HISTOIRE
Jutions. Mais nous n'en avons pas de connaissance.
On sait quel merveilleux ridicule règne dans l'an» cienne histoire des Grecs.
Les Rbmaius, tout sérieux qnlls étaient, n'ont pas moins enveloppé de fables rhistoire de leurs premiers siècles. Ce peuple , si récent en comparaison des nations asiatiques, a été cinq cents années sans, historiens. Ainsi il n'est pas surprenant que Rom u lui ait été lé fils de Mars, qu'une louve ait été sa noarrice, quTï ait marché avec mille hommes de son village de Rome contre vingt-cinq mille corabattans du Tillage des Sabins; qu'ensuite il soit devenu dieuj que Tarquin l'Ancien ait coupé une pierre avec on rasoir, et qu'une vestale ait tiré à terre un vaisseau avec sa ceinture , etc.
Les premières annales de toutes nos nattons modernes ne sont pas moins fabuleuses; les- choses pro-' digicuscs et improbables doirert ét*c quelquefois rapportées, mais comme des preuves de la crédulité humaine : elles entrent dans l'histoire des opinions cf des sottises; mais le ehamp est trop immense.
Potm connaître avec un peu de certitude quelque chose de l'histoire ancienne , il n'est qu'un seul moyen, c'est e?c voir sll reste quelques monument Incontestables. Nous n'en avons qna trois par écrit ; te premier est Te recueil des observations astronomiques faites pendant dix-neuf cents ans de suite S Bahybne , envoyées par Alexandre en Grèce. Cette1 suite d'observations , qui remonte à deux mille deux cent trente - quatre ans avant notre ère vulgaire , prouve invinciblement que les Babyloniens existaient en corps de peuple plusieurs siècles auparavant; car les arts ne sont que l'ouvrage du temps; et la paresse naturelle aux hommes les laisse des milliers d'années sans autres connaissances et sans autres talens que ceux de se nourrir, de se défendre des injures de l'air, et de s'égorger. Qu'on eu juge par l'es Germain» et par les Anglais du temps de César, par les Tàrtarcs d'aujourd'hui, par les deux tiers de l'Afrique, et par tous le» peuples que nous avons trouvés dans l'Amérique, en exceptaut à quelques égards les royaumes du Pérou et du Mexique, et la république de Tlascala. Qu'on se souvienne que dans tout ce nouveau monde personne ne savait ni lire, ni écrire.
Le second monument est l'eclipse centrale du sotcil, calculée à la Chine deux mille cent cinquantecinq ans avant notre ère vulgaire, et reconnue véritable par tous nos astronomes. II faut dire des Chinois ta même chose que des peuples de liabylonc; ils composaient déjà sans doute un vaste empire policé. Mais ce qui met les Chinois au-dessus de tous le» peuples de la terre, c'est que ni leurs lois, ni leurs mœurs, ni Ta Tangue que parlent chez eux les lettrés, iCont changé depuis environ quatre mille aus. Cependant cette nation et celle de lTndc>les plus ancienne» de toutes celles qui subsistent aujourd'hui, ccïL-s quf possèdent le phts vaste et le plus beau pays, celles qui ont inventé presque tous les arts avant que nous en eussions appris quelqucs-uus, ont toujours été omises jusqu'à nos jours daus nos prétendues his-
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toircs universelles. Et quand un Espagnol et un Français fesaieut le dénombrement des nations, ni l'un ni l'autre ne manquait d'appeler son pays la première monarchie du monde et son roi le plus grand roi du monde , se flattant que son roi lui donnerait une pension dès qu'il aurait lu son livre.
Le troisième monument , fort inférieur aux. deux autres, subsiste dans les marbres d'Arundel : la chronique d'Athènes y est gravée deux cent soixante-trois ans avant notre ère; mais elle ne remonte que jusqu'à Cécrops, treize cont dix-neuf ans au delà du temps où clic fut gravée. Voilà dans l'histoire de toute l'antiquité les seules époques incontestables que nous ayons.
Pesons une sérieuse attention à ces maibrcs rapportés de Grèce par le lord Aruudel. Leur chronique commence quinze cent soixantc-dix-sept ans avant noire ère. Ccsl aujourd'hui (*) une antiquité de 3,348 ans , et vous n'y voyez pas un seul fait qui tienne du miraculeux, du prodigieux. 11 eu est de même des olympiades; ce n'est pas là qu'où doit dire Gracia mariai, la menteuse Grèce. Les Giecs savaient très-bien distinguer l'histoire de la fable, et le* faits réels des contes d'Hérodote : ainsi que dan: leurs affaires sérieuses , leurs orateurs Rempruntaient rien des discours des sophistes , ni des images des poètes.
La date de la prise de Troie est spécifiée dans ces marbres, mais il n'y est parlé ni des flèches d'Apollon, ni du sacrifice dlpbigcnie, ni des combats ridi culcs des dieux. La date des inventions de Triplolèrne et de Cérès s'y trouve ; mais Cérès n'y est pas appelée Hase. On y fait mention d'un poème sur l'enlève ment de Proserpinc; il n'y est point dit qu'elle soit fille de Jupiter et d'une déesse, et qu'elle soit femme du dieu des enfers.
Hercule est iuitié aux mystères d'Êlcusiiie ; mais pas un mot sur ses douze travaux , ni sur son passage en Afrique dans sa tasse, ni sur sa divinité, ni sur le gros poisson par lequel il fut avalé, et qui le garda dans son ventre trois jours et trois nuits selon Ly-ï cophron.
Chez nous, au contraire, un étendard est apporté du ciel par uu ange aux moines de Saint-Denis ; un pigeon apporte une bouteille d'huile dans une église de Reims; deux armées de serpens se livrent une bataille rangée en Allemagne; nu archevêque de Maicncc est assiégé et mangé par des rats; et, pour comble , on a grand soin de marquer l'année de ces aventures. Et l'abbé Lcnglct compile, compile ces impertinences! et les almanachs les oui cent fois répétées! et c'est ainsi qu'on a instruit la jeunesse! cl toutes ces fadaises sont entrées danr l'éducation des princes !
