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la nage, si on n'avait pour monumens de sa gloire que les prologues de ses opéras suivis de la ba. aille d'Hochstet, sa personne et son règne figureraient mal dans la postérité. Mais tous les beaux-arts en foule ? encouragés par son goût et par sa munificence, ses bienfaits répandus avec profusion sur tant de gens de lettres étrangers, le commerce naissant à sa voix dans son royaume, cent manufactures établies, cent belles citadelles bâties, des ports admirables construits, les deux mers unies par des travaux immenses, etc., forcent encore l'Europe à regarder avec respect Louis XIV et son siècle.
Ce sont surtout ces grands hommes, uniques en tout genre , que la nature produisit alors à la fois , qui rendirent ces temps éternellement mémorables. Le siècle fut plus grand que Louis XIV, mais la gloire en rejaillit sur lui.
L"émulation des arts a changé la face de la terre du pied des Pyrénées aux glaces d'Arehangel. Il n'est presque point de prince en Allemagne qui n'ait fait des établissements utiles et glorieux.
Qu'ont fait les Turcs pour la gloire? rien. Ils ont dévasté trois empires et vingt royaumes : mais une seule ville de l'ancienne Grèce aura toujours plus de réputation que tous les Ottomans ensemble.
Voyez ce qui s'est fait depuis peu d'années dans Pétersbourg , que j'ai vu un marais au commencement du siècle où nous sommes. Tous les arts v ont
accouru , tandis qu'ils sont anéantis dans la patriq d'Orphée, de Linus et d'Homère:
La statue que l'impératrice de Russie élève à Pierre*
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le-Grand, parle du bord de la Neva à toutes les nations; elle dit : J'attends celle de Catherine j mais il la faudra placer vis-à-vis de la vôtre , etc.
Que la nouveauté des arts ne prouve point la nouveauté du globe.
Tous les philosophes crurent la matière éternelle; jnais les arts paraissent nouveaux. Il n'y a pas jusqu'à l'art de faire du pain qui ne soit récent. Les premiers Romains mangeaient de la bouillie; et ces vainqueurs de tant de nations ne connurent jamais ni les moulins à vent, ni les moulins à eau. Cette vérité semble d'abord contredire l'antiquité du globe tel qu'il est, ou suppose de terribles révolutions dans ce globe. Des inondations de barbares ne peuvent guère anéantir des arts devenus nécessaires. Je suppose qu'une armée de nègres vienne chez nous comme des sauterelles, des montagnes de Cobonas, par le Monomotapa, par le Monoëmugi, les Nosseguais, les Maracates; qu'ils aient traversé PAbyssiniei, la Nubie, FÉgypte, la Syrie, l'Asie-Mineure, toute notre Europe; qu'ils aient tout renversé , tout saccagé , il restera toujours quelques boulangers, quelques cordonniers, quelques tailleurs , quelques charpentiers : les arts nécessaires subsisteront; il n'y aura que le luxe d'anéanti. C'est ce qu'on vit à la chute de l'empire romain ; l'art de l'écriture même devint très -rare ; presque tous ceux qui contribuent à l'agrément de la \ie ne renaquirent que long-temps après. Nous en inventons tous les jours de nouveaux.
De tout cela 011 ne peut rien conclure au fond
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contre l'antiquité dû* globe. Car, supposons même qu'une inondation de barbares nous eût fait perdre entièrement jusqu'à Fart d'écrire et de faire le pain ; supposons encore plus, que nous n'avons que depuis dix ans du pain, des plumes, de l'encre et du papier; le pays qui a pu subsister dix ans sans manger de pain et sans écrire ses pensées, aurait pu passer un siècle, et cent mille siècles sans ce sseours.
Il est très-clair que l'homme et les autres animaux peuvent très-bien subsister sans boulangers, sans romanciers et sans théologiens, témoin coule* l'Amérique, témoin les trois quarts de notre continent.
La nouveauté des arts parmi nous ne prouve donc point la nouveauté du globe, comme le prétendait Épicure, l*un de nos prédécesseurs en rêveries, qui supposait que par hasard les- atomes éternels en déclinant avaient formé un jour notre terre. Pomponace disait: Se il mondo , non è eterno 9 pev tutti santi ç molto vecchio.
Des petits inconvénients attachés aux arts. .
Ceux qui manient le plomb et le mercure sont sujets à des coliques dangereuses, et à des tremblemens de nerfs très- fâcheux. Ceux qui se servent de plumes et d'encre, sont attaqués d'une vermine qu'il faut continuellement secouer : cette vermine est celle de quelques ex-jésuites qui font des libelles. Vous ne connaissez pas, sire, cette race d'animaux; elle est chassée de vos états, aussi bien que de ceux de l'impératrice de Russie, du roi de Suède et du roi de Danemarck , mes autres protecteurs. L'cx - jésuite
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Paulian et Pcx -jésuite Nonottc, qui cultivent, comme moi, les beaux-arts, ne cessent de me persécuter jusqu'au Mont-Crapak; ils m'accablent sous le poids de leur crédit, et sous celui de leur génie, qui est encore plus pesant. Si votre majesté ne daigne pas me secourir contre ces grands hommes, je suis anéanti.
ASMODËE.
