‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 457 sur 551 · QUISQUIS (DU) DE RAM US OU LA RAMEE · texte numérisé non relu

QUISQUIS (DU) DE RAM US OU LA RAMEE

Avec quelques observations utiles sur les persécuteurs, les calomniateurs, et les feseursde libelles.

Il vous importe fort peu, mon cher lecteur, qu'une des plus violentes persécutions excitées au seizième siècle contre Ramus , ait eu pour objet la mania e dont on devait prononcer quiiqais et quttnquam.

Cette grande dispute partagea long-temps tous les régens de collège et tous les maîtres de pension dn seizième siècle; mais elle est assoupie aujourd'hui, et probablement ne se réveillera pas.

Voulez-vous apprendre (<i) si M. Gallandius Torticolis passait M. Hamus, sou ennemi, en l'art aratoire, ou si M. Ramus passait M. Gallandius Torticolis? vous pourrez vous satisfaire en consultant Thomas Freigius, in rita Kami: car Thomas Freigiu» est un auteur qui peut cire utile aux curieux , quoi qu'en dise Banosius.

Mais que ce Homui ou la Ramie. fondateur d'une chaire de mathématiques au collège royal de Paris, bon philosophe dans un temps où l'on ne pouvait guère en compter que trois, Montaigne, Charron, et de Tbou l'historien ; que ce Ramus, homme vertueux dans un siècle de crimes, homme aimable dans la société, et même , si l'on veut , bel esprit ; qu'un tel homme , dis-jc , ail été persécuté toute sa vie ; qu'il ait été as assiné par des professeurs et des écoliers de l'université ; qu'on ait traîné les lambeaux de son corps sanglant aux portes de tous les collèges, comme une juste réparation faite à la gloire d'Aristote; que . cette horreur, dis-je encore, ait été commue à l'édification des Âmes catholiques et pieuses, ô Français! avouez que cela est un peu welchc.

bien changées en Europe , que les mœurs se sont adoucies, qu'on ne persécute plus les gens jusqu'à lu mort. Quoi donc ! n'avons-nous pas déjà observé dans ce dictionnaire que le respectable Barnevel» , le premier homme de la Hollande, mourut sur l'i'ckaf.iud pour la pins folle et la plus impertinente dispute qui ait jamais troublé les cerveaux tbéolçgiques ?

Que le procès criminel du malheureux Théophile n'eut sa source que dans quatre vers d'uue ode qise les jésuites Garasse et Voisin lui imputèrent, qu'ils

le poursuivirent avec la fureur la plus violente et les artifice» Ici plus noirs, qu'il» le firent brûler en effigie (•)?

Que de no» jour» cet autre procès de La Cadière ne fut intente que par la jalousie d'un jacobin contre un jésuite qui avait disputé avec lui sur la grâce?

Qu'une misérable querelle de littérature dan» un café fut la première origine de ce fameux procès de Jean-Baptiste Rousseau le poète} procès dans lequel un philosophe innocent fut sur le point de succomber par des manœuvres bien criminelles?

N'avons-nous pas vu l'abbé Guyot Desfontaines dénoncer le pauvre abbé Pellcgrin comme auteur d'une pièce de théâtre, et lui faire ôicr la permission de dira la messe, qui était son gagne-pain?

Le fanatique Juricu ne persécuta-t-il pas sans relâche le philosophe Baylc; et, lorsqu'il fut parvenu enfin à le faire dépouiller de sa pension et de sa place, n'cut-il pas l'infamie de le persécuter encore?

Le théologien Lange n'accusa-t-il pas Wolf , non- •culcment de ne pas croire en Dieu , mais encore d'avoir insinué dans son cours de géométrie qi'il ne fallait pas «'enrôler au service du seeond roi de Prusse ? Et sur cette belle délation, le roi ne donna-t-il pas au vertucox Wolf le choix de sortir de ses états dans vingt-quatre heures , ou d'Être pendu ? Enfin la cabale jésuitique ne voulut-elle pas perdre Fontcncllc?