Toute histoire est récente. 11 n'est pas étounant qu'on n'ait poiut d'histoire ancienne profane au delà d'environ quatre mille années. Les révolutions de ce globe, la longue cl universelle ignorance de cet art qui transmet les faits par l'écriture, en sont cause. 11 ■«sic encore plusieurs peuples qui n'en onl aucun usage. Cet art ne fut commun que chez un très-petit
nombre de nations policées; et même était-il en trèspeu de mains. Rien de plus rare chez les Français et chez les Germains que de savoir écrire; jusqu'à* quatorzième siècle de notre ère vulgaire, presque tous les actes n'étaient attestés que par témoins. Ce ne fut en France que sous Charles VII en 1 4^4 que l'on commença à rédiger par écrit quelques coutumes do France. L'art d'écrire était encore plus rare cbez les Espagnols , et de n vient que leur histoire est si sèche et si incertaine , jusqu'au temps de Ferdinand et d'Isabelle. On voit par-là combien le trèspetit nombre d'hommes qui savaient écrire pouvaient en imposer, et combien il a été facile de nons foire croire les plus énormes absurdités.
Il y a des nations qui ont subjugué une partie de la terre sans avoir l'usage des caractères. Nous savons que Gengis-kan conquit une partie de l'Asie an commencement du treizième siècle , mais ce n'est ni par lui ni par les Tartares que nous le savons. Leur histoire, écrite par 'es Chinois et traduite par le père Gaubîl , dit que ces Tartares n'avaient point alors l'art décrire.
Cet art ne dut pas être moins inconnu an Scythe Ogus-kan, nommé Madies par les Persans et par les Grecs , qui conquit une partie de l'Europe et de l'Asie si long-temps avant le règne de Cyrus. Il est presque sûr qu'alors, sur cent nations, il y en avait à peine deux ou trois qui employassent des caractères. Il se peut que dans un ancien monde détruit, les hommes aient connu l'écriture et les autres art» ; mais dans le nôtre ils sont tous tres-récens.
Il reste des monumens d'une autre espèce, qui
certains peuples, et qui précède toutes les époques connues et tous les livres ; ce sont les prodiges d'architecture, comme les pyramides et les palais d'Egypte qui ont résisté au temps. Hérodote, qui vivait il y a deux mille deux cents ans, et qui les avait vus, n'avait pu apprendre des prêtres égyptiens dans quel temps on les avait élevés.
Il est difficile de donner à la plus ancienne des pyramides moins de quatre mille ans d'antiquité; mais il faut considérer que ces efforts de l'ostentation des rois n'ont pu être oommeucés que long-temps après l'établissement des villes. Mais, pour billir des villes dans un pays inondé tous les ans, remarquons toujours qu'il avait fello d'abord relever le terrain des villes sur des pilotis dans ce terrain de vase, et les rendre inaccessibles à l'inondation , il avait fallu , avant de prendre ce parti nécessaire et avant d'être en état do tenter cis grands travaux , que les peuples se tassent pratiqué des retraites pendant la crue du Nil , au milieu des rochers qui forment deux chaînes à droite et à gauche de ce fleuve. Il avait fallu que ces peuples rassemblés eussent les instrumens du labourage, ceux de l'architecture, une connaissance de l'architecture, une connaissance de l'arpentage, avec des lois et une police. Tout cela demande nécessairement un espace de temps prodigieux. Nous voyons, par les longs détails qui regardent tous les jours nos entreprises les plus nécessaires et les pins petites, combien il est difficile de mire de grandes
qu'il faut infatigable , mais cette opiniâtreté.
t, qu» v» av» «gu»riiw» uu unvpi,
, qui aient élevé une ou deux de ces prodigieuses masses , dous n'en serons pas plus instruit» de l'histoire de l'ancienne Egypte : la langue de ce
sinon qu'avant les plus anciens historiens il y avait de quoi taire une histoire ancienne.
SECTION II
Comme nous avons déjà vingt mille ouvrages, la plupart en plusieurs volumes, sur le seule histoire de brance, et qu'un homme studieux qui vivrait cent ans n'aurait pas le temps de les lire, je crois qu'il est bon de savoir se borner. Nous sommes obligés de joindre à la connaissance de notre pays celle de l'histoire de nos voisins. Il nous est encore moins permis d'ignorer les grandes actions des Grecs et des Romains, et leurs lois qui sont encore les nôtres. Mais
tiquité plus reculée, nous ressemblerions alors à Un homme qui quitterait Tacite et Tite-Live pour étudier sérieusement les Mille et une nuits. Toutes les origines des peuples sont visiblement des fables; la raison en est que les hommes ont dû vivre long-temps en corps de peuples , et apprendre à faire dn pain et des babits ( ce qui était difficile ) avant d'apprendre à transmettre toutes leurs pensées à la postérité (ce qui était plus difficile encore). L'art d'écrire n'a pas certainement plus de six mille ans chez les Chinois; et, quoi qu'en aient dit lesCbaldéens et les égyptiens, il ny a guèred'appareocequ'ilsaicntsupiustdt écrire et lire couramment.
des temps antérieurs ne put donc être ise que de mémoire; et on sait assez combien le souvenir des choses passées s'altère de génération en génération. C'est l'imagination seule qui a écrit les premières histoires. Non-seulement chique peuple inventa son origine , mais il inventa aussi l'origine du monde entier.
Si l'on en croit Saucboniatbon , les choses commencèrent d'abord par un air épais que le vent raréfia ; le désir et l'amour en naquirent, et de l'union du désir et de l'amour lurent formés les animaux. Les astres ne vinrent qu'ensuite, mais seulement pour orner le ciel , et pour réjouir la vue des animaux qui étaient sur la terre.
Le Knef des Egyptiens, leur Oshiret et leur Ishet, que nous nommons Osiris, et Isis , ne sont guère moins ingénieux et moins ridicules. Les Grecs embellirent toutes ces fictions ; Ovide les recueillit et les orna des charmes de la plus belle poésie. Ce qu'il dit d'un dieu qui débrouille le chaos, et de la formation
Sanetiut hit animât mtntiupu , Durât adhtu rl ouod dominari m i A ahu homo t$t, .....
