‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 69 sur 551 · ART DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

ART DRAMATIQUE

Ouvrages dramatiques, tragédie, comédie, opéra.

Panem et circenscs est la devise de tous les peuples. An lieu de tuer tous les Caraïbes, il (allait peut-être les séduire par des spectacles, par des funambules, des tours de gibecière et de la musique. On les eût aisément subjugués. Il y a des spectacles pour toutes les conditions humaines; la populace veut qu'on parle i ses yeux , et beaucoup d'hommes d'un rang supérieur sont peuple. Les âmes cultivées et sensibles veulent des tragédies et des comédies.

Cet art commença en tout pa/s par les charrettes des Thespis, ensuite on eut ses Escbyles, et Ton se flatta bientôt d'avoir ses Sophocles et ses Euripide» ; après quoi tout dégénéra : c'est la marche de l'esprit humain.

Je ne parlerai point ici du théâtre des Grecs. On a fait dans (Europe moderne plus de commentaires sur ce théâtre, qu'Euripide , Sophocle, Eschyle, Ménandre et Aristophane n'ont fait d'oeuvres dramatiques ; je viens d'abord à la tragédie moderne.

C'est aux Italiens qu'on la doit , comme on leur doit la renaissance de tons les autre* arts. 11 est vrai qu'ils commencèrent dès le treizième siècle, et peutêtre auparavant, par des farces malheureusement tirées de l'ancien et du nouveau Testament ; indigne abus qui passa bientôt en Espagne et en France : c'était une imitation vicieuse des essais que saint Grégoire de Nazianze avait faits en ce genre , pour opposer un t héâtre chrétien au théâtre paien de Sophocle et d'Euripide. Saint Grégoire de Nazianze mit quelque éloquence et quelque dignité dans ces pièces ; les Italiens et leurs imitateurs n'y mirent que de* platitudes et des bouffonneries.

Enfin, venJ'an.iStds le prélat Tristiao , auteur du poème épique intitulé Ylialia Uimrmtu du' Oothii donitasa tragédie,de.Se^imbc, la première qu'on eût tuu eu Italie,, eticopeaedaut régulière. Ily observa los trois uuitésdolieo, de temps- et diction. Hy introduisit les chœurs des anciens. Rien- n'y manquait que le génie. C'était ane longue déclamation. Mai a, pour le temps où elle fut faite, oawpeut la regarder comme un prodige. Cette picc « fut représentée- à Vicence, et 1» Tille consfruisfc. exprès uo théâtre ma. guifiquo. Tons les littérateurs de ce. beau si«cle accourons*, aux représentations, et prodigueront tes • pplaudissetnens que méritait cette onleopriso estimable.

lin i 5 1 6, le pape Léon X honora de sa présence la Rozemonde du Recoller: toutes les tragédies qu'on fit alors à l'en™ furent régulières , écrites arec pureté et naturellement; mats ce qui est étrange, prèsque toutes furent un peu froides : tant le dialogue en vers est difficile! tant l'art de se rendre maître du cœur est donné à peu de génies ! le Torismond même du Tasse fut encorc.plus insipide que les autres.

On ne connut que dans le Paitor fido du Guarini ces scènes attendrissantes, qui font verser des larmes, qu'on retient par cœur malgré sot; et voilà pourquoi nous disons, retenir par arur; car ce qui touche le cœur se grave dans la mémoire.

Le cardinal Bibiena avait long-temps auparavant rétabli la Traie comédie; comme Trissino rendit la vraie tragédie aux Italiens

De*l>n.i48to((a), de r*Europo croupissaient dans l'ignorance de tous Iwai^aimableE^quaudtoutétait barbare, ce prélat avat| sart rOuer.sa t'a/ewdrtt» pièce. d'intrigue f e» d'envni comique, à laquelle on no reproche que de* .mesura un peu, trop licencieuses , ainsi qua la Mandragore dsvMachiaveL

Les Italiens seuls furent doae en possession du théâtre pendant prés d'un siècle, comme Us le furent de l'éloquence , do l'histoire, des mathématiques , de tous. Jee, genres dot poésie , et. de tous les- arts où. le génie; dirige, la. main.

Les Français n'eurent que de misérables fascosy comme on sait ^ pendatU, tout le quinzième «tl© seU

grandeur, qu'ils «ient dans. L'esprit, ont coneeevé cotte détestable coutumo;d'intn>deiralet$tas bosses boufdans les sujets les plus, sérieux i un seul le une, fois donné est capable. do corn rompre toute une nation , et l'habitude devient une tyrannie.

Du lliéàtrc espagnol..

Lis, *uU>t j(tcranuwUtJfr «ul. déshonoré l'Espagne beaucoup plua.k>nu-tcmps,quftAes,Myntère«.do la

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se représentaient encore i Madrid il 7 a très-peu d'années. Caldéron en avait fait pour sa part plus de deux cents*

Une de ses rduenrasueseernbees, imprimée àValladolid sans date, et ^ue j'ai sous nées yeux., est la Dtvtiii*» de la mina. Les acteurs sont un roi de Gordouo mahométa», un inge-cLreaten, une fille de joie deux soldats bouffons* et lo4iabtew L'un de ces deux bou flans est nommé Pascal Vivat, amoureux oVAminte. U a pour rival Léb», soldat mabométan.

