‹ Dictionnaire philosophique (volume 5)Chapitre 11 sur 90 · AJUSTÉE · texte numérisé non relu

AJUSTÉE

dans Pile de Pharos ; chacun d'eux fit sa traduction à part en soixante-douze jours, et toutes les traductions se trouvèrent semblables mot à mot : c'est ce (ju'on appelle la Traduction des septante* qui devrait être nommée la Traduction des septante-deux.

Dès que le roi eut reçu ces livres, il les adora, tant il était bon Juif ! Chaque interprète reçut trois talens d'or, et on envoya encore au grand sacrificateur pour son parchemin dix lits d'argent, une couronne d'or, des encensoirs et des coupes d'or, un vase de trente talçns d'argent , c'est-à-dire , du poids d'environ soixante mille écus, avec dix robes de pourpre, et cent pièces de toile du plus beau lin.

Presque tout ce beau conte est fidèlement rapporté par l'historien Josèphe, qui n'a jamais rien exagéré. Saint Justin a enchéri sur Josèphe; il dit que ce fut au roi Hérode que Ptolomée s'adressa, et non pas au grand-prêtre Éléazar. Il fait envoyer deux ambassadeurs de Ptolomée à Hérode, c'est beaucoup ajouter au merveilleux ; car on sait qu'Hérode ne naquit que long-temps après le règne de Ptolomée Philadelphe.

Ce n'est pas la peine de remarquer ici ia profusion d'anachronismes qui régnent dans ces romans et dans tous leurs semblables, la foule de contradictions et les énormes bévues dans lesquelles l'auteur juif tombe à chaque phrase : cependant cette fable a passé pendant des siècles pour une vérité incontestable; et, pour mieux exercer la crédulité de l'esprit humain, chaque auteur qui la citait, ajoutait ou retranchait à sa manière; de sorte qu'en croyant cette aventure il fallait la croire de cent manières différentes. Les uns

rient de ces absurdités dont les nations ont é*té abreuvées, les autres gémissent de ces impostures; la multitude infinie des mensonges fait des Démocrites et des Héracliîes.

Il ne faut pas croire que le précepteur d'Alexandre, choisi par Philippe , fût un pédant et un esprit faux. Philippe était assurément un bon juge , étant luimême très-instruit, et rival de Démosthènes en éloquence.

De sa logique,

La logique d'Aristote , son art de raisonner, est d'autant plus estimable qu'il avait à faire aux Grecs, qui s'exerçaient continuellement à des argumens captieux; et son maître Platon était moins exempt qu'un autre de ce défaut.

Voici, par exemple, l'argument par lequel Platon prouve dans le Phédon l'immortalité de Pâme.

« Ne dites- vous pas que la mort est le contraire « de la vie? — Oui. — Et qu'elles naissent Tune de « l'autre ? — Oui. — Qu'est-ce donc qui naît du *! vivant ? — Le mort. — » Et qui naît du mort ? — Le « vivant.— C'est donc des morts que naissent toutes « les choses vivantes. Par conséquent les âmes existe tent dans les enfers après la mort. »

Il fallait des règles sûres pour démêler cet épouvantable galimatias par lequel la réputation de Platon fascinait les esprits.

Il était nécessaire de démontrer que Platon donnait un sens louche à toutes ses paroles.

ARïSTOTE. 5 7

Le mort ne naît point du vivant; mais l'homme vivant a cessé d'être en vie.

Le vivant ne naît point du mort ; mais il est né d'un homme en vie qui est mort depuis.

Par conséquent 3 votre conclusion que toutes les choses vivantes naissent des mortes est ridicule. De cette conclusion vous en tirez une autre qui n'est nullement renfermée dans les prémisses. « Donc le âmes sont dans les enfers après la mort. »

Il faudrait avoir prouvé auparavant que les corps morts sont dans les enfers ; et que Pâme accompagne les corps morts.

Il n'y a pas un mot dans votre argument qui ait la moindre justesse. Il fallait dire ; Ce qui pense est sans parties, ce qui est sans parties est indestructible; donc ce qui pense en nous étant sans parties est indestructible.

Ou bien le corps meurt parce qu'il est divisible, l'âme n'est point divisible ; donc elle ne meurt pas* Alors du moins on vous aurait entendu.

Il en est de même de tous les raisonnemens captieux des Grecs. Un maître enseigne la rhétorique à son disciple, à condition que le disciple le paiera à la première cause qu'il aura gagnée.

