens, vrais gnostiques. « Heureux ceux qui sont entrés dans la sainteté gnostique ! Celui qui mérite le nom de gnostique (e) résiste aux séducteurs, et donne à quiconque demande. »
Les cinquième et sixième livres des Stromatcs uc roulent que sur la perfection du gnostique.
Les ébionites étaient incontestablement du temps des apôtres, ce nom, qui signifie pauvre , leur rendait chère la pauvreté dans laquelle Jésus était né (/).
Cérinthe était aussi ancien (y) ; on lui attribuait l'Apocalypse de saint Jean. On croit même que saint Paul et lui curent de violentes disputes.
Il semble à notre faible entendement quo l'on dc-
(d) Liv. I, b" 7. — (e) Li». IV, n° 4.
{/") Il parait peu vraisemblable que le» outre* cbicticn le» aient appelé* cbionila, pour faire rmcndie qu'il» t't;ii<nl fu'i vrtÊ d'entendement. On pnarnd qu'il»' croyaient Jrau» îïl- Joseph.
(j) Cérinthe et le» lient disaient que Jvm» tx cuit devenu ChrUl qu'après ton Iwptêinc. Cérinthe fut le premier auteur d« la doctrine du règne de mille im . qui fut enilraSK"' par tant dpire» da l'église.
(e) I. «ox Corim biens, euap, I , t. 1 1 et t a.
«14 D1CTK
Tait attendre des premiers disciples une déclara tien solennelle ,. une profession de loi complète et inaltérable , qui terminât toutes les querelles passes», et qui prévînt toutes les querelles futures; Dieu ne le permit pas. Le Symbole, nommé des apôtres, qui est court, et où ue se trouvent ni la consubstantialiié, ni lt mot triitité, ni les sept sacremens, ne parut que du temps de saint Jérôme, de saint Augustin, et du célèbre prêtre d'Aquiléc Rufin. Ce fut, dit-on, ce saint prêtre, ennemi de saint Jérôme, qui le rédigea* Les hérésies avaient eu le temps de se multiplier; on en comptait plus de ciuquante dès le cinquième siècle*
Sans oser scruter les voies de la Providence , impénétrables à l'esprit humain, et consultant autant qu'il est permis les lueurs de notre faible raison , U semble que de tant d'opinions sur tant d'articles il j en eut toujours quelqu'une qui devait prévaloir. Celle-là était l'orthodoxe , droit d'enseignement. Les autres sociétés se disaient bien orthodoxes aussi; mais, étant les plus faibles, on ne leur donna que le nom i'héretiques.
Lorsque dans la suite des temps l'église chrétienne orientale , mère de l'église d'occident , eut rompu sans retour avec sa fille , chacune resta souveraine chez elle , et chacune eut ses hérésies particulières, nées de l'opinion dominante.
Les barbares du nord étant nouvellement chrétiens, ne purent avoir les mêmes sentimens que les contrées méridionales, parce qu'ils ne purent adopter les mêmes usages. Par exemple, Us ne purent de long-temps adorer les images, puisqu'ils n'avaient ni peintres, ni sculpteurs. 11 était bien dangereux de baptiser un enfant en hiver dans le Danube, dans Je Wéser, dans l'Elbe.
Ce n'était pas une chose aisée pour les habitans dos bords de la mer Baltique, de savoir précisément les opinions du Milanais et de la Marche d Ancône. Les peuples du midi et do nord de l'Europe eurent donc des opinions choisies, différentes les ânes des autres. Cest, ce me semble, le raison pour laquelle Claude, L-vêqae de Turin , conserva dans le neuvième siècle tous les usages et tous les dogmes reçus au huitième et au septième depuis le pays des Allobroges jusqn'.i l'Elbe et au Danube.
Ces dogmes et ces usages se perpétuèrent dans les vallées et dans les creux des montagnes, et vers les bords du Rhône chez des peuples ignorés , que la déprédation générale laissait en paix dans leur retraite et dans leur pauvreté , jasqu'à ce qn'enfin ils parurent sous le nom de Vaudois au douzième siècle , et sous celui d'Albigeois au treizième. On sait comme leurs opinions choisies furent traitées, comme on prêcha contre eux des croisades, quel carnage on en fit, et comment depuis ce temps jusqu'à nos jours il n'y eut pas une année de douceur et de tolérance dans l'Europe.
