‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 540 sur 551 · VOEUX · texte numérisé non relu

VOEUX

Faut, un vœu pour toute sa vie, c'est se f.iire esclave. Comment peut-on souffrir le pire de ions les esclavages dans un pays où l'esclavage est proscrit ?

Promettre à Dieu par serment ijn'or sera, depuis l'a«;e de quinze ans jusqu'à sa mort, jacobin, jésuite, ou capucin, c'est affirmer qu'on pensera toujours en capucin, en jacobin ou en jésuite. M est plaisant de promettre pour toute sa vie ce que nul homme n'est sur de tenir du soir au matin.

Comment les gouvernemens ont-ils été assez ennemis d'eux-mêmes, assez absurdes, pour autoriser les citoyens à faire l'aliénation de leur liberté dans un â»e où il n'est pas permis de disposer de la moindre p.irLwt de sa fortune? Comment tous les magistrats étant convaincus de l'excès de cette sottise n'y mettent-ils pas ordre?

Nest-on pas épouvanté quand on fait réflexion qu'on a plus de moines que de soldats ?

N'est-on pas attendri quand ou découvre les secrets des cloîtres, les turpitudes, les horreurs, les tournions auxquels se sont soumis de malheureux enfans qui détestent leur étal de forçat quand ils sont hommes, et qui se débattent avec un désespoir inutile contre les chaînes dont leur folie les a chargés ?

J'ai connu un jeune homme que ses pareils engagèrent à se faire capucin à quinze ans et demi ; il aimait éperdument une fille à peu près de cet .'><!,<•. Des que ce malheureux eut fait ses vœux à François d'Assise, le diable le fit souvenir de ceux qu'il avait faits à sa maîtresse, à qui il avait signé une promesse de mariage. Enfin le diable étant plus fort que saint François, le jeune capucin sort de son cloître, et court À la maison de sa maîtresse; on lui dit qu'elle s'est jetée dans un couvent, et qu'elle a fuit profession.

Il vole au couvent, il demande à la voir, il apprend qu'elle est morte de désespoir. Cette nouwila lui ôle l'usage de ses sens, il tombe presque sans vie. On le transporte dans un couvent d'hommes voisin, ■on pour lui donner les secours uéressuires «fui ne

(d) Matt., chap. XX11I, t. 3;.

peuvent tout au plus que sauver le corps, mais pour lai procurer la douceur de recevoir avant sa mort Pextrêmc-onclion qui sauve infailliblement l'âme.

Cette maison où l'on porta ce pauvre garçon évanoui, était justement un couvent de capucins. Ils le laissèrent charitablement à leur porte pendant plus de trois heures; mais enfin il fut heureusement reconnu par un des révérends pères, qui l'avait vu dans le monastère d'où il était sorti. U fut porte dans une cellule, et l'on y eut quelque soin de sa vie, dans le dessein de la sanctifier par une salutaire pénitence.

Dès qu'il eut recouvré ses forces, il fut conduit bien garrotté à son couvent, et voici très-exactement comme il y fut traité. D'abord on le descendit dans une fosse profonde, au bas de laquelle est une pierre très-grosse, s laquelle une chaîne de fer est scellée. Il fut attaché à cette chaîne par ur pied; on mit auprès de lui un pain d'orge et une cruche d'eau; après quoi on referma la fosse, qui se bouche avec un larg.plateau de grès, qui ferme l'ouverture par laquelle on l'avait descendu.

Au bout de trois jours on le lira de sa fosse pour le faire comparaître devant la tournellc des capucins. U fallait savoir s'il avait des complices de son évasion; cl, pour l'engager à les révéler, on l'appliqua a la question usitée dans le couveut. Cette question préparatoire est infligée avec des cordes qui serrent les membres du patient, et qui lui font souffrir une espèce d'estrapade.

Quand il eut subi ces lourmeus, il fut condamné à être enfermé pendant deux ans dans son cachot, et i en sortir trois fois par semaine pour recevoir sur son corps entièrement nu la discipline avec des chaînes de 1er.

Son tempérament résista seize mois entiers à c supplice. 11 fut enfin assez heureux pour se sauver, la faveur d'uuc querelle arrivée entre les capucins. Ils se battirent les uns contre les autres, cl le prisonnier échappa peudant la mêlée.

S'éiaiu caché pendant quelques heures dans des broussailles, il se hasarda de se mettre en chemin au déclin du jour, pressé par la faim et pouvant à peine se so i en'r. Uu samaritaiu qui passait eut pitié de ce spcclr ■ j il le conduisit dans si maison, cl lui donna du secours. C'est cet infortuné lui-même qui m'a conté son aventure en présence de son libérateur Voilà doue ce que les vœux produisent.

C'est une question fort curieuse de savoir si les horreurs qui se coinincticnt tous les jours chez les moines mendians sont plus révoltantes que les richesse . pernicieuses des autres moines qui réduisent tant de familles à l'état de mendians.

Tous ont fait vœu de vivre à nos dépens, d'être un fardeau à leur patrie, de nuire à la population, de trahir leurs contemporains et la postérité. El nous le coudrons !

Autre question intéressante pour les officiers.

Ou demande pourquoi on permet à des moines de reprendre un de leurs moines qui s'est fait soldat, el pourquoi un capitaine ne peut reprendre uu déserteur qui s'est fait moine?

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