‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 421 sur 551 · DICTION A IRE · texte numérisé non relu

DICTION A IRE

nous des dévots; mais où sont ics sages; où sont les imes inébranlables, justes et tolérantes?

11 y a ou des philosophes de cabinet en Franco ; et tous, excepté Montaigne, ont clé persécutés. Cest, ce me semble , le dernier degré de la malignité de notre nature, de vouloir opprimer ces mêmes philosophes qui la veulent corriger.

Je conçois bion que des fanatiques d'une secte égorgent les cutbousiasles d'une autre secte, que les franciscains baissent les dominicaius, o! qu'un mauvais artiste cabale pour perdre ;c!ui qui le surpasse; mais que le sa. c Charron. ait été menacé de perdre îa vie, que le savant et généreux (Va m m ait été assassiné, que Dcscarlcs ail été obligé de fuir en Hollande pour se soustraire a la rage des ignorans, que Gassendi ait été forcé plusieurs fois de se retirer a Digne, loin des calomnies de Paris; c'est la ( opprobre éternel d'une na'ion.

Un des philosophes les plus persécuté* fut I immortel Daylc, ! honneur de la nature humaine. Un me dira que le nom do Juriou, sou calomniateur et son persécuteur, est devenu exécrable, je l'avoue; celui du jésuite le Tellicr l'est devenu aussi; mais de

grands hommes qu'il opprimait en ont ils niohis On* leurs jours dans l'exil cl dans la disette?

Un des prétextes dont on se servit pour accabler Bayle et pour le réduire à h pauvreté, fut son article de David dans ron utile dictionnaire. On lui reprochait de n'avoir point donné de louanges à des actions qui en cllcs-:n« mes sont injuste*, s ■ingu'naires,

atroces, ou contraires à la bonne foi, ou tjui font rougir la pudeur.

Bayle, a la vérité, ne loua point David pou* avoir ramassé, selon les livres hébreux, six cents vagabonds perdus de dettes et de crimes ; pour avoir pillé ses compatriotes à la tête de ces bandits; pour Cire venu dans le dessein dVgorgcr Nattai et tome sa famille, parce qu'il n'avait pas voulu ,tayer 1rs cuntribâtions; pour avoir été vendre ses services au roi Acbis, ennemi de sa nation; pour .:voir trahi ce roi Achis, son bienfaiteur; pour avoir saccage les villages alliés de eu roi \ehis; pour ivoi» mussarié dans ces villages jusqu'aux enfans à la m;>inellc, de peur qu'il ne se liouv.it un jour une personne qui pOt fa're connaître ses déprédations, <,ommc si nu enfant a la mamelle aurait pu révéler son cri nie; pour avoir fiit périr tous les haHtans de quelques autres villages sous des scies , sous des herses de fer , sou* des cognées de fer, cl dans des fours à briques; pour avoir ravi le Irônu 1 Jsho.svlh, fils de Saùl. par une perfidie; pour avoir dépouillé et fait périr MipuiboscUt , petit- Gis de iiaul cl fils dn son ami, de son pruterteur Jonalhas; pour avoir livré aux Gahauuitcs d^-ux autres enfans du Satil, et cinq de ses pclits-cnfans qui moururent a la potence.

Je ne parle pas de la prodigieuse incontinence de David, de ses concubines, de sou adultère avec Betzabéc , e' du meurtre d'Urie.

Quoi donc, les ennemis de Bayle auraient -ils voulu que Bayle eut fait l'éloge de toutes ces cruautés aide tous ccscrimes?faudrait-i! qu'il côt dit :« Princes

de la terre, imitez l'homme selon Je coeur de Dits; massacrez saas pitié les alliés de votre bienfaiteur; égorgez ou faites égorger toute la famille de *atrerei;' couchez avec toutes les fe taras en fesMt répandre lé sang des hommes, et vous serez un modelé de verte quand on dira que vous avez fait des paauaes. »

Bayle n'avait-il paj grai»do raisau da dire que, «i David fut selon le cœur de Dieu, «e fut par sa pdniteuca et non par ses «orfai;* ? Bayle ne rendzkrtl pas service au genre buouin, c:. disant que Dieu, qai a sans doute dicté l'histoire jui-e, a i pascanoaisé tous les crimes rapportés dans rx>tte histoire ?

