ARANDA
Droits royaux , jurisprudence , inquisition.
QtoiQCE les noms propres ne soient pas l'objet de nos questions encyclopédiques , notre société littéraire a cru devoir faire une exception en faveur dn comte d'Aranda, président du conseil suprême en Espagne, et capitaine-général de la Castillc nouvelle, qui a commencé à couper les tètes de l'hydre de l'inquisition.
Il était bien juste qu'un Espagnol délivrât la terre de ce monstre , puisqu'un Espagnol l'avait fait naître. Ce fut un saint, à la vérité, ce fut saint Dominique l'rncuiraxst (1), qui, étant illuminé d'en-baut , et croyant fermement que l'église catholique , apostolique et romaine , ne pouvait se soutenir que par des moines et des bourreaux, jeta les fondemens de l'inquisition au treizième siècle, et lui soumit les rois, les ministres et les magistrats : mais il arrive quelquefois qu'un grand homme est plus qu'un saint dans les choses purement civiles, et qui concernent directement la majesté des couronnes, la dignité du conseil des rois, les droits de la magistrature, la sûreté des citoyens.
La conscienco, le for intérieur (comme l'appelle l'université de Salamanquc) est d'une* autre espèce; elle n'a rien de commun avec les lois de l'état. Les
(i) Dominique, fondateur de l'ordre de Sauii-Jaeqiics-Clé- □K'nt, M inventeur de l' inquisition, est diftcreni du Dominique surnommé' Vencuiratté. parce qu'il sVtjiii endurai U i»» '• r de se donner le discipline. On voit, par la dote cj-aprés, qui cet de M. de Voltaire, qu il connaissait tris-bii-n la difli rence oV ce* deux Minu. Mais le fondateur tW l'inquisition ne wériie-t-il pas bien alitai l'cpiuSete d'en ru troué?
JIU robur et ar< triplex Cifca pecfuff erat,
(Hos , lib. I ,od. 3, v. 9-10 )
Il faudrait rechercher si du temps de saint Dominique on lésait porter le san-benito aux pécheurs , et si ce «an- btnilo n'était pas une chemise bénite qu'on leur donnait en échange de lent arpent qu'on leur prenait. Mai», étant retiré au milieu de» neiges au pied du mont Crepak qni sépare la Pologne de h Hongrie, nom n'avons qu'une bibliothèque médiocre,
La disette des liTre» dont nous (émisions ver» ce mont Crapak où nous sommes, nous empêche aussi d'examiner si saint Dominique assista en qualité d'inquisiteur & la hntaàlle de Muret, ou en qualité de prédicateur, ou en celle d'officier volontaire ; et si le titre d'encairajié lui fat donné aussi-bien qu'il l'ermite Dominique : je crois qu'il était a la bataille da Muret, mais qu'il n. '
portait d'arme
riOSTNIARE
inquisiteurs, les théologiens doivent prier Dieu pout les peuples; et les ministres, les magistrats établis par les rois sur les peuples, doivent juger.
Un soldat bigame ayaut «-te1 arrêta pour ce délit pat l'auditeur de la guerre, au commencement de l'année 1 77° » cl 'c Saint-Office ayant prétendu que c'était à lui seul quil appartenait de juger ce soldat, le roi d'Espagne a décidé que celte cause devait uniquement ressortir au tribunal du comte d'Aranda, capitaine-général, par un arrêt solennel du 5 février de la merae année.
L'arrOt porte que le très- ré. é rend archevêque de Pharsalc, ville qui appartient aux Turcs, inquisiteur général des Espagnols , doit observer les lois du royaume, respecter les juridictions royales, se tCuir dans ses bornes, et ne se point mêler d'emprisonner les sujets du roi.
Qt» ne pout pas tout faire a la (bis; Hercule ne put nettoyer en un jour le» écuries du roi Augias. Les écurie* d hispa^uts étaient pieiuea des plus paumes imutoodices depuis plus de oioq cants; ans; optait grand, dommage d« voir do si beaux chevaux, ja fiers, si légers, si courageux, si brillans, n'avoir poucpalefroftiors que des moines qui le a» appesantissaient la bouche par un vilain mors, et qui l<w i« aient aroarpir dans la fwtgo.
Le cotute d'Aranda., qui est un excellent écayer, couuucuce à mettre la cavalerie espagnole sur nn autre pied, et le» écuries d Augias seront bioetot de la plus grande propreté.
Ce pourrait ôtsc ici l'occasion de dire uu> petit mol des prcituers beaux, jours de l'inquisition , parée qu i est d'usage dans tes dictionnaires, quand on parle de la mort des gens , do foire mention de leur naissance et de kurs dignités; mai* en. en trouvera le détail à 1'attiolo Inquisijvow (i), aussi- bien que la patente curieuse donnée par saint Dominique (&).
Observons seulement que le- oointo dfAassnda a mérité la reconoaiasance de l'Europe ontùïre , en. rognant les griuea , et en liment le* dents da monstre.
Bénissons le comte d'Aranda (i).