MESSE
La messe dans le langage ordinaire est la plus grande et la plus auguste des cérémonies de l'église. On lui donne des surnoms différons , selon les rites usités dans les diverses contrées où elle c:>t célébrée, tels que la messe mosarabc oa ijolhUfuc , la nics.^e grecque , la messe latine. Durandus et Eckius appellent sèche la messe où il ne se fait point de consécration, comme celle qu'on fait dire eu particulier aux aspirans à la prêtrise; et le cardinal Bona (i) rapporte, sur la foi de Guillaume de Nangis, que saint Louis, dans son voyage d'outre-rrer, la fesait dire ainsi pour ne pas risquer que l'agitation du vaisseau fit répandre le vin consacré. îl ci»c aussi (leuébrard qui dit avoir assisté à Turin en 1^87 à une pareille messe célébrée dans une église, mai? après dîner, et fort tard , pour les funérailles d'une personne noble.
Pierre le Chantre parle aussi de la messe à deux , à trois , et même à quatre faces , dans laquelle le prêtre célébrait la messe du jour ou de la fête jusqu'à l'offertoire; puis il en commençait une seconde, une troisième , et quelquefois une quatrième , jusqu'au même endroit; ensuite il disait autant de secrètes qu'il avait commencé de messes; mais pour toutes il ne récitait qu'une fois le canon , et à la fin il ajoutait autant de collectes qu'il avait réuni de messes (/>).
Ce ne fut que vers !a fin du quatrième siècle que le mot de rnciu- commença A signifier la célébration de l'eucharistie. Le savant Beatus Rhenanus , dans ses notes sur Tcrtullien (Y), observe que saint Ainbroise consacra cette expression du peuple prise de ce qu'on
{*■) W«y«s l'article ..U-ah*-.
(a) l.iv. t. cliap. XV, sur la liturgie.
<b) Bingnam, Origio. «état. , t- VI , Ue. XV. ehap.IV, mt. Xi
(<•; Liv. tV
menait dehors le catéchumènes après la lecture de l'évangile.
On trouve dans les Constitutions apostoliques (</) une liturgie sous le nom de saint Jacques , par laquelle il paraît qu'au lieu d'invoquer les saints au cauou de la messe , la primitive église priait pour eux. Nous vous offrons encore, Seigneur, disait le célébrant, ce pain et ce calice pour tous les saints qui vous ont été agréables depuis le commencement des siècles, pour les patriarches, les prophètes, les justes, les apôtres, les martyrs, les confesseurs, le? évèqucs, les prêtres, les diacres , les sous- diacres , Jes lecteurs, les chantres, les vierges, les veuves, les laïques, cttous ceux dont les noms vous sont connus. Mais saint Cyrille de Jérusalem, qui vivait dans le quatrième siècle, y substitue cette explication : Après cela, dit-il («), nous lésons commémoration de ceux qui sont morts avant nous, et premièrement des patriarches, des apôtres, des martyrs, afin que Dieu reçoive nos prières par leur intercession. Cela prouve, comme nous le dirons à l'article Mique -, que le culte des saints commençait alors à s'introduire dans l'église.
Noël Alexandre (/) cite des Actes de saint André, où I on fait dire à cet apôtre : J'immole tous les jours sur l'autel du seul vrai Dieu, non les chairs des taureaux, ni le sang des boucs, mais l'agneau immaculé , qui demeure toujours entier et vivant après qu'il est sacrifié, et que tout le peuple fidèle eu a mangé la chair : mais ce savant dominicain avoue que cette pièce n'est connue que depuis le huitième siècle. I.c premier qui l'ait citée est Elhcritis, évéque d'Osma en Espagne , qui écrivit contre Elipand en ;88.
Abdias (y) rapporte que saint Jran, averti par le St igiK'ur de la fin de sa course, se prépara à la mort, et recommanda son église à Dieu. Puis, ayant pris du pain qu'il se fit apporter, il leva les yeux au ciel , \<t bénit, le rompit et le distribua a tous ceux qui étaient présciis, en leur disant : Que mou partage soit !•• voire, et que le vôtre soit le itien. Cette manière de célébrer l'eucharistie, qui veut dire action de grâces, est plus conforme à I institution de cette cérémonie.