Le disciple prétend ne le payer jamais. Il intente un procès à son maître; il lui dit : Je ne vous devrai jamais rien; car, si je perds ma cause, je ne devais vous payer qu'après l'avoir gagnée; et, si je gagne^, ma demande est de ne vous point payer.

Le maître rétorquait l'argument, et disait : Si vous perdez, payez; et, si vous gagnez, payez, puisque

58 ÀÏUSTOTE.

notre marché est que vous me paierez après la première cause que vous aurez gagnée.

Il est évident que tout cela roule sur une équivoque. Aristote enseigne à la lever en mettant dans l'argument les termes nécessaires.

On ne doit payer qu'à l'échéance ; L échéance est ici une Cr~use gagnée.

Il n'y a point eu encore de cause gagnée ; Donc il n'y a point eu encore d'&hëance ; Donc le disciple ne doit rien encore.

Mais encore ne signifie pas jamais. Le disciple fçsait donc un procès ridicule.

Le maître de son côté n'était pas en droit de rien exiger ? puisqu'il n'y avait pas encore d "échéance.

Il fallait qu'il attendît que le disciple eût plaidé quelque autre cause.

Qu'un peuple vainqueur stipule qu'il ne rendra au peuple vaincu que la moitié de ses vaisseaux; qu'il les fasse scier en deux; et qu'ayant ainsi rendu la moitié juste il prétende avoir satisfait au traité , il est évident que voilà une équivoque très-criminelle.

Aristote, par les règles de la logique,, rendit donc lin grand service à l'esprit humain en prévenant toutes les équivoques; car ce sont elles qui font tous tes malentendus en philosophie, en théologie et en affaires.

La malheureuse guerre de i y 56 a eu pour prétexte une équivoque sur l'Acadie.

Il est vrai que le bon sens naturel , et l'habitude de raisonner se passent des règles d'Aristote. Un homme qui a l'oreille et la voix justes peut bien

ARISTOTE. 5c)

chanter sans les règles de la musique; mais il vaut mieux la savoir.

De sa physique.

On ne la comprend guère ; mais il est plus que probable qu'Aristote s'entendait, et qu'on l'entendait de son temps. Le grec est étranger pour nous. On n'attache plus aujourd'hui aux mêmes mots les mêmes idées.

Par exemple, quand il dit dans son chapitre sept, que les principes des corps sont la matière, la privation, la forme , il semble qu'il dise une bêtise énorme; ce n^en est pourtant point une. La matière, selon lui, est le premier principe d(i tout, le sujet de tout, indifférent à tout. La forme lui est essentielle pour devenir une certaine chose. La privation est ce qui distingue un être de toutes les choses qui ne sont point en lui. La matière est indifférente à devenir rose ou poirier. Mais, quand elle est poirier ou rose, elle est privée de tout ce qui la ferait argent ou plomb. Celte vérité ne valait peut-être pas la peine d'être énoncée ; mais enfin il n'y a rien là que de très^ intelligible, et rien qui soit impertinent.

L'acte de ce qui est en puissance paraît ridicule, et ne l'est pas davantage. La matière peut devenir tout ce qu'on voudra 7 feu, terre, eau, vapeur, métal, minéral, animal, arbre, fleur. C'est tout ce que cette expression ftacte en puissance signifie. Ainsi il n'y avait point de ridicule chez les Grecs à dire que le mouvement était un acte de puissance, puisque la matière peut être mue. Et il est vraisemblable qu'A-

Q*0 ÀRiSTOTE.

ristotc entendait par là que le mouvement n'est pas essentiel à la matière.

Aristote dut faire nécessairement une très -mauvaise physique de détail ; et c'est ce qui lui a été commun avec tous les philosophes, jusqu'au temps où les Galilée , les Toricelli , les Guérie , les Drehellius , les Boiles, l'académie del Cimento, commencèrent à faire des expériences. La physique est une mine dans laquelle on ne peut descendre qu'avec des machines, que les anciens n'ont jamais connues. Ils sont restés sur le bord de l'abîme, et ont raisonné sur ce qu'il contenait sans le voir.

Traité à'Aristote sur les animaux.

Ses Piechcrches sur les animaux, au contraire, ont été le meilleur livre de l'antiquité, parce qu' Aristote se servit de ses yeux. Alexandre lui fournit tous les animaux rares de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie. Ce fut un fruit de ses conquêtes. Ce héros y dépensa des sommes qui effraieraient tous les gardes du trésor royal d'aujourd'hui, et c'est ce qui doit immortaliser la gloire d'Alexandre dont nous avens déjà parlé.