(Mrtam.1,». 76-78.)
Oi hotnini tublimt àeiU, Taltimqui ttieri J**mt, rt trectw ad tidtra iMert vmOim. t (Metun.I,v. 84-86.)
H s'en faut bien qu'Hésiode et les antres qui écrivirent si long-temps auparavant , se soient exprimés avec cette sublimité élégante. Mais, depuis ce beau moment où l'homme fut formé jusqu'au temps des olympiades , tout est plonge dans une obscurité profonde.
Hérodote arrive aux jeux olympiques, et fait des contes aux Grecs assemblés, comme une vieille à des enfans. H commence par dire que les Phéniciens naviguèrent de la mer Rouge dans la Méditerranée, ce qui suppose que les Phéniciens avaient doublé notre cap de Bonne-Espérance, et fait le tour de l'Afrique.
Ensuite vient l'enlèvement dlo, puis la fable de Gygès et de Candaulc, puis de belles histoires de voleurs , et celle de la fille du roi d'Egypte Chéops , qui, ayant exigé une pierre de taille de chacun de ses amans, en eut assez pour bâtir une des plus belles pyramides. . i
Joignez à cela des oracles , des prodiges, des tours de prêtres, et vous avez l'histoire du genre humain.
Les premiers temps de l'histoire romaine semblent écrits par des Nérodotes; nos vainqueurs et nos législateurs ne savaient compter leurs années qu'en fichant des clous dans une muraille par la main de leur grand-pontife. " \
Le grand Romulns, roi d'un village, est fils dn dieu Mars et d'une religieuse qui allait chercher de l'eau dans cruche. Il a un dieu pour père, une cathx pour mère et une louve pour nourrice. Un bouclier tombe du ciel exprès pour Numa. On trouve les beaux livres des sibylles. Un augure coupe un gros caillou avec un rasoir par la permission des dieux. Une vestale met à flot un gros vaisseau engravé, en le tirant avec sa ceiuture. Castor et Pollux viennent combattre pour les Romains, et la tiacc des pieds de leurs chevaux reste imprimée sur la pierre. Les Gaulois ultra montains viennent saccager Rome: les uns disent qu'ils furent chassés par des oies, les autres quils remportèrent beaucoup d'or et d'argent ; mais il est probable que dans ces temps-là, en Italie, il y avait beaucoup moins d'argent que d'oies. Nous avons imité; les premiers historiens romains, au moins dans leur goût pour les tables. Ilous avons notre oriflamme apportée par un ange, la sainte ampoule par un pigeon ; et , quand nous joignons à cela le manteau de saint Martin , nous sommes bien forts.
Quelle serait l'histoire utile? celle qui nous apprendrait nos devoirs et nos droits , sanr paraître prétendre à nous les enseigner.
On demande souvent si la fable du sacrifice d'Iphigënic est prise de l'histoire de Jcphté ? si le déluge de Dcucalion est inventé en imitation de celui de Noé? si l'aventure de Philémon et de Bancis est d'après celle de Loth et de sa femme ? Les Juifs avouent qu'ils ne communiquaient point avec les étrangers, que livres ne furent connus des Grecs qu'après la mite par ordre d'un Ptolomée; mais les Juifs furent long-temps auparavant courtiers et usurier» chez les Grecs d'Alexandrie. Jamais les Grecs
— *J^nl
wcnoNHAmE
n'allèrent rendre de vieux habits ai JerinurioeAi.il paraît qu'aucun pewpie «traits les iuife , et que <féux-cî prirent bcanconp de etkOSes des Babyloniens , des Egyptiens et dos Grecs.
Soutes les antiquités judajquas sont sacrées- poo# nous, malgré notre haine et notre mépris- pour ee pcuple.Nous no pouvons à la vérité les croire par la raison;, mais nous noue soumeUons aux Juifs par la foi. 11 y a environ quatre-vingts systèmes sur. tout chronologie, et beaucoup plus, de maniérée d'expli-
pas quelle est la vtriuilu ; mais- nous, lui réservons noire foi pour le temps où clic sera, déconnecte.
Nous avons tant de choses à croire de ce-savant et
épuisée , et qu'il ne nous. eu reste plus pour les prodont l'histoire des entres nations est pleins, a beau nous répéter les oracles d'Apollon ci les merveilles de Sémiramis; il a beau transcrire rbut ce qu'on a dit do la justice de ces anciens Scythes qui pillèrent si souvent l'Asie, et qui mangeaient des i : il trouve< un peu d'incrédu-
lité chez les honnêtes gens- Ce que j'admire le plus dans nos compilateurs modernes, c'est la sagesse et la bonne fei mc laquelle ils nous prouvent que tout ce qui arriva autrefois dans les plus grands empires, du monde n'arriva que pour instruire les habitans de la Palestine. Si les rois daBabylone, dans leurs conquêtes,, tombent en passant sar le peuple hébreux » c'est uniquement pour corriger ce peuple de sus péchés. Si le roi qu'on a iCyrus se rend maître de Babyloae, c'est pou? ir à quelques Juifr la permission d aller ches aux. Si Alexandre est vainqueur de Darius, c'est pnotf établir des fripiers juifs dan» Aéosandriav Quand les Roinains joigneatmSjrninàiseur vaste deminatiewy et saglobcot le petit payd de la Judée dans leur empire, e'est encore pour instruire les J uifs ; lo» Arabes et lee Turcs ne sont venue que pc*b eosriger ee peuple aimable, il faut avouer qu'il a eu une excelles*» édu* cation; jimais On n'eut tant de comme I histoire est utils.
Maisceque nous avons de plu» i justice exacte que les clercs ont renduo à toos les1 princes dont ils n'étaient pas cemtesn. Voye* avec quelle candeur impartiale isiatGr^roire de Narianxe jtigo l'empereur Julien la PMosopbo il déetere qn ee prince? qui ae croyait pnîntao diublo, avait «ta commerce secret avec Isdiaeae, étais au jwtniqutrJedémeas lui guros trop hideuses, il vertanec des signes de croix*
U l'appelle un fox{eaj-rua miM*abkï il assure Suc Mien immolait déjeunes garantit et d« jaanee filles toutes les nuits dans des caves. C'est aidsi qu'il paria da plus désaeat des hommes, qui né s»èsaie jasnaie vtvsaé «Ws iuvecervet que ce même Grégoire pvonéra contre lui pendant son repue.
