‹ Dictionnaire philosophique (volume 5)Chapitre 10 sur 90 · ARIANISME · texte numérisé non relu

ARIANISME

depuis plus Je seize cents ans îa curiosité, la subtilité sophistique , l'aigreur, l'esprit de cabale , la fureur do dominer, la rage de persécuter, le fanatisme aveugle et sanguinaire , la crédulité barbare , et qui a produit plus d'horreurs que l'ambition des princes , qui pourtant en a produit beaucoup. Jésus est-il verbe? S'il est verbe, est-il émané de Dieu dans le temps, ou avant le temps? s'il est émané de Dieu , est-il eoéternel et consubstantiel avec lui ? ou est-il d'une substance semblable? est-il distinct de lui, ou ne l'-est-il pas? est-il fait ou engendré? Peut-il engendrer à son tour? a-t-il la paternité ou la vertu productive $ans paternité? Le Saint-Esprit est-il fait ou engendré, ou produit, procédant du père ou procédant du fils, ou procédant de tous les deux? Peut-il engendrer , peut-il produire ? Son hypostase est -elle consubstantielle avec rhvpostase du père et du fils? et comment, ayant précisément la même nature , la même essence que le père et le fils, peut-il ne pas faire les mêmes choses que ces deux personnes qui sont lui-même?

a Ces questions, si au-dessus de la raison, avaient certainement besoin d'être décidées par une église infaillible.

« On sophistiquait, on ergotait, on se haïssait, on s'excommuniait chez les chrétiens pour quelques-uns de ces dogmes inaccessibles à l'esprit humain, avant les temps d'Arius et d'Àthauase. Les Grecs égyptiens étaient d'habiles gens, ils coupaient un cheveu en quatre ; mais cette fois-ci ils ne le coupèrent qu'en trois. Alexandros, évoque d'Alexandrie , s avise de prêcher que, Dieu étant nécessairement individuel,

i4, AfclAîU6.1iE.

^Impie, une monade dans toute ;a ligueui du mot, cette monade est trine.

« Le prêtre Arious , que nous nommons Arius, est tout scandalisé de la monade d'Alexandros ; il explique la chose différemment; il ergote en partie comme le prê re Sabellious, qui avait ergoté comme le Phrygien Praxéas, grand ergoteur. Alexandros assemble vite un petit concile de gens de son opinion , et excommunie son prêtre. Eusébios, évêque de Nicomédic, prend le parti d'Arious : voila toute l'Eglise en feu.

■« L'empereur Constantin était un scélérat, je l'avoue , un parricide qui avait étouffé sa femme dans un bain, égorgé son iils, assassiné son beau-père, son beau-frère et son neveu, je ne le nie pas; un homme bouffi d'orgueil et plongé dans les plaisirs, je l'accorde; un détestable tyran r ainsi que ses enfans, transeat : mais il avait du bon sens. On ne parvient point à l'empire, on ne subjugue pas tous sqs rivaux sans avoir raisonné juste.

.<( Quand il vit la guerre civile des cervelles scolastiques allumée, il envoya le célèbre évêque Ozius avec des lettres déhortatoires aux deux parties belligérantes (a). « Vous êtes de grands fous, leur dit-il

(a) Un professeur de l'université de Paris, nomme' Le Beau, qui a écrit l'Histoire du Bas-Empire, se garde bien de rapporter la lettre de Constantin telle qu'elk est, et telle que l'a rapportée le savant auteur du Dictionnaire des hérésies. « Ce bon prince , dit-il, animé dune tendresse paternelle, finissait en ces termes : Rendez-moi des jours sereins et des nuits tranquilles. » Il rapporteles complunens de Constantin aux évoques, mais il devait