De nos jours un héros, quand il a le malheur de faire la guerre, peut à peine donner quelque encouragement aux sciences; il faut qu'il emprunte de l'argent d'un Juif, et qu'il consulte continuellement des âmes juives pour fajre couler la substance de ses sujets dans sou coffre des Danaïdes, dont elle sort le moment d'après par cent ouvertures. Alexandre fesait venir chez Aristote, éléphans« rhinocéros, tigres.

lions, crocodiles, gazelles, aigles, autruches. Et uous autres , quand par hasard on nous amène un animal rare dans nos foires, nous allons l'admirer pour vingt sous; et il meurt avant que nous ayons pu le connaître.

Du monde éternel.

Aristote soutient expressément dans son livre du Ciel, chap. XI, que le monde est éternel; c'était l'opinion de toute l'antiquité, excepté des épicuriens. Il admettait un Dieu , un premier moteur ; et il le définit (a), un, éternel^ immobile, indivisible, sans qualités.

Il fallait donc qu'il regardât le monde émané -de Dieu, comme la lumière émanée du soleil, et aussi ancienne que cet astre.

A l'égard des sphères célestes, il est aussi ignorant que tous les autres philosophes. Copernic n'était pas yenu,

De sa métaphysique,

Dieu étant le premier moteur, il fait mouvoir i àrae ; mais qu'est-ce que Dieu selon lui, et qu'est-ce que ràme?L'àme est une entéléchie. Mais que veu* dire entéléchie? (b) C'est, dit-il, un principe et un acte, une puissance nutritive, sentante et raisonnable. Cela ne veut dire autre chose, sinon' que nous avons la faculté de nous nourrir, de sentir et de rai-» sonner. Le comment et le pourquoi sont un peu diffi-

(a) Liv. VII, chap. 12. — (b) Liv. II, chap. 2.

Dict. Pb. 2. &

(32 àristote.

ciies à saisir. Les Grecs ne savaient pas plus ce que c'est qu'une entéléehie, que les topinambous et nos docteurs ne savent ce que c'est qu'une âme.

De sa morale,

La morale d'Aristote est? comme toutes les autres ? fort bonne; car il n'y a pas deux morales. Celles do Confutzée, de Zoroastre, de Pythagore, d'Aristote 7 d'Ëpictète ? de Marc-Antonin , sont absolument les mêmes. Dieu a mis dans tous les cœurs la connaissance du bien avec quelque inclination pour le mal.

Aristote dit qu'il faut trois choses pour être vertueux ? la nature ? la raison et l'habitude ; rien n'est plus yrai. Sans un bon naturel la vertu est trop difficile; la raison le fortifie, et I habitude rend les actions honnêtes aussi familières qu'un exercice journalier auquel on s'est accoutumé.

Il fait le dénombrement de toutes les vertus, entre lesquelles il ne manque pas de placer l'amitié. Il distingue l'amitié entre les égaux \ les parens, les hôte? et les amans. On ne connaît plus parmi nous l'amitié qui naît des droits de l'hospitalité. Ce qui était k* sacre lien de la société chez les anciens n'est parmi nous qu'un compte de cabaretier. Et à regard des amans, il est rare aujourd'hui qu'on mette de la vertu dans l'amour. On croit ne devoir rien à une femme à qui on a mille fois tout promis.

Il est triste que nos premiers docteurs n'aient presque jamais mis l'amitié au rang des vertus , n'aient presque jamais recommandé l'amitié; au contraire.

AKÎSTOTE. 63

is semblèrent inspirer souvent l'inimitié. Ils ressemblaient aux tyrans qui craignent les. associations.

C'est encore avec très -grande raison qu'Aristote met toutes les vertus entre les extrêmes opposés. Il est peut-être le premier qui leur ait assigné cette place.

Il dit expressément que la piété est le milieu entre l'athéisme et la superstition.

De sa rhétorique.

C'est probablement sa rhétorique et sa poétique que Cicéron et Quintilien ont en vue. Cicéron, dans son livre de l'Orateur , dit : « Personne n'eut plus de science, de sagacité , d'invention et de jugement ; »: Quinliîien va jusqu à louer non- seulement l'étendue de ses connaissances , mais encore la suavité de son éîocution, cloquendi suaçitatem.

