MIRACLES
SECTton raEiuEftE.
Un miracle, selon l'énergie du mot, est une ebose admirable ; en ce cas tout est miracle. L'ordre prodigieux de la nature , la rotation de cent millions de globes autour d'un million de soleils, l'activité de la lumière , la vie des animaux , sont des miracles perpétuels.
Selon les idées reçues, nous appelons miracle la violation de ces lois divines et éternelles. Qu'il y ait une éclipse de soleil pendant la pleine lune, qu'un mort fasse à pied deax lieues de chemin en portant sa tète entre ses bras, nous appelons cela un miracle.
Plusieurs physiciens soutiennent qu'en ce sens il n'y a point de miracles, et voici leurs argumeus :
Un miracle est la violation des lois mathématiques, divines, immuables, éternelles. Par ce seul exposé , un miracle est une contradiction dans les termes : une lot ne peut être à la fois immuable et violée. Mais une loi, leur dit -on, étant établie par Dieu même, ne peut-elle être suspendue par son auteur ? Ils ont la hardiesse de répondre que non , et qu'il est impossible que l'être iulinhnent sage ait fait des lois pour les violer. Il ne pouvait , disent-ils , déranger sa machine que pour la taire mieux aller; or il est clair qu'étant Diou. il a fait cette immeuse machine aussi bonne qu'il l'a pu ; s'il a vu qu'il y aurait quelque imperfection résultante de la nature de la matière, il y a pourvu dès le commencement; ainsi il n'y changera jamais rien.
De plus Dieu ne peut twn faire sans raison; or quelle raison le porterait à défigurer pour quelque temps son propre ouvrage ?
Cest en faveur des hommes, leur dit-on. Cest donc au moins en faveur de Unis les hommes, répondent-ils; car il est impossible de concevoir que la nature divine travaille nour quelques hommes en particulier, et non pas pour tout le genre huma»; eucorc même le genre humain est bien peu de chose : il est beaucoup moindre qu'une petite fourmilière en comparaison de tous les êtres qui remplissent l'immensité. Or n'est-ce pas la-jplus absurde des folies d'imaginer que l'être inGni intervertisse en faveorde trois ou quatre centaines de fourmis, sur «e petit amas de fange, le jeu éternel do ces ressorte immenses
Mais supposons que Dieu ait voulu distinguer an petit nombre d'hommes par des faveurs particulières,
foodre>t-iJ qu'il change ce qu'il a établi pour tous; Jes temps et pour tous les lieux ? Il n'a certes aucuo besoin de ce changement, de cette inconstance , pour favoriser ses créatures ; ses faveurs sont dans ses lois mêmes. Il a tout prévu, tout arrangé pour elles; toutes obéissent irrévocablement à la force qu'il a imprimée pour jamais daus la nature.
Pourquoi Dieu forait -il un miracle ? Pour venir à bout d'un certain dessein sur quelques Êtres vivant ! Il dirait doue : Je n'ai pu parvenir par la fabrique de l'univers, par mes décrets divins, par mes lois éternelles, à i emplir un certain dessein; je vais changer mes étemelles idées, mes lois immuables, pour tâcher d'exécuter ce que je n'ai pu faire par elles. Ce serait un aveu de sa faiblesse, et non de sa puissance; ce serait, ce semble, dans lui la plus inconcevable contradiction. Ainsi donc, oser supposer à Dieu des miracles, c'est réellement 1 insulter ( si des hommes peuvent insulter Dieu ). C'est lui dire : Vous êtes un être faible et inconséquent. Il «?st donc absurde de croire des miracles , c'est déshonorer en quelque sorte la Divinité.
On presse ces philosophes; on leurdit : Vous avez beau exalter l'immutabilité de l'Être suprême, l'éternité de ses lois, la régularité de ses mondes infinis ; notre petit tas de boue a été tout couvert de miracles; les histoires sont aussi remplies de prodiges que d'événemens naturels. Les tilles du grand - prêtre Anius changeaient tout ce qu'elles voulaient en blé, eo vin ou en huile; Athalide, iîllo de Mercure, ressuscita plusieurs fois; Esculape ressuscita Hippolyle ; Hercule arracha Aie este a la mort, Hères reviut au monde après avoir passé quinze jours dans les enfers. Romulus et Rémus naquirent d'un dieu et d'une vestale; le palladium tomba du ciel dans la ville de Troie; la chevelure de Bérénice devint un assemblage d'étoiles; la cabane de Baucis et de Pbilémon fut changée en un superbe temple; la tête d'Orphée rendait des oracles après m Jiort; le* murailles de Thébès se construisirent d'elles-mêmes au son de la flûte , en présence des Grecs; les gutrisous faites daus le temple d'Esculape JUu'cnt innombrables, et nous avons encore des monumens chargé du nom des témoins oculaires des miracles d Esculap'î.
Nommes-moi un peuple chez lequel il at se soit pas opéré des prodiges incroyables, surtout dans des temps où l'on savait a peine lire et écrire.