En effet, saint Luc (A) nous apprend que Jésus, après avoir distribué du pain et du vin à ses apôtres qui soupaient avec lui, leur dit : Faites ceci en mémoire de moi. Saint M <mhieu (<) et saint Marc (A) disent de plus que Jésus chanta uui> hymuc. Saint Jean, qui ne parle dans son évangile ni de la distribu- 'ion du pain et du vin, ni de l'hymne, s'étend fort au long sur ce dernier article dans ses actes dont voici h texte cité par le second concile de Nicéc (/) :
Avant que le Seigneur fui pris par les Juifs, dit cet apôtre bien-aimé de Jésus, il nous assembla tous et nous dit : Chantons une hymno à l'honneur du Père,
(A Ijv. VHI . clmp. XMI. - >r) Oinqntome i
(f ) SiMr i . |.;> ;r i rvi.
(aj Hitl liv. V. art. XXII et XXin. — (fcj Ch. XXII,
». 19. — (i) Cliap. XXV! , T. 3o. — (fc) Cliap. XIV, v. 26. — (1) Col. 358.
•près quoi nous exécuterons le dessein que avons formé. Il nous ordonna donc de faire un cercle et de nous tenir lous par la main; puis, s'étant mis au milieu du cercle, il nous dit : Amen, suivez-moi. Alors il commença le cantique , et dit : Gloire vous soit donnée, ô Père ! nous répondîmes tous : Amen. Jésus continuant à dire : Gloire au verbe, etc.! gloire à l'esprit, etc.! gloire à la grâce! les apôtres répondaient toujours : Amen.
Après quelques autres doxologics Jésus dit : Je veux être sauvé et je veux sauver : Amen. Je veux être délié et je veux délier : Amen. Je veux «tre blessé et je veux blesser : Amen. Je veux naître et je veux engendrer : Amen. Je veux manger et je veux être consumé : hucu. Je veux être écouté et je veux écouter : Amen. Je veux être compris de l'esprit, étant tout esprit, toute intelligence : Amen. Je veux être lavé et je veux laver : Amen. La grâce mène la danse, je veux jouer de la flûte, dansez touc : Amen. Je veux chanter des airs lugubres, lamentez-vous tous : Amen.
Saint Augustin qui commente une partie de cette hymne, dans son épilrc (m) à Crétius, rapporte de plus ce qui suit : Je veux parer et être paré. Je suis une lampe pour ceux qui me voient et qui me connaissent. Je suis la porte pour tous ceux qui veulent y frapper. Vous qui voyez ce que je fais, gardez-vous bien d'en parler.
Cette danse de Jésus et des apôtres est visiblement imitée de celle des thérapeutes d'Egypte, lesquels après le souper dansaient dans leurs assemblées, d'abord partagés en deux chœurs ; puis réunis les hommes et les femmes ensemble, après avoir, comme en la fête de Bacchus, avalé force vin céleste, comme dit Philou («).
On sait d'ailleurs qu*, suivant la tradition des Juifs , après leur sortie d'Egypte et le passage de la mer Rouge, d'où la .solennité de paque prit son nom, Moise ('-), et sa soeur rassemblèrent deux rhœurs de musique, l'un composé d'homme: , l'autre de femmes, qui chantèrent en dansant en cantique d'artious de grâces. Ces instrumens r?«:remklés sur-le-champ, ces cluetfs arrangés avec tant de promptitude, la facilité avec laquelle l?s chanU et la danse furent exécutés, supposent une habitude de cesdenx exercices fort antérieure au moment de l'exécution.
Cet usage se perpétua dans la suite chez les Juifs(p). Les filles de Silo dansaient selon la coutume à la fiHc solennelle du Seigneur, quand les jeunes gens de la tribu de Benjamin, à qui on les avait refusées pour épouses, les enlevèrent par le conseil des \ieil lards d'Israël. Encore aujourd'hui dans la Palestine, les femmes, assemblées auprès des tombeaux de leurs pioches, dansent d'une manière lugubre et des cris lamentables (7).
(a») Épilrc »3~ .
(n) Traita; de la vie contemplative.
