‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 372 sur 551 · LUXE · texte numérisé non relu

LUXE

SECTION PHr.MlkKK.

Dans un. pays où tout le monde allait, pieds nus, le premier qui se fit faire une paire de souliers a vait-d du luxe? n'était-ce pas un homme très-sensé et trè*-

N'en esMl pas de même de celui qui eut 1 chemise? pour celui ami la fit blanchir et repasser, ja le crois un génie plein de retour ces , et capable

Cependant ceux qui n'étaient pas accoutumés à porter de* chemises blanches, lt prirent pour un riche efféminé qui corrompait la nation.

Gardez-vous du luxe, disait Caton aux Romains ; vous avez subjugué la province du Phase; mais ne mangez jamais de faisans. Vous avec conquis le pays où croit le colon, couches; sur la dure. Vous a ver. «olé à main armée l'or, 1 argent et les pierreries de vingt nations, ne soyez jamais assez sots pour vous eu servir. Manquez de tout après avoir tout pris. Il

ot libres.

Lucullus lui répondit : Mon ami, souhaite plutôt que Crassus, Pompée , César et mo; nous dépensions Uout en luxe. Il faut bien que les yands voleurs se battent pour le partage des dépouilles. Rome doit être asservie , mais elle le sera bien plus tdt et bien

comme toi notre argent, que si nous le dépensons en superfluilés et eu piaisics. Souhaite que Pompée et César s'appauvrissent assea pour n'avoir pas de quoi soudoyer des armées.

il n'y a pas long-temps qu'un homme de Norwéf/e reprochait le luxe à uu Hollandais. Qu'est devenu , disait-il, cet heureux temps où an négociant, parlant d'Amsterdam pour les grandes Indes, laissait un quartier de bœuf fumé dans sa cuisine, et la retrouvait à sou retour ? Où sont vos tuiliers de bois et vos fourchettes de fer? n'est-il pas benteux pour un sage Hollandais de coucher dans un lit de damas ?

Va-t'en à lia ta via , lui répondit l'homme d'Amsterdam; gagne comme moi dix tonnes d'or, < l'envie ne le prendra pas d'être bien vêtu, bic et bien logé.

Depuis celle conversation on & éci it vingt volumes le luxe, et ces livres ne lunt ni diminué, ni

SECTION II

On a déclamé contre le luxe depuis deux mille ans en vers et en prose , et on l'a toujours aimé.

Que n'a-t-on pas dit des premiers Romains, quand cos brigands ravagèrent et pillèreut les moissons; quand, pour augmenter leur pauvre village, ils détruisirent les pauvres villages des Voisqucs et des Samnitcs ? c'étaient des hommes desintéressés et vertueux ; ils n'avaient pu encore voler ui or, ui argent, ni pierreries, parce qu'il u'y en avait point dans les bourgs qu'ils saccagèrent. Leurs bois ni leurs marais ne produisaient ni perdrix, ni faisans; et on loue leur tempérance!

Quand de proche en proche ils eurent tout pillé, tout volé du fond du golfe Adriatiquo à l'Eupbrate, et qu'ils eurent assea d'esprit pour jouir du fruit de leurs rapines; quand ils cultivèrent les arts, qu'ils goûtèrent tous las piaisics, et, qu'ils les firent même . il» cessèrent alors, dit-un. d'être

Toute* ces déclamations se réduisent i prouver qu'un voleur ne doit jamais ni manger le dîner qu'il a Bris, ni porter Fhabit qu'il a dérobé , ni se parer d; la bague qull a volée. Tl fallait, dit-on, jeter tout cela dans la rivière , pour vivre en honnêtes gens; dites plu tdt qu'il ne fallait pas voler. Condamner, les brigands quand ils pillent; mais ne les traitez pas d'insensés quand ils jouissent («). De bonne foi, lorsqu'un grand nombre de marins anglais se sont enrichis i la prise de Pondichcri et de la Havane , ont-ils eu tort d'avoir ensuite du plaisir à Londres pour prix de la peine qu ils avaient eue an fond de l'Asie et de l'Amérique ?

