‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 325 sur 551 · IV · texte numérisé non relu

IV

Fata voeanl, coniitejue natan'ia luminj «omiuu.

(Géw«,,IV,496) Virgile est plein de ces expressious pittoresques dont fl enrichit la belle langue latine, cl qui est si difficile de rendre dans nos jargons d'Europe, enfans bossus ol boiteux d'un grand homme de belle taille , mais qui ne laissent pas d'avoir leur mérite, et d'avoir fait de très-bonnes choses dans leur genre.

Il y a une imagination étonnante dans les mathématiques. Il faut commencer par se peindre nettement dans l'esprit la figure, la machine qu'on invente, •es propriétés ou ses effets. 11 y avait beaucoup plus d'imagination dans la têtcd'Archimcdc que dans celle d'Homère.

De même que l'imagination d'un grand mathématicien doit être d'une exactitude extrême, celle d'un grand poète doit être tres-châtiéc. Il ne doit jamais présenter d'images incompatibles, incohérentes, trop exagérées, trop peu convenables au sujet.

Pulchérie , dans la tragédie d'Héracïius , dit a Phocas :

La Tapeur de mon une; ira froatir La fondre Qui Dira tient défi prête a te réduire en pondre.

(Actal.-MèueUI.)

Cettû exagération forcée ne paraît pas convûnakte

à une jeune priucesse qui, supposé qu'elle uH dûî dire que le tonnerre se forme der exhalaisons de la terre, ne doit pas présumer que la vapeur d'un peu de sang répandu dans une maison ira former la foudre. C'est le poète qui parle, et non la jeune princesse. Racine n'a point de ces imaginations déplacées; cependant, comme il fout mettre chaque chose à sa place, on ne doit pas regarder cette image exagérée comme un défaut insupportable, ce n'est que la fréquence de ces figures qui peut gâter entièrement un ouvrage.

Il serait difficile de ne pas rire de ces vers :

(Quelque noire» vapeur* que punsent concevoir , Et la mire cl In fille riuemblr ili'iespoir. Tout ce qu'elles pourront enfanter dV tcmpëlr* . Sans venir jusiju'j nom, crèvera sur ntxs teie»;

De leur borne impuissante un trophée l V Amour.

(Coajuixs, Théodore, ocu I, teeue I.)

<i Ces vapeurs de la mère et de la fille qui enfantent des tempêtes , ces tempêtes (jui ne vieuitent point jusqu'à Placide, et qui crèvent sur les têtes pour ériger un trophée d'une haine, » sont assurément des imaginations aussi incohérentes , aussi étranges que mal exprimées. Racine , Boilcau , Molière, les bons auteurs du siècle de Louis XIV ne tombent jamais dans ce défaut puéril.

Le grand défaut de quelques auteurs qui sont venus après le siècle de Louis XIV c'est de vouloir toujours avoir de l'imagination, et de fatiguer le lecteur par cette vicieuse abondance d'images recherchées, autant que par des rimes redoublées, dont la moitié au moins est inutile. C'est ce qui a fait tomber tant de petits poèmes comme Vert- Vert, la treuse, les Ombres, qui eurent la vogue pendant quelque temps.

Omnt suptrvacuum pteno de perfore memaL • ( Hobace, Art poétique , v. 837.)

On a distingué, dans le grand Dictionnaire encyclopédique, l'imagination active et la passive. L'active est celle dont nous avons traite; c'est ce talent ae tonner des peintures neuves de toutes celles qui

sont dans notre mémoire.

La passive n'est presque autre chose que la mémoire, même dans un cerveau vivement ému. Un homme d'une imagination active et dominante, un prédicateur de la ligue en France, ou des puritains en Angleterre, harangue la populace d'une voix tonnante, d'un œil enflammé et d'un geste d'énergumenc, représente Jésus-Christ demandant justice au Père éternel des nouvelles plaies qu'il a reçues des royalistes, des clous que ces impics tiennent de lui eufoncer une seconde fois dans les pieds et dans les mains. Vengez Dieu le père , vengez le sang de Dieu le fils, marchez sous les drapeaux du Saint - Esprit ; c'était autrefois une colombe; c'est aujourd'hui un aigle qui porte la foudre. Les imaginatiit.'- passives, ébranlées par ces images, par la voix, par l'action de ces charlatans sanguinaires, courent du prône et du prêche tuer des royalistes et se faire pendre.

Les imaginations passives vont s'émouvoir tantôt

aux sermons , tantôt aui sneciae]&s« tentât À La. IMPIB.

Qun est l'impie ? c'est celui qui donne une barbe blanche, des pieds et des mains à l'Être des êtres, au grand Demiourgos, à l'intelligence éternelle par laquelle la nature est gouvernée. Mais ce n'est qu un impie excusable, un pauvre impie contre lequel oo 9e doit pas se ficher.

Si même U peint le graud Etre incompréhensible porté sur un nuage qui ne peut rieu porter; s'il est assez. betc pour mettre Dieu dans un brouillard, dans la pluie, ou sur une montagne, et pour leutourer de petites fiices rondes, jouflucs, enluminées, accompagnées de deux ailes; je ris, et je lui pardonne de tout mon coeur.

L'impie qui attribue à l'Être des êtres de* prédictions déraisonnables cl des injustices me fâcherait , si ce grand Être ne m'avait fait présent d'une raison qui réprime ma colère. Ce £0t fanatique me répèle, après d'autres, que ce n'est pas à nous à juger de ce qui est raisonnable et juste dans le grand Être, que sa raison n'est pas comme notre raison, que sa justice n'est pas comme notre justice. EK ! comment veux-tu, mon fou d'énergumène, que je jugo autrement de la justice et de la raison que par les notions que j'en ai? veux-tu que je marche autrement qn'a7cc mes pieds, et que je te parle autrement qu'avec ma bouche ?

h impie qui suppose le grand Être jaloux, or gucilloux, malin, vindicatif, est plus dangereux. Je ne voudrais pas coucher sous le même toit avec cet homme.

Mais comment traitcrei-vous l'impie qui vous dit: Ne vois que par mes yeux, ne pense point; je t'annonce un Dieu tyran qui m'a fait pour cire ton tyran ; je suis sou bien-aimé; il tourmentera pendant toute l'éternité des millions de ses créatures qu'il déteste pour me réjouir; je serai ton maître dans ce monde, et je rirai de tes supplices dans l'autre?

Ne vous sentex-vous pas une démangeaison de rosser ce cruel impie ? et, si vous Êtes né doux, ne courrez.- vous pas de toutes vos forces a 1 occident quand ce barbare débite ses rêveries atroce* a l'orient ?

A l'égard dos impies qui manquent à se laver le coude vers Alep et vers Erivan, ou qui ne se mettent pas à genoux devant une procession de capucins à Perpignan , ils sont coupables saus doulc , mais je ne crois pas qu'on doive les empaler.

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