Une méthode heureuse de justifier les cal< dont on accable un innocent, c'est de frise l's
. Par là tout est csjntpeaeé; et des* la léue saint de Naaiaexe. L!em-
s) son avôae osant a l*ee»prr», avait nntssaevé Juliua\
frère de sa mère et de ses deux fileytsj*» tvovv dr>
son pète le ^rvadGomstaritin; U fit ensuite assassine* Galles, frère de- Jufcrerf. Cet 6e esutusé qn'ID eswset» eontbo mcfratillie, d la signale «oaerc l'empira r m «M
donna contre Mngnfcnoo, il peinf>ieu dans une égitee
pendant tout le temps que léc< arraffes feront) aftt
Il mains. Voilà l'homme dont Grégoire fait le panégyrique. Si les saints nous font connaître ainsi la vérité, qtc u« doit-on point attendre de» ]'wtmi-s, surtout quand ils sont ignorens r nipenti ténus ail paaaiescnés J qu luit uai fois ujour^r/nni an nsa^a uu pov l)i/.{t-i: da'l'étiide de Phls) oôro. On d» ' u ri? des rhatirr da> tempe, de Dagobcrt:. la plupart sospestss et mal entendues, et en en infère que des oauauaesr des droits y les prérogHtwna qui subsistaient alors r dtnV vent revivre aujourd'hui. Je ao cueille à cens qui* étudient et qui raisonnent airari dedirmala morz'Ii» **«éaafrolbie*Aigo à.EanasreL retourner
SECTION UL
i M . -l^ / it., jt, ri. —
UC lu CCrtllaOC Ou l HlsiOlrB.
Toute cerritudo qui n'est pas démonstration me-
pas d'autre certitude historique.
Quand Maro-Paul parla le premier» mais le seul* de la grandeur et de 1* population de k Chine, il sa fut pas cru , et il ne pat exignr de enoyanco. Les Por» lugais qui entrèrent dans ce vtisii' i' m pire plusieurs siècles après, commencèrent i rendre la chose pro» xi carUuue, de nette certftade
qui naît de la déposition unanime de saille oculaires de différentes nation* 7 sans qUo ait réclamé contre leur témoignage.
; historiens seulement av<
l'aventure du roi Charles XI lr qui, »'cbstinaat à restar
dans les états du sultan son bienfaiteur, malgré bas,, se La! lit avec ses domestiques cintre une année de janissaires et de Taxtares r j'aurais suspendu bmh jugement t. nwie ayant parlé à plusieurs témoins Oculaires y et n'ayant jamais, entendu Bévoqwer ocue ao* tion en doute , il a bicu fallu la ccojrej parce qn aprèa tout, si elle n'est. ni sç^e ni ordinaino, «lier n'estt nom traire ni aux loisde U nature, ni au
Ce qui répugne a a> cours ordinaire) daisfnaracc ne doit point être cru, à> moins qn>'il ne soit attesté par des hommes animés visiblement de. l'esprit divin,; et qull soit impossible de douter de leur inspiration. Voilà pourquoi, a Torticlc Certitude du Dictionnaire encyclopédique, c'est un grand paradoxe de dire qtfbn devrait crofrfe atusi-Dien tout Paris qui' affirmerait avoir vu ressusciter un mort, qu'on croit tout Paris quand-il dit qu'on a gagné la bataille de Foatenoi. Il parait évident qu* le témoignage de tout Paris sur une chose improbable ne sanrait être vgal
Ce sont laie» pramié
Incertitude de fbistQ'ire.
rOn.distinpiie-ics trmp» en fabuW et historiques.
Mais les historiques auraient dû être distingués cm- (UMiaes en vi'nu* et tu fables, ,4e D« parle pas iqi de fables reeonuues aujourd'hui ppur telles ; il tfpajL pas
* embelli ou gâté 6ep histoire. Mais dans les faits les ,plus reçus, que «le raisons dp douter l
Qu'on fasse attention que lu république romaine a eu- cinq emrts ans sans historiens ; que TUe-Lijr* luidèwe déplore la perte dos .autros uiauumuas qui -périrent pi usque tous dans I incendie do borne pbjrafur lintecierc, ,quon sauge que, dans lus trois cent s premières aiiuti«> , l'art d et rire < tait tres.-Jrare , Tarte pa axial* kw*pqr<l /iltcnr. U sera permis alors 4c douter de tous les événemens qui uc »nl pas dans l'ordre ordinaire dus choses humaines.
Seca - 1 - ii bu.'ii probable que Korftubxs, Je petitifils tbt r«i,*ee.^Njki|»3, aura iyé forcé d « ulev,er des
Je-bitei vraiseeihlablc? Croira-t-on aisément,
sur la ioiuV: i»tv.-bive,.^|M» lo.rqi ,Ppr,»*nna alee&ut plein d«slnMr»UQ(i pour ,J*t iiomaws, parce qu'un : fanatique avait voulu 1 assassiner ? flesera- t-oe pas -porté, au uuntraire , a eroirc l'olybe qui était antérieur a l Uij-vWvc de deux cru u années ? Potybe dit .qw- torwoM sMb)ugMa ies.ftojaaius; ceU est bien
plus probable que I aventure de Scévola , qui se
Uyu la entièrement la nwun parce qu'elle s'étajt méprise. J Aurais défie, Poltrot d'en foire autant.