(«) Exode, ebap. XV, et Pkilon, Vie de ff>) Le» Jitge», ebap. XXI. v. »». (?) Voyage de Le Brun.
PH1L0S0PHIQLF..
On sait «nui qua les premiers chrétiens fbaietit entre eux des agapes ou repas de charité, en mémoire de la dernière ci-ne que Jésus célébra avec ses apôtres; les païens en prirent même occasion de leur (aire les reproches les plus odieux; alors, pour en bannir toute ombre de licence, les pasteurs défendirent que le baiser de paît , par où finissait cette cérémonie, se donnât entre les personnes de sexe dilFércnt (r). Mais divers autres abus dont se plaignait déjà saint Paul (s), et que le concile de Gangres, Tan 3a/,, entreprit en vain de reformer, firent enfin abolir les agapes, l'an J07, par le troisième concile de Carthagc, dont le ranon quarante-unième ordonna de célébrer le» saints mystères à jeun.
On ne doutera point que la danse n'accompagnait ces festins, si l'on fait attention que, suivant Scaliger, les évêques ne furent nommés promîtes dans l'égliso latine, à prcrsllicntlo, que parce qn'ils commençaient la danse, f » piepu? Héliot, dans son Histoire des ordres monastiques, dit aussi que pendant (es persécutions qui troublaient la paix des premiers chrétiens, il se forma des congrégations d'hommos et de femmes, qui, à l'exemple des thérapeutes, se retirèrent dans les déserts; lit ils se rassemblaient dans les hameaux les dimanches et les fêtes, et ils y dansaient pieusement en clianl?iit les prières de t'église.
En Portugal, en Espagne, dans le Roussillon, l'on exécute enc ore aujourd'hui des danses solennelles «>u l'honneur des mystères du christianisme. Tontes le* veilles des fêtes de la Vierge, les jeunes filles s'assemblent devant la porte des églises qui lai sont dédiées, et passent la nuit à danser en rond, et à chanter des hvmnes et des cantiques on son honneur. Le cardinal Ximénès rétablit de son temps dans la cathédrale de Tolède l'ancien usage des inesses mosarabes, pendant lesquelles on danse dans le ebreur et dans la nef avec autant d'ordre que de dévotion. En Franco même on voyait encore vers le milieu du dernier siècle les pntres et tout le peuple de Limoges danser en rond dans la collégiale en chantant: .V.?nt t/.ireian . /•»«,;.•/< pv »«►«»• *i n»us q'irrfnrru pr bon*: c'està-dire, Saint Martial, pries pour nors, et nous danserons pour vous.
Eulin le jésuite Mcncstvier, dans la préface de son Traité des ballets publié en ( t»H;» . dit qu'il avait vu encore les chanoines de quelques élises, qui, jour de P.iqucî , prruaieut par I;' main 1rs enfuis de chœur, et dansaient <l:ris le «lueur eu chantant des hymne.-; de réjouissance. Ce que nous avons dit à l'article % des iIj iscs extravagantes de la fête des fou*, nous d «-couvre nue partie des abus qui ont fait retrancher la danse dos cérémonies de la messe, lesquelles plus elles ont de gravité , plus elles sont propres à en imposer aux simples.
(r* Tl:fiî3.i*M 1 . <l »ri(i >lc ï'i- gliv: , yurt. Itl, t. XI.VII, a. t. t 'o .11 !i I . du,' . t.
4VE&TISSEMKKT.
( Cet article est de M. Palier de Boitent , d'une ancienne fa~ mille de France, établie depuis deux cents ans en Suisse. Il est premier pasteur de Lausanne. Sa science est égale à ta piété. Il eomposa cet article pour h grand Dictionnaire encyclopédique, dans lequel il fut inséré. On en supprima seulement queltpsjt* endroits, dont les examinateurs crurent que des catholiques moins et moins pieux que l'auteur pourraient abuser. Il fut ■ l'applaudissement de tous les srges.
