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Quoi qu'il en soit , le parti d'Anus commence à revivre en Angleterre , aussi-bien qu'en Hollande et en Pologne. Le grand Newton fesait à cette opinion l'honneur de la favoriser. Ce philosophe pensait que les unitaires raisonnaient plus géométriquement que nous. Mais le plus Terme patron de la doctrine arienne, est l'illustre docteur Clarke. Cet homme «st d'une vertu rigide et d'un caractère doux , plus amateur de ses opinions , que passionné pour faire des prosélytes, uniquement occupé de calculs et de démonstrations, aveugle et sourd pour tout le reste, une vraie machine à raisonnemens. Ccsl lui qui est l'auteur d'un livre assez peu entendu , mais estimé , sur l'existence de Dieu , et d'un autre plus intelligible, mais assez méprisé, sur la vérité de la religion chrétienne. Il no s'est poin: engagé dans de belles disputes scolastiques, que notre ami appelle de vénérables billevesées; il s'est contenté de faire imprime! un livre qui contient tous les témoignages des premiers siècles pour et contre les unitaires, et a laisse nu lecteur le soin de compter les voix et Hc juger. Ce livre du docteur lui a attiré beaucoup de partisans , mais l'a empêche d'être archevêque de Cantorbéri : car , lorsque la reine Anne voulut lui donner ce poste , un docteur nommé Gibson , qui avait sans doute ses raisons, dit à la reine r Madame, M. Clarke est le plus savant et le plus honnête homme du royaume ; il ne lui manque qu'une chose. Et quoi ? dit la reine. Ccst d'êlrc chrétien , dit le docteur bénévole. Je crois que Clarke s'est trompé dans son calcul , et qu'il valait mieux être primat orthodoxe d'Angleterre que curé arien.
Vous voyez quelles révolutions arrivent dans les opinious comme dans les empires. Le parti d'Arius, après trois cents ans de triomphe , et douze siècles d'oubli , renaît enfin de ta cendre ; mais il prend trèsmal son temps, de reparaître dans un âge où tout le monde est rassasié de disputes et de sectes. Celle-ci est encore trop petite pour obtenir la liberté des assemblées publiques; elle l'obtiendra sans doute si elle devient plus nombreuse : mais on est si tiède à présent sur tout cela, qu'il n'y a plus guère de fortune à faire pour une religion nouvelle ou renonvelce. N'est-ce pas une chose plaisante, que Luther, Calvin, Zuinglc, tous écrivains qu'on ne peut lire, aient fonde des sectes qui partagent l'Europe? que l'ignorant Mahomet ait donné une religion h l'Asie et l'Afrique, et que messieurs Newton , Clarke, Locke . le Clerc, etc., les plus grands philosophes et le* meilleures plumes de leur temps, aient pu a peine venir à bout d'établir un petit troupeau ? Voilà ce que c'est que do veuir au monde à propos. S! le cardinal de Retz reparaissait aujourd'hui , il n'ameulcrait pas dix femmes dans Paris. Si Cromwell renaissait, lui qui a fait couper la tête à sou roi et s'est fait souverain, il serait un simple citoyen de Londres.