Cependant Bayle fut persécuté, e* parqui ? pardas hommes persécutes ailleurs, par des fugitifa qu'on aurait livrés aux flammes daus lour patrie, et c < fugitifs étaient combattus par d'autres fugitifs appelé jansénis.cs, chassés de leur pays par ks jésuites, qui Ont enfin été chassés à leur tour.

Aiusi tous les persécuteurs se sont déclaré une guerre mortelle , tandis que le philosophe opprimé par eux tous, s'est contenté de les plaindre.

Ou ne sait pas assez que Fontcncllc , eu 1 7 1 3 , lot *ur Je point de perdre ses pensions, sa place, et sa liberté, pour avoir rédigé en France, vingt aus auparavant , le TruUé des oracles du savant Van-Dale, dont il avait retranché avec précaution tout ce qui pouvait alarmer le fanatisme. Un jésuite avait écrit contre 1 ontencllc, il n'avait pas daigné répondre; et c'en fut assez, pour que le jésuite Le Tcllier, confesseur du Louis XIV, accusât auprès du roi Fontcncllc d'athéisme.

Sans M. d" igenson, il arrivait que le digne fils d'un faussaire, procurcurde Vire, et reconnu faussaire lui-même, proscrivait la vieillesse du neveu de Corneille.

II est si aisé de séduire soi. pénitent , que nous devons bénir Dieu que ce Le Tellicr n'ait pas fait plus de mal. Il y a deux gîtes dans le monde, où Ion o* peut tenir contre la séduelien et la calomnie; ce sont le lit et le confessionnal.

Nous avons toiroiirs vu les philosophes persécuté? par des fanatiques. Mais cst-:l possible que les gens de lettres s'en mêlent aussi, cl qu'eux-mêmes ik aiguisent souvent contre 'eurs fr*;«Tr les armes dont on les pirrec tous 1 un après l'autre ?

Malheureux gens de lettres, est-ce à vous d'être délateurs ? Voyez si jamais cher les Homains il y eut ù s Garasse, des Ghauint-ix , desllayct, qui acrussasbcnl les Lucrèce, les Possidouius les Vairon et les Mine.

Lire hypocrite, quelle bassesse ! mais être hypocrite et méchant, quelle horreur! il n'y eut jamais d hypocrites dan» l'ancienne Home, qui nous comptai: pour une petite partie de ses sujets. Il y avait des fourbes, je 1 avoue, mais non des hypocrites de religion, qui sont l'espè ce la plus lâche < t la plus cruelle de toutes. Pourquoi n'en voit on point en Angleterre? et d'où vient y en a-t-il encore en France ? Philosophes, il vous sera aisé de résoudre ce problème.

S£CT»05t H.

Ce beau nom a élé tantôt honoré, tantôt flVtei

PHILOS

comme celui do poète, de mathématicien, de moine, de prêtre, et de tout ce qui dépend de l'opinion.

Domilieii chassa les philosophe*; Lucien se moqua d'eus. Mais quels philosophes» quels mathématicien» furent exilés par ce monstre de Domilien ? Ce furent dos joueurs de gobeibta, des lireursd' horoscopes, des diseurs de bonne aventure, de misérables Jnif* qui composaient des philtres amoureux cl des talismans; des gens de cette espèce qui avaient uu pouvoir spécial sur lus esprits malins, qui les évoquaient, qui les fusai ont entrer dans le corps dus filles avee de» paroles ou avec do* signes , jt qui les en délogeaient par d'autres signas et d'autres paroles.

Quels étaient les philosophe» que Lucien livrait a la risée publique? c'était (a lie du genre humain. C ûtaioul des gueux incapables d'une profession utile, des gens ressemblant parfaitement au l'ouvre diable t dont on nous, a fait uno description aussi vraie que comi<|Uu; qui ue savout s'iis porteront la livrée ou s'ils feront l'Almanacb de l'année merveilleuse (k) ; s'ils travailleront a un journal ou «m grands chemins, s'ils se feront soldais ou prùircs, et qui en attendant vont dans les cafés dire leur avis sur la pièce nouvelle, sur Dieu, sur letro en général, et sur les modes de l'être ; pois, vous eutpruutcnl de I argent , ai. vout httru un libelle contre vous avec l'avocat Marchand, ou le nomme Chaudou, ou le nommé lionne val (Y

Ce n'est pas d'une pareille école que sortiront les Ctccron, les Atiicus, les Epictète, Trajan, Adrien, Anloniu Pic , . Ma ro - Aurclc , J ulicn.