Cest un grand mal d'être hérétique, maïs est-ce un grand bien que de soutenir l'orthodoxie par des soldats et par des bourreaux? ne vaudrait- il pas mieux que chacun mangeât son pain en paix à l'om-
bre de son figuier 2 Je ne fais cette proposition qu'en tremblant.
ssctiuh tu Dê VejcHtpmixm its hérésies.
Il faut ce me semble, distinguer dans une hérésie ropinion et la faction. Dès les premiers temps dn christianisme les opinions furent partagées, comme nous l'avons vu. Les chrétien: d'Alexandrie ne pensaient pas sur plusieurs points comme ceux d'Antiochc. Les Achaîens étaient opposés aux Asiatiques. Cette diversité a duré dans tous les temps et durera vraisemblablement toujours. Jésus- Christ, qui pouvait réunir tous ses fidèies dans le même sentiment, ne l'a pas fait ; il est donc à présumer qu'il ne l'a pas voulu , et que son dessein était d'exercer toutes ses églises à l'indulgence et à la charité, en leur permettant des systèmes différons, qui tous se réunissaient à le reconnaître pour leur chef et leur maître. Toutes ces sectes long- temps tolérées par les empereurs, ou cachées à leurs yeux, ne pouvaient se persécuter et se proscrire les unes les autres, puisqu'elles étaient également soumises aux magistrats romains; elles ne pouvaient que disputer. Quand lea magistrats les poursuivirent, elles réclamèrent toutes également le droit de la nature; elles dirent : Laisscanous adorer Dieu en paix ; ne nous ravisses pas la liberté que vous accordes aux Juifs.
Toutes les sectes aujourd'hui peuvent tenir le même discours à ceux qui les oppriment. Elles peuvent dire aux peuples qui ont donné des privilège* aux Juifs : Traitez- nous comme vous traites ces enfans de Jacob; laissez- nous prier Dieu comme eux selon notre conscience. Notre opinion oc fait pas plus de tort à votre état que n'en fait le judaïsme. Vous tolérez les ennemis de Jésus- Christ, toléreznous donc nous qui adorons Jésus-Christ, et qui ne différons de vous que sur des subtilités de théologie ; ne vous privez pas vous-mêmes do sujets utilos. Il vous importe qu'ils travaillent à vos manufactures, à votre marine, à la culture de vos terres; et il ne von» importe point qu'ils aient quelques autres articles de foi que vous. C'est de leurs bras que vous avez besoin, et non de leur catéchisme.
La faction est une chose toute différente. Il arrive toujours, et nécessairement, qu'une secte persécutée dégénère en faction. Les opprimés se réunissent et s'encouragent. Ils ont plus d'industrie pour fortifier leur parti que la secte dominante n'en a pour l'exterminer. Il faut ou qu'ils soient écrasés, ou qu'ils écrasent. C'est ce qui arriva après la persécution excitée en 3o3 par le césar Galrrius, les deux dernières années de l'empire de Dioclétien. Les chrétiens, ayant été favorisés par Dioclétien pendant dix -huit années entières, étaient devenus trop nombreux et trop riches pour être exterminés. Ils se donnèrent* Constance Chlore, ils combattirent pour Constantin son fils, et il y eut une révolution entière daas l'empire.
On peut comparer les petites choses anx grandes quand c'est le même esprit qui les dirige. Uncpereilln Il révolution est arrivée en Hollande, en Ecosse, en
d'Espagne les Juifs qui y étaient établis, noa-seulc- 1 ornent avant la maison régnante, mais avant les Maures ot ks Goths, et même avant les Carthaginois,
avaient été aussi guerriers que rie pu s'entendre avec les Arabes.
En un mot, jamais secte n'a changé le geuve ment que quand le désespoir lui a fourni des i raies. Mahomet lui-même n'a réussi que pour avoir été chassé de la Mecque, et parce qu'on y avait mis sa tfite à prix.
Youlczrvous donc empêcher qu'une secte ne bouleverse un état, naac de tolérance; imitez la sage conduite que tiennent aujourd'hui l'Allemagne, l'Angleterre, la Hollande, le Danemareh, ta tassie. Il n'y a d'autre parti a prendre en politique avec une secte nouvelle, que de faire aaosuir «ans pitié les chefs et les adhéreus, hommes, femmes, enfons, sans eu excepter un seul -, ou de les tolérer quand la secte est nombreuse. Le prenitor parti est d'un monstre , le second est d'un sage.
Enchaîner à l'état tous hw> sujets de l'état par leur intérêt; que le quaker ot le Turc trouvent leur avantage a vivre sous vos lois. La religion est de Dieu à »; k loi civile est de vous à vos peupla*.