Les philosophes ne répondent à ces objections qu'en riant ot en levant les épaules; mais 1-s philosophes chrétiens disent : Nous croyons snx miracles opérés dans notre sainte religion; nous Jos croyons par la foi, et aoo par notre raison que nous nous gardons bien d'écouter; car, lorsque U foi parle, on sait assez quola raison ne doit pas dire un seul met : nous avons une croyance ferme et entière dans les miracles de Jésus. Christ et des apôtres, mais permettez-uous de douter uu peu de plusieurs autres ; souffrez, par exemple, que nous suspendions notre jugement sur ce que rapporte un homme simple auquel ou * donné le nom de grand. Il assure qu'un petit moine était si fort accoutumé » foire des mira- «bsa, que le prieur lui défendit <
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talent. Le petit moine obéit; mais, ayant vu un pauvre couvreur qui tombait du haut d'un toit, U balança entre le désir de lui sauver la vie et la sainte obédience. 11 ordonna seulement au couvreur de rester en l'air jusqu'à uouvel ordro, et courut vite conter à soit prieur l'étal des choses. Le prieur lui donna l'absolution du péché qu'il avait commis en commentant un miracle sans permission, et lui permit de l'achever , pourvu qu'il s'en tînt là , et qu'il n'y revint plus. On accorde aux philosophes qu'il faut un peu se défier de cette histoire.
Mais comment oseriez-vous nier, 1cm- dit-on , que saint Gervais et saint Protais aient apparu eu songe a saint Ambroise, qu'ils lui aient enscigué l'endroit où étaieut leurs reliques ? que sain*. Ambroise les ait déterrées, cl qu'elles aient guéri un aveugle? Saint Au gustin était alors à Mi'an ; c'est lui qui rapporte ce miracle, immen^o populo fc>tr, dit-ii dans sa Cité de- Dieu, livre XXII. Voilà un miracle des mieux constatés. Les philosophes disent qu'ils n'eu croient rien, que Gervais et l'rotais n apparaissent a personne, qu'il importe fort peu au genre humain qu'un sache où sont les restes de leurs carcasse ; qu'ils n'ont pas plus de foi à cet aveugle qu'à cclt'i de Yespasicn; que c'est un miracle inutile; que Dieu ne fait rien d'inutile; et ils se tiennent fermes dans leurs principes. Mou respect pour saint Gervais et sain1 Protais ne me permet pas d'être de l'avis de ces philosophes; ;c rends compte seulement de leur incrédulité. Ils font grand cas du passage de Lucien qui se trouve daus la mort de Peregrinus. u Quand un joueur du gobelets •droit se fait chrétien, il est sûr de faire l'ortmic. » Mais, comme Lucien est un auteur protnie, •! ne doit avoir aucune autorité parmi nous.
Ces philosophes no peuveut se résoudre à croire les miracles opérés dans le second Siècle. Des témoins oculaires ont beau écrire c,de levèquc de Suivi ne, saint Poly carpe, ayant été co.idaruné à étru brûlé, et étant jeté dans les flammes, ils enlcudirent une \oi\ du ciel qui criait : Courage, Poly carpe, sois fort, montre-toi nomme ; qu'alors les ilar. mes du bûcher s'écartèrent de son corps , et formèrent un paviUou de feu au-dessus de sa téte, et qrc du milieu du bûcher il sortit une colombe; c-Gu on fut obligé de trancher la tête de Polycarpc. A quoi bon ce miracle ? disent les incrédules; pourquoi les flammes ont-elles perdu leur nature, et pourquoi la hache de l'exécuteur u a-t-ellc pas perdu la sienne 7 D'où vient que Uni de martyrs sont sortis sains et sauts de l'huile bouillante, et n'ont pu résister au tranchant du glaive? On répond que c'est la volonté d? Dieu. Mais les philosophes voudraient avoir vu tout cela de leurs yeux avant de le croire.
Ceux qui fortifient leurs raisonnemens par la science vous diront que les pères de l'église ont avoué sous cul eux-mêmes qu'M ne se fesait plus de miracles de leur temps. Saint Chrysoslômc dit expressément : « Les dons extraordinaires de l'esprit étaient donnés même aux indignes, parce qu'alors l'église avait besoin de miracles; maisaujourd Irai ils ne sont pas même donne* aux digues, parce que l'cglisc n'en a plus besoin. » Ensuite il agoua gu'il n'y a plus, per-
DICTION N Al RE
sonne qui ressuscite les morts, ni môme qui guérisse les malades.
Saint Augustin lui-même, malgré le miracle de Gcrvais et de Protais, dit dans sa Cité de Dieu : « Pourquoi ces miracles qui se fesaient autrefois ne se font-ils plus aujourd'hui ?» et il en donne la même raison.
Car, infuiunt, nune Ma miraculn quœ pntiicatit farta tôt non fmnt? fout m quidern iictrt ntctuaria priùt fuiut, quant i, ad hoc ut crtAtrtt i
On objecte aux pliilosonhcs que saint Augustin, malgré cet aveu, parle pourtant d'un vieux savetier d'Ilippone qui, ayant perdu son habit, alla prier à la chapelle des vingt martyrs; qu'en retournant il trouva un poisson dans le corps duquel il r avait un anneau d'or, et que le cuisinier qui fit cuire le poisson dit au savetier : u Voilà ce que les vingt martyrs vous donnent. »
A cela les philosophes répondent qu'il n'y a rien dans cette histoire qui conf redise les lois de la nature, que la physique n'est point du tout blessée qu'un poisson ail avalé un anneau d'or, et qu'un cuisinier ait donné cet anneau a un savetier; qu'il n'y a la aucun miracle.
