‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 57 sur 551 · DICTION N AIRE · texte numérisé non relu

DICTION N AIRE

l'un faux prophète qui aura débité ses rêveries, pour faire de la Mecque un lieu sacré et le rendez-vous des nations voisines. Cest ainsi que le temple de Jupiter Ammon était bâti au milieu des sables, etc.

L'Arabie s'étend du désert de Jérusalem jusqu'à Adcn ou Eden, vers le quinzième degré, en tirant droit du nord-est au jud-est. C'est un pars immense, environ trois fois grand comme l'Allemagne. Il est très-vraisemblable que «es déserts de sabla ont été apportés par les eaux de la mer, et que ses golfes maritimes ont été des terres fertiles auticfois.

Ce qui semble déposer en faveur de l'antiquité de cette nation, c'est qu'aucun historien no dit qu'elle ait été subjuguée ; elle ne le fut pas même par Alexandre, ni par aucun roi de Syrie, ni par les Homains. Les Arabes au contraire ont subjugué cent peuples, depuis l'Inde jiwou'à la Garonne; et , ^yant ensuite perdu leurs conquêtes, ils s* sont retirés dans leur pays sans s'être mêlés evas d'autres peupics.

N'ayant jamais été ni asservis, ni mélingés, il est plus que probable qu'ils ont conservé Imrs mœurs et leur langage; aussi l'arabe est-il en quelque façou la langue-mère de toute l'Asie jusqu'à l'Inde, et jusqu'au pays habité par les Scythes, supposé qu'il y ait en effet des langues- mères; mais il n'y a que des langues dominantes. Leur génie n'a point changé, ils font encore des mille et une nuits , comme ils en feraient du temps qu'ils imaginaient un Bach ou Bacchus, qui traversait la mer Rouge avec trois millions d'hommes, de femmes et d'enfans; qui arrêtait le soleil et la lune; qui fesait jaillir des fontaines de vin avec une baguette, laquelle il changeait en serpent quand il voulait.

Une nation ainsi isolée, et dont le sang est sans mélange, ne peut changer de caractère. Les Arabes qui habitent les déserts ont toujours été un peu voleurs. Ceux qui habitent les villes ont toujours aimé les fables, la poésie et l'astronojiîd.

H est dit dans la Préface historique de f Alcoran, que, lorsqu'ils avaient un bon poète dans une de leurs tribus, les autres tribus ne manquaient pas d'envoyer des députés pour, féliciter celle à qui Dieu avait fait la grâce de lui donner un poète.

Les tribus s'assemblaient tous les ans par représentans, dans une place nommée Ocad, où l'on récitait des vers à pou près comme on fait aujourd'hui à Home, dans le jardin de l'académie des Arcades; et cette coutume dura jusqu'à Mahomet. De son temps chacun affichait ses vers à la porte du temple de la Mecque.

Labid , 61s de Rabia , passait pour l'Homère des Mccquois; maïs, ayant vu le second chapitre do l' Alcoran que Mahomet avait affiché, il se jeta à ses genoux, et lui dit : u O Mohammed, fils d'Abdallah, fils de Moialeh, fils d'Achen, vous êtes un plus grand poète que moi ; vous êtes sans doute le prophète de Dieu. »

Autant les Arabes du désert étaient voleurs, autant ceux de Maden , de Naid , de Sauaa étaient généreux. Un ami était deshouoré dans ces pays quand il avait refusé des secours à uu ami.

Dans leur recueil de vers, intitulé Tograïd, il est rapporté qu'un jour dans la cour du temple de U Mecque trois Arabes disputaient sur la générosité et l'amitié, et ne pouvaient convenir qui méritait la préférence de ceux qui donnaient alors les plus grands exemples de ces vertus. Les uns t ;naient pour Abdallah, fils de Giafar, oncle de Mahomet; les autres pour Kaïs , fils de Saad , et d'autres pour Arabad de la tribu d'As. Après avoir bien disputé, ils convinrent d'envoyer un ami d'Abdallah vers lui , un ami de Kais vers Kais, et un ami d'Ara bad vers Arabad , pour les éprouver tous trois, et venir ensuite faire leur rapport à l'assemblée.

L'ami d'Abdallah courut donc à lui et lui dit : Fils de l'oncle do Mahomet, je suis en voyage et je manque de tout. Abdallah était monté sur son chameau chargé d'or et de soie, il eu descendit au plus vite, lui donna son chameau, et s'en retou/na à pied dans sa maison.

Le second alla s'adresser à son ami Kais , fils de Saad. Kais dormait encore; un do ses domestiques demande au voyageur ce qu'il désire. Le voyageur répond qu'il est l'ami de Kais, et qu'il a besoin de secours. Le domestique lui dit : Je ne veux pas éveiller mon maître; mais voilà sept mille pièces d'or, c'est tout ce que nous avons à présent dans la maison; prenez encore un chameau dans l'écurie avec un esclave, je crois que cela vous suffira jusqu'à ce que vous soyez arrivé chez vous. Lorsque Kais fut éveillé, il gronda beaucoup le domestique de n'avoir pas donné davantage.

Le troisième alla trouver son ami Arabad de la tribu d'As. Arabad était aveugle , et il sortait de sa maison appuyé sur deux esclaves pour aller prier Dieu au temple de la Mecque; dès qu'il eut entendu la voix de l'ami, il lui dit : Je n'ai de bien que mes deux esclaves, je vous prie de les prendre et de les vendre; j'irai au temple comme je pourrai avec mon bâton.