Oa ne peut que regretter la parte d'une relation que Stratégies écrivit sur le* hérésies par ordre de Constantin. Ammieu Marcalliu (a) uous apprend que
des sectes, et ne trouvant personne qui fut propre à lui donner là -dessus de juste* éclaircissement, il en chargea aet officier, qui s'en acquitta si bien que Constantin voulut qu'on lai donnât depuis le nom de Musoniaaus. M. de Valois, dans ses noie* sur Ammien, observe que Slraiwgins, qui fut fait préfet d'orient, avait autant de savoir et d'éloquence que de modération et de douceur; c'est au moins l'éloge qu'en a fait Libanius.
Le choix. que cet empereur fil d'un laïque prouve qu'aucun ecclésiastique d'alors n'avait lés qualités essentielles pour uue tache si délicate. En cifet, saint Augustin ( i») remarque qu'un évéque de Bresse nommé Philaslrius, dont 1 ouvrage se trouve dans la bibliothèque des pères, ayant ramassé jusqu'aux hérésie* qui ont paru çhex les Juifs avant Jésus-Christ , en compte vingt-huit. do colle*-!», cl ceut-viugt-huit depuis Jésus -Christ; aulieuquc saint Foiphanc, en y eompreuaut les. unes et les autres , n'eu trouve que quatre-vingts. La raison quesajat Augustin donne de cette différence, cest.quu eu qui,parail bcnisiQ a 1 un nu le parait, pas « l'autre. tlusHcepèrc diulnux utaniabveus (*.) ; PiousiMiusgarduos bien du «.ou* traiter avec rigueur, news Laissons cette conduite à ceux qui ne savent pas quelle peine il fout pour trouver la vérité, et combien il est difficile de se garantir des
(a) Uv. XV,ch*p.XtIL
{b, Leur* CCXXU >clt«p,UMlU
cette conduite à ceux qui ne soupirs et quels gémissemens il faut pour acquérir quelque petite connaissance de la nature divine. Pour moi, je dois vous supporter comme on m'a supporté autrefois, et user envers vous de la même .tolérance dont ou usait envers moi lorsque j'étais dans l'égarement.
Cependant si l'on se rappelle les imputations infâmes dont nous avons dit un mot à l'article Généàlo tiit, et les abominations dont ce père accusait les manichéens dans la célébration de leurs mystères, comme nous le verrons à l'article Zele, on se convaincra que la tolérance ne fut jamais la vertu du clergé. Nous avons déjà vu, à l'article CvmiU r quelles séditions furent excitées par les ecclésiastiques à l'occasion de l'arianismc. Eus-jbc nous apprend (d) qu'il y eut des eudroits où Ion renversa les statues de Constantin , parce qu'il voulait qu'on supportât les ariens; et Soiomènc (e) dit qu'à la mort d'Euscbc de Nicomédic, l'arien Macédontus, disputant le siège de Conslautiooplc à Paul catholique, Je trouble et la confusion devinrent si grands dan* l'église de laquelle ils voulaient se chasser réciproquement, que les soldats, croyant que le peuple se soulevait , le chargèrent ; on se battit , et plus de trois mille personnes furent tuées à coups dVpée ou étouffées. Macédonius monta sur le trône épiscopal , s'empara bientôt de toutes les églises, et persécuta cruellement les novatiens et les catholiques. C'est pour se venger de ces derniers qu'il nia la divinité du Saint- Esprit, comme U reconnut la divinité du Verbe, niée par les ariens, pour braver leur protecteur Constance, qui l'avait déposé.
Le même historien ajoute (fy qu'à la mort d 'Albanais, les ariens, appuyés par Valons, arrêtèrent, mirent aux fers et furent mourir ceux qui restaient attachés à Pierre, qu'Athanasc avait désigne son sue* cesseur. On était dans Alexandrie comme dans une ville prise d'assaut. Les ariens s'emparèrent bientôt des églises, et l'on donna à l'évéque installé par les ariens le pouvoir de bannir de l'Egypte tous ceux qui resteraient attachés à la foi de Nicée.