Si on fait souvenir ces philosophes que, scion saint Jérôme, dans sa vie de l'ermite Paul, cet ermite eut plusieurs conversations avec des satyres et avec des fauucs, qu'un corbeau lui apporta tous les jours, pendant trente ans, la moitié d'un pain pour son dincr, et un pain tout entier le jour que saint Antoine vint le voir, ils pourront répondre encore que tout cela n'est pas absolument contre la physique, que des satyres et des faunes peuvent avoir existé , et qu'en tout cas, si ce certte est une puérilité, cela n'a rien de commue avec les vrais miracles du Sauveur et de ses apôtres. Plusieurs bons chrétiens ont combattu l'histoire de saint Simêon Stylitc , écrite par Theodorcl; beaucoup de miracles qui passent pour authentiques dans l'église grecque ont été révoqués en doute par plusieurs lalius, de même que des miracles latins out été suspects à l'église grecque; les protestans sont venus ensuite, qui ont fort maltraité les miracles de l'une et l'autre église.
Un savant jésuite (*), qui a prêché long -temps dans les Indes, se plaint de ce que ni ses confrères ni lui n'ont jamais pu faire de miracle. Xavier se lamente, dans plusieurs de ses lettres, de n'avoir point le don des langues ; il dit qu'il n'est chez les Japonais que comme une statue muette : cependant les jésuites out écrit qu'il avait ressuscité huit morts : c'est beaucoup ; mais il faut considérer qu'il les ressuscitait à six mille lieues d'ici. U s'est trouvé depuis des gens qui ont prétendu que 1 abaissement des jésuites en France est un beaucoup plus grand miracle que ceux de Xavier et d'Ignace.
Ç^uoi qu'il en soit, tous les chrétiens conviennent que les miracles de Jésus-Christ et des apôtres sont d une vérité incontestable ; mais qu'on peut douter à i force de quelques miracles faits dans nos der-
(•> Oqnnicm , pagt >3o.
nier* temps, et qui n'ont pas eu une authenticité certaine.
On souhaiterait, par exemple, pour qu'un miracle fut bien constate, quil fût fait en présence de l'académie des sciences de Paris, ou de la société royale de Londres, et de la faculté de médecine, assistées d'un détachement du régiment des gardes , pour contenir la foule du peuple qui pourrait par son indiscrétion empêcher l'opération du miracle.
On demandait un jour â un philosophe ce qu'il dirait s'il voyait le soleil s'arrêter, c'est-à-dire, si le mouvement de la terre autour de cet astre cessait; si tous les morts ressuscitaient, et si toutes les montagnes allaient se jeter de compagnie dans la mer, le tout pour prouver quelque vérité importante, comme, par exemple, la grâce versatile ? Ce que je dirais, répondit le philosophe, je me ferai? manichéen; je dirais qu'il y a un principe qui dtfi.lt ce que l'autre a fait.
SECTIO.f 11.
Définissez les termes, vous dis-jc, ou jamais nous ne nous entendrons. Miraculum , tes mixanda . prodigittm, portentum, monstrum. Miracle, chose admirable; prodigium, qui annonce chose étonnante; pottcntum, porteur de nouveauté; monstrum, chose a montrer par rareté.
Voilà les premières idées qu'on eut d'abord des miracles.
Comme on raffine sur tout, on raffinera sur cette définition; on appela miracle ce qui est impossible * m nature. Mais on ne songea pas que c'était dire qu« tout miracle est réellement impossible. Car qu est-ce que la nature ? vous entendez par ce mot l'ordre éternel des choses. Un miracle serait donc impossible dans cet ordre! En ce sens Dieu ne pourrait faire de miracle.
Si vous entendez p&r miracle un effet dont vous ne pouvez voir la caust, en ce sens tout est miracle. L'attraction et la direction de l'aimant sont des miracles continuels. Un limaçon auquel il revient unu
tête est un r,.iraclc. La naissance de lu^ut « , la production de chaque végétal sont des miracles de tous les jours.
Mais nous sommes si accoutumés à ces prodiges, qu'ils ont perdu leur nom d'admirables, de miraculeux. Le canon n'étonne plus les Indiens.
Nous nous sommes donc fait une autre idée de miracle. Cest, sel«*n l'opinion vulgaire, ce qui n'était jamais arrivé et ce qui n'arrivera jamais. Voilà l'idée qn'ou se forme de la mâchoire d'âne de Samson , des discours de finesse de Balaam, de ceux d'un serpent avec Ève , des quatre chevaux qui enlevèrent Êlic, du poisson qui garda Jonas soixante et douze heures dans son ventre, des dix plaies d'Egypte, des murs de Jéricho, du soleil et de la luuc arrêtés à midi, etc., etc., etc., etc.
Pour croire un miracle, ce n'est pas assezdc l'avoir vu; car on peut se tromper. Ou appelle un sot, témoin de miracles : et non-seulement bien des gens pensent avoir vu ce qu'ils n'ont pas vu, et avoir entendu ce qu'on ne leur a point dit; non-seulement ils
sont témoins de miracles, mais ils sont sujets de miracles. Ils ont été tantôt malades, tantôt guéris par un pouvoir surnaturel. Ils ont été changés en loups; Us ont traversé les airs sur un manche à balai, Us ont été incubes et succubes.