On t'imprima en mime temps dan» un autre petit dictionnaire, et on l'attribua en France, à un tomme qu'on n'était pus fiché d inquiéter. On supposa que l'article était impie, parce qu'on le supposait d'un laïque, et on se déchaîna contre l'ouvrage et cttnlre l'auteur prèterdu. L'homme accusé se contenta de rire de cette mèprite. Il voyait avec compassion sous ses yeux cet exemple des erreurs et des injustices que les hommes commettent tous les jours dans leurs juqemcns, car il avait le manuscrit du sage et savant prêtre écrit tout entier de sa main. Il le possède encore. Il sera montré à qui voudra l'examiner. On y verra jusqu'aux ratures faites alors par ce laïque même, pour prévenir les interprétations maligneu
ISom réimprimons donc aujourd'hui cet article dans toute {•intégrité de l'original flous en avons retranché pour ne pas répéter ce que nous avons imprimi.atUeurs ; mai* nous n'avons pas ajouté un seul mot.
Le bon de toute cette affaire, c'est qu'un confrère de t auteur respectable «civil les choses du monde les plus ridicules contre cet article de ton conf ère , croyant écrire contre un ennemi commun. Cela ressemble à ces combats de nuit , dans lesquels on se bat contre ses camarades.
Il est arrivé mille fois que des controversUles ont condamné des passages de saint Augustin, de saint Jérôme , ne sachant pas qu'ils fussent de ces pères. Ils anathématiseraient une partie d» nouveau Testament, s'ils n'avaient point oui dire de qui est ee Kvrc C'est ainsi qu'on juge trop souvent.)
Messie. Messins, ce terme vient de l'hébreu; il est synonyme du mot grec Christ. L'un et l'autre sont des termes consacrée dans la religion, et qui 11e se donnent plus aujourd'hui qu'à l'oint par excellence , ce souverain libérateur que l'ancien peuple juif attendait, après la venue duquel il soupire encore, et que les chrétiens trouvent dans la personne de Jésus, fils de Marie, qu'ils regardent comme l'oint du Seigneur, le Messie promis à l'humanité : les Grecs' emploient aussi le mol d'F.Uiinmcro< , qui signifie la nie me chose que Christos.
>ous voyons dans l'ancien Teitament <jiie le mot de Messie, loin d'être particulier au libérateur aprè:. la venue duquel le peuple d'Israël soupirait, ne l'était pas seulement aux vrais et fidèles serviteurs de Dieu, mais que ce nom fut souvent donné aux rois et aux princes idolâtres , qui étaient dans la main do l'Éternel les ministres de ses vengeances, ou des instrumens pour l'exécution des conseils de sa sagesse-. C'est ainsi que l'auteur de l'Ecclésiastique dit d'Elisée (a), qui «nr/i> rrtfes ad juciiiu-ntiitm , ou comme l'ont rendu les Septante, ad vinili'titm. «Vous oigne/, les rcis pour exercer la vengeance du Seigneur. •> C'est pourquoi il envoya un prophète pour oindre Jéhu roi d'Israël. 11 annonça l'onction sacrée à Hazael, roi de Damas et de Syrie (>' ), ces d'-ur. prince* étant les Messies du Très-Haut pour venger les c rimes et les abominations de la maison d'Achali.
(aj EecIcMatt. . clup. XLVIII, v. A.
(b) lit dos Ho s, c'.,p. XIX, v , Seiiti.
Mais au XLV* d'Isaie, v. i, le nom de Messie est expressément donné à Cynrs. « Ainsi a dit l'Eternel à Cyrus son oint, son Messie duquel j'ai pris 1* main droite, afin que je terrasse les nations devant lui, etc.»