ÀRIANISME. 45

expressément dans sa lettre, de vous quereller pour des choses que vous n'entendez pas. Il est indigne de ïa gravité de vos ministères de faire tant de bruit sur un sujet si mince. » ♦

u Constantin n'entendait pas par mince sujet ce qui regarde la Divinité, mais la manière incompréhensible dont on s'efforçait d'expliquer la nature de la Divinité. Le patriarche arabe qui a écrit l'Histoire de Téglise d'Alexandrie, fait parler à peu près amsi Ozius en présentant la lettre de l'empereur :

a Mes frères, le christianisme commence à peine à jouir de la paix , et vous allez le plonger dans une discorde éternelle. L'empereur n'a que trop raison de vous dire que vous vous querellez pour un sujet fort mince. Certainement , si «l&bjet de la dispute était essentiel, Jésus-Christ, que nous reconnaissons tous pour notre législateur, en aurait parlé; Dieu n'aurait pas envoyé son fils sur la terre pour ne nous pas apprendre notre catéchisme. Tout ce qu'il ne nous a pas dit expressément est l'ouvrage des hommes, et Terreur est leur partage. Jésus vous a commandé de vous aimer, et vous commencez par lui désobéir en vous haïssant, en excitant la discorde dans l'empire. L'orgueil seul fait naître les disputes , et Jésus votre

aussi rapporter le reproche. L'épilhète de bon prince convient à Titus, à Trajan, à Marc-Aiitonin , à Marc-Aurèle , et même à Julien le Philosophe, qui ne versa jamais que le sang des en/nemis de l'empire en prodiguant le sien , et non pas à Constantin , le plus ambitieux des hommes, le plus vain, le plus voluptueux , et en même temps le plus perfide et le plus sanguinaire. Ce n'est pas écrire l'histoire, c'est la défigurer.

46 ÀRIÀNISME.

maître vous a ordonné d'être humbles. Personne de vous ne peut savoir si Jésus est fait ou engendré. Et que vous importe sa nature, pourvu que la vôtre soit d'être justes et raisonnables ? Qu'a de commun une vaine science de mots avae ia morale qui doit conduire vos actions? Vous chargez la doctrine de mvstères, vous qui n'êtes faits que pour affermir la religion par la vertu. Voulez-vous que la religion chrétienne ne soit qu'un amas de sophismes? est-ce poui cela que Je Christ est venu? Cessez de disputer ; adorez, édifiez, humiliez-vous, nourrissez les pauvres, apaisez les querelles des familles au lieu de scandaliser l'empire entier par vos discordes. »

xi Ozius parlait à des opiniâtres. On assembla le concile de Nicée, et il }r eut une guerre civile spirituelle dans l'empire romain. Cette guerre en amena d'autres, et de siècle en siècle on s'est persécuté mutuellement jusqu'à nos jours. »

Ce qu'il y eut de triste, c'est que la persécution commença dès que le concile fut terminé ; mais , lorsque Constantin en avait fait l'ouverture, il ne savait encore quel parti prendre , ni sur qui il ferait tomber la persécution. îl n'était point chrétien (*), quoiqu'il fût à la tête des chrétiens; le baptême seul constituait alors le christianisme, et il n'était point baptisé; il venait même de faire rebâtir à Rome le temple de la Concorde. Il lui était sans doute fort indifférent qu'Alexandre d'Alexandrie, ouEusèbe de Nicomédie. et le prêtre Arius eussent raison ou tort; il est assez

(*) Voyez Vision de Constantin.

ÀR1ANISME. 47

évident, par la lettre ci-dessus rapportée, qu'il avait un profond mépris pour cette dispute.

Mais il arriva ce qu'on voit, et ce qu'on verra à jamais dans toutes les cours. Les ennemis de ceux qu'on nomma depuis Ariens , accusèrent Eusèbe de Nicomédie d'avoir pris autrefois le parti de Licinius contre l'empereur : l'en ai des preuves, dit Constantin dans sa lettre à l'église de Nicomédie, par les prêtres et les diacres de sa suite que j'ai pris, etc.

Ainsi donc, dès le premier grand concile-, l'intrigue, la cabale, la persécution, sont établies avec le dogme, sans pouvoir en affaiblir la sainteté. Constantin donna les chapelles de ceux qui ne cro)raient pas la consubstantialité à ceux qui la croyaient , confisqua les biens des dissidens à son profit, et se servit de son pouvoir despotique pour exiler Arius et ses partisans, qui alors n'étaient pas les plus forts. On a dit même que de son autorité privée il condamna à mort quiconque ne brûlerait pas les ouvrages d'Anus : mais ce fait n7est pas vrai. Constantin, tout prodigue qu'il était du sang des hommes, ne poussa pas la cruauté jusqu'à cet excès de démence absurde, de faire assassiner par ses bourreaux celui qui garderait un livre hérétique, pendant qu'il laissait vivre l'hérésiarque.