Il faut que le miracle ait été bien tu par un grand nombre de gens très-se n se s , se portant bien , et n'a y ant nul inlérêt à la chose. Il faut surtout qu'il ait été solennellement attesté par eux; car, si on a besoin da formalités authentiques pour les actes les plus simples, comme l'achat d'une maison, un contrat do mariage , un testament , quelles formalités ne faudrat-il pas pour constater des choses naturellement impossibles , et dont le destin de la terre doit dépendre ?
Quand un miracle authentique «t fait, U ne prouve eucorc rien ; car l'Ecriture vous dit eu vingt endroits que des imposteurs peuvent faire des miracles, et que, si un homme, après en avoir fait, annonce un autre dieu que le dieu des Juifs , il faut le lapider.
On exige donc que la doctrine soit appuyée par les miracles, et les miracles par la doctrine.
Ce n'est point encore assez. Comme un fripon peut prêcher une très -bonne morale pour mieux séduire, et qu'il est reconnu que des (ripons, comme les sorciers de Pharaon, peuvent faire dss miracles, il faut que ces miracles soient annoncés par des prophéties.
Tour être sûr de la vérité de ces prophéties, il faut les avoir entendu annoncer clairement, et les avoir vu s'accomplir réellement ('). H faut posséder parfaitement la langue dans laquelle elles sont conservées.
U ne suffit pas même que vous soyez témoin de leur accomplissement miraculeux ; car vous pouvez être trompé par de fausses apparences. U est nécessaire que lo miracle et la prophétie soient juridiquement constates par les premiers do la nation; et encore se trouvera-t-il des douleur:.. Car il se peut que la natîou soit intéressée * supposer une prophétie et un miracle; et, dés que î'i.-.térét s'en mêle, ne comptez sur rien. Si un miracle prédit n'est pas aussi public, aussi avéré qu'une éclipse annoncée dans l'almaoach, soyez sûr que ce miracle n'est qu'un tour de gibecière, ou uu conte de vieille.
section u:.
Un gouvernement thvocrntique ne peut être fondé que sur des miracles, tout doit y être diviu. Le grand souverain ne parle aux hommes nue par des prodiges; ce sont là ses ministre." et ses lettres - patentes. Ses ordres sont intimés par l'Océan qui couvre toute la terre pour noyer les nations , ou qui ouvre le fond de •on abîme pour leur donner passage.
Aussi vous voyez que dans l'histoire juive tout est miracle depuis lu création d'Adam et la formation d'Eve, pétrie dune côte d'Adam, jusqu'au melch ou roitelet Saûl.
Au temps de ce Saûl , la théocratie partage encore le pouvoir avec la royauté. H y a encore par conséqu-ir des miracles de lîmps en temps; mais ce n'est pins ec;te suite éclatante :1c prodiges qui étonnent CJiitiriue'lcment l» nature. On ne renouvel é poin»
(•} Voya l aniek
las dix plaies d'Egypte; le soleil et la lune ne s'arrêtent point en plein midi pour donner le temps à an capitaine d'exterminer quelques fuyards déjà écrasés par une pluie de pierres tombées des nues. Un Samson n'extermine plus mille Philistins avec une mâchoire d'ine. Les ânesses ne parlent plus; les murailles ne tombent plus au son du cornet; les villes ne sont plus abîmées dans un lac par le feu du ciel ; la race humaine n'est plus détruite par le déluge. Mais le doigt de Dieu se manifeste encore; l'ombre de Saûl apparaît à une magicienne. Dieu lui-même promet à David qu il défera les Philistins à Baal-Pharasim.
« Dieu assemble son armée céleste du temps d'Achab, et demande aux esprits (u) : Qui est-ce qui trompera Achab, et qui le fera aller à la guerre contre Kamoth en Galgala ? Et un esprit s'avança devant le Seigneur, et dit : Ce sera moi qui le tromperai, n Mais ce ne fut que lo prophète Michée qui fut témoin de celte conversation ; encore reçurXil un soufflet d'un autre prophète nommé Sàlckias, pout avoir annoncé ce prodige.
Des miracles qui s'opèrent aux yeux de toute la nation , et qui chaugent \tt lois de la nature entière , on n'eu voit guère jusqu'au temps d'Élie , à qui le Seigneur envoya uu char de feu et des chevaux de feu qui enlevèrent Élie des bords du Jourdain au ciel, sans qu'on sache en quel endroit du ciel.
Depuis lo commencement des temps historiques, e'est-à-dire, depuis les conquêtes d'Alexandre , vous ne voyez plus de miracles chez Jes Juifs.
Quand Pompée vient s'emparer de Jérusalem , quand Crassus pille le temple , quand Pompée fait passer le rot juif Alexandre par la main du bourreau , quand Antoine donne la Judée à l'Arabe Hérode , quand Titus prend d'assaut Jérusalem , quand elle est rasée par Adrien , il ne se fait aucun miracle. Il en est ainsi chez tous les peuples de la terre. On commence par la théocratie, on finit parles choses purement humaines. Plus les sociétés perfectionnent les connaissances, moins U y a de prodiges.
Nous savons bien que la théocratie des Juifs était la seule véritable , et que celles des autres peuples étaient fausses ; mais il arriva la même chose chez eux que chez les Juifs.
En Egypte , du temps de Vulcaîn et de celui dlsis et d'Osiris, tout était hors des lois de la nature, tout y rentra sous les Ptolomées.
