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émotion interne qui agite en efiet l'esprit, ci qui* transforme l'auteur dans le personnage qu'il fait parler; car c'est là l'enthousiasme : il consiste dans l'émotion et dans les images : alors l'auteur dit précisément les mêmes choses que dirait la pcrsouuc qu'il introduit.
Je te ris , je rougis , je pâlis s ta vue ;
Un l rouble s'eteva dans mon ante éperdue.
Me* yeux ne voyaient plus, je ne pouvait parler.
( RAtiai , Phèdre , acte 1 . scène III.)
L'imagination alors ardente et sage n'entasse point de figun-s incohérentes; elle ne dit point, par exemple, pour exprimer un homme ép.iis de corps et d'es prit qu'il est :
Flanque de cliair , gabioniié de lard (•). et que la nature,
En maçonnant les remparts Je son âme, Songta plutôt au fuurreau qu i U lame.
Il y a de l'imagination dans ces vers; mais elle est grossière, elle est déréglée, elle e:.l fausse : l'image de rempart ne peut s'allier avec celle de fourreau ; c'est comme si on disait qu'un vaisstvii est entré dans le port à bride abattue.
On permet moins Hma^inaticn dans l'éloquence que dans la poésie. La raison en est sensible. Le discours ordinaire doit moins s'écarter des idées communes. L'orateur parie la langue de tout le monde; le poète a pour base de son ouvrage la fiction : aussi l'imagination est l'essence de son art; elle n'est que l'accessoire dans l'orateur.
Certains traits d'imagination ont ajouté, dit-on. de grandes beautés à la peinture. Ou cite surtout cet artifice avec lequel uu peintre mit un voile sur la tétc d'Agamemnon, dans le sacrifice d'Iphigénie; artifice cepeudant bien moins beau que si le peintre avait eu le secret de faire voir sur le visage d'Agamemnon le combat de la douleur d'un père , de l'autorité d'un monarque, et du respect pour ses dieux ; comme Rubciu a eu l'art de peindre dans les regards et dans l'attitude de Marie de Médicis, la douleur de l'enfantement, la joie d'avoir un fils et la complaisance dont elle envisage cet enfant.
En général, les imaginations de peintres, quand
elles ne sont qu'ingénieuses , fout plus d'honneur à l'esprit de l'artiste qu'elles ne contribuent aux beautés de l'art. Toutes les compositions allégoriques ne valent pas la belle exécution de la main qui fait le prix des tableaux.
Dans tous les arts la belle imagination est toujours uaturcllc : la fausse est celle qui assemble des objets incompatibles : la bizarre peint des objets qui n'ont ni analogie, ni allégorie, ni vraisemblance, comme des esprits qui se jettent a la tétc dans leurs combats des montagnes chargées d'arbres , qui tirent du canon dans le ciel , qui font une chaussée dans le chaos ; Lucifer qui se transforme en crapaud ; un ange coupé en deux par un coup de canon , et dont les deux partics se rejoignent incontinent, etc. . . . L'imagination forte approfondit les objets; la faible les effleure; la douce se repose dans les peintures agréables ; l'ar-
(*) J. B. Rousseau r allégorie intitulée Mtdat.
dente eutasse images sur images; la sage est celfe qui emploie avec choix tons ces différens caractères , mais qui admet très - rarement le bizarre et rejetta toujoups le faux.
Si la mémoire nourrie et exercée est la source de toute imagination, cette même mémoire surchargée la fait périr. Ainsi, celui qui s'est rempli là tétc de noms et de dates n'a pas le magasin qu'il faut pour composer des images. Les hommes occupés de calculs ou d'affaires épineuses ont d'ordinaire l'imagination stérile.
Quand elle est trop ardente, trop tumultueuse, elle peut dégénérer en démence; mais on a remarqué que celte maladie des organes du cerveau est bien plus souvent le partage de ces imaginations passives, bornées à recevoir la profonde empreinte des objets, que de ces imaginations actives et laborieuses qui assemblent et combinent des idées; car cette imagination active a toujours besoin du jugement, l'autre eu est indépendante.