Ezéchiel, au XXVIII' de ses révélations, t. 14, donne le nom de Messie au rot de Tyr, qu'il appelle attSsi chérubin, et parle de lui et de sa gloire dans des termes pleins d'une emphase dont on sent mieux les beautés qu'on ne peut en saisir le sens, m l'ils de l'homme , dit l'Eternel au prophète, prononce à haute voix une complainte sur le roi Je Tyr, et lut dis : Ainsi a dit le Seigneur, l'Éternel , tu étais le sceau de 1» ressemblance de Dieu, plein de sag»>se et parfait en beautés; lu as été le jardind'Êdeu du Seigneur (ou, suivant d'autres versions, tu étais toutes lesdélices du Seigneur); ta couverture était de pierres précieuses do toutes sortes, de sardoinc, de topaze, de jaspe, de chrysolitc, d'onyx, de béril, de saphir, d'escarboucle, d'émeraude et d'or. Ce que savaient faire tes tambours et tes flûtes a clé chez toi ; ils ont été tout prêts au jour que tu fus créé , tu as été un chérubin , un Messie pour servir de protection; je t'avais établi; tu as été dans la sainte montagne de Dieu , tu as marché entre les pierres flamboyantes, tu as été parfait en tes voies, dès le jour que tu fus créé, jusqu'à ce que la perversité a été trouvée en toi. »
Au reste le nom de Masitth , en grec Christ, se donnait aux rois, aux prophètes et aux grands-prêtres des Hébreux. Nous lisons dans le Ier livre des Rois, ch. XII, v. 5 : « Le Seigneur et son Messie sont témoins, c'osl-à-dirt , le Seigneur et le roi qu il a établi. » Ht ailleurs, 4 ne touches point mes oints, et ne faites aucun mal à mes prophètes. » David, animé de l'esprit de Dieu, douuc dans plus d'un endroit à Saul, son beau -père, qui le persécutait et qu'il n'avait pas sujet d'aimer; il donne, dis-je, à ce roi réprouvé , et de dessus lequel l'esprit de l'Éternel s'était retiré, le nom et la qualité d'oint, de Messie du Seigneur. « Dieu me „arde, dit-il fréquemment, de porter ma main sur l'oint du Seigneur, sur le Messie de Dieu. »
Si le beau nom de Messie, d'oint de l'Eternel, a été donné à des rois idolâtres, à des princes cruels et tyrans, il a été très-employé dans nos anciens oracles pour désigner véritablement l'oint du Seigneur, ce Messie par excellence, objet du désir et de l'aiicntc de tous les fidèles d'Israël. Ainsi Anne, mère de Samuel, conclut son cantiquo p?r ces parole remarquables, cl qui ne peuvent s'appliquera aucun roi (t), puisqu'on sait que pour lors les Hébreux n'en avaient point : « Le Seigneur jugera les extr. mitt s de la terre, il donnera l'empire à son roi, il relevé. a la corne de son Christ, de son Messie. » Ou trouve ce même mot dans les oracles suivans : Psaume II, v. a. l'saume XXVII, v. 8. Jérémic (ï'Aiç/i.) IV, v. ao. Daniel IX, v. >.C. Ilabacuc III, v. i3.
Que si l'on rapproche tous ces divers oracles, et en général tous ceux qu'on applique pour l'ordinaire au Messie, il eu résulte des contrastes en quelque
(c)l. noi«,db.p. Il, ». 10.
aorte inconciliables, et qui justifient jusqu'à un certain point l'obstination du peuple a qui ces oracle*
Comment en effet concevoir, avant que l'événement leut si bien justifié dans la pertoune de Jésus, fils de Marie ; comment concevoir, die- je, une intelligence en quelque sorte divine et humaine tout ensemble, un être grand et abaissé qui triomphe du diable, et que cet esprit infernal, ce prince des puissances de l'air, Uute, emporte et fait voyager malgré lui, maître et serviteur, roi et sujet, sacrificateur et victime tout ensemble, mortel et vainqueur de la mort, riche et pauvre, conquérant glorieux dent le règne éternel n'aura pas de fin, qui doit soumettrt toute la nature par ses prodiges, et cependant qui sera un homme du douleur, privé des commodités, souvent môme de l'absolument nécessaire dans cette vie dont il se dit le roi, et qu'il vient comblé de gloire et d'houneurs terminant une vie innocente, malheureuse, sans cesse contredite et traversée, par un supplice également honteux et crue), trouvant même dans cette humiliation, cet abaissement extraordinaire, la source d'une élévation unique qui le conduit au plus haut point de gloire, de puissance et de félicité, c'est-à-dire, an rang de la première des créatures ?