Ce n'est pas là que s'est forme ce roi de Prusse , qui a compote autant de livres philosophiques qu'il a gagné de batailles, et qui a terrassé autant de préjugés que d'ennemis.

Une impératrice v.ctoricuse qui fui*, trembler les Ottomans,. et qui gouverne avec tant de gloire un empire plus vaste que l'timpire romain, na été une grande législatrice que puce qu'elle a . le philosophe. Tous les princes du nord le sont; cl le nord fait honte au midi. Si les confédérés de Pologne avaient un peu de philosophie, ils ne mct^raiînt pas leur patrie, leurs terres, leurs maisons au pillage, ils n'ensanglantcraient pas leurs pays, ils ne «e rendraient pas lus plus malheureux des homme? ; il« écouleraient la voix, de leur roi philosophe, qui ku- a donné de si Tains exemples, cl de si vaincs leçons d* modération «t de prudence.

Le grand Julicu était philosophe quand il écrivait « ses ministres et à ses pontifes ces belles lettre» (emplies de clémence et de sagesse, que tous les véritablds gens de bieu admirent encore aujourd'hui en coudurauaut ses erreurs.

Constantin n'était pas philosophe quand il assassinait ses proches, son fils et sa femme, et que, dégouttant du sang de sa famille, il jurait que Dieu lui avait envoyé le Liburum dans les nuées . C'est un terrible saut d'aller de Constantin à Charles IX et. a Henri III, rois d'une des cinquante

(a) ( >|m«ufc lien ahbé d'tln*. 4n viltao* à'ftton. (tff-tfarvevt Msretfmi, mtrar du Tmfœeol pohuipM éÙB»

audimicicn. liliclle odieux . ,

ilQUF. 17R

grande» provinces de l'empire romain. Mais si ce» rois avaient été philosophe», l'an n'aurait pis été coupable de la SaintBartbélemi, rautre n aurait pas fait des processions scandaleuses avee ses gilons, na> se serait pas réduit à fa nécessité d'assassiner le duc de Guise et le cardinal son frère, et n'aurait pas été assassiné Ini-mlmc par nn jeune jacobin pour l'amour de Dien et de la sainte église.

Si Louis le Joste, Ireirièmc dv nom , avait élu philosophe, d n aurait pas laissé tritner a IVchafaud le vertueux dcTbou, et l innocent naréchal de Marillac; il n'aurait pas laissé mourir *te faim s» ir.crc à Cologne; son règne naîtrait pas été nnc «ni'.e continuelle de discordes ol de calamités intestines

Compares a tant de princes ignorons, superstitieux, cruels, gouvernés par leurs propres o»««:ona ou par celles de leurs minstres, un homme M que Montaigne ou Charron, ou le chancelier de I Hospr» tal, ou I his'orion de'i hou, ou la Mothe Le Vayer, ou Locke, un Sbaflesburj , un Sidney, un Herbert, et vorer. si vous aimeriez mieux être gouvernés par ces rois ou par ces sages.

Quand je parle dos philosophes, ce n'est pas de* polissons qui veulent Ctrc los singes des Liogene, mats du ccus qui imitent : laton et Cicéron.

Voluptueux couru sans, et vous, petits hommes revêtus d'un petit emploi qui vous donne une petite autorité dans un petit pays, vous crins contre la philosophie; allez, vous êtes de» Aamcnlo**. qui voua déchaînez, contre Horace, et des Cotins qui voula* qu'où méprise Boilcau.

SECTION lit.

L'kuprsA luthet len , le sauvage calviniste, l'or* gueiHeu* anglican, le fanatique janséniste, le jtaiitt qui croit toujours régenter, même dans l'exil et sous la potonco, le sorbonistc qui pense être père du* concile, et quelques sottes que tous eus gens-là diri* gent, se déehaioe.it tous contre le philosophe. Cé sont des chicus de difformité espèce qui hurlent tous à leur manière contre uc beau cheval qui paît dans uno verte prairie , et qui no leur dispute aucuaé

quelles ils so battent entre eux.

Ils fout tons les jours imprimer des fstras de théologie philosophique, des dictionnaire» philosophe» théologiqucs; et leurs vieux argument traîné» dan» les rues, ils les appellent démonstration» ; et leurs souiscs rebattues, ils les nomment lemme* et r«rok

fouille d'argent sur un écu de plomb.

