‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 458 sur 551 · RAISON · texte numérisé non relu

RAISON

Dans le temps que toute la France était folle du système de Lass, et qu'il était contrôleur général, un homme qui avait toujours raison vint lui dire en présence d'une grande assemblée :

Monsieur, vous êtes le plus grand fou, le plus grand sot , ou le plus grand fripon qui ait encore paru parmi nous ; et c'est beaucoup dire : voici comme je le prouve. Vous ave/, imaginé qu'on peut décupler les richesses d'un état avec du papier; mais ce papier ne pouvant représenter que l'argent représentatif des vraies richesses qui sont les productions le la terre et des manufactures, il faudrait que vous eussiez, commencé par nous donner dix fois plus de blé, de vin.de drap cl de toile, etc. Ce n'est pas assez. , il faudrait être sik du débit. Or, vous faites dix fois plus de billets que nous n'avons d'argent et de denrées, doue vous êtes dix fois plus extravagant, ou plus inepte, ou plus fripon que tous les contrôleurs ou surintcinlaiis qui vous ont précédé. Voici d'abord connue je prouve ma majeure.

A peine avait-il commencé sa majeure qu'il fut couduit à Saint-Lazare.

Quand il fut sorti de Saint-Lazare, où il étudia beaucoup et où il fortifia sa raison, il alla à Borne; il demanda une audience publique au pape , à condition qu'on ne l'interromprait point dans sa harangue; et il lui parla en ces termes :

Saint père, vous êtes un antechrist, et voici comme je le prouve à votre sainteté. J'appelle anU chrisl ou antirbri^lf selon la force -îu mol, celui qui fait tout le contraire de ce que le Christ a fait et commandé. Or, le Christ a été pauvre, et vous êtes très-riche ; il a payé le tribut, et vous exigez des tributs; il a été soumis aux puissauces, et vous êtes devenu puis» sauce ; il marchait à pied , et vous a'Iez à Castcl-Gaudolfe dans un équipage somptueux: il mangeait tout ce qu'on voulait bien lui donner, et vous voulez que nous mangions du poisson le vendredi et le samedi, quand nous habitons loin de la mer et des rivières; il a défendu à Simon-Barjonc de se servir de l'épée, et vous avez des épées à votre service, etc., etc., etc. Doue en ce sens votre sainteté est antechrist. Je vous révère fort en tout autre sens, et jevous demande une indulgence in arliculo mol li*.

Ou mit mon homme au château Saint-Ange. Quand il fut sorti du château Saint-Ange, il cou-

rat à Venise, et demanda à parler au doge. II faut,

lai dit-il , que votre sérénité soit un grand extravagant d'épouser tous les ans la mer; car, premièrement , ou ne se marie qu'une fois avec la même personne; secondement, votre mariage ressemble à celui d'Arlequin, lequel était à moitié fait, attendu 3% il ne manquait que le consentement de la future; trot sièmement , qui vous a dit qu'un jour d'autres puis» sauces maritimes ne vous déclareraient pas inhabile a consommer le mariage ?

Il dit , et on l'enferma dans la tour de Saint-Marc.

Quand il fut sorti de la tour de Saint-Marc, il alla à Constantinople ; il eut audience du mufti, et lui parla en ces termes : Votre religion, quoiqu'elle ait de bonnes choses , comme l'adoration du grand Être, et la nécessité d'être juste et charitable, n'est d'ailleurs qu'un réchauffé du judaisi.ie, et un ramas ennuyeux des contes de ma mère -l'oie. Si r archange Gabriel avait apporté de quelque planète les feuilles du Korau à Mahomet, toute l'Arable aurait vu descendre Gabriel : personne ne l'a vu; donc Mahomet n'était qu'un imposteur hardi qui trompa des imbéciles.

A peine eut-il prononcé ces paroles qu'il fut empalé. Cependant il avait eu toujours raison.

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