1 /aventure de Régujiu, qnfermé par les Carthaginois dans. un tonneau garai de pointes de fer, rnéruc-t- elle qu'on la croie ? Polype contemporain lA'caancaitr-il pas parle si elle avait été vraie ? U n'en
tlit pas un mot 1 n'est-ce pas une grande présomption .^ue ce conte ne fut iaveuté que longtemps après pour rendre les Carthaginois odieux ?
uOuw» le ûietionnaii* «|c Mfpftii A Varticle >Jkaulit\ , il veus assure que le supplice de ce Romain . est rapporte, dans TiterLive : cependant la décade ou ,TitC-:L*»e. ««r»it pu «U parler est perdue; OA a!* que . te suppléeront de r 1 einbheoiius , vt il se trouve que ce .dictionnaire « a cité qu'un AUemand dix-septième siècle , pro van i eifcr un Romain du t^wp* d'Auguste. On ferait des volumes immense* de tous les faits célèbres «t rei,us dont il fout douter. Mais les bornes de •et article un permettent pas de s'étendre.
Les temples, h-s fêtes, les çérémçnies annuelles, Us médailks,méme.t:4f>mSles <Us preuve* historiques?
. O» est .naturellement porté, à erpire ^u'un raonuu"x: érige par «ne nation pqur, célébrer un événement, en atteste la certitude : cependant, si «es mo- . jaumens n ont pas été élevés par des contemporains ; i «'ils i célèbre ut quelques faits peu vra^mblables j — ' " 1 ■ " ■■ mu n ii r.v-r 1 ■ "
OVoyS» l'article CiaXABI, CwniVW.
prou v eut - ils autre chose sinon qu'on a joultf COnsacrer une ooinion DODulaire?
la colonne ro s traie., .érigée daas Home p^r \e» .eon temporal us de Duillius, est sans doute une preuve ,da la victoire navale de ^uillius : mais la stat^ ,de J'AHgum Hmmj W ùonimt un caillou avec ,un •rasoir, pronvaitrelle que,N|evius avait opéré qc prpdjgc ? Les sl^tues de Cérès et Tripiolèmc, ^ans ^Mièncs^ét^icnt-ellcs des témoignages iucontcstabl.es que Cérès était descendue de je ne sais quelle planète pour venir enseigner l'agriculture uni Athéniens ? Le fameux Laocoon, qui 3ubsiste aujourd'hui si entier atteste-t-il bien la vérité de l'histoire du cheval de Troie ?
Les cérémonies , les fêtes annuelles établies par
laquelle on les attribue. La fète d'Arion , porté sur. un dauphin , se célébrait chez les Romains comme chez les Grecs. Colle de Faune rappelait son aventure avec Hercule et Omphalc, quand ce dieu amoureux d'Omphale prit le lit d'Hercule pour celui de, sa maîtresse.
La fameuse fête des lupercaks était établie, en l'honneur de la louve qui allaita Ko mu lus et Kcitttt?.
Sur quoi était fondée la fête d'Orion , célébrée le cinq des ides de mai ? Le voici. Hyrée reçut chez lui Jupiter, Neptune et Mercure; et, quand ses hôtes prirent congé, ce bon-homme qui n'avait point de femme, et qui voulait avoir un enfant, témoigna sa douleur aux trois dieux. On n'ose esprimer ce qu'ils firent sur la peau du bœuf qu'Hyrée leur avait servi à. manger; Us couvrirent ensuite telle peau «tun peu de terre :,de U; naquit Oriou asi bo^t,4e nqpl
Presque toutes lesfêtcs roinaines, syriennes, grecques , égyptiennes, étaient fondées. sur de iPff*M* coules, ainsi que les temples otles statues des anciens héros. C'étaient des mou uau-ns que ja cré^jté c^psacrait à l'erreur.
iUAde nosplus^iensuionumeas.estla,s:aluc de 4>àiii t ï 1 1 1 poct«iDt s*i tête cl 3ns .s br»i s.
Une médaille, même contemporaine, n'est, pas quelquefois une preuve. Combien la batterie n'a-t^elle pas frappé de médailles, sur des batailles très -indécises, qualifiées de victoires, et sur des entreprises manqué es, qui n'ont été achevées que dans Li Légende ? .N a-t-on pas en dernier lice, pendant la guerre de 1740 des Anglais contre le roi d'Espagne, frappé une médaille qui attestait la prise de Carthagène par l'amiral Vcrnon, tandis qi'c ce» amiral levait le .siège?
U-* médailles ne sont des témoignages irreprochables que lorsque l'événement est attesté par des auteurs contemporains; alors ces preuves s*. soutenant l'une par l'auUe, constatent la vérité.
Doit-ofi^dans l'histoire insérer des harangues, et faire, des portraits?
"Si dans ,,une occasion importante un général d'année, un nomme d'état a parlé d'une manière singulière et forte qui caractérise son génie et celui Jn son siècle, il faut sans doute rapporter son
court mol pour mol : de telles harangues sont peutêtre la partie de l'histoire la pins utile. Mais pourquoi taire dire a un homme ce qn'il n'a pas dit? il vaudrait prcsqnc autant lui attribuer ce qn'il n'a pas fait. C'est uno fiction imitée d'Homère! Mais ce qui «talion dans on poème devient a la rigueur mensonge dans un historien. Plusieurs anciens ont eu cette méthode ! cela ne prouve autre chose sinon que plusieurs anciens ont voulu Taire parade de leur éloquence aux dépens de la vérité.
Des portraits.
Les portraits montrent encore bien souvent plus d'envie de briller que d'instruire. Des contemporains sont en droit de faire le portrait des hommes d'état avec lesquels Us ont négocié, des généraux sous qui Us ont fait la guerre. Mais qu'il est a craindre que le pinceau ne soit guidé par la passion 1 II parait que les portraits qu'on trouve dans Clarcndon sont faits avec plus d'impartialité, de gravité et de sagesse, que ceux qu'on lit avec plaisir dans le cardinal de ReU.
Mais vouloir peindre les anciens, s'efforcer de développer leurs troes, regarder les événemens comme des caractères avec lesquels on peut lire sûrement dans le foud des ccrurs, c'est une entreprise bien délicate ; c'est dans plusieurs une puérilité.
De la maxime de Cicéron concer nant l'histoire : que l'historien n'ose dire une fausseté, ni cacher utte vérité.
