‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 373 sur 551 · MAGIE · texte numérisé non relu

MAGIE

La magie est une scieucc bien plus plausible que l'astrologie et que la doctriuc des génies. Dès qu'on commença à penser qu'il y a dans l'homme un être tout- à - fait distinct de la machine, et que l'entendement subsiste après la mort, on donua * cet entendement un corps délié, subtil, aérien, ressemblant au corps dans lequel il était logé. Deux raisons toutes naturelles introduisirent cette opinion : la première, c'est que dans toutes les langues l'Ame s'appelait esprit, souffle, vent : cet esprit, ce souffle, ce vent était donc quelque chose de fort mince cl fort délie. La seconde, c'est que, si l'âme d'uu homme n'avait

(a) Si l'oo entend par luxe tout ce qui est uu-deli du n«kr»uire, le line m «ne tuile n»Uirelk de» progrès de l'espèce hnm>iw ; et, pour raitonner i..n*«ji:emmei>t . tout ennemi J«i luxe doit croire , avec r\ou*wen , que l'état de bonheur et de vertu pour l'homme est celui, non de sauvage, nwis d otmh tntnij. On sent qti'il serait abeurde dr regarder comme un mai dont loua le* bninmc* jouiraient : au»H ne i en pénéral le nom de luxe qu'aux superlluhés , doul un petit aotnbre d individu* seulement peuvent jouir. Dan» ta eens le luxe est une suite nécessaire de la propriété, mu laquelle aucune «octété ne peut subsister, et d'une grande inégalité tutre les fortunes , qui est ta conséquence . non du droit de propriété . mais des maervaiset lois. Ce sont donc les mauvaise* lois qui font naitre le Une , et ce mot les bonnes lois qui peuvent le détruire. Les mondiale-* doi»ent adi -e«*er leur* lernions an lég» lateurs, et non aux particuliers ; parce qu'il est dana l'ordre des ahom possibles qu'un bonne vertueux et éclairé ait le pouvoir .de faire des lois raisonnable» , et <m il n'est pas dans la nature ! que tons les riches d'un pays renoncent par vertu à

pas retenu une forme semblable à celle qu'il possédait pendant sa vie, on n'aurait pas pu distinguer après la mort I Ame d'uu homme d'avec celle d un autre. Cette âme, cette ombre qui subsistait séparée de son corps, pouvait très- bien se montrer dans l'occasion , revoir les lieux qu'elle avait habités , visiter ses parens, ses amis, leur parler, les instruire; il u'y avait dans tout cela aucune incompatibilité. Ce qui est peut paraître.

Les Ames pouvaient très - bien enseigner à ceux qu'elles venaient voir la manière de les évoquer: elles n'y manquaient pas; et le mot Abraxn , prononcé avec quelques cérémonies, fesait venir les Ames auxquelles on voulait parler. Je suppose qu'un Egyptien eût dit à un philosophe : a Je descends en ligne droite des magiciens de Pharaon, qui changèrent des baguettes en serpens, et les eaux du Nil en sang; un de mes ancêtres se maria avec la pyibt»iiisse d'Endor qui évoqua l'ombre de Samuel à la prière du roi Saul : elle communiqua ses secrets à son mari, qui lui fit part des siens : jo possède cet héritage de père et do mère, ma généalogie est biest avérée; je commande aux ombres et aux éJémens. » Le philosophe n'aurait eu autre chose à faire qu'à lui demander sa protection : car, si ce philosophe avait voulu nier et disputer, le magicien lui eût fermé la boucho en lui disant : a Vous ne pouvez nier les faits; mes ancêtres ont été incontestablement de grands magiciens, et vous n'en doutez pas; tous navex uulie raison pour croire que je sois de pire condition qu'eux , surtout quaud un homme d'honneur comme moi vous assure qu'il est sorcier, n Le philosophe aurait pu lui dire : Faites-moi le plaisir d'évoquer unombre, de me faire parler à une Ame, de changer cette eau en sang, celte baguette en serpent. Le magicien pouvait répondre : Je ne travaille pas pour les philosophes : j'ai fait voir des ombres a des dauvtrès-respectables, à d«*s gens simples qui ne disputent point : \ous devea croire au moins qu'il est tri--.po&Mhlr que j'aie ces secrets, puisque vous êtes forcé d'avouer que mes ancêtres les ont possédés : ce qui s'est fait autrefois se peut faire aujourd'hui, et vous devez, croire à la magie sans que je sois obligé d'exercer mou art devant vous.