Nous lisons, dans Socralc («/), qu'après la mort de Sisinnius l'église de Conslautinoplc se divisa cucorc sur le choix, de son successeur, et Théodose le Jeune mit sur le siège patriarcal le fougueux Ncslorius. Dans son premier sermon il dit à l'empereur : Donnoi-moi la terre purgée d'h<'retiqucs, et je vous donnerai le ciel; secondez-moi pour exterminer les licn'iiqucs, et je vous promets un secours efficace contre les Perses. Ensuite il chassa les ariens de la capiialo , arma le peuple contre eux , abattit leurs éjj'ises, cl obtint de l'empereur des t'dits rigoureux pour achever de les exterminer. Il se servit ensuite de m>ii cridit pour foire arrêter, emprisonner et fouo'.tcr los principaux du peuple qui Vivaient interrompu au
(0 Vse de Constantin, lir. V I, thtp. XX, (g) Liv. VU.eUp. XXIX.
(il) Vk de flcnM liv. lit, cl ,.p. IV. M M.,l>.l\\c!:»r. \xi.
&î6 Dien
milieu d'un antre discours dans lequel il prêchait sa même doctrine, qui fut bientôt condamnée au concile d'Ephèse.
Pbotius rapporte (A) que , lorsque le prêtre arrivait à l'autel , c'était un usage dans l'église de Constantinoplc que le peuple chantât : Dieu saint, Dieu fort, Dieu immortel, et c'est ce qu'on nommait le triwgion. Pierre le Fou on y avait ajouté ce* mots : « Qui avez été crucifié pour nous , ayez pitié de nous. » Les catholiques crurent que cette addition contenait l'erreur des culychiens théopachistes , qui prétendaient que la divinité avait souffert; ils chantaient cependant le tri<.a.]ion avec l'addition , pour ne pas irriter l'empereur Anastasc , qui venait de déposer un autre Maccdonius, et de mettre à sa place Timothée, par l'ordre duquel on chantait cette addition. Mais un jour des moines entrèrent dans l'église, et au lieu de cette addition, chantèrent un verset de psaume; le peuple s'écria aussitôt : I es orthodoxe* sont venus bien ii firofios. Tous les partisans du concile de Chai* ci'doinc chantèrent avec les moines le verset du psaume, les cîllychicns le trouvèrent mauvais; on interrompt l'ofiice, on se bat dans l'église, le peuple sort , s'arme , porte dans la ville le carnage et le feu, et ne s'apaise qu'après avoir fait périr plus de dix mille hommes ((').
La puissance impériale établit enfin dans tout» l'Egypte l'autorité de ce concile de Chalcédoinc; mais plus de cent mille Égyptiens, massacrés dans différentes occasions pour avoir refusé de reconnaître ce concile, avaient porté dans le cœur de tous les Égyptiens une haine implacable contre les empereurs. Une partie des ennemis du concile se retira dans la haute Egypte, d'autres sortirent des terres de l'empire, et passèrent en Afrique et chez les Arabes où toutes les religions étaient tolérées (A).
Nous avons déjà dit que, sous le régne d'Irène, le culte des images fut rétabli et confirmé parle second concile de Nicée. Léon l'Arménien, Michel le Bègue et Théophile n'oublièrent rien pour l'abolir; et cette contestation causa encore du trouble dans l'empire de Constantinople, jusqu'au règne de l'impératrice Théodora, qui douna au second corcile de Nicée force de loi, éteignit le parti des iconoclastes, et employa toute son autorité contre les manichéers. Elle envoya dans tout l'empire ordre de les rechercher et de faire mourir tous ceux qui ne se convertiraient pas. Plus do cent mille périrent par différons genres de supplices (*). Quatre mille échappés aux recherches et aux supplices se sauvèrent chez les Sarrasins, s'unirent à eux, ravagèrent les terres de l'empire, se bâtirent des places fortes où les roanieLëeus, que la crainte des supplices avait tenus cachés, se réfugitrent et formèrent une puissance formidable par leur nombre et par leur haine contre les empereurs et les catholiques. On les vit plusieurs (bis ravager le*
(It) Hutnirc de» patriitrrlies d'Alexandrie, ptge 164. (') Voyes l'article IiQtjumo*.
(*) Bibliothèque, cohier CCXXtL
(i) Eragr», Vie t!è Throdoie, liv. III . ch. XXXIT1 cl XLTft
terres dcTempire, et tailler ces armées en pièces (/).
Nous abrégeons les détails de ces massa créa; ceux d'Irlande, où plus de cent cinquante mille hérétiqget furent exterminés en quatre ans (m), ceux des vallées de Piémont, ceux dont nous parleront à l'article inquisitiom, enfin la Saint-fiarthélemi, signalèrent en occident le même esprit d'intolérance contre lequel > on n'a rien de plus sensé que ce que l'on trouve dan; les ouvrages de Salvien.
