DICTION K AME
drc leur rencontre comme celle des voleurs. En eflbr celte iinportunité est une espèce de violence à laquelle peu de gens savent résister, surtout à l'égard de ceux dont l'habit et la profession ont attiré du respect ; et d'ailleurs c'est une suite naturelle de la mendicité , car e nfin il faut \ ivre. D'abord la faim et les autres besoins pressaus font vaincre la pudeur d'uue éducation honnête; et, quand une fois on a franchi cette barrière, on se fait un mérite et un bonncur d'avoir plus d'industrie nu'un autre à attirer les aumônes.
La grandeur et la curiosité des bàlinicns , ajoute le même saint , incommodent nos amis qui fournissent à la dépense , et nous exposent aux mauvais jugemens des hommes. Ces frères, dit aussi Pierre Ocsvigncs qui, dans la naissance de leur religion, semblaient fouler aux pieds la gloire do mou Je, reprennent le faste qu'ils ont quitté; n'ayant rien, ils possèdent tout, et sont plus riches que les riches mêmes. On connaît ce mot de Dufrénj à Louis XIV : « Sire, je ne regarde jamais le nouveau Louvre sans m'écricr : Superbe monument de la magnificence d'un des plus grands rois qui de son nom ait rempli la terre, palais digne de nos monarques, vous séries achevé, si l'on vous avait donné à l'un des quatre ordres mendiaiis pour tenir ses chapitres et loger son général. »
Quant à leur avidité des sépultures et des testamens , Matthieu Paris l'a peinte en ces termes : m Ils sont soigneux d'assister à la mort des grands, au préjudice des pasteurs ordinaires ; ils sont avides d« gain, et extorquent des testamens secrets; ils ne recommandent que leur ordre, et le préfèrent a tous les autres. » Sauvai rapporte aussi qu'en 1 5o? , Gilles Dauphin , général des cordeliers , en considération des bienfaits que son ordre avait reçus de messieurs du parlement de Paris, envoya aux présidons, conseillers et greffiers la permission de se faire enterrer en habit de cordrlicr. L'année suivante, il gratifia d'un semblable brevet les prévôts des marchands et échevins, et les principaux officiers de la ville. Il ne faut pas regarder cette permission comme une simple politesse, s'il est vrai que saint François fait régulièrement chaque année une descente en purgatoire pour en tirer les dînes de ceux cjui sont morts dans l'habit de son ordre , comme l'assuraient ces religieux.
Voici un trait à ce sujet qui ne sera pas hors de propos. L'Étoile, dans ses Mémoires, année 1577, raconte qu'une fille fort belle déguisée en homme, et qui se fesait appeler Antoine-, fut découverte et prise dans le couvent des cordeliers de Paris. Elle servait entre autres frère Jacques fierson , qu'on appelait l'enfant de Paris, et le cordclier aux belles mains. Ces révérends pères disaient tous qu'ils croyaient que c'était un vrai garçon. Elle en fut quitte pour lo fouet , qui fut un grand dommage a la chasteté de cette fille qui se disait mariée, et qui , par dévotion , avait servi dix ou douze ans ces bons religieux , sans jamais avoir été intéressée en son honneur. Peut-Être croyait-elle s'exempter après la mort d'un long séjour •a purgatoire; c'est ce que l'Etoile ne dit pas.
Le même évêque de Bellay, que nous avons déjà cité, prétend qu'un seul ordre de mendiaus coûte par an trente millions d'or pour le vêtement et la nourriture de ses moines , sans compter l'extraordinaire ; de sorte qu'il n'y a point de prince catholique qui lève tant sur ses sujets, que les cénobites mendias* qui sont dans ses états exigent de ses peuples. Que
H sera-ce si on y ajoute les trente-trois autres ordres ? On verra, dit-il, que les trente-quatre ensemble tirent plus des peuples chrétiens que les soixantequatre de cénobites restés ni tous les autres ecclésiastiques n'ont de bien. Avouons que c'est beaucoup dire.