HUMILITE
Des philosophes ont agité si l'humilité est une vertu; mais vertu ou non, tout le moude convient que rien n'est plus rare. Cela s'appelait chez les Grecs tepeinotis ou Vtpcineia. Elle est fort recommandée dans le quatrième livre des lois de Platon ; il ne vçut point d'orgueilleux : il veut des humbles.
Epictètc en vingt endroits prêche l'humilité. — Si tu passes pour un personnage dans l'esprit de quelques-uns, défie-toi de toi-même. — Point de sourcil
superbe Ne sois rien à tes yeux. — Si lu cherches
à plaire , te voila déchu Cède à tous les hommes ;
préfère-les *ous à toi ; supporte-les tous.
Vous voyez par ces maximes que jamais capucin n'alla si loin qu'Ëpictète.
Quelques théologiens, qui avaient le malheur d'être orgueilleux , ont prétendu que l'humilité ne coûtait rien à Epictètc qui était esclave, et qu'il était humble par état , comme un docteur ou un jésuite peut être orgueilleux par état.
Mais que diront-ils de Marc-Antonin qui, sur le trône , recommande l'humilité ? Il met sur la même ligne Alexandre et son muletier.
Il dit que la vanité des pompas u'est qu'un os jeté au milieu des chiens; — que faire du bien et s'entendre calomnier, est une vertu de roi.
Ainsi le maître de la terre connue veut qu'on soit humble. Proposez seulement l'humilité à un musicien , vous verrez comme il ic moquera de Marc- Aurèlc.
Descartes, dans sou Traité des passions de l'âme , met dans leur raug l'humilité. Elle ne s'attendait pas a être regardée comme une passion.
Il dislingue entre l'humililévcrtucusc et la vicieuse . Voici comme Descartes raisonnait en métaphysique et eu morale :
« Il n'y a rien en la générosité qui ne soit compatible avec l'humilité vertueuse (/>), ni rien ailleurs qui puisse changer; ce qui fait que leurs mouvemens sont fermes, consians, et toujours fort semblables a eux-mêmes. Mais ils ne viennent pas tant de surprise, pour ce que ceux qui se connaissent ea cette façou, connaissent assez quelles sont les causes qui font qu'ils s'estiment. Toutefois on peut dire que ce»
(a) Dmcmm, Ttmh< ta parions.
causes soul si merveilleuses ( à savoir la puissance d'user de sod libre arbitre qui fait qu'on se prise soi même, et les infirmités du sujet en qui est cette puissance, qui fait qu'on uc s'estime pas trop), qu'à toutes les fois qu'on se les représente de nouveau , elles donnent toujours une nouvelle admiration. »
Voici maintenant comme il parle de l'humilité vicieuse :
« Elle consiste principalement en ce qu'on te sont faible et peu résolu, et comme si on n'avait pas l'usage entier de son libre arbitre. On ne se pent empêcher de faire des choses dont on sait qu'en se repentira par après. Puis aussi en ce qu'on croit ne pouvoir subsister par soi-même, ni se passer de plusieurs choses dont l'acquisition dépend d'autruî ; ainsi elle est directement opposée à la générosité, etc. »
C'est puissamment raisonner.
Nous laissons aux philosophes plus savans que nous le soin d'éclaircir cct:c doctrine. Nous nous bornerons à dire que 1 humilité est la modestie de lame.
C'est le contre-poison de l'orgueil. L'humilité ne pouvait pas empêcher Rameau de croire qu'il savait plus de musique que ceux auxquels il l'enseignait ; mais elle pouvait l'cugager à convenir qu'il n'était pas supérieur à Lulli dans le récitatif (i).
Le révéreud père Virct, cordelier, théologien et prédicateur , tout humble qu'il est , croira toujours fermement qu'il en sait plus que ceux qui apprennent à lire et à écrire : mais sou humilité chrétienne, sa modestie de l'àme l'obligera d'avouer dans le fond de son cœur, qu'il n'a écrit que des sottises. O frères Nonoitc , Guyon , Palouillcl , écrivains des halles , soyez, bien humbles; ayez toujours la modestie de l'y me en recommandation!