Voici comment s'exprime, sur let sectateurs d'une des premières hérésies, ce digne prêtre de Marseille qu'on surnomma le maître des évêqnes, et qui déplorait avec tant de douleur hs déréglemens de son temps, qu'on l'appela le Jérémie du cinquième siècle. « Les ariens, dit-il («), sont hérétiques, mais ils ne le savent pas; ils sont hérétiques chez nous, mais ils ne le sont pas chez eux , car ils se croient si bien catholiques, qu'ils nous traitent nous-mêmes d'hérétiques. Nous sommes persuadés qu'Us ont une pensée injurieuse à la génération divine, en ce qu'ils disent que le fils est moindre que le père, lis croient eux que nous avons une opinion injurieuse pour le père', parce que nous fesons le père et le 61s égaiw : la vérité est de notre côté, mais ils croient l'avoir en leur faveur. Nous rendons à Dieu l'honneur qui lui est dû, mais ils prétendent aussi le lui rendre dans leur manière de penser. Ils ne s'acquittent pas de leur devoir; mais dans le point même où ils manquent ils font consister le plus grand devoir de la religion. Ils sont impies, mais dans cela même ils croient suivre la véritable piété. Ils se trompent donc, mais par unprincipe d'amour envers Dfcu; et, quoiqu'ils n'aient pas la vraie foi, ils regardent celle qu'ils ont embrassée comme le parfait amour de Dieu.
« Il n'y a que le souverain juge de l'univers qui sache comment ils seront punis de leurs erreurs au jour du jugement. Cependant il les jupportc patiemment, parce qu'il voit que, s'ils sont dans l'erreur, ils erreut par un mouvement de piété. »
HERMÈS, ou ERMES, oc MERCURE TRISME- GISTE, ou THAUT, ouTAUT, ouTHOT.
On néglige cet ancien livre de Mercure Trismégistc, et on peut n'avoir pas tort. Il a paru a des philosophes un sublime galimatias; et c'est peut-être pour cette raison qu'on l'a cru l'ouvrage dVn grand platonicien.
Toutefois, dans ce chaos tbéologique, que de choses propres à étonner et i soumettre l'esprit humain ! Dieu dont la triple essence est sagesse, puissance et bonté; Dieu formant le monde par sa pensée, par son verbe; Dieu créant des dieux subalternes; Dieu ordonnant à ces dieux de diriger les orbes célestes, et de présider au monde; le soleil Bis de Dieu; l'homme image de Dieu par la pensée; la lumière principal ouvrage de Dieu, essence divine : toutea ces grandes et vives images éblouissent l'imaginatiau subjuguée.
(1) Ilupin , Bïbliothbjue , n«iTienie rièele.
(m) Bibliothèque angUiae, Uv. n,paa* 3o3. i )
(n) Liv. V, du tiemenKment de Dieu , ch.fr II.
PHILOS
1 II teste à savoir si ce livre aussi célèbre que pe» Il , fut l'Ouvrage d'un Grec ou d'an Egyptien.
Saint Augustin ne balance pas a croire que le livre est' d'Un Égyptien (a), qui prétendait être descendu de l'ancien Mercure, de cet ancien Thaut, premier législateur de l'Egypte.
Il est vrai que saint Augustin ne savait pas plus l'égyptien que le grec; nais il faut bien que de son temps on ne doutât pas que l'Hermès dont nous avons la théologie , ne fut un sage de l'Egypte, antérieur probablement an temps d'Alexandre, et l'un des prêtres que Platon alla consulter.
11 m'a toujours paru que la théologie de Platon ne ressemblait en rien à celle des autres Grecs, si ce n'est à celle de Timée qui avait voyagé en Egypte ainsi que Pythagore.
L'Hermès Trismégiste que nous avons est écrit dans un grec barbare, assujetti continuellement! une marche étrangère. Ccst une preuve qu'il u'est qu'une traduction dans laquelle on a plus suivi les paroles que le sens.
Joseph Sealiger, qui aida le seigueur de Candalc, évéque d'Aire à traduire IHermès ou Mercure Trismégiste, ne doute pas que l'original ne fat égyptien.
Ajoutez à ces raisons qu'il n'est pas vraiscmhlahle qu'un Grec eût adresse* si souvent la parole « Thaut. H n'est guère dans la nature qu'on parle avec tant d'effusion de coeur à un étranger; du moins on n'en voit aucun exemple dans l'antiquité.