Dans les siècles de Phos, de Chrysos et d'Êpheste, les dieux et les mortels conversaient très-familièrement en Chaldée. Un dieu avertit le roi Xissutre qu'il y aura un déluge en Arménie, cl qu'il faut qu'il bâtisse vite un vaisseau de cinq stades de longueur et de deux de largeur. Ces choses n'arrivent pas aux Darius et aux Alexandre.
Le poisson Cannes sortait autrefois tous les jours de rBuphrate pour aller prêcher sur le rivage. Il n'y a plus aujourd'hui de poisson qui prêche. Il est bien vrai que saint Antoine de Padoue les a précités, mais
Mneis.liv.iU.cbifrXXU.
DICnoSWAfflE
e est un frit qui arrive ai rtr ornent , qu'il ne tira pu A conséquence.
Nuroa avait de longues conversation* avec la nymphe Ëgério ; on uc voit pas que César en eut avec .Vénus, quoiqu'il descendit d'elle en droite ligne. Le monde va toujours, dit-on, se raffinant un peu.
Mais.après s'être tire d'un bourbier pour quelque temps , il retombe dans un autre ; à des siècles de politesse succèdent des siècles de barbarie. Cette barbarie est ensuite chassée ; puis elle reparait : c'est l'alternative continuelle du jour e* de la nuit.
SECTION IV
De ceux qui ont eu la témérité impie de nier absolument la réalité des miracles de Jésus- Christ.
Pamii les modernes, Thomas Woolsion, docteur de Cambridge, fut le premier, ce me semble, qui osa n'admettre dans les évangiles qu'un sens typique, allégorique, entièrement spirituel, et qui soutint effrontément qu'aucun des miracles do Jésus n'avait été réellement opéré. Il écrivit sans méthode, sans art, d'un style confus et grossier, mais non pas sans vigueur. Ses six discours contre les miracles de Jésus- Christ se vendaient publiquement à Londres dans sa propre maison. 11 en fit en deux ans, depuis 1737 jusqu'à 1739, trois éditions de vingt mille exemplaires chacune; et il est difficile aujourd'hui d'en U ou ver chez les libraires.
Jamais chrétien n'attaqua plus hardiment le christianisme. Peu d'écrivains respectèrent moins le public, et aucun prêtre ne se déclara plus ouvertement l'eunemi des prêtres. Il osait même autoriser cette haine de celle de Jésus -Christ envers les ^pharisiens et les scribes; et il disait qu'il n'en serait pas comme lui la victime, parce qu'il était venu dans un temps plus éclairé.
11 voulut, à la vérité, justifier sa hardiesse en se sauvant par le sens mystique; mais il emploie des expressions si méprisâmes et si injurieuses que toute oreille chrétienne en est of"«?nsé>.
Si on l'en croit (4), le diable envoyé par Jésus- Christ dans le corps de deux mille cochons est un vol fait au propriétaire de ces auimaux. Si on en disait autant de Mahomet , on le prendrait pour un méchant sorcier a uizard, un esclave juré du diable, a suvrn slave lo ihr devil. Et si le maître des cochons, et les marchands qui vendaient dans la première enceinte du temple des bétes pour les sacrifices (/ ), et que Jésus chassa à coups de fouet , vinrent demander justice quand il fut arrêté , il est évident qu'il dut être condamné, puisqu'il n'y a point de jurés en Angleterre qui ne l'eussent déclaré coupable.
Il dit la bonne aventure à la Samaritaine comme un franc boh<'mieu (••/); celi senl rtfiisait pourle foira chasser comme Tibère en naatt alors avec hw devins. Je m'étonne, dit-il, que tes bohémiens d'aujourd'hui, les giptif , ne se disent pas les vrais disciples de Jésus, puisqu'ils font le même métier. Mais je suis fort aise
<»J Tome I, p»g« 38— {<) Page Jo.-cO Ff. 5-. |
qu'il n'ait pas extorqué de largeut.de la Samaritaine, comme font nos prêtres modernes, qui se font largement payer pour leurs, divinations (t).
Je suis les numéros. des pages. L'auteur passe de là à l'entrée de Jésus- Christ dans Jérusalem. Oa ne sait, dit -il (/), s'il était monté sur un une, ou sur une àneasc , ou sur un Auoa , ou sur tous tes trois a la fois. " ' •
U compare Jésus tenté par le diable a saint Dunslan qui prit le diable par le nez. (y), et il donne à saint Duustan la préférence.
A l'article du miracle du figuier séché pour n'avoir pas porté des figues hors de la saison; c'était, ditil (A), un vagabond, un fucux, 'el qu'un frère t{uèteur,uu.<!»(fcrtT,a windicMtlikeu (riar, et qui, avant de se faire prédicateur de grand chemin, n'avait été qu'un misérable garçon charpentier, no better than a jouriicy-nmn carfcntcr, Jl est surprenant que la cour de Rome n'ait pas parmi s<-s reliques quelque ouvrage de sa façon , un escabeau , un casse-uoisette. En un mot , il est difficile de pousser plus loin le blasphème.
U s'égaie sur la piscine probatique de Betsaida, dont un auge venait troubler l'eau tous les ans. Il demande comment il se peut que ni Flpvicn Joscpbc, ni Philon n'aient point parlé de cet ange , pourquoi saint Jean est le seul qui raconte ce miracle annuel , par quel autre miracle aucun Romain no vit jamais cet ange (i) et n'eu cutcudit jamais parler.
