I78 ASTRONOMIE
Il suffit qu'il sache que, soit que la terre tourne sur elle-même et autour du soleil, soit que le soleil achève sa révolution en une année, les apparences sont à peu près les mêmes et qu'en astronomie on est obligé de juger par ses yeux avant que d'examiner les choses en physicien.
Il connaîtra bien vite la cause des éclipses de lune et de soleil, et pourquoi il n'y en a point tous les mois. Il lui semblera d'abord que, le soleil se trouvant chaque mois en opposition ou en conjonction avec la lune, nous devrions avoir chaque mois une éclipse de lune et uae de soleil. Mais des qu'il saura que ces deux astres ne se meuvent point dans un même plan , et sont rarement sur la même ligne avec la terre , il ne sera plus surpris.
On lui fera aisément comprendre comment on a pu prédire les éclipses en connaissant la ligne circulaire dans laquelle s'accomplissent le mouvement apparent du soleil et le mouvement réel de la lune. On lui dira que les observateurs ont su , par l'expérience et par le calcul , combien de fois ces deux astres se sont rencontrés précisément dans la même ligne avec la terre en dix -neuf années et quelques heures; après quoi, ces astres paraissent recommencer le même cours; de sorte qu'en fesant les corrections nécessaires aux petites inégalités qui arrivaient dans ces dix-neuf années, on prédisait au juste quel jour, quelle heure, et quelle minute, il y aurait une éclipse de lune ou de soleil. Ces premiers élémens entrent aisément dans la tête d'un enfant qui a quelque conception.
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La précession des équinoxes même ne l'effrayera pas. On se contentera de lui dire que le soleil a paru avancer continuellement dans sa course annuelle d'un degré en soixante et douze ans vers l'Orient, et que c'est ce que voulait dire Ovide par ce vers que nous avons cité :
« . Contrarius evéjiot orbi.
Ma carrière est contraire au mouvement des cieux.
Ainsi le bélier, dans lequel le soleil entrait autrefois au commencement du printemps, est aujourd'hui à la place où était le taureau; et tous les almanachs ont tort de continuer, par un respect ridicule pour l'antiquité, à placer l'entrée du soleil dans le bélier au premier jour du printemps.
Quand on commence à posséder quelques principes d'astronomie , on ne peut mieux faire que de lire les institutions de M. le Monnier, et tous les articles de M. d'Alembert dans l'Encyclopédie concernant cette science. Si on les rassemblait, ils feraient le traité le plus complet et le plus clair que nous ayons eu.
Ce que nous venons de dire du changement arrivé dans le ciel, et de l'entrée du soleil dans d'autres constellations que celles qu'il occupait autrefois ^ était le plus fort argument contre les prétendues règles de l'astrologie judiciaire. II ne paraît pas cependant qu'on ait fait valoir cette preuve avant notre siècle pour détruire cette extravagance universelle , qui a si long-temps infecté le genre humain, et qui ejst encore fort en vogue dans la Perse.
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Un homme né, selon Falnianach, quand le soleil était dans le signe du lion, devait être nécessairement courageux; mais malheureusement il était né en effet sous le signe de la vierge ; ainsi il aurait fallu que Gauric et Michel Morin eussent changé toutes les règles de leur art.
Une chose assez plaisante, c'est que toutes les lois de l'astrologie étaient contraires à celles de l'astronomie. Les misérables charlatans de l'antiquité et leurs sots disciples, qui ont été si bien reçus et si bien £ayés chez tous les princes de l'Europe , ne parlaient que de Mars et de Vénus stalionnaires et rétrogrades. Ceux qui avaient Mars stationnaire devaient être toujours vainqueurs. Vénus stationnaire rendait tous les amans heureux. Si on était né quand Vénus était rétrograde, c'était ce qui pouvait arriver de pis. Mais le fait est que les astres n'ont jamais été ni rétrogrades ni stalionnaires : et il suffirait d'une légère connaissance de l'optique pour le démontrer.
Comment donc s'est-il pu faire que, malgré la physique et la géométrie, cette ridicule chimère de l'astrologie ait dominé jusqu'à nos jours au point que nous avons vu des hommes distingués par leurs connaissances, et surtout très-profonds dans l'histoire, entêtés toute leur vie d'une erreur si méprisable ? Mais cette erreur était ancienne, et cela suffit.
Les Égyptiens, les Chaldéens, les Juifs, avaient prédit l'avenir; donc on peut aujourd'hui le prédire. On enchantait les serpens, on évoquait des ombres; donc on peut aujourd'hui évoquer des ombres et enchanter des serpens. Il n'y a qu'à savoir bien précisé-
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ment la formule dont on se servait. Si on ne fait plus de prédictions , ce n'est pas la faute de l'art, c'est la faute des artistes. Michel Morin est mort avec son secret. C'est ainsi que les alchimistes parlent de la pierre philosopliale. Si nous ne la trouvons pas aujourd'hui, disent-ils, c'est que nous ne sommes pas encore assez au fait; mais il est certain qu'elle est dans la clavicule de Saîomon; et avec cette belle certitude, plus de deux cents familles se sont ruinées en Allemagne et en France.