Je vous citerais cent exemples de fureurs de la jalousie pédautesque; et j'ose maintenir, à laYionte de cette indigne passion, que, si tous ceux qui ont persécuté les hommes célèbres ne les ont pas traités comme les gens de collège traitèrent Raraus, c'est qu'ils ne l'ont pas pu.

Cest surtout dans la canaille de la littérature, et dans la fange de la théologie , que cette passion Mate avec le' plus de rage.

Nous allons, mon cher lecteur, vous en donner quelques exemples

Exemples des persécutions que des hommes de lettres inconnus ont excitées, ou tâché d'exciter contre des hommes de lettres connus.

Le catalogue de ce» persécutions serait bien long ; il faut se borner.

Le premier, qui éleva l'orage coutre le très-estimable et tres-regretté Hdvétius, fut un petit convul- •ionnairc.

Si ce malheureux avait été un véritable homme de lettres, il aurait pu relever avec honnêteté les défauts du livre.

H aurait pu remarquer que ce moK esprit étant seul ne signifio pas l'entendement humain , titre convenable au livre de Locke; qu'en français le mot esprit ne veut dire ordinairement que pensée brillante. Ainsi b manière de bien penser dan» le» ouvrage» d'esprit signifie, dans le titre de ce livre, la manière de mettre de la justesse dans les ouvrages agréables, dans les i d'imagination. Le titre Esprit , sans aucune

explication , pouvait donc paraître équivoque ; et c'était assurément une bien petite faute.

en examinant le livre, ou aurait pu ob-

ierver

(•) Voy«s I pince J« ' ••, PbilwopW g-ucule.

Que ce n'est point parce que les singes ont les mains différentes de nous qu'ils ont moins de pensées; car leurs mains sont comme les nôtres.

Qu'il n'est pas vrai que l'homme soit 1 auimal le plus multiplié sur la terre; cardans chaque maison il y a deux ou trois mille fois plus de mouches que d'hommes.

Qu'il est faux que du temps de Néron on se plaignît de la doctrine de l'autre monde nouvellement introduite, laquelle éuervait les courages; car cette doctrine était introduite depuis long-temps (t).

Qu'il est faux que les mot» nous rappellent des Images ou des idées ; car les images sont des idées : il fallait dire des idées simples ou composées.

Qu'il est faux que la Suisse ait à proportion plus d'habitans que la France et l'Augleterrc.

Qu'il est faux que le mol de libre soit synonyme d'edaire ; lisez le chapitre de Locke sur la puissance.

Qu'il est faux que les Romains aient accordé à César, sous le nom d'imper<i!ort ce qu'ils lui refusaient sous le nom de rcx ; car ils le créèrent dictateur perpétuel , et quiconque avait gagné une bataille était imperator. Cicéron était itaperaior.

Qu'il est faux que la science ne soit que le souvenir des idées d'autrui ; car Archimèdc cl Newton inventaient.

Qu'il est faux autant que déplacé de dire que la Lccouvrcur et Ninon aient eu autant d'esprit qu'Aristote et Solon ; car Selon fit des lois, Aristotc quelque» livres excelle»» , et nous n'avons rien de ces deux demoiselles.

Qu'il est faux de conclure que l'esprit soit le premier des dons, de ce que l'envie permet à chacun d'être le panégyriste de sa probité, et qu'il n'est pas permis de vanter son esprit; car, premièrement, il n'est permis de parler de sa probité que quand elle est attaquée ; secondement , l'esprit est un ornement dont il est impertinent d«s se vanter, et la probité une chose nécessaire dont il est abominable de manquer.

Qu'il est faux que l'on devienne stupide dès qu'on cesse d'être passionné ; car, au contraire, une passion violente rend l'Ame stupide sur tous les autres objets.

Qu'il est faux que tous les hommes soient nés avec les mêmes talons; car, dans toutes les écoles des art-» et des sciences tous ayant les mêmes maîtres, il y en a toujours tres-peu qui réussissent.

Qu'enfin, sans aller plus loin, cet ouvrage, d'ailleurs estimable, est un peu confus, qu'il manque de méthode, et qull est gâté par des contes indignes d'un livre de philosophie.