Tout change bientôt à la cour; plusieurs évêques inconsubstantiels , des eunuques , des femmes parièrent pour Arius , et obtinrent la révocation de la lettre de cachet. C'est ce que nous avons vu arriver plusieurs fois dans nos cours modernes en pareille occasion.

48 À RI AN I S. Mi..

Le célèbre Eusèbe, évêque de Césarée, connu par ses ouvrages qui ne sont pas écrits avec un grand discernement, accusait fortement Eustate , évêque d'Antioche, d'être sabellicn ; et Eustate accusait Eusèbe d'être arien. On assembla un concile à Antiochc ; Eu* sèbe gagna sa cause; on déposa Eustate; on offrit le siège d'Antioche à Eusèbe qui n'en voulut point; les deux partis s'armèrent l'un contre l'autre; ce fut îe prélude des guerres de controverse. Constantin , qui avait exilé Arius pour ne pas croire le fils consubstantiel , exila Eustate pour le croire : de telles révolutions sont communes.

Saint Athanase était alors évêque d'Alexandrie; il ne voulut point recevoir dans la ville Arius que l'empereur y avait envoyé, disant « qu' Arius était excommunié; qu'un excommunié ne devait plus avoir ni maison, ni patrie , qu'il ne pouvait ni manger, ni coucher nulle part, et qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. » Aussitôt nouveau concile à Tyr, et nouvelles lettres de cachet. Athanase est déposé par les pères de Tyr, exilé à Trêves par l'empereur. Ainsi Arius et Athanase, son plus grand ennemi, sont condamnés tour à tour par un homme qui n'était pas encore chrétien.

Les deux factions employèrent également l'artifice, la fraude, la calomnie, selon l'ancien et l'éternel usage. Constantin les laissa disputer et cabaler; il avait d'autres occupations. Ce fut dans ce temps-là que ce bon prince fît assassiner son fils, sa femme, son neveu le jeune Licinius, l'espérance de l'empire,, qui n'avait pas encore douze ans.

ÀRIÂNISME. 49

Le parti d'xArius fut toujours victorieux sous Constantin. Le parti opposé n'a pas rougi d'écrire qu'un jour saint Mac aire , l'un des plus ardens sectateurs d'Athanase , sachant qu'Arius s'acheminait pour entrer dans la cathédrale de Constantinople , suivi de plusieurs de ses confrères , pria Dieu si ardemment de confondre cet hérésiarque, que Dieu ne put résister à la prière de Macaire; que sur le-chanrp tous les boyaux d'Arius lui sortirent par le fondement ; ce quf est impossible : mais enfin Arius mourut.

Constantin le uivit une année aprè«, en 337 ^e l'ère vulgaire. On prétend qu'il mourut de la lèpre. L'empereur Julien , dans ses Césars , dit que le baptême que reçut cet empereur quelques heures avant sa mort ne guérit personne de cette maladie.

Comme ses enfans régnèrent après lui , la flatterie des peuples romains, devenus esclaves depuis longtemps, fut portée à un tel excès, que ceux de Tancienne religion en firent un dieu, et ceux de la nou*= velle en firent un saint. On célébra long-temps sa fête avec celle de sa mère.

Après sa mort, les troubles occasionés par le seul mot consubstantiel , agitèrent l'empire avec violence. Constance , fils et successeur de Constantin , imita toutes les cruautés de son père, éteint des conciles comme lui; ces conciles s'anathématîsèrent réciproquement. Athanase courut l'Europe et l'Asie pour soutenir son parti. Les eusébiens l'accablèrent. Les exils, les prisons, les tumultes, les meurtres, les assassinats, signalèrent la fin du règne de Constance* L'empereur Julien , fatal ennemi de l'Église , fit ce

Dict. Ph. 2. 5

5o APLANI S ML.

qu'il put pour rendre la paix à l'Église, et n'en put venir à bout. Jovien et après lui Valentinien , donnèrent une liberté entière de conseience : mais les deux partis ne la prirent que pour une liberté d'exercer leur haine et leur fureur.