Ne vous étonnez donc point si la terre entière a été la dupe de l'astrologie. Ce pauvre raisonnement, « il y a de faux prodiges, donc il y en a de vrais, « n'est ni d'un philosophe ni d'un homme qui ait connu le monde.
« Cela est faux et absurde, donc cela sera cru par la multitude; » voilà une maxime phis vraie.
Étonnez -vous encore moins que tant d'hommes, d'ailleurs trcs-élevés au-dessus du vulgaire, tant de princes, tant de papes, qu'on n'aurait pas trompés sur le moindre de leurs intérêts, aient été si ridiculement séduits par cette impertinence de l'astrologie. Ils étaient très-orgueilleux et très-ignorans. Il n'y avait d'étoiles que pour eux : le reste de l'univers était de la canaille dont les étoiles ne se mêlaient pas. Ils ressemblaient à ce prince qui tremblait à la vue d'une comète, et qui répondait gravement à ceux qui ne la craignaient pas : « Vous en parlez fort à votre aise, vous'u êtes pas princes. »
Le fameux duc de Valstein fut un des plus infatués de cette chimère. Il se disait prince , et par consé-
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quent pensait que le zodiaque avait été formé tout exprès pour lui. Il n'assiégeait une ville, ne livrait une bataille , qu'après avoir tenu son conseil avec le ciel. Mais comme ce grand homme était fort ignorant, il avait établi pour chef de ce conseil un fripon d'Italien, nommé Jean -Baptiste Séni, auquel il entretenait un carrosse à six chevaux, et donnait la valeur de vingt mille de nos livres de pension. Jean- Baptiste Séni ne put jamais prévoir que Valstein serait assassiné par les ordres de son gracieux souverain Ferdinand II, et que lui Séni s'en retournerait à pied en Italie.
Il est évident qu'on ne peut rien savoir de l'avenir que par conjectures. Ces conjectures peuvent être si fortes qu'elles approcheront d'une certitude. Vous voyez une baleine avaler un petit garçon; vous pourriez parier dix mille contre un qu'il sera mangé ! mais vous n'en êtes pas absolument sur, après les aventures d'Hercule, de Jonas, et de Roland le fou, qui restèrent si long-temps dans le ventre d'un poisson.
On ne peut trop répéter qu'Albert-le-Grand et le cardinal d'Ailli ont fait tous deux l'horoscope de Jésus-Christ. Ils ont lu évidemment dans les astres combien de diables il chasserait du corps des possédés, et par quel genre de mort il devait finir; mais malheureusement ces deux savans astrologues n'ont rien dit qu'après coup.
Nous verrons ailleurs que , dans une secte qui passe pour chrétienne, on ne croit pas qu'il soit possible à l'intelligence suprême de voir l'avenir autrement que par une suprême conjecture; car l'avenir
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n'existant point, c'est, selon eux, une contradiction dans les termes, de voir présent ce qui n est pas.
SECTION PREMIÈRE
Il y a eu beaucoup d'athées chez les chrétiens, il y en a aujourd'hui beaucoup moins. Ce qui paraîtra d'abord un paradoxe , et qui à l'examen paraîtra une vérité, c'est que la théologie avait souvent jeté' les esprits dans l'athéisme, et qu'enfin la philosophie les en a retirés. Il fallait en effet pardonner autrefois aux hommes de douter de la Divinité, quand les seuls qui la leur annonçaient, disputaient sur sa nature. Les premiers pères de l'église fesaient presque tous Dieu corporel. Les autres ensuite , ne lui donnaient point d étendue, le logeaient cependant dans une partie du ciel; il avait, selon les uns, créé le monde dans le temps, et, selon les autres, il avait créé le temps : ceux-là lui donnaient un fils semblable à lui, ceuxci n'accordaient point que le fils fut semblable au père. On disputait sur la manière dont une troisième personne dérivait des deux autres.
On agitait si le fils avait été composé de deux personnes sur la terre. Ainsi la question était, sans qu'on s'en aperçut, sil y avait dans la Divinité cinq personnes , en comptant deux pour Jésus-Christ sur la terre et trois dans le ciel; ou quatre personnes, en ne comptant le Christ en terre que pour une ; ou trois personnes , en ne regardant le Christ que comme Dieu. On disputait sur sa mèrej sur la descente dans
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l'enfer et dans les limbes , sur la manière dont on mangeait le corps de PHomme-Dieu, et dont on buvait le sang de l'Homme-Dieu; et sur sa grâce, et sur ses saints , et sur tant d'autres matières. Quand on voyait les confîdens de la Divinité si peu d'accord entre eux , et prononçant anathème les uns contre les autres, de siècle en siècle, mais tous d'accord dans la soif immodérée des richesses et de la grandeur; lorsque d7un autre côté on arrêtait la vue sur ce nombre prodigieux de crimes et de malheurs dont la terre était infectée, et dont plusieurs étaient causés par les disputes mêmes de ces maîtres des âmes , il faut l'avouer , il semblait permis à l'homme raisonnable de douter de Pexistence d'un être si étrangement annoncé , et à Phomme sensible d'imaginer qif un Dieu qui aurait fait librement tant de malheureux, n'existait pas.