Ils se sentent méprisés par tous les hommes qui pensent, et se voient réduits à tromper quelques vieilles imbéciles. Cet état est plus humiliant que d'avoir été chassés de France, d'Espagne et du Naples* On digère tout , hors le mépris. On dit que, quand lo déahie fut vaincu par Raphaël ( comme il est prouvé ), cet esprit-corps si superl>c se consola tréaaiséiuont, parce qu'il savait que les armes sont journalières. Mai*, quand il sut que Raphaël se moquai d* lui* il jure de ne lui pardonner jamais* Ainsi le» jésuites ne pardounercut jamais à Pascal; ainsi Junte,

calomnia Baylc jusqu'au tombeau; ainsi tous les Tartufes se déchaînèrenl contre Molière jusqu'à sa mort.

Dans leur rage ils produisent des impostures , comme dans leur ineptie ils débitent leurs argumens.

Un des plus raides calomniateurs, comme un des plus pauvres arguroenlans que nous ayons, est uu ex-jésuite nommé Paulian, qui a (ait imprimer de la théologo-pbilosopho-rapsodic en la ville d'Avignon jadis papale, et peut-être un jour papale ('). Cet homme accuse les auteurs de l'Encyclopédie d'avoir dit:

n Que, l'homme n'étant par sa naissance sensible ' qu'aux plaisirs des sens, ces plaisirs par conséquent sont l'unique objet de ses désirs ; j m Qu'il n'y a en soi ni vice ni vertu , ni bien ni mal moral , ni juste ni injuste ;

« Que les plaisirs des sens produisent toutes les vertus;

« Que pour être heureux il faut étouffer les remords, etc. »

En quels endroits de l'Encyclopédie, dont on a commencé cinq éditions nouvelles, a-t-il donc va ces horribles turpitudes ? il fallait citer. As-tu porté l'insolence de ton orgueil et la démence de ton caractère jusqu'à penser qu'on t'en croirait sur ta parole? Ces sottises peuvent se trouver chez tes casuistes, ou dans le Portier des Chartreux. Mais certes elles ne se trouvent pas dans les articles de l'Encyclopédie faits par M. Diderot, par M. d'Alcmbert, par M. le chevalier de Jaucourt, par M. de Voltaire. Tu ne les as vues ni dans les articles de M. le comte de Tressan , ni dans ceux de MM. Blondcl, Boucher -d'Argis, Mannonlcl, Vencl, Tronchin, d'Aubcnton, d'Argcnville , et de tant d'autres qui se sont dévoués généreuse ment à enrichir le Dictionnaire encyclopédique, et qui ont rendu un service éternel « l'Europe. Nul d'eux n'est assurément coupable des horreurs dont tu les accuses. 11 n'y avait que toi et le vinaigrier Abraham Chaumeix le couvulsionnaire crucifié, qui fussent capables d'une si infâme calomnie.

Tu mêles l'erreur et la vérité, parce que tu ne sais les distinguer; tu veux faire regarder comme impie cette maxime adoptée par tous les pnblicistes : « Qua tout homme est libre de se choisir uue patrie, w Quoi! vil prédicateur de l'esclavage, il n'était pas à la reine Christine de voyager en France, et de vivre à Rome ? Casimir et Stanislas ne pouvaient finir leurs jours parmi nous? il fallait qu'ils mourussent en Pologne parce qu'ils étaient Polonais ? Goldo- •i, Vanloo,€assini, ont offensé Dieu en s'établissant à Paris? Tous les Irlandais qui ont (ait quelque fortune en France ont commis en cela un péché mortel?

Et tu as la bêtise d'imprimer une telle extravagance, et Riballier celle de t'approuver; et tu mets dans la rai'mc classe Bayle, Montesquieu et le (bu de La Métric? et tu as senti que notre nation est assez douce, assez indulgente pour ne l'abandonner qu'au mépris?

(*} Cet artick Franc* *»it an ti«le Amwi.}

été imprimu duns le lempi où k l»i d*

de la TiUt d'AvigMn. ( Voyn l'a*

Quoi! tu Met calomnier ta pairie ( si un jésuite en a une)? tu oses dire ir qu'on n'entend en France que des philosophes attribuer au hasard l'union et la désunion des atomes qui composent l'Ame de l'homme? » iÊcntiris impudentissimè; je te défie de produire un seul livre lait depuis trente ans où l'on attribue quelque chose au hasard, qui n'est qu'un mot vide de sens.