Le diable et Lélio veulent tuer Vives,, et croient en avoir bon marché, parce qu'il est ci» péché monte! : mais Pascal prend le parti de faire dite une messe sur le théâtre, et de la servir. Le diable perd alors tou!e sa puissance sur lui.

Pendant la messe la bitaillc se donne , et le diable est tout étonné de voir Passai au milieu du combat, dans le même temps qu'il sert la messe. « Ob, oh, dit-il, je sais bien qu'un corps ne peut se trouver en deux endroits à la fois, excepté dans le sacrement auquel ce drôle a tant de dévotion. » Mm le diable ne savait pas que l'ange chrétien avait prit la figure du bon Pascal Vives , et qu'il ; pendant l'office divin.

Le roi de Condoue est battu, comme le croire j Pascal épouse ta vivandière, et la pièce finit par l'éloge de la messe.

Partout ailleurs un tel spectacle aurait été une profanation que l'inquisition aurait craeMementpuaùet s en Espagne c'était une édification.

Dos» .un autre acte sacramentels, Jésus-Chrisv>ea perruque carrée, et le diable en bonnet i deux cornes,

disputent sur la controverse, se battant a poing , et bande.

Plwieurs ,pi:-c» de ce mots , lté. , corne-Ain est.

D'auttes pièces, en très-grand nombre, ne sont point sacramcnules; ce jant de* uuni- comédies, et même dus tragédies^ l'une estlr. CréUion du monde, l'autre, les Cheveu* d'Absalon. On a joué- le Soleil soumis i l'homme, Dieu bon payur^le^aîued'bôtel de Dieu , la Dévotion aux trépanés. Ft toutes ces pièces sont intitulées Lafamota çomedia.

Quicsoiiait que, dans. cet abîme de grossi crûtes insipides, il y ait do temps en temps des traits de génie, et je ne sais quel fracas de tnéJtro qui peut amuser, et même intéresser ?

Peut-être quelques-unes de ces pièces barbare» ne s'dloigncnl-eUes pas beaucoup de ccllosd Eschyle, dans lesquelles la religion des Grées était jouée , comme, la religion chrétienne le fut en France et en Espagne.

Qu'esuce en effet que Vulaain enchaînant Prométhée sur un rocher par. ordre de Jupiter? qu'est- ee que la force. et la, vaillance, qui servent de garçons bourreaux à Vulcein, sinon un auta sncnutteiUat» grec? Si Caldéron a introduit. tant de d ablcs surJe théâtre de Madrid, Eschyle uaM-il pas rois de* furies sur le théâtre d Athènes ? Si Pascal Vivas sert la messe, ne voit-on pas une vieille pylhooisse qui ait toutes ses cérémonies sacrées dans la tragédie des

Euraéiiides? La ressemblance me paraît assez grande Les sujets tragiques n'ont pas été traités autrement chez les Espagnols que leurs actes sa cra mentaux ; c'est le «âme irrégularité, la même indécence, la même extravagance. Il y a toujours eu un eu deux bouffoi.s dam les pièces 4©»t le sujet est le plus tragique. On en voit jusque dans te Cid, D trust pas étonnant an* Gorsrcille lésait retranché.

On connaît l'Néraciius de Caldéron, rnrittdé : Tout est mcnsotge, «t tout est vérité, antérieur de près de vingt années A l'iléradKns de Corneille. L'énorme démence de cette pièce n'empêche pas qu'elle ne soit semée de plusieurs morceaux éloqueus, et de quelques traits do la plus grande beauté. Tels sont, par exemple , ces quatre vers admirables que Corneille a si heureusement traduits :

Mon IrAoe mt-il pour toi plus booieax qu'i«n supplias 2

O m.ilbeureut Pliocas! 6 trop heureux Maurice 1 Tu retrouvas deux fils pour mourir après tôt, El je n'en puis trouver pour régner après moi î f rMracutu, teta IV, scène IV.)

Non-seulement Lopes de Ve«a avait précédé Caldéron dans toutes les extravagances d'un théâtre grossier et absurde, suis il les avait trouvées établies. Lopez de Vega était iiuliuné de cette barbarie, et cependant il s'y soumettait. Son but était de plaire à un peuple ignosunt, amateur du faux merreilleun , qui voulait qu'on parlât a ses veux plus qiru sou Ame. Voici coauanc Vcga s'en explique lui - même dans son ouvel art de faire des comédies de «on temps.

Dédiisnireut le jout .1rs Grecs et des JUanoiaM i Noa unu ont relié dans ers nouveaux ohesiina,

Boa aisujc tUienl de* barbares (b).

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