ANNEAU DE SATURNE
Ce phénomène étonnant, mais pas plus étonnant qnc les autres, ce corps solide et lumineux qih* entoure la planète de Sstarne, qui ffc'claire et qui^n est éclairé , soit par la faible réflexion des rayons solaires, soit par quelque cause inconnue, était autrefois une mer, à ce que prétond un rêveur qui se disait philosophe (a). Cette mer, scion lui, s'est endurcie; elle
(*} Voyn Ltmbtx ; sm* Uèt-hoproprc pour tipii&er dm Jroito Tiarartl» « inpmcrlpdbla.
(a) Mupcrtuia
est devenue terre ou rachat; «11* gravitait -jadis vers den* centres) el na gravite plu» au j ourdi» al que vers un seul.
Coiame- tous y ailes, mon rêveur! comme vous métamorphosez l'eau en roches* Ovide notait nen aaprèsde voos. Quel merveilleux pouvoir vous avez sur la naturcT cette imagination ne dément pas vos autres idées ! O démangeaison de dire des chose* nouvelles ! * fureur des systèmes ! ô folies de l'esprit humain ! Si on a pari/- dans le grand Dictionnaire encyclopédique de cette rêverie, c'est sans doate pour en faire sentir l'énorme ridicule ; saut, quoi les autres nations se raient o» droit de dire : Voilà l'usage que font les Français de»1 découvertes des autres peuples. Huygbons découvrit l'anneau de 3at&rne, il en calcula les apparences. Hook et Flamste&d les ont calculées comme lui. Un Français a découvert cjne ce corps solide avait été un océan circulaire, et ce Français n-'est pas Cyrano do Bergerae.
AHTI-LUCRÊCE.
La lecture de tout Je poème de feu M. le cardinal de Poiignac m'a confirmé dans l'idée que j'en avais conçue, lorsqu'il m'en lut le premier chant. Je suis encore «tonne qu'au milieu desdissipations du monde et des épines des affaires, il ait pu écrire on si long ouvrage eu vers, dans une langue étrangèro, lui qui aurait à peine fait quatre bons vers dans sa propru langue. Il me semble qu'il ré mit souvent !•: force de Lucrèce » l^tfgatree do Virgile; Je l'adjitre surtout dans cette fteâfké avec laquelle il exptfm? toujours des choses si difficiles.
H est Trarque son Antr-Luerece est peut -£tre trap diffus, et trop peu varié; amis ce n'est pas en qualité de poète que je l'examine ici, c'est comme philosophe. 11 me paraît qu'une aussi belle âme que la sienne devait rendre plus de justice? au* moeurs d'Épi cure, qui , étamtéia vérité un orès-mauvais physicien, n'en était pas moins rut très- IrannPN' homme, et qui ir'cnsrigu« jassssuîsque-ladoueeury la' tempérance^ la modération, la josttee; verttu que sou exemple cascr-
Vokf commeee grand nonrmcesr spostropbé dans l As^Lacrèce (liv. ï", v. 5a<$ et suiv.).
Si vvtktu erai avidus; rnlique bànLpu Tam titi'mt, tnid TrH'tMo tihi Maria nemtbat ? Aiptra (juippf ni mit visa tti. Asftrrima emli ■
Erya pfrfujiuin eul^ac, ioli$que btnùjnut Pcrjurù ec fœdifrayis, Epicurt, parabat.
Solam hominum faxtm f9(trt Derinriretib! enpxttt . . .