Théodose se déclara pour le concile de Nicée : mais l'impératrice Justine , qui régnait en Italie , en ïllyrie, en Afrique, comme tutrice du jeune Valentinien, proscrivit le grand concile de Nicée, et bientôt les Golhs, les Vandales , les Bourguignons , qui se répandirent dans tant de provinces , y trouvant IV nanisme établi , l'embrassèrent pour gouverner les peuples conquis par îa propre religion de ces peuples mêmes.

Mais la foi nicéenne ayant été reçue chez les Gaulois, Clovis, leur vainqueur, suivit |eur communion par la même raison que les autres barbares avaient professé la foi arienne.

Le grand Théodoric , en Italie , entretint la paix entre les deux partis ; et enfin la formule nicéenne prévalut dans l'Occident et dans l'Orient.

L'arianisme reparut vers le milieu du seizième siècle, à la faveur de toutes les disputes de religion qui partageaient alors l'Europe : mais reparut armé d'une force nouvelle et d'une plus grande incrédulité. Quarante gentilshommes de Vicence formèrent une académie, dans laquelle on n'établit que les seuls dogmes qui parurent nécessaires pour être chrétien. Jésus fut reconnu pour verbe, pour sauveur, et pour ,u^a : maison nia sa divinité, sa consubstantialiié, et jusqu'à la Trinité.

ARIANISME. 5ï

Les principaux de ces dogmatiseurs fuient Lélius Socin, Okin, Pazuta, Gentilis. Servet se joignit à eux. On connaît sa malheureuse dispute avec Calvin; ils eurent quelque temps ensemble un commerce d'injures par lettres. Servet fut assez imprudent pour passer par Genève, dans un voyage qu'il fesait en Allemagne. Calvin fut assez lâche pour le faire arrêter, et assez barbare pour le faire condamner à être brûlé à petit feu, c'est-a-dire , au même supplice auquel Calvin avait à peine échappé en France. Presque tous les théologiens d'alors étaient tour à tour persécuteurs ou persécutés, bourreaux ou victimes.

Le même Calvin sollicita dans Genève la mort de Gentilis. Il trouva cinq avocats qui signèrent que Gentilis méritait de mourir dans les flammes. De telles horreurs sont dignes de cet abominable siècle. Gentilis fut mis en prison , et allait être brûlé comme Servet : mais il fut plus avisé que cet Espagnol ; il se rétracta, donna les louanges les plus ridicules à Calvin , et fut sauvé. Mais son malheur voulut ensuite que , n'ayant pas assez ménagé un bailli du canton de Berne, il fut arrêté comme arien. Des témoins déposèrent qu'il avait dit que les mots de trinité , d'e.çsence , à'hypostase, ne se trouvaient pas dans l'Écriture sainte; et sur cette déposition les juges, qui ne savaient pas plus que lui ce que c'est qu'un hypostase , le condamnèrent sans raisonner à perdre la tête.

Faustus Socin, neveu de Lélius Socin, et ses compagnons, furent plus heureux en Allemagne; ils pénétrèrent en Silésie et en Pologne ; ils y fondèrent des églises; ils écrivirent, ils prêchèrent 2 ils réussirent :

52 ARIÀNISME,

mais à la longue, comme leur religion était dépouillée de presque tous les mystères, et plutôt une secte philosophique paisible qu'une secte militante, ils furent abandonnés ; les jésuites , qui avaient plus de crédit qu'eux , les poursuivirent et les dispersèrent.

Ce qui reste de cette secte en Pologne , en Allemagne, en Hollande, se tient caché et tranquille. La secte a reparu en Angleterre avec plus de force et d'éclat. Le grand Newton et Locke l'embrassèrent; Samuel Clarcke, célèbre curé de Saint-James, auteur d'un si bon livre sur l'existence de Dieu, se déclara hautement arien , et ses disciples sont très-nombreux. Il n'allait jamais à sa paroisse le jour qu'on y récitait le symbole de saint Athanasc. On pourra voir dans le cours de cet ouvrage les subtilités que tous ces opiniâtres, plus philosophes que chrétiens, opposent à la pureté de la foi catholique.