Aucun homme versé dans l'antiquité n'ignore que les Juifs ne connurent les anges que par les Perses et les Chaldccns, pendant la captivité, C'est là qu'ils apprirent, selon do m Caîmet, qu'il y a sept anges principaux devant le trône du Seigneur. Us y apprirent aussi les noms des diables. Celui que nous nommons Asmodée s'appelait Hashmodai , ou Chammadai. « On sait, dit Calmet («), qiri! y a des diables de plusieurs sortes ; les uns sont princes et maîtres démons, les autres subalternes et sujets. »
Comment cet Hashmodai était- il assez puissant pour tordre le cou à sept jeunes gens qui épousèrent successivement la belle Sara, native de Rages, à quinze lieues d'Ecbatanc? Il fallait que les Mcdcs fussent sept fois plus manichéens que les Perses. Le bon principe donne un mari à cette fille , et voilà le mauvais principe, cet Hashmodai, roi des démons, qui détruit sept fois de suite l'ouvrage du principe bienfaisant.
Mais Sara était Juive, fille de Ragucl le Juif, captive dans le pays d'Ecbatanc. Comment un démon
(a) Dom Calme l, Dissertation sur Tobie, page2o5.
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iïiède avait-il tant de pouvoir sur des corps juifs? c'est ce qui a fait penser qu'Asmodée - Chammadai était Juif aussi; que c'était l'ancien serpent qui avait séduit Eve; qu'il aimait passionnément les femmes; que tantôt il les trompait, et tantôt il tuait leurs maris par excès d'amour et de jalousie.
En effet le livre de. fobie nous fait entendre, dans la version grecque, qu'Asmodée était amoureux de Sara : Oti daimonion philei autên. C'est l'opinion de toute la savante antiquité que les génies bons ou mauvais, avaient beaucoup de penchant pour nos filles, et les fées pour nos garçons. L'Écriture même se proportionnant à notre faiblesse, et daignant adopter le langage vulgaire, dit en figure, <( que les citfans de Dieu (/>), voyant que les filles des hommes étaient belles, prirent pour femmes celles qu'ils choisirent. »
Mais l'ange Raphaël, qui conduit le jeune Tobie, lui donne une raison plus digne de son ministère, et plus capable d'éclairer celui dont il est le guide. Il lui dit que les sept maris de Sara n'ont tté livrés à la cruauté d'Asmodée que parce qu'ils l'avaient épousés uniquement pour leur plaisir, comme des chevaux et des mulets, « II faut, dit-il, (c) garder la continence avec elle pendant trois jours , et prier Dieu tous deux ensemble. »
Il semble qu'avec une telle instruction on n'ait plus besoin d'aucun autre secours pour chasser Asmodée ; mais Raphaël ajoute quil y faut le cœur d'un . — — — — — — — — — - ■ ; — *.
(h) Genèse, chap. VI. — (c) Chap. VI, v. 16,17 et 18.
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poisson , grillé sur des charbons ardens. Pourquoi donc n'a-ton pas employé depuis ce secret infaillible pour chasser le diable du corps des filles? Pourquoi les apôtres, envoyés exprès pour chasser les démons, n'ont-ils jamais mis le cœur d'un poisson sur le gril? Pourquoi ne se servit -on pas de cet expédient dans l'affaire de Marthe Brossicr, des religieuses de Loudun, des maîtresses d'Urbain Grandier, de la Cadière et du frère Girard, et de rûllc autres possédés dans le temps qu'il y avait des possédés?
Les Grecs et les Romains, qni connaissaient tan* de philtres pour se faire aimer, en avaient aussi pour guérir l'amour; ils employaient des herbes, des ra* cines. Vagnus castus a été fort renommé; les modernes en ont fait prendre à de jeunes religieuses ^ sur lesquelles il a eu peu d'effet. Il y a long -temps qu'Apollon se plaignait aDaphné que, tout médecin qu'il était, il n'avait point encore éprouvé de simple qui guérît de l'amour.
Hei mihil quod nullis amor est medicahilis herbis (d). D'un incurable amour remèdes impuissans.
On se servait de fumée de soufre; mais Ovide, qui était un grand maître, déclare que cette recette est inutile.
Nec fucjiaivivâ sulphure viclui atnor(e).
Le soufre, croyez-moi, ne chasse point l'amouf.
La fumée du cœur ou du foie d'un poisson fut plus efficace contre Asmodée. Le révérend père dom Cal-
(cl) Ovide,- Met. Ub. I, v. 523.
(e) Da Rem, Amor. v. aGou
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met en est fort en peine, et ne peut comprendre comment cette fumigation pouvait agir sur un pur esprit. Mais il pouvait se rassurer, en se souvenant que tous les anciens donnaient des corps aux anges et aux démons. C'étaient des corps très déliés, des corps aussi légers que des petites particules qui s'élèvent d'un poisson rôti. Ces corps ressemblaient à une fumée; ei la fumée d'un poisson grillé agissait sur eux par sympathie.
Non -seulement Asmodée s'enfuit; mais Gabriel alia l'enchaîner dans la Haule-Égypte, où il est encore. Il demeure dans une grotte auprès de la ville de Saata ou Taata. Paul Lucas Ta vu, et lui a parlé. On coupe ce serpent par morceaux, sur-le-champ tous les tronçons se rejoignent; il n'y parait pas, Dom Calmet cite le témoignage de Paul Lucas; il faut bien que je le cite aussi. On croit qu'on pourra joindre la théorie de Paul Lucas avec celle des vampires, dans la première compilation que l'abbé Guyon imprimera.