Aristote veut qu'un orateur soit instruit des lois, des finances, des traités, des places de guerre, des garnisons, des vivres, des marchandises. Les orateurs des parlcmens d'Angleterre , des diètes de Pologne j des états de Suède , des pregadi de Venise, etc. , ne trouveront pas ces leçons d'Aristotc inutiles; elles le sont peut-être à d'autres nations.

Il veut que loralenr connaisse les passions des hommes, el les mœurs , les humeurs de chaque condition.

Je ne crois pas qu'il y ait une seule finesse de l'art qui lui échappe. 11 recommande surtout qu'on apporte des exemples quand on parle d'affaires publi-

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ques; rien ne iaii un plus grand effet sur l'esprit des hommes.

On voit 3 par ce qu'il dit sur cette matière , qu'il écrivait sa rhétorique long-temps avant qu'Alexandre fût nommé capitaine général de la Grèce contre le grand roi.

Si quelqu'un , dit-il , avait à prouver aux Grecs qu'il est de leur intérêt de s'opposer aux entreprises du roi de Perse ? et d'empêcher qu'il ne se rende maître de l'Egypte , il devrait d'abord faire souvenir que Darius Ochus ne voulut attaquer la Grèce qu'après que l'Egypte fut en sa puissance \ il remarquerait que Xerxès tint la même conduite. 11 ne faut point douter, ajouterait-il , que Darius Codoman n'en use ainsi. Gardez-vous de souffrir qu'il s'empare de l'Egypte.

Il va jusqu'à permettre , dans les discours devant, les grandes assemblées , les paraboles et les fables. Elles saisissent toujours la multitude; il en rapporte de très-ingénieuses, et qui sont de la plus haute antiquité ; comme celle du cheval qui implora le secours de l'homme pour se venger du cerf, et qui devint esclave pour avoir cherché un protecteur.

On peut remarquer que dans le livre second, où il traite des argumens du plus au moins, il rapporte un exemple qui fait bien voir quelle était l'opinion do la Grèce, et probablement de l'Asie, sur l'étendue de la puissance des dieux.

(( S'il est vrai , dit-il , que les dieux mêmes ne peuvent pas tout savoir, quelque éclairés qu'ils soient, à plus forte raison les hommes. » Ce passage montre évidemment qu'on n'attribuait pas alors Fomniscience

àristote. 65

à la Divinité. On ne concevait pas que les dieux pussent savoir ce qui n'est pas : or, l'avenir n'étant pas, il leur paraissait impossible de le connaître. C'est l'opinion des sociniens d'aujourd'hui; mais revenons à la rhétorique d'Aristote.

Ce que je remarquerai le plus dans son chapitre de Yclocution et de la diction, c'est le bon sens avec lequel il condamne ceux qui veulent être poètes en prose. Il veut du pathétique, mais il bannit l'enflure; il proscrit les épithètes inutiles. En effet, Démosthènes et Cicéron, qui ont suivi ses préceptes, n'ont jamais affecté le style poétique dans leurs discours. Il faut, dit Aristote, que le style soit toujours conforme au sujet.

Rien n'est plus déplacé que de parler de physique poétiquement, et de prodiguer les figures, les ornemens, quand il ne faut que méthode, clarté et vérité. C'est le charlatanisme d'un homme qui veut faire passer de faux systèmes à la faveur d'un vain bruit de paroles. Les petits esprits sont trompés par cet appât, et les bons esprits le dédaignent.

Parmi nous, l'oraison fuuèbre s'est emparée du style poétique en prose; mais, ce genre consistant presque tout entier dans l'exagération, il semble qu'il lui soit permis d'emprunter ses ornemensde la poésie.

Les auteurs des romans se sont permis quelquefois cette licence. La Calprenède fut le premier , je pense , qui transposa ainsi les limites des arts, et qui abusa de cette facilité. On fit grâce à l'auteur du Télémaque eu faveur d'Homère qu'il imitait sans pouvoir faire de vers, et plus encore en faveur de sa morale , dans

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laquelle il surpasse infiniment Homère qui n'en a aucune. Mais ce qui lui donna le plus de vogue, ce fut la critique de la fierté de Louis XIV, et de la dureté deLouvois,quon crut apercevoir dans le Télémaque. Quoi qu'il en soit, rien ne prouve mieux le grand sens et le bon goût d'Aristote, que d'avoir assigné sa place à chaque chose.