Tu oses accuser le sage Locke d'avoir dit « qu'il se peut que l'ime soit un esprit, mais qu'il n'est pas »dr qu'elle le soit, et que nous ne pouvons pas décider ce qu'elle peut, et ne peut pas acquérir?

Mentiris impudentissimè. Locke, le respectable Locke, dit expressément dans sa réponse au chicaneur Stilingfieet : « Je suis fortement persuadé qu'encore qu'on ne puisse pas montrer (pu la seule raison) que l'ame est immatérielle , c*la ne diminue nullement l'évidence de son immortalité, parce que la fidélité de Dieu est une démonstration de la vérité de tout ce qu'il a révélé («) , et le manque d'une autre démonstration ne rend pas douteux ce qui est à+'u démontré. »

Voyez d'ailleurs à l'article Ame, comme Locke s exprime sur les bornes de nos connaissances, et sur l'immeusité du pouvoir de l'Être suprême.

Le grand philosophe lord Bolingbroke déclare que l'opinion contraire à celle de Locke est un blaspneme.

Tous les pères des trois premiers siècles de l'église regardaient l'ame comme une matière légère, et ne La cio) aient pas moins immortelle. Et nous avons aujourd'hui des cuistres de collège qui appellent athée* ceux qui pensent avec les pères de l'église que Dieu peut donner, conserver l'immortalité à l'âme, de quelque substance qu'elle puisse être!

Tu pousses Ion audace jusqu'à trouver de l'athéisme dans ces paroles : n Qui fait le mouvement dans la nature? c'est Dieu. Qui fait végéter toutes les plantes? c'est Dieu. Qui fait le mouvement dans les animaux ? c'est Dieu. Qui fait la pensée dans 1 homme? c'est Dieu. »

On ne peut pas dire ici , mentiris impudentissimè. tu mens impudemment; mais on doit dire, tu blasphèmes la vérité impudemment.

Finissons par remarquer que lebérosderex-jésuite Paulian, est l'cx-jésuitc Patouillet, auteur d'un mandement d'évéque, dans lequel tous les parlcmcns do royaume sont insultés. Ce mandement fut brûlé par fa main du bourreau. Il ne restait plus à cet ex-jésuite Paulian qu'A traiter l'cx-jésuite Nonotte de père de l'église, et à canoniser le jésuite Malagrida, le jésaite Guignard, le jésuite Garnct, le jésuite Oldcorn, et tous les jésuites à qui Dieu a fait la grâce d'être pendus ou écartclés: c'étaient tousde grands métaphysiciens, de grands philosopbo-théologicns.

SECTION IV

Les gens non pensans demandent souvent aux gens pensait» à quoi a servi la philosophie. Les gens peutans leur répondront : A détruire en Angleterre la

rage religieuse , qui fil pdrir le roi Charles I sur un échafaud; à mettre en Suède un archevêque dans l'impuissance de faire couler le sang de la noblesse une bulle du pape a la main ; à maintenir dans l'Allemagne la paix de la religion , en rendant toutes les disputes théologiques ridicules, à éteindre enfin dans l'Espagne les abominables bûchers de l'inquisition.

Welches, malheureux Wclcbes, elle empêche que des temps orageux ne produisent une seconde fronde et un second Damiens.

Prêtres de Rome, elle vous force à supprimer votre bulle In cand Domini, ce monument d'impudence et de folie.

Peuples, elle adoucit vos mœurs. Rois, elle vous

SECTION V

Le philosophe est l'amateur de la sagesse et de la vérité ; être sage , c'est éviter les fous et les méchans. Le philosophe ne doit donc vivre qu'avec des philosophes.

Je suppose qu'il y ait quelques sages parmi les Juifs , si l'un de ces sages mange avec quelques rabbins, s'il se fait servir un plat d'anguille ou de lièvre, s'il ne peut s'empêcher de rire de quelques discours superstitieux de ses convives, le voilà perdu dans la synagogue ; il en faut dire autant d'un Musulman , d'un Guèbrc, d'un Banian.

Je sais qu'on prétend que le sage ne doit jamais laisser entrevoir aux profanes ses opinions, qu'il doit être fou avec les fous, imW-Uo av«c les imbéciles; mais on n'a pas encore osé dire qu'il doit être fripon avec les fripons. Or, si on exige que le sage soit toujours de l'avis de ceux qui Irompeut les hommes , n'est-ce pas demander évidemment que le sage ne soit pas un homme de bien ? exigera-t-ou d'un médecin qu'il soit toujours de l'avis des charlatans?