La première partie de ce précepte est table; il dut examiner l'autre. Si une vérité peut être de quelque utilité à l'état, votre silence est condamnable. Mais je suppose que vous écriviez l'histoiro d'un prince qui vous aura confié un secret , devezvous le révéler? devez-vous dire à la postérité ce que ■vous seriez coupable de dire en secret à un seul homme ? Le devoir d'un historien l'cmportera-t-il sur un devoir plus grand ?
Je suppose encore que vous ayez été témoin d'une faiblesse qui n'a point influé sur !cs affaires publiques, devez- vous révéler celte faiblesse? En ce cas l'histoire serait une satire.
Il faut avouer que la plupart des écrivains d'anecdotes sont plus indiscrets qu'utiles. Mais que dire de Ces compilateurs insolens qui , se fesant un mérite de médire, impriment et vendent des scandales, comme La Voisin vendait des poisons.
De l'histoire satirique.
Si Plutarque a repris Hérodote de n'avoir pas assez relevé la gloire de quelques villes grecques, et d'avoir omis plusieurs faits connus dignes de mémoire, combien sont plus répréhcnsibl*» aujourd'hui ceux qui , sans avoir aucun des mérites d'Hérodote , imputent aux princes, aux nations, des actions odieuses, sans la plus légère apparence de preuve ? La guerre de 1 74 1 a écrite en Angleterre. On trouve dans cette histoire qu'a la bataille de Kontenoi « les Français tirèrent sur les Anglais avec des balles empoisonnées et des morceaux de verre venimeux /et que le duc de Cumberlaud envoya au roi de Frauce une
boite pleine de ces prétendus poisons trouvés dans les corps des Anglais blessés, n Le même auteur ajoute que, les Français ayant perdu quarante mille hommes à cette bataille, le parlement rendit un arrêt par lequel il était défendu d'en parler sous <
Les mémoires frauduleux , imprimés depuis peu sous le nom de madame de Maintenon , sont remplis de pareilles absurdités. On y trouve qu'au siège de Lille les alliés jetaient des billets dans la ville, conçus en ces termes : « Français , eonsolex-vous , la Maintenon ne sera pas *otre reine. »
Presque chaque page «;st souillée d'impostures et de termes offensans contre la famille royale et contra les familles principales du royaume, sans alléguer lu plus légère vraisemblance qui puisse donner la moindre couleur à ces mensonges. Ce n'est point écrire l'histoire , c'est écrire au hasard des calomnies qui méritent le carcan.
On a imprimé en Hollande, sous le nom d'Histoire, une foule de libelles, dont le style est aussi grossier que les injures , et les faits aussi faux qu'Us sont mal écrits. C'est, dit-on, un mauvais fruit de l'excellent arbre de la liberté. Mais si les malheureux auteurs de ces inepties ont eu la liberté de tromper les lecteurs, il faut user ici de la liberté de les détromper.
L'appât d'un vil gain, joint à l'insolence des mœurs abjectes , furent les seuls motifs qui engagèrent ce réfugié Languedocien protestant, nommé Langlevicux , dit La Beaumelle , à tenter la plus infime manœuvre qui ait jamais déshonoré la littérature. Il vend pour dix-sept louis d'or au libraire EsJinger de Francfort, en i;5i, l'Histoire du siècle de Louis XIV, qui ne lui appartient point; et, soit pour s'en faire croire le propriétaire, soit pour gagner son argent, il la chargea de notes abominables contre Louis XIV, contre son fils, contre le duc do Bourgogne son petit-tils, qu'il traite sans façon de perfide et de traître envers son grand-père et la France. Il vomit contre le duc d'Orléans , régent , les calomnies les plus horribles et les plus absurdes ; personne n'est épargné , et cependant il n'a jamais connu personne. Il débite sur les maréchaux de Villars, de Villcroi, sur les ministres, sur les femmes, des historiettes ramassées dans des cabarets; et il parle des plus grands princes comme de ses justiciables. U s'exprime en juge des rois : m Donnez- moi, dit-il, un Stuart, et je le fais roi d'Angleterre, h
Cet excès de ridicule dans un inconnu n'a pas été relevé : il eût été sévèrement puni dan? un homme dont les paroles auraient pu quelque poids. Mais il fout remarquer que souvent ces ouvrages de ténèbres ont du cours dans l'Europe ; ils se vendent aux foires de Francfort et de Lcipsick; tout le nord en est inondé. Les étrangers qui ne sont pas instruits croient puiser dans ces libelles les connaissances do l'histoire moderne. Les auteurs allemands ne sont pas toujours en garde contre ces mémoires, ils s'eo servent comme de matériaux ; c'est ce qui est arrivé aux mémoires de Pontis, de Moiitbrun, de Hochefort, de Vordac; à tous ces prétendus testamens politiques ministres d'état, composés par des faussaires; à la
TJWme royale de Boisgulïlehert, impudemment doutée son» le nom du maréchal de Vauban ; et à Unt do compilations d'anai et d'anecdotes.
L'histoire est quelquefois encore plus maltraitée en Angleterre. Comme il 7 a toujours deux partis uses, violens qui s'acharnent l'un contre l'autre jusqu'à ce que le danger commun les réunisse, les écrivains d'une faction condamnent tout ce que les autres approuvent. Le même homme est représenté comme un Caion et comme un Catilina. Comment démêler le vrai entre l'adulation et la satire 1 11 n'y a peut - être qu'une règle sûre, c'est de croire le bien qu'un historien de parti ose dire des héros de la (action contraire , et le mal qu'il ose dire des cheb de la sienne , dont il n'aura pas à se plaindre.
A l'égard des mémoires réellement écrits par les personnages intéressés, comme ceux de Clarendon, de Ludlow, de Burnet en Angleterre, de La Rochefoucauld, de Retz en Franc<»; s'ils s'accordent, ils sont vrais; s'ils se contrarient, doutez.
Pour les anas et les anecdotes, il y eu a un sur cent qui peut contenir quelque ombre de vérité.
SECTION IV
De la méthode, delà manière d'écrire l'histoire, et du style.