Ces raisons «ont si bonnes qne tous les peuples oni eu des sorciers. Les plus grands sorciers étaient payés par l'état pour voir clairement l'avenir dans le coeur et dans le foie d'un boeuf. Pourquoi donc a-t-on si long temps puni les autres de mort ? ils fesaienl dechoses plus merveilleuses; on devait donc les honorer beaucoup , on devait surtout craindre leu. puissance. Rien n'est plus ridicule que de condamner un vrai magicien à être brillé; car on devait présumer qu'il pouvait éteindre le feu, et tordre le cou a ses juges. Tout ce qu'on pouvait faire, c'était de lui dire : Mon ami, nous ne vous brûlons pis cemmeun sorcki mais comme un faux sorcier, qui voui d'un art admirable que vous ne possédez pas : nous vous traitons comme un homme qui débite de la fausse monnaie : plus nous aimons la bonne, plut nous punissons ceux qui en donnent de fausse : noti» savons très -bien qu'il y a eu autrefois de vénérables

Is, buis nous sommes fondés à croire que tous ne l'êtes pu, puisque tous von» laissez brûler comme un sot.

- Il est vrai que le magicien poussé à bout pourrait dire : Ma science ne s'étend pas jusqu'à éteindre un bûcher sans eau, et jusqu'à donner la mort à mes juges arec des paroles : je peux seulement évoquer des âmes, lire dans l'avenir, changer certaines matières en d'autres : mon pouvoir est borné; mais vous ne devez pas pour cela me brûler à petit feu ; c'est comme si vous feriez pendre nn médecin qui aurait guéri de la fièvre, et qui ne pourrait vous guérir d'une paralysie. Mais les juges lui répliqueraient : Faites-nous donc voir quelque secret de votre art, on consentez à être brûlé de bonne grâce (*).

MAHOMÊTANS.

Je vous le dis encore, ignorait; imbéciles, à qui d'autres ignorans ont fait accroire que la religit n mahométanc est voluptueuse et sensuelle, i) n'en est rien ; on vous a trompés sur ce point comme sur Uni d'autres.

Chanoines, moines, curés même, si on vous imposait la loi de ne manger ni boire depuis quatre heures du matin jusqu'à dix du soir, pendant le mois de jiillct , lorsque le carême arriverait dans ce temps; si on vous défendait de jouer à aucun jeu de hasard sous peine de damnation ; si le vin vous était interdit sous la même peine; s'il vous fallait f*»re un pèlerinage dans des déserts brûlans; s'il vous était enjoint de donner au moins deux et demi pour cent de votre revenu aux pauvres; si, accoutumés à jouir de dixhuit femmes, on vous en retranchait tout d'un coup quatorze; en bonne foi, oseriez -vous appeler cette religion sensuelle ? ■

Les chrétiens latins ont tant d'avantages sur les musulmans, je ne dis pas eu fait de guerre, mais en fait de doctrine ; les chrétiens grecs les ont tant battus en dernier lieu depuis 1769 jusqu'en 1773, que ce n'est pas la peine de se répandre en reproches injustes sur l'islamisme.

Tâchez de reprendre sur les mahonif'-tans tout ce qu'ils ont envahi; mais il est plus aisé de les calomnier.

Je hais tant la calomnie que je ne veux pas môme qu'on impute des sottises aux Turcs, quoique je les déteste comme tyrans des femmes et ennemis des arts.

Je ne sais pourquoi l'historien du Bas-Empire prétend («) que Mahomet parle dans son Koran de son voyage dans le ciel : Mahomet n'en dit pas nn mot ; nous l'avons prouvé.

H faut combattre sans cesse. Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu'un qui la suscite (•).

(•) Voyn t'arttcW Postant*.

V n»)u»ièn* volume, pnje «09.

\\yye- les article» Aiot rr Maaor. M KmomêM.

SECTION PaEMILaC.

Qoi je suis malheureux d'être né ! disait Ardas**» Ougli, jeune icogla» du grand padisha des Turcs. Encore si je ne dépendais que du grand padisha ; mais je suis soumis au chef de mon oda , au capigi bacbi ; et, quand je veux recevoir ma paye, il faut que je me prosterne devant un commis du tefterdar, qui m'en retranche la moitié. Je n'avais pas sept ans que l'on me coupa, malgré moi, en cérémonie, le bout de nton prépuce, et j'en fus malade quinze jours. I* derviche qui nous fait la prière est mon maître; un iman est encore plus mon maître; le mol la l'est encore plus que l'iman. Le cadi est un autre maître; le cadis-lcsker l'est davantage; le mufti l'est beaucoup plus que tous ceux-là ensemble. Le kiaia du graud vizir peut d'un mot me foire jeter dans le canal ; et le grand vizir enfin peut me faire serrer le cou à son plaisir, et empailler la peau de ma tête, que personne y prenne seulement garde.