L'eau changée en vin aux noces de Cana excite, selon lui , le rire et le mépris de tous les homme* qui ne sont pas abrutis par la superstition.
Quoi! s écrie-t-il {/.), Jean dit expressément que les convives étaient déjà ivres, mct/iu* ton; et Dieu descendu sur la terre opère son premier miracle pour les faire boire encore !
Dieu fait homme commence sa fission par assister à uuo noce de village. 11 n'est pas certain que Jésus et sa mère fussent ivres comme le reste de la compagnie ('). // htlhcr .le*u> aiul «i> mother them<cl*>es uere ail oui a. a tie olkas cf t!. e co::i pan y , it t.< not certain . Quoique la familiarité de la uame avec un soldat fasse présumer qu'elle aimait la bouteille, il paraît cependant que sou lils él iil en pointe de vin, puisqu'il lui répondit avec tant d'aigreur et d'insolence (m ), // m; ivAiy and uui)ipi A/7; femme, qu'ai-je à foire à toi ? 11 parait par ces paroles que Marie n'était point vierge, et que Jésus n'était point son fili ; autrement, Jésus n'eut point ainsi insulté son père et sa mère, et violé un des plus sacrés commandemens de la loi. Cependant il lait ce que sa mère lui demande, il remplit dix-huit, cruches d'eau, et en fait du punch. Ce sont les propres paroles de Thomas Woolsion. Elles saisissent d'indignation toute âmst chrétienne.
C'est a regret, c'est eu tremblant que je rapporte ces passages; mais il y a «m soixante mille exemplaires do co livra, portant tous le nom de l'auteur ,
(e) Tome 1 , paçe &.». — ({') Page G5. — (?) P»g» 66. (fc) Trai*i«fli«<li*tt><ir«, p» ;e 8.- — (i) Tune I, page t»o.
(k) {hwtrienwdwcotir», pag. 3 1 . — (/) P.j. 3a.— (m) Pef, **-
et tons vendus publiquement chez lui. On ne peut pas dire que je le calomnie.
Ce&l aux morts ressuscitas par Jésus -Christ qu'il en veut principalement. Il affirme qu'un mort ressuscité eut été l'Objet de l'attention et de l'étonnement de l'univers; que toute la magistrature juive, que surtout Pil.itc en auraient fait les procès verbaux les plus authentiques; que Tibère ordonnait à tous les proconsuls, préteurs, presidear des provinces, de l'informer exactement de tout ; qu'eu aurait interrogé Lazare qui avait été mort quatre jourc entiers, qu'on aurait voulu savoir ce qu'était devecae soc âme peudant ce temps-là.
Avec quelle curiosité avide Tibère et tout le sénat de Rome ne l'eussent-ils pas interrogé; et non-seulement lui , mais la fille de Jaîr et le fils de Naim ? Trois morts rendus à la vie auraient été trois témoignages de la divinité de Jésus, qui auraient rendu en un moment le monde entier chrétien. Mais au contraire, tout l'univers ignore pendant plus de deux siècles tes preuves éclatantes. Ce n'est qu'au bout de cent ans que quelques hommes obscurs se montrent les uns aux autres daus le plus grand secret les écrits qui contiennent ces miracles. Quatre-vingt-neuf empereurs , en comptant ceux à qui on ne donna que le nom de tyrans, n'entendent jamais parler de ecs résurrections qui devaient tenir toute la nature dans la surprise. Ni l'historien juif Flavien Josèphe, ni le savant Philon, ni aucun historien grec ou romain ne fait mention de ces prodiges. Enfin, Woolston a ^imprudence de dire que l'histoire de Lazare est si pleine d'absurdités, que saint Jean radotait quand il âVcrivit. /< 50 brimfull of ahsurdities that saint John , uhm henrnte, it had iiv'd beyond kis sensés. Page 38, tome II.
Supposons, dit Woolston («), que Dieu envoyât aujourd'hui un ambassadeur a Londres pour convertir le clergé mercenaire , et que cet ambassadeur ressuscitât des morts, que diraient nos prêtres?
Il blasphème l'incarnation, la résurrection, l'arcension de Jésus -Christ suivant les mêmes principes ("). Il appelle ces miracles , l'imposture la plus effrontée et la plus manifeste qu'on ait jamais produite dans le monde. The most mandat, and the most btire-faecd imposture that ever ims put vpon the worU
Ce qu'il y a peut-être de pins étrange encore, c'est que chacun de ses discours est dédié à an èvêqii". Ce ne sont pas assurément des dédicaces à 'a franchise. Il n'y a ni compliment ni flatterie. I) leur reproche leur orgueil, leur avarice, leur ambition, leurs cabales; il rit de les voir soumis aux lois 4cl'étc? comme les autres citoyens.
A la fin, ces évéques, lassés d'être outragés par un simple membre de l'université de Cambridge, implorèrent contre lui les lois auxquelles ils sont assujettis. Ils lui intentèrent procès au banc du roi par-devant le lord-justice Raimon en 1739. Woolston fut mis en prispu , et condamné à une amende et à donner caution pour cent cinquante livres sterling. Ses amis
fournirent la caution, et il ne mourut point en prison, comme il est dit dans quelques-uns de nos dictionnaires faits au hasard. Il mourut chez lui à Londres après avoir prononcé ces paroles : This is a ptua that ever y ma» mmt cône to. Ccst un pas que tout homme doit faire. Quelque temps avant sa mort, une dévote, le rencontrant dans la rue, lui cracha au vi&ag*; il s'essuya, et la salua. Ses mœurs étaient simples et douces : il s'était trop entêté du sens mystique, et avait blasphémé le sans littéral; mais il est à croire qu'il se repentit à la mort, et que Dieu lui a fait miséricorde.