On en a Unt dit sur cette matière, qu'il faut ici en dire très-peu. On sait assez que la nu-thode et le style de Tite-Live, sa gravité, sou éloquence sage, conviennent à la majesté d« la république romaine ; que lacite est plus (ait pour peindre des tyrans, Polybe pour douner des leçons de la guerre, Denis d'Halicarnasse pour développer les antiquités.
Mais, en se modelant en général sur ces grands maîtres, on a aujourd'hui un fardeau plus pesant que le leur à soutenir. On exige des historiens modernes plus de détails , des faits plus constatés , des dates précises, des autorités, plus d'attention aux usages, aux lois, aux mœurs, au commerce, à la finance, à l'agriculture, à la population : il en est de l'histoire Comme des mathématiques et de la physique; la carrière s'est prodigieusement accrue. Autant il est aisé de faire un recueil de gazettes, autant il est difficile
aujourd'hui d'écrire l'histoire.
Daniel se crut un historien parce qu'il transcrivait des dates et des récils de bataille où l'on n'entend rien. Il devait m'apprendre \°.s droits de la nation, les droits des principaux corps de cette nation, ses lois, ses usages, ses moeurs, et comment île ont changé. Cette nation est en droit de lui dire : Je vous demande mon histoire encore plus que celle de Louis le Gros et de Louis Hutin; vous me dites, d'après une vieille chronique écrite au hasard , que LouisVIII , étant attaqué d'une maladie mortelle, exténue, languissant, n'en pouvant plus, les médecins ordonnèrent à ce corps cadavéreux de coucher avec une folie fille pour se refaire , et que le saiut roi rejeta bien loin cette vilenie. Ah ! Daniel , vous ne savez donc pas le proverbe italien , donna ûjnuda manda l'uomo sotto la
On exige que l'histoire d'un pays étranger ne soit point jetée dans le même moule que celle de votre patrie.
Si vont faites l'histoire de France , vous n'êtes pas obligé de décrire le cours de la Seine et de la Loire; mais, si vous donnez au public les conquêtes des Portugais en Asie , on exige une topographie des pays découverts. On veut que vous meniez votre lecteur par la main le long de l'Afrique et des côtes de la Perse et de llndc ; on attend de vous des instructions sur les mœurs, les lois, les usages de ces nations nouvelles pour l'Europe.
Nous avons vingt histoires de l'établissement des Portugais dans les Indes; mais aucune ne nous a fait connaître les divers gouvernemens de ce pays, ses religions, ses antiquités, les brames, les disciples de saint Jean, les Guèbrcs , les Banians. Ou nous a conservé, il est vrai, des lettres de Xavier et de tu successeurs. On uous a donué des histoires de l'Inde , fuites à Paris d'après ces missionnaires qui ne savaient pas la langue des brames. On nous répète dans cent écrits que les Indiens adorent le diable. Des aumôniers d'une compagnie de marchands partent dans ce préjugé ; et, dès qu'ils voient sur les côtes de C010mandcldcs figures symboliques, ils ne manquent pas d'écrire que ce sont des portraits du diable , qu'ils sont dans son empire, qu'ils vont le combattre. Ils ne songent pas que c'est nous qui adorons le diable Mammou, et qui lui allons porter nos vœux à six mille lieues de notre patrie pour en obtenir de l'argent.
Pour ceux qui se mettent dans Paris aux gages d'un libraire de la rue Saint -Jacques, et à qui l'on commande une histoire du Japon , du Canada , des îles Canaries , sur des mémoires de quelques capucins, je n'ai rieu à leur dire.
Ccst assez qu'on sache que la méthode convenable à l'histoire de so>i pays u'est point propre à décrire les découvertes du Nouveau-Monde; qu'il ne faut pas écrire sur une petite ville comme sur un grand empire; qu'on ne doit peint (aire l'histoire privée d'un prince comme celle de France ou d'Angleterre.
Si vous n'avez autre chose > nous dire, sinon qu'un barbare a succédé à un autic barbare sur les bords le l'Oxus et de l'Iaxarte, eu quoi êtes-vous utile au puhlic?
Ces règles sont assez conuues ; mais l'art de bien écrire l'histoire sera toujours très-rare. On sait assez qu'il faut un style grave, pur, varié, agréable. Il en est des lois pour écrire l'histoire comme de celles de tous les arts de l'esprit; beaucoup de préceptes, el peu de grands artistes.
«*CTIOW v.
Histoire des rois juifs *i des Paralipomenes.
Tôt» les peuples ont écrit leur histoire dès qu'ils out pu écrire. Les Juifs ont aussi écrit la leur. Avant qu'ils eussent des rois, ils vivaient sous une théocratie; ils étaient censés gouvernés par Dieu même- Quand les Juifs voulurent avoir un roi comme Ici
ÏX »» 9 MB U IVUlUtVIfV U1 Vif * V»
autres peuples leurs voisins , le prophète Samuel , l'histoire politique et de l'histoire naturelle. U iMt-intêressé à n'avoir point de roi , leur déclara de
DICTTOÎiNAlRE
la part de Dieu que c'était Dieu lui-même qu'ils rejetaient; ainsi la théocratie finit chez les Juifs lorsque la monarchie commmença.
On pourrait donc dire , sans blasphémer , que l'histoire des rois juifs a été écrite comme celle des autres peuples, et Dieu n'a pas pris la peine de dicter lui-môme l'histoire d'un peuple qu'il ne gouvernait plus.
On n'avance cette opinion qo'avcc la plus extrême défiance. Ce qui pourrait la confirmer, c'est que les Paralipomcncs contredisent très-souvent le livre des Rois dans la chronologie et dans les faits, comme H nos historiens profanes se contredisent quelquefois. De plus, si Dieu a toujours écrit l'histoire des Juifs, il faut donc croire qu'il IVcrit encore; car les Juifs son! toujours son peuple chéri. Ils doivent se convertir 1111 jour, et il parait qu'alors ils seront aussi en droit de regarder l'histoire de leur dispersion comme sacrée, qu'ils sont en droit de dire que Dieu écrivit l'histoire de leurs rois.