L'Esculapc égyptien qu'on fait parler dans ce livre, et qui peut-Être en est l'auteur, écrit au roi d'Egypte Ammon (fc) : « Gardez- vous bien de souffrir que les Grecs traduisent les livres de notre Mercure, de notre Tliaut , parce qu'ils le défigureraient. » Certainement un Grec n'aurait point parlé ainsi.
Toutes les vraisemblances sont donc que rc fameux livre est égyptien.
Il y a uue autre réflexion n faire, c'est que les ' systèmes d'Hermès et de Platon conspiraient également à s'entendre chez les écoles juives dès le temps des Ptolomccs. Cette doctrine y fit bientôt de trèsgrands progrès. Vous la voyez étalée tout entière chez le Juif Philon, homme savant à la mode de ces temps-là.
Il copie des passages entiers de Mercure Trismégiste dans son chapitre de la formation du monde. « Premièrement, dit-il, Dieu fit le monde intelligible, le ciel incorporel, et la terre invisible; après cela il créa l'essence incorporelle de l'eau et de l'esprit, et enfin l'essence de la lumière incorporelle, patron du soleil et de tous les astres, i»
Telle est la doctrine d*Hcrmès toute pure. 11 ajoute « que le verbe ou la pensée invisible et iutcllcctnclle est l'image de Dieu. »
Voici la création du monde par le verbe, par la pensée, par le logo*, bien nettement exprimée.
Vient ensuite la doctrine des nombres, qui passa
(k) Prcf«* du Metcure Tnuatfr*.
(«) Cité de Dieu, Ut. VII! , ebsp. XXVt
UCT. tia<
■PHIQtîE. 577
des Égyptiens aux Juifii. Il appelle la raison , la parente de Dieu. Le uorabre de sept est l'accomplissement de toute chose; et c'en pourquoi , dltil , ta lyre n'a qnc sept cordes.
Eu un mot, Philon possédait toute la philosophie de son temps.
On se trompe donc quand on croit que les Juifs, sous le règne dHérode, étaient plongés dans la mémo espèce d'ignorance où ils étaient auparavant. Il est évident que saint Paul était très-instruit : il n'y a qu'à lire le premier chapitre do saint Jean , qui est si différent des autres , pour voir que l'auteur écrit précisément comme Heitnès et comme Platon. « Au commencement était le verbe, et levcrle, le logos, était avec Dieu, et Dieu était le logos; tout a été fait par lui, et sans lui rien n'est de ce qui fut fait. Dans lu était la vie ; et la vie était la lumière des hommes. »
Cest ainsi que saint Paul dit (c) que « Dieu a crée les siècles par son fils. »
Dès le temps des apôtres vous voyez des sociétés entières de chrétiens qui uc sont que trop savans, et qui substituent une philosophie fantastique à la simplicité de la foi. Les Simon, les Ménandre, les Cérinthe, enseignaient précisément les dogmes d'Hermès. Leurs éons n'étaient autre chose que les dieu* subalternes créés par le grand Être. Tous les premiers chrétiens ne furent donc pas des hommes sans lettres , comme on dit tous les jours , puisqu'il y en avait plu-Mcurs qui abusaient de leur littérature, et que même daus les Actes le gouverneur Festus dit a Paul : a Tu es fou, Paul , trop de science t'a mis hors de sens. »
Cérinthe dogmatisait du temps de saint Jcau l'Êvangéliste. Ses erreurs étaient d'une métaphysique profonde et déliée. Les dé&tut* qu'il remarquait dans la construction du monde lui firent penser , comme le dit le docteur Dupui , que ce uïtait pas la Dieu souj verain qui l'avait forme,' mais une vertu intérieure à j ce premier principe , laquelle n'avait pas connaissance du Dieu souverain. Celait vouloir corriger le système de Platon même; c'éuit se tromper comme chrétien et comme philosophe. Mais c était en même temps montrer un esprit très -délié et trèsexercé.
Il en est de même des primitifs appelés Quakers, dont uous avons tant parlé. On les a pris pour des hommes qui ne savaient que parler du nez, et qui ne fesaient nul usage de leur raison. Cependant, il y en eut plusieurs parmi eux qui employaient toutes les finesses de la dialectique. L'enthousiasme n'est pas toujours le compaguon de l'ignorance totile; il l'est souvent d'une science erronée.
HERODOTE, foy. DIODORE de Sicile.