En ce même temps parut en France le testament de Jean Meslier, curé de But et d'Etrepigni en Champagne , duquel nous avons déjà parlé à l'article Contradiction.
C'était une chose bien étonnante et bien triste, que deux prêtres écrivissent en même temps contre la religion chrétienne. Le curé Meslier est encore plus emporté que Woolston; il ose traiter le transport de notre Sauveur par le diable sur la montagne , la noce deCana, les pains et les poissons, de coûtes absurdes, injurieux à la Divinité , qui furent ignorés pendant trois cents ans de tout l'empire romain, et qui enfin passèrent de la canaille jusqu'au palais des empereurs, quand la politique les obligea d'adopter le* folies du peuple pour le mieux subjuguer. Les déclamations du prêtre anglais n'approchent pas de celles du- prêtre champenois. Woolston a quelquefois des UMnagBinoas; Meslier n'en a point; c'est un homme si profondément ulcéré des crimes dont il a été témoin, qu'il en rend la religion chrétienne responsable, en oubliant qu'elle les condamne. Point de miracle qui ne soit pour lui un objet de mépris et d'horreur; point de prophétie qu'il ne compare à celles de Nostradamus. 11 va même jusqu'à comparer Jésus-Christ à don Quichotte, et saint Pierre à Sancho Pança : et ce qui est plus ueplorabtc , c'est qu'il écrivait ces blasphèmes contre Jésus-Christ entre les bras de la mort, dans un temps ou les plus dissimulés n'osent mentir, et où les plus intrépides tremblent . Trop pénétré de quelques injustices de ses supérieurs, trop frappé des grandes difficultés qu'il trou vait dans l'Ecriture, il se déchaîna contre elle plus que les Acosta et tous les Juifs, plur. qi-c les fameux Porphyre, les Celse, les lamblique. I«s Julien, les Libanius , les Maxime, les Simmaque *"t tous le> partisans de la raison humaine n'ont jamais éclaté contre nos iucompréhcnsibilités divines. On a imprimé plusieurs abrégés de son livre : mais heureusement ceux qui ont en main l'autorité, les ont supprimés autant qu'ils l'ont pu.
Un curé de Donne-Nouvelle prés de Paris, écrivit sur le même sujet ; de sorte rju'ou même temps l'abbé Bccherau et les autres convulsiotinaires fesaient des miracles, et trois prêtres écrivaient contre les miracles véritables.
Le livre le plus fort contre les miracles et contre le» prophéties, est celui de milord Bolinghroke (1).
il est si volumineux , si dénué de
(n) Tome H, page — (o) U,
Vl.piata?.
(f) lin tict volumes
728 DICTl
méthode, son style est si verbeux, ses phrases si
longues , qu'il faut une extrême patience pour le lira.
Il s'est trouvé des esprits qui, étant enchantés des miracles de Moisc et de Josné, n'ont pas eu pour ceux de Jésus-Cbrist la vénération qu'on leur doit; leur imagination élevée par le yrand spectacle de la mer qui ouvrait ses abîmes et qui suspendait ses flots pour laisser passer la horde hébraïque, par les dix plaies d'Egypte, par les astres qui s'arrêtaient dans, leur course sur Gabaon et sur Aialon, etc., ne pouvait plus se rabaisser à de petits miracles comme de l'eau changée en vin, un figuier séché, des cochons noyés dans un lac
Vaghenscil disait avec impiété que c'était entendre une chanson de village au sortir d'un grand concert.
Le Talmud prétend qu il y a eu beaucoup de chrétiens qui , comparant les miracles de l'ancien Testament à ceux du nouveau, ont embrassé le judaisme : ils croyaieut qu'il n'est pas possible que le maître de la nature clU fait tant de prodiges pour une religion qu'il voulait anéantir. Quoi, disaient-ils, il y aura en pendant des siècles une suite de miracles épouvantables en faveur d'une religion véritable qui deviendra fausse! quoi! Dieu même aura écrit que cette religion ne périra jamais , et qu'il faut lapider ceux qui voudront la détruire ! et cependant il enverra son propre fils, qui est lui-même, pour anéantir ce qu'il a édifié pendant tant de siècles!
Il y a bien plus; ce fils, continuent-ils, ce Dien éternel s'étant fait juif, est attaché à la religion juive pendant toute sa vie; il en fait toutes les fonctions, il fréquente le temple juif, il n'annonce rien de contraire à la loi juive, tous ses disciples sont juifs, tous observent les cérémonies juives. Ce n'est certainement pas lui, disent-ils, qui a établi la religion chrétienne ; ce sont des juifs dissidens qui se sont joints à des platoniciens. Il n'y a pas un dogme du christianisme qui ait été prêché par Jésus-Christ.
C'est ainsi que raisonnent ces hommes téméraires qui , ayant à la fois l'esprit faux et audacieux , osent juger les œuvres de Dieu, et n'admettent les miracles de l'ancien Testament que pour rejeter tous ceux du nouveau.