Que de maîtres, grand Dieu ! quand j'aurais 1 tant de corps et autant d'smc* que j'ai de devoirs à remplir, je n'y pourrais pas suffire. O Allah ! que ne m'as-tu fait chat-buant! je vivrais libre dans mon tron et je mangerais des souris à mon aise sans maître et sans valets. C'est assurément la vraie destinée de l'homme ; il n'a des maîtres que depuis qu'il est perverti. Nul homme n'était fait pour servir continuellement un autre homme. Chacun aurait charitablement aidé son prochain , si les choses étaient dans l'ordre. Le clairvoyant aurait conduit l'aveugle, le dispos aurait servi de béquilles au cul-dc-jattc. Ce monda aurait été le paradis de Mahomet ; et il est l'onfer qui se trouve précisément sous le pont-aigu.

Ainsi parlait Ardassan Ougli, après avoir reçu les étrivières de la part d'un de ses maîtres.

Ardassan Ougli, au bout de quelques années, devint bâcha à trois queues. U fit une fortune prodigieuse; et il crut fermement que tous les hommes, excepté le grand turc et le grand vizir, étaient nés pour le servir, et toutes les femmes pour lui donner du plaisir scion ses volontés.

SECTION II

CoKMEirr un homme a-t-il pu devenir le maître d'un autre homme , et par quelle espèce de magie iu- ! a-t-il pu devenir le maître de pluautres hommes? On a écrit sur ce phénomène un grand nombre de bons volumes, mais je donne la préférence à une fable indienne, parce qu'elle est courte, et que les tables ont tout dit.

Adimo, le père de, tous 'es ludiens, eut deux fils et deux filles de sa femme Proeriti. L'ai né était un géant vigoureux, le cadet était un petit bossu, les deux filles étaient jolies. Dès que le géant sentit sa force, il coucha avec ses deux sœurs, et se fit servir par le petit bossu. De ses deux sœurs l'une fut sa cuisinière, l'autre sa jardinière. Quand le géant voulait dormir, il commençait par enchaîner à un arbre son petit frère le bossu, et lorsque celui ci s'enfuyait, il

le rattrapait en quatre enjambées, cl lai dounait vingt coups de nerf de boeuf. /

Le bossu devint soumis et le meilleur sujet du inonde. Le géaut, satisfait de le voir remplir ses devoirs de sujet, lui permit de coucher avec une de ses soeurs dont il était dégoûté. Lcsenf«i>s qui vinrent de ce mariage ne furent pas tout-a-iail bossus; mais, ils eurent la uille assez. contrefaua. lit furent élevé* dans la crainte de Dieu et du géant. Ils reçurent une; excellente éducation; on leur apprit que leur grandi oncle était. géant de droit divin, qu'il pouvait faire de toute sa famille ce qui lui plaisait; que, s'il avait quelque jolie nièce, ou arrière-uicce, c'était pour lui seul sans difficulté, et que Dcrsonne ne pouvait coucher avec elle que quand il n'en voudrait plus.

Le géant étant mort, sou fils, qui n'était pas à beaucoup près si fort ni si grand que lui, crut cependant être géant comme son père de droit divin. 11 prétendit faire travailler pour lui tous les hommes, et coucher avec toutes les tillos. La famille se ligua contre lui, il fut assommé, et on se mil er- république.

Les Siamois au coutrairo prétendaient que la famille avait commencé par être républicaine , et que le géant n'était venu qu'après un grand nombre d'années et de dissensions ; mais tous les auteurs de Bénarès et de Siam conviennent que les boni mes vécurent une infinité de siècles avant d'avoir l'esprit de frire des lois; et ils le prouveut par une raiso plique, c'est qu'aujourd'hui môme où tout le se pique d'avoir de l'esprit, on n'a pas trouvé encore le moyen de faire une vingtaine de lois passablement

Cest encore, par exemple, une question iu&olublfr dans l'Inde, si les républiques ont été établies avant ou après les monarchies, si la confusion a dû paraître aux hommes plus horrible que le despotisme. J'ignore ce qui est arrivé dans l'ordre des temps; mais dans celui do la nature il faut convenir que , les hommes naissant tous égaux, la violence et l'habileté ont fait, les premiers maîtres; les lois ont milles dernier».

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