On peut rendre ainsi ce morceau en français, en lui prêtant , si jç l'ose dire , un peu de force :
An ! m par toi le vice eût «lté combattu , Si ion cotur pur et droit eiil chéri la vertu, Pourquoi donc rrjuw «u «tin èê i'juoaoeaer t'r 1%mi qui non* la draii, el <nti I* niencpiSMe ? Ta le craignais ce Dieu ; «on règne rrdoote' Mettait un trein trop dur ù ton impidte. Précepteur de* médians , et protea»<nr du crime , Ta miin de l'injustice ouvrit le vatte (
Mais Eprcure pouvait répondre au cardinal : Si j'avais eu le bonheur de connaître comme vous lévrai Dieu , d'être né comme votts dans unr» religion pure et sainte, je n'aurais pas cerrainetnent rejeV ce Dieu révélé, dont les dogmes étaient nécessairement inconnus à mon esprit, mais dont la inorale était dans it. on cœur. Je n'ai pu admettre des dieu* .tels qu'ils mitaient annoncés dans le p. gaitismc. J'étais trop raisonnable pour adorer des divinités qu'on faisait naître d'un pére et d'une mère comme les mortels, et qui comme eux se fcsaicnl la guêtre. J'étais trop ami Je la vertu pour ne pas hair ..ne religion qui tantôt invitait au crime par l'exemple de cesaieux mêmes, et tantôt vendait à prix d'urgent lo ré tripier des plus horribles forfaits. D'un côté je voyais partout des hommes insensés, souillés de vices, c ut cherchaient à se rendre purs devant d*s dieux impurs; cl de l'autre, des fourbes qui se vantaient de justifier les plus pervers, soit en les initiant à des mystères, soit en fesaut couler sur eux goutte à goutte le sang des taureaux, soit en les plongeant daus les eaux du Ganse; je voyais les guerres les pins injustes entreprises saintement, dès qu'on avait trouvé sans tache le foie d'un bélier, ou qu'une femme, les cheveux épars et l'œil troublé , avait prononcé des paroles dont ni elle ni personne ne comprenait le sens. Enfin je voyais toutes las contrées do la terre souillées du sang des- victimes humaines que des pontifes barbares sacrifiaient à des dieux barbares. Je me sais bon gré d'avoir détesté de telle» religions. La mienne est la vertu. J'ai invité mes disciples à ne se point mêler des affaires de ec monda, parce qu'elles étaient horriblement gouvernées. Un véritable épicurien était un uomme'doux, modéré, juste, aimable, daqieî aucune société n'avait à sepltindfe, ctqui ne payait pas des bourreaux pour assassiner en public ceux qui ne' pensaient pas comme lui. De ce terme à celui de la religion sainte , qui vous a nourris, il n'y a qu'un pas A faire. J'ai détruit les faux dieu? ; et, si j'avais vécu avec tous, j'aurais conno le véritable.
C'est ainsi qu'Rpicurc pourrait se justifier sur son erreur; il pourra t mêmvméritersa grâce surle dogme de l'immortalité de l'9me, en disint : Plaignez -moi d'avoir combattu une vérité que Dieu a révélée cinq cents ans après ma naissance. J'ai pensé comme tous les premiers législateurs païens du monde, qui tous ignoraient cette vérité.
J'aurais donc voulu que le cardinal de Poiignac eût plaint Epicurc en le condamnant ; et ce tour n'en cufcpas été mofns favorable é la belle poésie.
A l'égard de la-physique j il me paraît que fauteur a perdu beaucoup de temps et beaucoup de vers à réfuicr la déclinaison des atomes, et les autres absurdités dont le poê me de Lucrèce fourmille. Ccst employer de l'artillerie pour détruire une chaumière. Pourquoi encore vouloir mettre à la place des rêveries de Lucrèce les rêveries de Descartes?
Le cardinal de Po'ignac a inséré dans son poêmr de très-beaux vers sur loi découvertes de Newton , mais.il y combat malheureusement pour lui des véririt^s démontrées-. Le philosophie de Newton ne souffre guère qu'on la discute en vers ; a peine peut-on
la traiter en prose ; elle est toute fondée sur la géométrie. Le génie poétique tic trouve point là de prise. On peut orner de beaux vers l'écorce de ces vérités; mais pour les approfondir U dut du calcul, et point devers.