De ce nombre fut cet infortuné prêtre de Pont-à Mousson en Lorraine, nommé Nicolas Antoine; on ne lui commît point d'autre nom. Ayant reçu ce qu'on appelle les quatre mineurs en Lorraine, le prédicant Ferri , passant à Pont-à-Mousson lui donna de grands scrupules, et lui persuada que les quatre mineurs étaient le signe de la bête. Antoine, désespéré de porter le signe de la bête , le fit effacer par Ferri , embrassa la religion protestante, et fut ministre à Geuève vers l'an 1 63o.
Pkin de la lecture des rabbins, il crut que, si les protestans avaient raison contre les papistes, les Juifs avaient bien plus raison contre toutes les sectes chrétiennes. Du village de Divonne où il était pasteur il alla se faire recevoir juif a Venise, avec un petit apprenti en théologie qu'il avait persuadé, et qui après l'abandoona , n'ayant point de vocation pour le martyre.
J) abord le ministre Nicolas Antoine s'abstint de
.prononcer le nom de Jésus -Christ dans ses semons et dans ses prières : mais bientôt échauffé et enhardi par l'exemple des saints juifs qui professaient hardiment le judaisme devant les princes de Tyr et do Babylone, il s'en alla pieds nus à Genève confesser devant les juges et devant les commis des balles , qu'il n'y a qu'une seule religion sur la terre, parce qu'il n'y a qu'un Dieu; que cette religion est la juive, qu'il faut absolument se faire circoncire ; que c'est un crime horrible de manger du lard et du boudin. Il exhorta pathétiquement tous les Genevois qui s'attroupèrent , à cesser d'être enfans de Bélial , n être bons Juifs, afin de mériter le royaume des cicus. On le prit, ou le lia.
Le petit conseil de Genève, qui ne fait rien alors sans consulter le conseil dc9prédicans,lcur demanda leur avis. Les plus sensés de ces prêtres opinèrent à faire saigner Nicolas Antoine à la veine cépbalique , à le baigner et le nourrir de bons potages, après quoi on l'accoutumerait insensiblement à prononcer le nom de Jésus - Christ , ou du moins à l'entendre prononcer sans grincer des dents comme il lui arrivait toujours. Ils ajoutèrent que les lois souffraient les Juifs, qu'il y en avait huit mille à Rome, que beaucoup de marchands sont de vrais Juifs; et que, puisque Rome admettait huit mille enfans de la synagogue , Genève pouvait bien en tolérer un. A ce mol de tolérante, les autres pasteurs en plus grand nombre, grinçant des dents beaucoup plus qu'Antoine au nom de Jésus-Christ , et charmés d'ailleurs de trouver uuo occasion de pouvoir faire brûler un homme ce qui arrivait très -rarement, furent absolument pour la brûlure. Us décidèrent que rien ne servirait mieux a raffermir le véritable christianisme, que les Espagnols n'avaient acquis tant de réputation dans le monde yuc parce qu'ils fesaient brûler des Juifs tous les ans ; cl qu'après tout, si l'ancien Testament devait l'emporter sur le nouveau, Dieu ne manquerait pas de venir éteindre lui-même la flamrrc du bûcher, comme il fit dans Babylone pour Sydrac , Misac et Abdenago; qu'alors on reviendrait à l'ancien Testament; mais qu'eu attendant il fallait absolument brûler Nicolas Antoine. Partant , ils conclurent à oter le méchant ; ce sont leurs propres paroles.
Le syndic Sarasin et le syndic Godcfroi, qui étaient de bonnes têtes, trouvèrent le raisonnement du sanhédrin genévois admirable; et, comme les plus forts, ils condamnèrent Nicolas Antoine, le plus faihle, a mourir de la mort de Calauus et du conseiller Dubourg. Cela fut exécuté le 20 avril 1 63a dan* «ne très-belle place champêtre appelée Ptain-Palo» . en présence de vingt mille hommes qui bénissaient la nouvelle loi et le grand sens du syndic Sarasin cl du syndic Godcfroi.
Le dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, ne renouvela point le miracle de la fournaise de Babylone en faveur d'Antoine.
Abautit, homme très-véridique, rapporte dans ses notes, qu'il mourut avec la plus grande constance, et qu il persista sur le bûcher dans ses senlimens. 11 ne t'emporta point contre ses juges lorsqu'on le lia au poteau ; il ne montra ni orgueil ni bassesse , il ne
pleura point, il ne soupira point , il se résigna. Jamais martyr ne consomma son sacrifice avec une foi plus vive ; jamais philosophe n'envisagea une mort borribic avec plus de fermeté. Cela prouve évidemment que sa folie n'était autre chose qu'une forte persuasion. Prions le Dieu de l'ancien et du nouveau Testament de lui faire miséricorde.
J'en dis autant pour le jésuite Malagrida, qui était encore plus fou que Nicolas- Antoine , pour l'exjésuilc Patouillcl et pour l'cx- jésuite Paulian, si jaruais on les brille.
Des écrivains en grand nombre, qui ont eu le malheur d'être plu-s philosophes que chrétiens, ont été assez hardis pour nier les miracles de notre Seigneur: niais après les quatre prêtres dont nous avons parlé il ne fout plus citer personne. Plaignons ces quatre in fort ii tu s, aveuglés par leurs lumières trompeuses, c! animés par leur mélancolie qui lys précipita dans un abîme si funeste (').