Voilà ce qu'un véritable homme de lettres aurait pu remarquer. Mais de crier au déisme et à l'athéisme tout à la (bis, de «courir indignement à ces deux accusations contradictoires, de cabaler pour perdre un homme d'un très-grand mérite , pour le dépouiller

(V) V«jm CkeVoa, Lacxfc*, Virçik, etc.

DICTlONNAIKr

lui et son approbateur do leurs charges, do solliciter contre lui non-seulement la Sorbonae, qui ne peut faire aucun mal par elle-même , mais le parlement, qui en pouvait faire beaucoup, ce fut la manœuvre la plus lâche et la plus cruelle; et c'est ce qu'ont fait deux ou trois hommes pétris de fanatisme, d'orgueil et d'envie.

Du gozetier ecclésiastique.

Lorsque l'Esprit des lois parut, le gazetier ecclésiastique ne manqua point de gagner de l'argent, ainsi que nous l'avons déjà remarqué , cd accusant dans deux feuilles absurdes le président de Montesquieu d'être déiste et atbc*e. Sous un autre gouvernement Montesquieu eut été pendu : mais les feuilles du gazetier, qui à la vérité furent bien vendues, parce qu'elles étaient calomnieuses , lui valurent anssi les sifflets et l'horreur du public.

De PatouiUet.

Un ex-jésuite, nommé Patouillct, s'avisa de faire, en 1764» UD mandement sous le nom d'un prélat, dans lequel il accusait encore deux hommes de lettres connos d'être déistes et athées, selon la louable coutume de ces messieurs. Mais comme ce mandement attaquait aussi tous les parlemcns du royaume, et que d'ailleurs il était écrit d'un style de collège, il ne fut guère connu que du procn.'îur général qui le déféra, et du bourreau qui le brûla.

Du Journal chrétien.

Quelques écrivains avaient entrepris un Journal chréticu, comme si les autres journaux étaiont idolâtres. Us vendaient leur christianisme vingt sous par mois, ensuite ils le proposèrent à quinze, il tomba à douze , puis disparut à jamais. Ces bonues gens •• avaient en 1 760 renouvelé l'accusation ordinaire de déisme et d'athéisme contre M. de Saini - Foix , à l'occasion de quelques faits très-vrais rapportés dans les Essais sur Paris. Ils trouvèrent cette foi»~là , dans l'auteur qu'ils attaquaient , un homme qui se défendait mieux que Kamus : il leur fit un procès criminel au Chàtelcl. Cts chrétiens furent obligés de se rétracter, après quoi ils restèrent dans leur néant.

De Nonotte.

Un autre ex-jésuite, nommé Nonotte, dont nous avons quelquefois dit deux mots pour le faire connaître , Gt encore la môme manœuvre en deux volumes, et répéta les accusations de déisme et d'athéisme cont e un houuac assez connu. Sa grande preuve était que cet homme avait , cinquante ans auparavant , traduit dans une tragédie deux vers de Sophocle , dans lesquels il est dit que les prêtres païens •'étaient souvent trompés. Nonotte envoya son livra m ilome au secrétaire des bref* ; il espérait un bénéfice et n'en eut point ; mais il obtint l'honneur inestimable de recevoir une lettre du secrétaire des

Ccst une chose plaisante que tous ces

attaqués de la rage aient encore de la vanité. Ce Nonotte, régent de collège et prédicateur de village , le plus ignorant des prédicateurs, avait imprimé dani son libelle, que Constantin fut en effet très-doux et très -honnête dans sa famille; qu'en conséquence le Labarum s était fait voir à lui daus le ciel; que Dioctétien avait passé toute sa vie à massacrer des chrétiens pour son plaisir, quoiqu'il les eut protégés sans interruption pendant dix-huit années; que Clovis ne fut jamais cruel ; quo les rois de ce temps-là n'eurent jamais plusieurs femmes à la fois; que 'es confessionnaux furent en usage dès los premiers siècles de IVgliso ; que ce fut une action très-méritoire Je faire une croisade contre le comte de Toulouse, de lui donner le fouet, et de le dépouiller de ses états.