Poétique»

Où trouver dans nos nations modernes un physicien, un géomètre, un métaphysicien, un moraliste même qui ait bien parlé de la poésie? Us sont accablés des noms d'Homère, de Virgile, de Sophocle, de PÀrioste, du Tasse, et de tous ceux qui ont enchanté la terre par les productions harmonieuses de leur génie. Ils n'en sentent pas les beautés, ou s'ils les sentent, ils voudraient les anéantir.

Quel ridicule dans Pascal de dire : « Comme on dit beauté poétique, on devrait dire aussi beauté géométrique et beauté médicinale. Cependant on ne le dit point; et la raison en est qu'on sait bien quel est l'objet de la géométrie et quel est l'objet de la médecine ; mais on ne sait pas en quoi consiste l'agrément qui est l'objet de la poésie. On ne sait ce que c'est que ce modèle naturel qu'il faut imiter , et faute de cette connaissance on a inventé de certains termes bizarres, siècle d'or, merçeillcs de nos jours , fatal laurier, bel astre, etc. Et on appelle ce jargon beauté poétique. »

On sent assez combien ce morceau de Pascal est pitoyable. On sait qu'il n'y a rien de beau ni dans

une médecine , ni dans les propriétés d'un triangle , et que nous n'appelons beau que ce qui cause à notre âme et à nos sens du plaisir et de l'admiration. C'est ainsi que raisonne Aristote : et Pascal raisonne ici fort mal. Fatal laurier, bel astre, n'ont jamais été des beautés poétiques. S'il avait voulu savoir ce que c'est, il n'avait qu'à lire dans Malherbe (livre VI, stances à Dupérier) :

Le pauvre en sa cabane , où le chaume îe couvre ,

Est soumis à ses lois ; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend pas nos rois.

Il n'avait qu'à lire dans Racan (Ode au comte de Bussy) :

Que te sert de chercher les tempêtes de Mars T Pour mourir tout en vie au milieu des hasards

Où la gloire te mène ? u > i

Cette mort qui promet un si digne loyer, N'est toujours que la mort, qu'-ivecque^ moins de peine,

L'on. trouve en on foyer.

Que sert à ces galans ce pompeux appareil. Dont ils vont dans la lice éblouir Itî soleil

Des trésors du Pactole ?

La gloire qui les suit, après tant de travaux, Se passe en moindre temps que la poudre qui vole

Du pied de leurs Chevaux.

Il n'avait surtout qu'à lire les grands traits d Homère 3 de Virgile , d'Horace , d'Ovide , etc.

Nicole écrivit contre Je théâtre dont il n'avait pas la moindre teinture, et il fut secondé par un nommé Dubois, qui était aussi ignorant que lui en belleslettres.

Il ny a pas jusqu'à Montesquieu 9 qui , dans sou livre amusant des Lettres persanes, a la petite vanité de croire qu'Homère et Virgile ne sont rien en comparaison d'un homme qui imite avec esprit et avec succès le Siamois de Dufréni , et qui remplit son livre de choses hardies, sans lesquelles il n'aurait pas été lu. « Qu'est-ce que les poèmes épiques? dit -il; je n'en sais rien; je méprise les lyriques autant que j'estime les tragiques. » Il devait pourtant ne pas tant mépriser Pindare et Horace. Aristote ne méprisait point Pindare.

Descartes fit à la vérité pour la reine Christine un petit divertissement en vers , mais digne de sa matière cannelée.

Malebranche ne distinguait pas le qu'il mourût de Corneille, d'un vers de Jodelle ou de Garnier.

Quel homme qu'Aristote qui trace les règles de la tragédie de la même main dont il a donné celles de la dialectique, de la morale*, de" la politique, et dont il a levé , autant qu'il a pu , le ^1 and voile de la nature \

C'est dans le chapitre quatrième de sa Poétique que Boileau a puisé ces beaux vers :

Il nTest point de serpent ni de monstre odieux Qui par l'art imité ne puisse plaire aux yeux ; D'un pinceau délicat l'artifice agréable, Du plus affreux objet fait un objet aimable : Ainsi pour nous charmer, la tragédie en pleurs , D'OEdipe tout sanglant fit parler les douleurs.

Voici ce que dit Aristote : « Limitation et l'harmonie ont produit la poésie nous voyons avec

plaisir dans un tableau des animaux affreux , des

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