On peut encore faire une réflexion; c'est que Dieu ayant été leur seul roi très-long-temps, et ensuite ayant lté leur historien , nous devons avoir pour tous les Juifs le respect le plus profond. Il n'y a point de fripier juif qui ne soit infiniment au-dessus de César et d'Alexandre. Comment ne se pas prosterner devant un fripier qui vous prouve que son histoire a été écrite par la divinité même , tandis que les histoires grecque et romaine ne nous ont été transmises que par des profanes ?
Si le style de l'histoire des Rois et des Paralipomènes est divin, il se peut encore que les actions racontée» dans cas histoires ne soient pas divines. David assassine Une. Isbosctb et Miphiboseth sont assassinés. Absalon assassine Ammon ; Joab assassine j Absalon; Salomon assassine Adonias son frère; Baza assassine Nadab; Zîmri assassine Ela; Hamri assas- Il sine Zimri ; Acbab assassine Naboth; Jébu assassine II Achah et Joram; les babitans de Jérusalem assassi- || nent Amasias, fils de Joas. Sélom , fils de Jabès, as- Il sas si ne Zacbarias , fils de Jéroboam. Manahaîm assas* Il sine Sélom , fHs de Jabès. Phacéc , fils de Roméli , as- Il sassine Phaccia , fils do Mamtbahn ; Ozie , fils d'Eu , Il assassine Phacée, fils de Roméli. On passe sous si- Il lence beaucoup d'autres menus assassinats. H faut I avouer que , si le Saint-Esprit a écrit cette histoire , il 1 n'a pas choisi un sujet fort édifiant.
SCCTLON VI.
Du* mauvaises actions consacrées ou excusées j dans l'histoire. j
Il n'est que trop ordinaire aux historiens de louer de tri's-mëcluus hommes qui ont rendu service à la «cle dominante ou à la patrie. Ces éloges sont peutêtre d'un citoyen zélé, mais ce zèle outrage le genre humain. Romulus assassine son frère, et on en fait j un dieu. Constautin égorge son fils , étouffe sa femme, I assassine presque toute sa famille; on l'a loué dam I des conciles, mais l'histoire doit détester ses barba- |J ries. Il est heureux pour nous sans doute que Clovii II lit été catholique; il est heureux pour PégKse augli- H
cane que Henri VTTT fit aboli les moines : mais il faut «vouer que Clovîs et Henri YIII étaient des monstres
de cruauté.
Lorsque lo jésuite Berruycr, qui, quoique Jésuite, était un sot, s'avisa de paraphraser l'ancien et te nouveau Testament en style de ruelle, sans autre intention que de les faire lire , il jeta des fleurs de ré» thorique sur le couteau à deux rranebans que le Juif Aod enfonça avec la manche dans le ventre du roi F.çlon ; sur le sabre dont Judith coupa la têted'Holo* feme après s'être prostituée à lui , et sur plusieurs autres actions de ac genre. Le parlement, en respectant la Bible, qui rapporte ces histoires, condamna le jésuite qui les louait, et fit brûler l'ancien et le nouveau Testament ; j'entends celui do jésuite.
Mais comme les jugemens des hommes sont toujours di Itérons dans les cas pareils , la même chose arriva à Baylc dans un cas tout contraire; il fut condamné pour n'avoir pas loué toutes les actions dt David , roi de la province de Judée. Un nommé Juricux, prèdicant réfugié en Hollande, avec d'autres prédicans réfugiés, voulurent l'obliger à se rétracter. Mais comment se rétracter sur des dits consignés dans l'Ecriture ? Baylc n'avait-il pas quelque raison de penser que Uns les faits rapportés dan» les livres juifs ne soul pasdcsactionasaiat«s?queDa?ida fait comme un autre des actions très-criminelles, et que, s'il est appelé l'homme selon le cœur de Dieu, c'est en vertu de sa pénitence, et non pas a cause de ses forfait»?
Ecartons les noms, et ne songeons qu'aux chose*. Supposons que, pendant le règne de Henri IV, nr curé ligueur a répandu secrètement une bouteilk d'huile sur la tête d'un berger de Bric, que ce berges vient à la cour, que le curé le préscute à Henri 17 comme un bon joueur de violon qui pourra dissiper sa mélancolie, que le roi le fait son écoyer et loi donne une de ses filles en mariage ; qu'ensuite , le roi s'étant brouillé avec le berger, celui-ci se réfugie chez un prince d'Allemagne ennemi de son beau-père, qu'il arme six cents brigands perdus de dettes et de débauches, qu'il court la campagne avec cette canaille, qu'il égorge amis et îiincmis, qu'il extermine jusqu'aux femmes et aux enfans à la mamelle , afin qu'il n'y ait personne qui puisse porter la nouvelle de cette boucherie : je suppose encore que ce même berger de Brie devient roi de France après la mort de Henri IV, qu'il lait assassiner son petit- fils après l'avoir fait manger à sa table, et livre A ":a mort sept autres petits enfans de son roi : quel est l'homme qui n'avouera pas que ce berger do Brie est un peu dur?
Les commentateurs conviennent que l'adultère d« David et l'assassinat dTric sont des fautes que Dieu a pardonnées. On peut donc convenir que les massacres ci-dessus sont des fautes que Dieu a pardonuées aussi.
Cependant on ne fit aucun quartier a Bayle. Miis, en dernier lieu, quelques prédicateurs de Londres ayant comparé George II à David, un des servitcuts de ce monarque a fait publiquement imprimer on petit livre dans lequel il se plaint de la comparaison. Il examine toute la conduite de David, il va infini-
ment plus loin que Baylc , il traite David avec plut de sévérité que Tacite ne traite Domiticn. Ce livre n'a pas excité eu Angleterre le moindre murmure; tous les lecteurs ont senti que les mauvaises actions sont toujours mauvaises, que Dieu peut les pardonner quand la pc'uiteucc est proportionnée au crime, mais qu'aucun homme ne doit les approuver.
H y a donc plus de raison en Angleterre qu'il n'y en avait en Hollande du temps de Bayle. On sent aujourd'hui qu'il ne faut pas donner pour modèle de sainteté ce qui est digue du dernier supplice ; et on sait que, si on ne doit pas consacrer le crime, on uc doit pas croire l'absurdité.