M. Damilavillc daigna relever les erreurs de Nonotte, et l'avertit qu'il n'était pas poli de dire de grosses injures, sans aucune raison, à l'auteur de l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations; qu'on critique est obligé d'avoir toujours raison, et que Nonotte avait rarement observé cette loi.

Comment ! s' «.'crie Nonotte, je n'aurais pas toujours raison , moi <|iii suis jésuito , ou qui du moins l'ai été ! Je pourrais me tromper, moi qui ai régenté en province et qui même ai prêché ! Et voilà Nonotte qai fait encore un gros livre pour prouver à l'univers que, s'il s'est tromp-, c'est sur la foi de quelque* jésuites; que pa%consét|i>cnt on doit le croire. Et il entasse, il entasse bévue sur bévue, pour se plaindre à l'univers du tort qu'on lui fait, pour éclairer l'univers très-peu instruit de la vanité de Nonotte et de ses

Tous ces gens- là trouvent toujours mauvais qu'on ose se défendre contre eux. Ils ressemblent au Scararaouche de 1 ancienne comédie italienne, qui volait un rabat de point a Mézetin : celui-ci déchirait un peu le rabat en se défendant : et Scdramouche lui d.sait : Comment ! insolent , vous me déchirez mon rabat!

De Larcker, ancien répétiteur du collège

Uhe autre lumière de collège, un 1 pouvait, sans être un méchant homme, faire un me chani livre de critique, dans lequel il semble inviter toutes les belles dames de Paris à venir coucher pour de l'argent, dans l'église Notre-Dame, avec tous les routiers et tous les bateliers, et cela par dévotion. ïl prétend que les jeunes parisiens «ont fort sujets à la sodomie; il cite pour son garant un auteur grec so» favori. Il s'étend avec complaisance sur la bestialité; et il se fâche sérieusement de ce que dans un errata de son livra on a mis par mégarde ■ Bestialité, Ii*c« bètiic.

Mais ce même Larchcr commence son livre comme ceux de ses confrères, par vouloir faire brûler l'abW Bazin. Il l'accuse de déisme et d'athéisme, pour avoir dit que les fléaux qui affligent la nature viennent tcw* de la Providence. Et après cela W. Larchcr est rem étonné qu'on se sort moqué de lui.

A pèsent que toutes les impostures de ces

sieurs sont reconnues, que les délateurs en fait de religion sont devcuus l'opprobre du genre humain; que leurs livres, s'ils trouvent deux ou trois lecteurs, n'excitent que la risée; c'est une chose divertissante de voir comment tous ces gens -là s'imaginent que l'univers a les yeux sur eux ; comme ils accumulout brochures sur brochures, dans lesquelles ils prennout à témoin tout le public de leurs innombrables efforts pour inspirer les bonnes mœurs, la modération el la piété.

Des libelles de Langleviel, dit La Beaumellc.

On a remarqué que tous ces

écrivains su

baltcrncs

de libelles diffamatoires, sont un composé d'ignorance , d'orgueil , de méchanceté et de démence. Une de leurs folies est de parler toujours d'eux-mêmes , ou* qui par tant de raisons sont forcés de se cacher.

Un des plus inconcevables héros de cette espèce est un certain Langlcvicl de La Bcaumellc, qui atteste tout le public qu'on a mal ortographié son nom. Je m'appelle Langicviel et non pas Langlcvicux, dit- il da us une de ses immortelles productions; donc tout ce qu'on me reproche est faux , et ne peut porter sur moi.