Les deelamateurs voudraient qu'on enfouît les richesses qu'où aurait amassées par le sort des armes, par l'agriculture, par le commerce et par l'industrie. Us citent Lacédémone; que ne citent-ils aussi la république do Saint-Marin? Quel bien Sparte fit-elle à la Grèce? eut-elle jamais des Démoftthcnes, de» Sophocle , des A pelles et des Phidias ? Le luxe d'Athènes a fait des grands dominer en tout gonre ; Sparte a eu quelques capitaines , et encore en moins grand nombre que les autres villes. Mais a la bonne heure qu'une aussi petite république que Lacédt roou* conserve sa pauvreté (i). Ou arrive à fil mort aussi bien en manqoaut de tout qu'en jouissant de ce qui peut rendre la vie agréable, l-c sauvage du Canada subsiste, et atteint la vieillesse comme le citoyen d'Angleterre qui a cinquante mille guinées de revenu . Mais qui comparera jamais le pays des Iroquoi* a l'Angleterre ?

Que la république de Raguse et le canton de Zug fassent des lois somptuaircs, ils ont raison, il fttit que le pauvre ne dépense point au-delà de ses forée» ; mais j'ai lu quelque part :

Sachez surtout que le luxe enrichit Uu grand état, »H ru perd un petit (a,'.

Si par luxe vous entendez l'oxces, ou sait que I excès est pernicieux en tout geuru , dans l'abstinence comme dans la gourmandise, dans l tccnc mie comme dans la libéralité. Je ne sais comment il est arrive que dans mes villages où la terre est ingialt: , les ini-

(a) l«e paovre d'esprit que «Mus avou» <ié.ja «U, ayant lu i* passage d»n» une mauvaise édition ou il y «fit un puint apn s M mot bonne foi, crut que l'autour voulait d tr que le* Ti.tctti» jouiraient de bonne toi. Nous savon» bien que ce pauvre «l'esp» »« e*t méchant, mail, de bonne fui. il n* peut > ln» danpertus.

( i ) t-aeédémonc u évita la luxe qu'en conservant la comaathaut» nu 1'épalitt- d» h*n»; nmiaelle uecousma l'un ou l'auu.' qu'en feaant cultiver les terre» par uu peuple «clav.-. C'était U législation du rouvert de Saint -< .badt ; c-U prés que le» moine* ne se permettaient pouat d assaaciner ni d'aseouiin/r le.ui» mainruortablea. L'existence d* légalise ou de la comtnuaauni Un biens suppose ce lie d'un peuple mil r Le» bpurtiale» uvairui de la verra, roram le* volenrs da esani chciniu, comme Ir» m qniaileaca, comme toutes le» claaaea.d hown.raq*- 1 ueintude a

ta) I.c lo

dn droit de propriété. Si dans un petit étal il n'y a point une grande rnéga ilé ce battu ne, il n'y aura paa de luac : ai 'Cite juafnlitë y ezxte. la nue en eat le reroeoe. Ce sont, lea 1 tuair< » de Genève qui lui ont fait perdre b liberté.

pots lourds, la défense d'exporter le blé qu'où a semé intolérable, il n'y a guère pourtant de colon qui n'ait un bon habit de drap, et qui ne soit bien chausse et bien nourri. Si ce colon laboure arec sou bel habit, avec du linge blanc, les cheveux frisés et poudras, roilà certainement le plus grand luxe, cl le plus imperlincut: mais qu'uu bourgeois de Paris ou de Londres paraisse au spectacle vêtu comme ce paysau , voilà la lésine la plus grossière et la plus ridicule.

t , trust cm Ci eVnMjué p*nci9 Quai ultri citrài/ut neam'i consUtere rtetum.

(lion ace, liv. 1, ut. I, v. 10O. }

Lorsqu'on inventa les ciseaux, qui •*<? sont certainement pas de l'antiquité la plus haute, que ne dit-on pas contre les premiers qui se rognèrent les ongles, et qui coupèrent une partie des cWwi\ qui leur tombaient sur le nez? On les traita sans doute de petitsmaîtres et de prodigues , <|ui achetaient chèrement un instrument de la vanité pour gâter 1 ouvrage du Créateur. Quel péché énorme d accourcir la corne que Dieu ti f«il naître au bout de nos doigts! C'était un outrage à la Divinité. Ce fuUbicn pis quand on inventa les chemises et les chaussons. On sait avec quelle fureur les vieux conseillers qui n'en avaient jamais porté , crièrent contre les jeunes magistrats qui donnèrent dans ce luxe funeste (-/).

Page 1