‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 442 sur 551 · PRIÈRES · texte numérisé non relu

PRIÈRES

Nous ne connaissons aucune religion sans prières; les Juifs même en avaient, quoiqu'il n'j eût point chez eux de formule publique, jusqu'au temps où ils chantèrent leurs cantiques dans leurs synagogues, ce qui n'arriva que très-tard.

Tous les hommes, dans leurs désirs et dans leurs craintes, invoquèrent le secours d'une divinité". Des philosophes, plus respectueux envers l'Être suprême, et moins condcsccndans à la faiblesse humaine, uc voulurent, pour toute prière, que la résignation. Ccst en effet tout ce qui semble convenir entre la créature et le créateur. Mais la philosophie n'est pas faite pour gouverner le monde; elle s'élève trop au-dessus du vulgaire; elle parle un langage qu'il ne peut entendre. Ce serait proposer aux marchandes de poissons frais d'étudier lis sections coniques.

Parmi les philosophes mêmes, je ne crois pas qu'aucun autre que Maxime de Tyr ait traité cette matière; voici la substance des idées de ce Maxime.

L'Etemel a ses desseins de toute éternité. Si la prière est d'accord avec ses volontés immuables, il est très-inutile de lui demander ce qu'il a résolu de faire. Si on le prie de faire le contraire de ce qu'il a résolu, c'est le prier d'être faible, léger, inconstant ; c'est croire qu'il soit tel, c'est se moquer de lui. Ou vous lui demandez une chose juste*, en ce cas il la doit, et elle se fera sans qu'on l'en prie; c'est mémo se défier de lui que lui faire instance : ou la chose est injuste, et alors on l'outrage. Vous êtes digne ou indigne de la grâce que vous implorez : si digne, il le sait mieux que vous; si indigne, on commet un crime de plus en demandant ce qu'on ne mérite pas.

En un mot, nous ne fesons des prières à Dieu que parce que nous l'avons fait à notre image. Nous le traitons comme un bâcha, comme un sultan qu'on peut irriter et apaiser.

Enfin toutes les nations prient Dieu : les sages se résignent et lui obéissent.

Prions avec le peuple, et résignons-nous avec les sages.

Nous avons déjà parlé des prières publiques de plusieurs nations, et de celles des Juifs. Ce peuple en a une depuis un temps immémorial , laquelle mérite toute notre attention par sa conformité avec notre prière enseignée par Jésus-Christ même. Cette oraison juive s'appelle le Kadish; elle commence par ces mots : « O Dieu! que votre nom soit magnifié et sanctifié; faites régner votre régne; que la rédemption fleurisse, et que le Messie vienne promptement ! »

Ce Kadish, qu'on récite en chaldéen, a fait croire qu'il était aussi ancien que la captivité, et que ce fut alors qu'ils commencèrent à espérer un messie j un

libérateur, qu'ils ont demandé depuis dans les temps de leurs calamités.

Ce mot de messie, qui se trouve dans cette ancien ne prière, a fourni beaucoup de disputes sur l'histoire de ce peuple. Si cette prière est du temps de la transmigration â Babylonc, il est clair qu'alors les Juifs devaient souhaiter et attendre un libérateur. Mais d'où vient que , dans des temps plus funestes encore , après la destruction de Jérusalem par Titus, ni Josèphc ni Philon ne parlèrent jamais de l'attente d'un messie? Il y a des obscurités dans l'histoire de tous les peuples; mais celles des Juifs est un chaos perpétuel. H est triste pour les gens qui veulent s'instruire, que les Cbaldécns et les Egyptiens aient perdu leurs archives, taudis que les Juifs ont conservé les leurs.

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