Dans une autre lettre , vtoici comme il parle à l'univers attentif : « Le six du même mois parut mon ode : on la trouva très- belle, et elle l'était pour Copenhague où je l'envoyai, et autant pour Berlin , où il y a peut-être moins de goût qu'à Copenhague. J'avais le projet de faire imprimer les classiques français , ■nais j'en fus détourné le 27 janvier par une aventure de galanterie qui eut des suites ftinestcs. Je fus volé par le capitaine Coccbius, dont la femme m'avait fait des agaceries à l'opéra. Je fus condamué sans avoir été interrogé ni confronté, et je fus conduit à Spandau. J'écrivis au roi. Je crois que Dargct supprima mes lettres. Il écrivit à l'iugénieur Lcfcbvrc qu'un ne cherchait qu'à me jouer un mauvais tour. Vous voyez que Dargct ue me disait pas bien finement que son maître avait des impressions fâcheuses contre moi. »

Hé pauvre homme ! qui dans le monde peut s embarrasser si in as donné une galanterie à madame Coccbius, ou si madame Coccbius te l'a donnée! qu'importe que tu aies été volé par M. Coccbius, ou que tu laies volé? qu'importe que Dargct se soit moqué de toi ? qui saura jamais qu'un natif des Cêveiitics ait fait une ode à Copenhague ?

On retrouve partout la mouche d'Esope qui du fond d'un char, dans un chemin sablonneux, s'écriait: f)cf j'cLve dr fu,u\>ïcrc. .'

L'orgueil des petits consiste à parler toujours de soi. L'orgueil des grands est de n'en jamais parler. Ce dernier orgueil est infiniment plus noble; mais il est quelquefois un peu insultant pour la compagnie. 11 veu: dire : Messieurs, vous ne valet pas la peine que je cherche à être estimé de vous.

Tout homme a de l'orgueil ; tout homme est sensible. Le plus habile est celui qui sait le mieux cacher xi. 1 jeu.

U y a un cas où l'on est malheureusement obligé An parler de soi , et même Irès-long-tcmps; c'est qoaml on a un procès. Alors il fanthieu instruire ses

juges. Cest un devoir de leur donner bonne opinion devons. Cicéron, en plaidant proHomo uut, fut obligé de rappeler ses services à la république : Démosthènes avait été réduit à la même nécessité dans sa harangue contre Eschine. Hors de là taisez vous, et ne faites parler que votre mérite , si vous en avez.

La mère du maréchal de Villars disait à son fils : Ne parlez jamais de vous qu'au roi , et de votre femme à personne.

On pardonne à un tailleur qui vous apporte votre habit , de vouloir vous persuader qu'il est un trèsbon ouvrier. Sa fortune dépend de l'opinion qu'il vous inspire.

11 était permis à Dn Belloi de vanter un peu les vers durs et mal faits de son Siège de Calais; toute son existence était fondée sur cette pièce, aussi intrépide qu'éblouissante. Si Racine avait parlé ainsi d'iphigénie, il aurait révolté les lecteurs.

C'est presque toujours par orgueil qu'on attaque do grands noms. La Beaumelle dans un de ses libelles insulte messieurs d'Erlac, de Sinner, de Diesbac, de Vatteville, etc., et il s'en justifie en disant que c'est un ouvrage de politique. Mais dans ce même libelle , qu'il appelle son livre de politique , il dit en propres mots (( ) : « Une république fondée par Cartouehe aurait eu de plus sage* lois que la république, de Sokni. » Quel respect cet homme a pour les voleurs *

(«/) « Le roi de Prusse ne tient son sceptre que de l'abus que l'empereur a fait de sa puissance , et de la lâcheté des autres princes. » Quel juge des rois et des royaumes!

(r) « Pourquoi aurions-nous de l'horreur du régicide de Charles I ? il serait mort aujourd bui. »

Quelle raison, ou plutôt quelle exécablc démence! Sans doute , il serait mort aujourd'hui , puisque cet horrible parricide fut commis en 1649- Ainsi donc il ne faut pas , selon Langlcvicl , détester Ravaiilac parce que le grand Henri IV fut assassiné en iri 1 o.

(/) « Cromwcll et Richelieu se ressemblent. » Cette ressemblance est difficile à trouver; mais la folie atroce de l'auteur est aisée à reconnaître.

Il parle de messieurs de Maurppas , Chauvclin . Machault, Berricr, en les nommant par leurs noms sans y mettre le moniteur, et il en parle avec un ton d'autorité qui fait rire.