11 n'est peut-être pas inutile d'ajouter à cet essai . que par ces mots, perception, mémoire, imagination, junement. on n'entend point des organes distincts, dont l'un a le don de sentir, l'autre se ressouvient, un troisième imagine, un quatrième juge. Les hommes sont plus portés qu'on ne pense à croire que ce sont des facultés différentes et séparées. C'est ccpsndant le même être qui fait toutes ces opérations, que nous ne connaissons que par leurs effets, jans pouvoir rien connaître de cet être.
SECTIOJI II.
Les bétes en ont comme vous, témoin votre chien qui chasse dans ses rêves.
u Les choses se peignent en la fantaisie , » dit Descartes, comme les autres. Oui; mais qu'est-ce que c'est que la fantaisie? et comment les choses s'y peignent-elles? est-ce avec de la matière subtile? Que sais-je! est la réponse à toutes les questions touchant les premiers ressorts.
Rien ne vient dans l'entendement sans une image. Il faut, pour que vous acquériez cette idée si confuse d'un espace infini , que vous ayez eu limage d'un espace de quelques pieds. Il faut , pour que vouj ayez l'idée de Dieu , que l'image de quelque chose de pius puissant que vous ait long-temps remué votre cerveau.
Vous ne créez aucune idée , aucune image, je vous en défie. LArioste n'a fait voyager Astolphe dans la lune que loug- temps après avoir entendu parler de la lune , de saint Jean et des paladins.
On ne fait aucune image, on les assemble, on les combine. Les extravagances des Mille et une nuits et des Contes des fées, etc., etc., ne sont qnc des combinaisons.
Celui qui prend le plus d'images dans le magasin de la mémoire, est celui qui a le plus d'imagination.
La difficulté n'est pas d'assembler ces images avec prodigalité et sans choix. Vous pourriez passer un jour entier à représenter sans effort et sans presque aucune attention un beau visillard avec une grande barbe blanche, vôtu d'une ample draperie, porté au milieu d'un nuage sur des cnfàns jouOus qui ont de
PHïLÔSÔrM
Mlles paires d'allés, ou sur on aigle d'une grandeur
énorme ; tous les dieux et tous les animaux ; lui ; des trépieds d'or qui coureut pour arriver à conseil ; des roues qui tournent d'elles-mêmes , qui marchent en tournant, qui ont quatre laces qui sont couvertes d'yeux, d'oreilles, do langues et de ner; entre ces trépieds et ces roues une foule de morts qui ressuscitent au bruit du tonnerre ; les sphères célestes qui dansent et qui font entendre un concert harmonieux, etc., etc. ; les hôpitaux des fous sont remplis de pareilles imaginations.
On distingue l'imagination qui dispose des événerneus d'un poème, d'un roman, d'une tragédie, d'une comédie, qui donne aux personnages des caractères, des passions; c'est ce qui demande le plus profond jugement et la connaissance la plus fine du cœur humain ; talens nécessaires avec lesquels pourtant on n'a encore rien fait, ce irest que le plan de l'édifice.
L'imagination qui donne à tous ces personnages l'éloquence propre de leur état , et convenable à leur situation ; c'est là le grand art, et ce n'est pas encore assez.
L'imagination dans l'expression , par laquelle chaque mot peint une image à l'esprit sans rétonner , comme dans Virgile :
Remiyium alirum.
(Enéide, L VI, t. 19.)
ilarenttm abjungent frattrr 1 morte juvencum.
{ Oecr.'.iquea , !. III , t. 5 1 7. )
Velorum rvndinuw alta.
(É«.,UI,5ao.)
Pendent eircurn otcula nali.
(Gcorç.,U,5a3.)
Immortale jtcur tundent, fecund^tjit p«nit Vitctro.
(Éo., VI. 598-599.)
Et caliçjanltm nigré furmidine lucum.