Quoiqu'il y eût un grand troupeau d'ariens à Londres parmi les théologiens, les grandes vérités mathématiques découvertes par Newton , et la sagesse métaphysique de Locke ont plus occupé les esprits. Les disputes sur la consubstantialité ont paru trèsfades aux philosophes. Il est arrivé à Newton en Angleterre la même chose qu'à Corneille en France; on oublia Pertharite , Théodore , et son recueil de vers , on ne pensa qu'à Cinna. Newton fut regardé comme

I interprète de Dieu dans le calcul des fluxions, dans les lois de la gravitation, dans la nature de la lumière.

II fut porté à sa mort par les pairs et le chancelier dtf royaume près des tombeaux des rois, et plus révéré qu'eux. Servet qui découvrit, dit-on ? la circulation

du sang , avait été brûlé à petit feu dans une petite ville des Allobroges , maîtrisée par un théologien de Picardie.

Quoi! Ion voudra toujours tromper les hommes sur les choses les plus indifférentes, comme sur les plus sérieuses ! Un prétendu Aristée veut faire croire qu'il a fait traduire l'ancien Testament en grec , pour l'usage de Ptolomée Philadelphe, comme le duc de Montausier a réellement fait commenter les meilleurs auteurs latins à l'usage du dauphin qui n'en fesait aucun usage.

Si on en croit cet Aristée , Ptolomée brûlait d'envie de connaître les lois juives : et, pour connaître ces lois que le moindre Juif d'Alexandrie lui aurait traduites pour cent écus, il se proposa d'envoyer une ambassade solennelle au grand -prêtre des Juifs de Jérusalem, de délivrer six vingt mille esclaves juifs que son père Ptolomée Soter avait pris prisonniers en Judée , et de leur donner à chacun environ quarante écus de notre monnaie pour leur aider à faire le voyage agréablement; ce qui fait quatorze millions quatre cent mille de nos livres.

Ptolomée ne se contenta pas de cette libéralité inouïe. Comme il était fort dévot, sans doute, au judaïsme, il envoya au temple à Jérusalem une grande table d'or massif , enrichie partout de pierres précieuses; et il eut soin de faire graver sur cette table la carte du Méandre , fleuve de Phrygie fa) ; le cours

(a) Il se peut très-bien pourtant que ce ne fût pas un plan dij

de cette rivière était marqué par des rubis et par des émeraudes. On sent combien cette carte du Méandr j devait enchanter les Juifs. Cette table était chargée de deux immenses vases d'or encore mieux travaillés; il donna encore trente autres vases d'or, et une infinité de vases d'argent. On n'a jamais payé si chèrement un livre ; on aurait toute la bibliothèque du .Vatican à bien meilleur marché.

Éléazar, prétendu grand-prêtre de Jérusalem, lui envoya à son tour des ambassadeurs qui ne présentèrent qu'une lettre en beau vélin, écrite en caractères d'or. C'était agir en dignes Juifs que de donner un morceau de parchemin pour environ trente millions.

Ptolomée fut si content du style d'Ëléazar qu'il en versa des larmes de joie.

Les ambassadeurs dînèrent avec le roi et les principaux prêtres d'Egypte. Quand il fallut bénir la table, les Égyptiens cédèrent cet honneur aux Juifs.

Avec ces ambassadeurs arrivèrent soixante-douze interprètes , six de chacune des douze tribus , tous ay mt appris le grec en perfection dans Jérusalem. C'est dommage, à la vérité, que de ces douze tribus il y en eût dix d'absolument perdues, et disparues de la face de la terre depuis tant de siècles ; mais le grand-prêtre Éléazar les avait retrouvées exprès pour envoyer des traducteurs à Ptolomée.

Les soixante -douze interprètes furent enfermés

cours ou Méandre, mais ce qu'on appelait en grec un méandre, un lacis, un noeud de pierres précieuses. C'était toujours un fort beau présent.

Page 1