Ensuite il fit le roman des Mémoires de madame de Maintcnon, dans lequel il outrage les maisons de Noailles , de Richelieu , tous les ministre* de ; Louis XIV, tous les généraux d'armée; sacrifiant ' toujours la vérité à la fiction, pour l'amusement des , lecteurs.

Ce qui paraît son chef-d'œuvre en ce genre, c'est ( sa réponse n un de nos écrivains qui avait dit on parlant de la France :

« Je défie qu'on me montre aucune monarchie sur la terre dans laquelle les lois, la justice distribuijve , et les droits de 1'bumauité , aient été moins foulés aux pieds. »

(«) Wnm. XXXtn. — (i) IbiJ, CLXXXID.

V, \un.. cr.x. — V': <*•

Voici comme ce monsieur réfute cette assertion qui eut de la plus exacte vérité.

« Je no puis relire ce passage sans indignation , quand je me rappelle toutes les injustices générales et particulières quo commit le feu roi. Quoi'.LouisXIV était justo quand il ramenait tout à lui-même, quand il oubliait (cl il l'oubliait sans cesse ) que l'autorité n'était confiée a un seul que pour la félicite" de tous? Était-il juste quand il armait cent mille hommes (7) pour venger l'affront fait par un fou (h) à un de ses ambassadeurs, quand en 1GC7 il déclarait la guerre a l'Espagne pour agrandir ses états, maigre la légitimité d'une renonciation solennelle et libre (1) ; quand il envahissait la Hollande uniquement pour l'humilier; quaud il bombardait Gènes pour la punir de n'être pas son alliée (A ) ; quand il s'obstinait à ruiner totalement la France pour placer un de ses potils-HIs sur un tronc étranger (i) ?

k Etait-il juste, respectait-il les lois , était-il plciu des droits de l'humanité quand il écrasait son peuple d'impôts (m); quand, pour soutenir des entreprises imprudentes, il imaginait mille nouvelle» espèces de tributs , telles que le papier marqué qui excita une révolte à Ken 11 es et à Bordeaux; quand, en ibgi («)," il abimait par quatre-vingts édita bursaux quatrevingt mille familles; quand, en 1693 ("), il extorquait l'argent de ses sujets par cinquante-cinq edits ; quand, en 169.) (y/), il épuisait leur patience et appauvrissait leur misère par soixante autres?

« Protégeait-il les lois , observait-il la justice distributive, respectait-il los droits de I humanité, fesaitil de grandes choses pour le bien public, mettait-il la France au-dcssttsde toutes les monarchies de la terre, quand , pour abattre par les fondations un édit accordé au cinquième de la nation, il sursoyait en 1 67O' pour trois ans les dettes des prosélytes? (7) »

Ce n'est pas le seul endroit où ce monsieur insulte

(5) Où cet ignorant a t il »u «rue I rail XIV lit levé une » niée de cent mille homme* ru iti<ia. dan* la querelle des. «m- Uudriin de Franco et d'Espagne A Londres. ? *

(A) Ou a-til pris que le bâton tlî Bilteville, ambassadeur d'Espagne, était fon?

(i) Ou a t il ptU qu'une renonciation d'une mineure r*t libre ? Il ignore d'aillcm » U loi de dévolution qui ndjngrait la Flandre an roi de France.

(It) Ce n'était pas ptmr la punir de nuire pu sou alliée, mai* d'avoir «.couru ses ennemis, étiuit son alliée.

(1) Oublie- 1- il les droits du r< j J'I'sp.-ijoe, le test.inicnt de Clierlei, les vaui de la nation, l'.ittilnasade nui vint demander à Louis XIV s«oi petit-Cb pour roi? |jnç,Wicl veut-il détrôner ka souverain* d I spajw , <le Naples, de Sieilr il de l'arme.

(m) Il ternit pour quatre millions d impôts en 166a, et il fournil du bit! aux pauvres a ses dépens.