Tous les chrétiens s'accordent à trouver ces caractères, en apparence si incompatibles, dans la persoune de Jésus de Nazareth qu'ils appellent le Christ ; ses sectateurs lui donnaient ce titre par excellence, non qu'il eut été oint d'une manière sensible et matérielle, comme l'ont été anciennement quelques rois, quelques prophètes et quelques sacrificateurs, mais parce que l'esprit divin l'avait désigne pour ces grands offices, et qu'il avait reçu Ponction spirituelle nécessaire pour cela.
(*) A Nous en étions là sur un article aussi imporiant, lorsqu'un prédicateur hollandais, plus célèbre par cette découverte que par les médiocres productions d'un génie d'ailleurs faible et peu instruit, nous a fait voir que notre Seigneur Jésus était le Christ, le messie de Dieu , ayant été oint dans les trois plus grandes époques de sa vie, pour être notre roi , notre prophète cl notre sacrifîcatcui.
Lors de son baptême , la voix du souverain maître de la nature le déclare con fils, son unique , son bienaimé, et par-là même non représentant.
Sur le Tbabor, transfiguré, associé à Moise et à Êlio, cette même voix surnaturelle l'annonce à Ibumme le fils de celui qui aime et envoie le* tes, et qui doit être écouté par préférence. Dans Gcthsémané, un ange descend du ciel pour le soutenir dans les angoisses exlrémes où le réduit l'approche de son supplice; il le fortifie contre les frayeurs cruelles d'une mort qn'il ne pect éviter . et le met en étal d'être un sacrificateur d'autant pins excellent qu'il est lui-même la vicliuc innocente ' t pure qu'il va olfrir.
(•) On supprima datu lea Dictionnaires ^^"^^j^" % " ' qu on le 1
. Le judicieux prédicateur hollandais -j disciple de l'illustre Coccéius, trouve i'onile sa ora mentale de cws diverses onctions célestes , dans les signes visibles que la puissance de Dion fit paraître sur son oint ; dans son baptême, l'ombre de lu colombr, qui représentait le .Saint- Esprit qni descendit sur -lui ; au Thabor , In nuemiraadeute qui le couvrit; en Gcthsémané, ta sueur de grumeaux de *ang dont son corps fut couvert.
Apres cela, il faut pousser l'incrédulité à son comble pour tic pas reconnaître à ces traits l'oint du Seigneur par excellence, le messie promis; ut l'on ne pourrait sans doute assez, déplorer l'aveuglement inconcevable du peuple juif, s'il ne fût entré dans le plan de l'infinie sagesse de Dieu, et n'eût été, dans ses vues toutes miséricordieuse--, essentiel à l'accomplissement de son œuvre et au salut de l'humanité. B
Mais aussi il faut convenir que dans l'état d'oppression sous lequel gémissait le peuple juif, et après toutes les glorieuses promesses que rEtornel lui avait faites si souvent, il devait soupirer après la venue d'un messie , l'envisager comme l'époque de son heureuse délivrance ; et qu'ainsi il est en quelque sorte excusable de n'avoir pas voulu reconnaître ce libérateur dans la personne du Sei gneur Jésus, d'autant I plus qu'il est de l'homme de tenir plus au corps qu'à l'esprit, et d'être plus sensible aux besoins présens, que flatté des avantages à venir, et toujours incertains par-là même.
Au reste , on doit croire qu'Abraham , et après lui on assez petit nombre de patriarches et de prophètes, ont pu se mire une idée de la nature du règne spiri tuel du messie; mais ces idées durent rester dans le petit cercle des inspirés; et il n'est pas étonnant qu'inconnues à la multitude, ces notions se soient altérées au point que lorsque le Sauveur parut dans la Judée, le peuple et ses docteurs, ses princes mêmes, attendaient un monarque, un conquérant, qui par la rapidité de ses conquêtes devait s'assujettir tout le monde; et comment concilier ces idées flatteuses avec l'état abject, en apparence, misérable de Jésus-Christ? Aussi scandalisés de l'entendre s'annoncer rominc le messie, ils le persécutèrent, le rejetèrent et le firent mourir par le dernier supplice. Depuis ce temps-là, ne voyant rieti qui achemine à l'accomplissement de leurs oracles, et ne voulant point y renoncer , ils se livrent à tontes sortes d'idées plus eliiméiïques les unes que les autres.