Le sage est un médecin des âmes; il doit donner ses remèdes à ceux qui lui en demanden:, et fuir la société des charlatans qui le persécuteront infailliblement. Si donc un fou de l'Asie Mineure ou un fou de l'Inde, dit au sage : Mon ami, tu as bien la mine de ne pas croire à la jumeut Borac, ou aux métamorphoses de Visuou ; je te dénoncerai , je t'empêcherai d'être bostangi , je te décrierai, je te persécuterai; le sage doit le plaindre et se taire.

Si des ignorans nés avec un bon esprit, et voulant sincèrement s'instruire , interrogent le sage , et lui disent : Dois-jc croire qu'il y a cinq cents lieues de la lune à Vénus , et de Mercure au soleil , comme l'assurent tous les premiers pères musulmans , malgré tous les astronomes? Le sage doit leur répondre que les pères peuveut se tromper. Le sage doit en tout temps les avertir que cent dogmes ne valent pas une bonne action, et qu'il vaut mieux secourir un infortuné que de connaître à fond l'abolissant et l'aboli

Quand un manant voit un serpent prêt à l'assaillir, il doit le tuer : quand un sage voit un superstitieux et que fera- 1- il? il les empêchera de

PHILOSOPHIE

SECTION PXEMICRE.

Écrive* filoso{ic ou philosophie, comme il vous plaira; mais convenez que, dès qu'elle paraît , elle est persécutée. Les chiens à qui vous présentez un aliment pour lequel ils n'ont pas de goût , vous mordent.

Vous direz que je répète ; mais il faut remettre cent fois devant les yeux du génie humain que la sacrée congrégation condamna Galilée , et que les cuistres qui déclarèrent excommuniés tous les bons citoyens qui se soumettraient au grand Henri IV, furent les mêmes qui condamnèrent les seules vérités qu'on pouvait trouver dans tes ouvrages de Dcscartes.

Tous les barbets de la fange théologique aboyant les uns contre les autres aboyèrent tous contre de Thou, contre la Mothc Le Vaycr, contre Bayle. Que de sottises ont été écrites par de petits écoliers welches contre le sage Locke !

Ces Welches disent que G'-sar , Cicéron , Sénèque, Pline, Marc-Aurèle, pouvaient être philosophes, mais que cela n'est pas permis chez les Welches. On leur répond que cela est très-permis et très-utile chez. les Français; que rien n'a fait plus de bien aux Anglais, et qu'il est temps d'exterminer la barbarie.

Vous me répliquez qu'où u'en viendra pas à bou'. Non, chez le peuple et chez les imbéciles , mais chez tous les honnêtes gens votre a (Ta ire est faite.

SECTION II

Un des grands malheurs, comme un des grands ridicules du genre humain, c'est que dans tous les pays qu'on appelle policés, excepté peut être à la Chine, les prêtres se chargèrent de ce qui n appartenait qu'aux philosophes. Ces prêtres se mêlèrent de régler l'année : c'était, disaient-ils, leurs droits; car il était nécessaire que les peuples connussent leurs jours de fêtes. Ainsi les prêtres chaldéens, égyptiens, grecs, romains, se crurent mathématiciens et astronomes; mais quelle mathématique et quelle astronomie ! ils étaient trop occupés de leurs sacrifices, de leurs oracles, de leurs divinations, de leurs augures , pour étudier sérieusement. Quiconque s'est fait un métier de la charlatanerie ne peut aveir l'esprit juste et éclairé. Ils furent astrologues , et jamais astronomes (*).

Les prêtres grecs eux-mêmes ne firent d'abord l'année que de trois cent soixante jours, Il fallut que les géomètres leur apprissent qu'ils s'étaient trompés de cinq jours et plus. Ils réformèrent donc leur année. D'autres géomètres leur montrèrent encore qu'ils s'étaient trompés de six heures. Iphitus les obligea de changer leur almanach grec. Ils ajoutèrent un jour de quatre ans en quatre ans à leur année fautive; Iphitus célébra ce changement par l'institution des olympiades.

On fut enfin obligé de recourir au philosophe Mé- (•) Voytt l'article AmOLOo.t.

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