(n) Il u: mit aucun impil sur le peuple en 1 6g l , dans le plus fort d'une guerre tr viuim-tise. Il créa pour uu million d* rrnlrs •ur l'li..ti | de ville, des augmentations de fiâmes, de nouveaux oIFkts. rt pas une seule ta\e sur le» rultii atrurs, ni sur ka marchands Son reveun , cette onuée, im monta qu'j eetu douze nùl- *on» deux ee:il cui.jui.itc rt une ii.dk- l.vro.

. t ) Même crrc.ir.

{pj Même cirem. Il est donc u\'gi.< mu que cet ignorant est k plu» inL'ror rnloniniateur; «'I de <jui ' .te ve» ri.ii.

f<j) Otite frire ac.-ordée aux pioselMr» nYti.it point a charge à Ici* : on , «il seulement dans cette ol« ri ai...» IVu.lace d m»

avec brutalité à la mémoire d'un de nos grands rois, et qui est si chère à son successeur. Il a osé dire ailleurs que Louis XIV avait empoisonné le marquis de Louvois, son ministre (rj ; que le régent avait empoisonné la famille royale et que le père du priucc de Condé d'aujourd'hui avait fait assassiner Vergier; que la riaison d'Autriche a des empoisonneurs à gages.

Une fois il s'est avisé de faire le plaisant dans une brochure contre 1 Histoire de Henri IV. Quelle plaisanterie !

« Je lis avec un charme infini, dacr l'Histoire du Mogol (r) , que le petit-fils de Sba-Abas fut bercé pendant sept ans par des femmes; qu'ensuite il fut bercé pendant huit ans par des hommes; qu'on l'accoutuma de bonne heure à s'adorer lui-même et à se croire formé d'uu autre limon que ses sujets ; que tout ce qui l'environnait avait ordre de lui épargner le pénible soin d'agir, de penser, de vouloir, et de le rendre inhabile à toutes les fonctions du corps et de l'âme; qu'eu conséquence un prêtre le dispensait de la ktigutî île pri«r de sa bouche le grand Être ; que certains officiers étaient préposés pour lui mâcher noblement, comme dit Rabelais, le peu de paroles qnTl avait àprouoncer; que d'autres lui taraient le pouls trois ou quatre fois le jour comme à uu agonisant ; qu'à son lever, qu'à sou coucher trente seigneurs accouraient, l'un pour lui dénouer l'aiguillette, l'autre pour le découstiper, celui-ci pour l'accouttcr d'une chemise, celui-là pour l'armer d'ua cimctctrc, chacun pour s'emparer du membre dont il avait ia surin» tendance. Ces particularités me plaisent parce qu'elles me donnent une idée nette du caractère des Indiens , et que d'ailleurs elles me font assez entrevoir celut du petit-fils de Sba-Abas, pour me dispenser de lue lai.t d'épais volumes, que les Indiens ont écrits s»ir Us faits et gestes de cet empereur automate. »

Cet homme est bieu mal instruit de l'éducation dos princes mogols. Us sont à trois ans entre les mnint des eunuques, et non entre les mains des femmes. Il n'j a point de seigneurs à leur lever et à leur coucher; on ne leur dénoue poiut l'aiguillette. On voil assez qui l'auteur veut désigner. Mais reconnaîtra-ton à ce portrait le fondateur des invalides, de l'Observatoire , de Saiut-Cyr; le protecteur génêrcit* d'une famille royale infortunée; le conquérant de la Franclic-Conilé, de la Flandre française, le fondateur de la marine, le rémunérateur éclairé do tous le. arts utiles ou agréables; le législateur de la France qui reçut son royaume daus le plus horrible désordre, et qui le mit au plus haut point de la gloire et de U grandeur; enfin le roi que dom Ustaris, cet homme d'étal si estimé, appelle un homme prodigieux, mal

p lit liugueoot qui a étal apprenti predicsuit a Oenere, et qui , u imitant pas la sagesse de ses coofrèrts, t'est rendu indigne de U pscHeclion qu'il a surprise en France.