\iiisi, lorsqu'ils ont vu les triomphes de la religion chrétienne, qu'ils ont senti qu'on pouvait expliquer spirituellement, et appliquer à Jésus-Christ la plupart de leurs anciens oracles, ils se sont avisés, contre le sentiment de leurs pères, de nier que les passages que nous leur alléguons dussent s'entendre du messie , tordant ainsi nossaintes Ecritures à leurpropro perte.
Quelques-uns soutieuucnt que leurs oracles ont été mal entendus; qu'en vain on soupire après la Venue du messie, puisqu'il est déjà veuu en la personne d'Ezécbias. C'était le sentiment dn fameux Hillel. D'autres plus relâchés, ou cédant avee politique aux temps et aux circonstances, prétendent que la croyance de la venue d'un messie n'est point un |
article fondamental de foi, et qu'en niant «e dogme on ne pervertit point la loi, on ne lui donne qu'une légère atteinte. C'est ainsi que le juif Albo disait au pape que, nier la venue du measie, c'était seulement couper une branche de l'arbre sans toucher à la racine.
Le fameux rabbin Salomon Jarchy ou Raschy, qui vivait au commencement du douzième siècle, dit, dans ses Talmudiques, que les anciens Hébreux ont ciu que le messie était né le jour de la dernière destruction de Jérusalem par les aroi. es romaines; c'est, comme on dit, appeler le médecin après la mort.
Le rabbin Kimchy, qui vivait aussi au douzième siècle, annonçait que le messie, dont il croyait la venue très - prochaine , chasserait de la Judée les chrétiens qui la possédaient pour lors; il est vrai que les chrétiens perdirent la Terre-Sainte; mais ce fut Sa lad in qui les vainquit : pour peu que ce conquérant eût protégé les Juifs, et se fût déclaré pour eux, il est vraisemblable que dans leur enthousiutue ils eu auraient fait leur messie.
Les autours sacrés, et notre Seigneur Jésus luimême, comparent souvent le règne du messie et l'éternelle béatitude à des jours de noces, à des festins; mais les talmudistcs ont étrangement abusé de ces paraboles; scion eux, le messie donnera à son peuple rassemblé dans la terre de Canaan, un repas dont le vin sera celui qu'Adam lui-même fit dans le paradis terrestre, et qui se conserve dans de vastes celliws, creusés par les anges au centre de la terre.
On servira pour entrée le fameux poisson appelé îe grand Léviathan , qui avale tout d'un coup un pois- ■ son moins grand que lui, lequel ne laisse pas d'avoir trois cents lieues de long ; toute la masse des eaux est portée sur Léviathan. Dieu au commencement en créa un maie et un autre femelle; mais de peur qu'ils ne renversassent la terre, et qu'ils ne remplissent l'univers de leurs semblables, Dieu tua la femelle, et la sala pour le festin du messie.
Les rabbins ajoutent qu'on tuera pour ce repas le taureau Déhénioth, qui est si gros qu'il mange chaque jour le foin de mille montagnes : la femelle de ce taureau fut tuée au commencement du monde, afin qu'une espèce si prodigieuse ne se multipliât pas, ce qui n'aurait pu que nuire aux autres créatures; mais ils assurent que l'Eternel ne la sala pas, parce que la vache salée n'est pas si bonne que la léviathanc. Les Juifs ajoutent encore si bien foi a toutes cos rêveries rabbiniques, que souvent ils jurent sur leur part du bœuf Brhciuoth, comme quelques chrétiens impies jurent sur leur part du paradis.
Après des idées si grossières sur la venue du messie et sur son règne, f«ut-il s'-ioni'er si les Juifs tant anciens que modernes, et plusieurs même des premiers chrétiens, malheureusement imbus de toutes ces rêveries, n'ont pu s'élever k l'idée do la nature divine de l'oint du Seigneur, et n'ont pas attribué la qualité de Dieu au messie ? Voyez comme les Juifs s'expriroont la-dessus dans l'ouvrage intitulé Judati l-usitani quasi Unes ad Chiistianm (</). « Reconnaître,
(d) Quant I.U, IV, «ni,«c,