Les trois disputeurs étant revenus à l'assemblée, racontèrent fidèlement ce qui leur était arrivé. On donna beaucoup de louanges à Abdallah fils de Giafar, à Kais (ils de Saad, et à Arabad de la tribu d'As; mais la préférence fut pour Arabad.

Les Arabes ont plusieurs con'.cs de cette espèce. Nos nations occidentales n'en ont rc'wt; nos romans ne sont pas dans ce goût. Nous en avons plusieurs qui ne roulent que sur des friponneries, comme ceux de Bocace, Gusraan d'Alfarache, Gilblas, etc.

U est clair que du moins les Arabes avaient des idées nobles et élevées. Les hommes les plus savans dans les langues orientales pensent que le livre de Job, qui est de la plus haute antiquité, fut composé par un Arabe de l'idumèe. La preuve la plus claire et la plus indubitable, c'est que le traducteur hébreu a laissé dans sa traduction plus do cent mots arabes qu'apparemment il n'entendait pas.

Job , le héros de la pièce , ne peut avoir été un Hébreu; car il dit, dans le quarante-deuxièmo chapitre , qu'ayant recouvré son premier état, il partagea ses biens également à ses fils et à ses filles, ce qui est directement contraire à la loi hébraïque.

Il est très- vraisemblable que, n ce livre avait été composé après le temps où l'on place l'époque de Moise, l'auteur qui parle de tant de choses , et qui •'épargne pas les exemples, aurait parlé de quelqu'un des élonnaas prodiges opérés par Moise , et connus sans doute de toutes le* nations de l'Asie.

Dès le premier chapitre, Sathan parait devant Dieu, et lui demande la permission d'affliger Job , on ne connaît point Sathan dans le Fcniateuque, c'était un mot chaldéen. Nouvelle preuve que l'auteur arahe était voisin de la Chaldée.

On a cru qu'il pouvait être Juif, parce qu'au douzième chapitre le traducteur hébreu a mis Jebova à la place d'EI ou de Bel, ou de Sadai. Mais quel est l'homme un peu instruit qui ne sache que le mot de Jchova était commun aux Phéniciens, aux Syriens, aux Égyptiens et à tous les peuples des contrées voisines?

Une preuve plus forte encore, et à laquelle on ne peut rien répliquer , c'est la connaissance de l'astronomie, qui éclate dans le livre de Job. Il est parié des constellations que nous nommons (<') l'Arcture, J'Orion, les Hyedes, et même de celles du midi qui sont cachées. Or, les Hébreux n'avaient aucune connaissance de la sphère, n'avaient pas même de terme pour exprimer l'astronomie, et les Arabes ont toujours été renommés pour cette science , ainsi que les Chaldéens.

11 paraît donc très-bien prouvé que le livre de Job ne peut être d'un Juif, et est antérieur à tous les livres juifs. Philon et Josèphe sont trop avisas pour le compter dans le canon hébreu : c'est incontestablement une parabole, une allégorie arabe.

Ce n'est pas tout; on y puise des connaissances des usages de l'ancien monde, cl surtout de l'Arabie (i>). fl y est question du commerce des Indes, commerce que les Arabes firent dans tous les temps, et dont les Juifs n'entendirent seulement pas parler.

On y voit que l'art d'écrire était très- cultivé, ot qu'on fesait déjà de gros livres (c#).

On ne peut dissimuler que le commentateur Calmet, tout profond qu'il est, manque à toutes les règles de la logique, en prétendant que Job annonce l'immortalité de l'Âme, et la résurrection du corps, quand il dit : «Je sais que Dieu, qui est vivant, aura pitié de moi, que je me relèverai un jour de mon fumier, que ma peau reviendra , que je reverrai Dieu dans ma ebair. Pourquoi donc dites-vous L présent, persécutons-le, cherchons des paroles contre lui? Je serai puissant à mon tour; craignez mou épée , craignez que je ne me venge, sachez qu'il y a une justice. »

Peut-on entendre par ces paroles autre chose que l'espérance de la guérison? L'immortalité de l'àmc, et la résurrection des corps au dernier jour sont des vérités si indubitablement annoncéesdans le nouveau Testament , si clairement prouvées par les pères el par les conciles, qu'il n'est pas besoin d'en attribuer la première connaissance à un Arabe. Ces grands

(«)CLap.IX,r. 9.

{h: Cb«p. XXVIII, v. 1 6, Me. -(<•> CJn-p \\\1,v. 35 rt 36, DICT. PHJL.

mystères ne sont expliqués dans aucun endroit du Pentatenque hébreu; comment le seraient-ils dans ce seul verset de Job, et encore d'une manière si obscure ! Calmet n'a pas plus de raison de voir l'immortalité de l'âme, et la résurrection dans les discours de Job, que d'y voir la vérole dans la maladie dont il est attaqué. Ni la logique ni la physique ne sont d'accord avec ce commentateur.

Au reste, ce livre allégorique de Job étant manifestement arabe, il est permis de dire qu'il n'y a ni méthode, ni justesse, ni précisien. Mais c'est peutêtre le monument le plus préci»i'x et le plus ancien des livres qui aient été écrits e.i deçà de l'Euphrate.

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