(r) Toenr III , pa». aG«j et 370 du Siècle de lAuis XI V. <]• i falsifia et qu'il vendit, chargé de note* infirma, a uu libraire «k Francfort, nommé Eaïinger. comme U a eu l'impudence de lav

(.) Tome ni, W3a3.

ftPage. a* « >5.

gré des défauts inséparables de la uaturc humaine;

Y reconnaîtra-t-on le vainqueur de Kontcnoy et de Laufelt, qui donna la paix à ses ennemis étant victorieux; le fondateur de l'Ecole militaire qui, à l'exemple de sou aïeul, n'a jamais manque1 de tenir son conseil? Où est ce petit -fils automate de Sha- Abas?

Qui ne voit la délicate allusion de ce brave homme, ainsi que la profonde science de ce grand écrivain? il croit que Sha-Abas était un Mogol, et c'était un Persan de la race des Sophis. il appelle au bqs?rd son petit-fds automate; et ce petit-fils était Aba«, second (ils de Sain-Mirza, qui remporta quatre victoires contre les Turcs, et qui fit ensuite la guerre aux Mogols.

Cest ainsi que ce pauvre homme a écrit tous ses libelles; c'est ainsi qu'il fit le pitoyable roman de madame de Maiiitcnon , parlant d'ailleurs de tout à tort et à travers, avec une suffisance qui ne serait pas permise au plus savant homme de I Europe.

De quelle indignation u'est-on pas saisi quand on voit un misérable échappé des Cévennes, élevé par charité, cl souillé des actions les plus infâmes, oser parler ainsi des rois, s'emporter jusqu'à une licence si effrénée; abuser à ce point du mépris qu'on a pour lui , et de lindulgence qu'on a eue de ue le condamner qu'à six mois de cachot !

On ne sait pas combien de telles horreurs font tort à la littérature. C'est là pourtant ce qui lui attire des entraves rigoureuses. Ce sont ces abominables libcllistcs, dignes de la potence, qui font qu'on est si difficiles sur les bons livres.

Il vient de paraître un de ces ouvrages de ténèbres (n), où, depuis le monarque jusqu'au dernier citoyen, tout le monde est insulté avec fureur; où la calomnie la plus atroce cl la plus absurde distille un poison affreux sur tout ce qu'on n specte et qu'on aime. L'auteur s'est dérobé à l'exécration publique, mais La Bcaumellc s'y est offert.

Puissent les jeunes fous qui seraient tentés de Miivrc de tels exemples, et qui, sans talens et san* science, ont la rage d'écrire, sentir à quoi une telle frénésie les expose. On risque la corde si on est connu; et, si on ne l'est pas, on vit dans la fange et dans la crainte. La vie d'un forçat est préférable à celle d'un foscur de libelles ; car l'un peut avoir été condamné injustement aux galères, et l'autre le» mérite.

Observation sur tous ces libelles diffamatoires.

Qoe tous ceux qui sont tentés d'écrire de telles infamies se disent : Il n'y a point d'exemple qu'un libelle ait fait le moindre bien à son auteur : jamais on ne recueillit de profit ni de gloire dans cette carrière honteuse. De tous les libelles contre Louis XIV, H n'en est pas un seul aujourd'hui qui soit un livre de bibliothèque, et qui ne soit tombé dwns un oubli profond. De cent combats meurtriers livrés dans une guerre, et dont chacun semblait devoir décider du ■

destin d'ur état, il en est à peine trois ou quatre qui laissent un long souvenir; lesévénemens tombent les uns sur les autres, comme les feuilles dans l'automne pour disparaître sur la terre; et un gredin voudrait que son libelle obscur deineiir.it dans la mémoire des hommes? Le gredin vous répond : On se souvient des vers d'Horace contre Pantolabus, contre Nomcnlanus; et de ceux de Boileau contre Cotin et l'abbé de Pure. On réplique au gredin è Ce ne sont point là des libelles; si tu veux mortifier tes adversaires, tache d'imiter Boileau et Horace : mais, quand tu auras un peu de leur bon sens et de leur génie, tu ne feras plus de libelles.

MOT. rail.

Page 1