Supposons, par exemple, un physicien du quinzième siècle qui lit, dans la Somme de saint Thomas > ces paroles :
Virtus eœli, loco spermalis, sufficit cum elementîs et putre* factione ad ejenerationem animalium imper fçctorum.
<( La vertu du ciel , au lieu de sperme, suffît avec les élémens et la putréfaction pour la génération des animaux imparfaits. »
Voici comme ce physicien aura raisonné ; Si la pouriture suffit avec les élémens pour faire des animaux informes , apparemment qu'un peu plus de pouriture et un peu plus de chaleur fait aussi des animaux plus complets. La vertu du ciel n'est ici que la vertu de la nature. Je penserai donc , avec Épieurc
et saint Thomas ? que les hommes ont pu naître du limon de la terre et des rayons du soleil : c'est encore une origine assez noble pour des êtres si malheureux et si méchans. Pourquoi admettrais-je un Dieu créateur qu'on ne me présente que sous tant d'idées contradictoires et révoltantes ? Mais enfin la physique est née, et la philosophie avec elle. Alors on a clairement reconnu que le limon du Nil ne forme ni un seul insecte ni un seul épi de froment; on a été forcé de reconnaître partout des germes > des rapports , des moyens 7 et une correspondance étonnante entre tous les tires. On a suivi les traits de lumière qui partent du soleil pour aller éclairer les globes et l'anneau de Saturne 7 à trois cents millions de lieues, et pour venir sur la terre former deux angles opposés au sommet dans l'oeil d'un ciron, et peindre la nature sur sa rétine. Un philosophe a été donné au monde, qui a découvert par quelles simples et sublimes lois tous les globes célestes marchent dans l'abîme de l'espace. Ainsi l'ouvrage de l'univers mieux connu montre un ouvrier, et tant de lois toujours constantes ont prouve' un législateur. La saine philosophie a donc détruit l'athéisme à qui l'obscure théologie prêtait des armes.
Il n'est resté qu'une seule ressource au petit nombre d'esprits difficiles qui , plus frappés des injustices prétendues (*). d'un être suprême que de sa sagesse , se sont obstinés à nier ce premier moteur. Ils ont dit : La nature existe de toute éternité; tout
(*) Voyez Bien. [Du bien et ma] physique et moral)
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est en mouvement dans la nature ; donc tout y change continuellement. Or si tout change à jamais, il faut que toutes les combinaisons possibles arrivent; donc la combinaison présente de toutes les choses a pu être le seul effet de ce mouvement et de ce changement éternel. Prenez six dés, il y a à la vérité 46655 à parier contre un que vous n'amènerez pas une chance de six fois six ; mais aussi en 46655 le pari est égal. Ainsi , dans l'infinité des siècles , une des combinaisons infinies , telle que l'arrangement présent de l'univers, n'est pas impossible.
On a vu des esprits, d'ailleurs raisonnables, séduits par cet argument; mais ils ne considéraient pas qu'il y a l'infini contre eux , et qu'il n'y a certainement pas l'infini contre l'existence de Dieu. Us doivent encore considérer que, si tout change, les moindres espèces des choses ne devraient pas être immuables, comme elles le sont depuis si long-temps. Ils n'ont du moins aucune raison pour laquelle de nouvelles espèces ne se formeraient pas tous les jours. Il est au contraire très -probable qu'une main puissante, supérieure à ces changemens continuels, arrêie toutes les espèces dans les bornes qu'elle leur a prescrites. Ainsi le philosophe qui reconnaît un Dieu a pour lui une foule de probabilités qui équivalent à la certitude , et l'athée n'a que des doutes. On peut étendre beaucoup les preuves qui détruisent l'athéisme dans la philosophie.
Il est évident que, dans la morale, il vaut beaucoup mieux reconnaître un Dieu que n'en point admettre. C'est certainement l'intérêt de tous les
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hommes qu'il y ait une Divinité qui punisse ce que la justice humaine ne peut réprimer; mais aussi il est clair qu'il vaudrait mieux ne pas reconnaître de Dieu que d'en adorer un barbare auquel on sacrifierait dès hommes, comme on a fait chez tant de nations.
Cette vérité sera hors de doute par un exemple frappant. Les Juifs , sous Moïse, n'avaient aucune notion de l'immortalité de Pâme et d'une autre vie. Leur législateur ne leur annonce de la part de Dieu que des récompenses et des peines purement temporelles ; il ne s'agit donc pour eux que de vivre. Or Moïse commande aux lévites d'égorger vingt-trois mille de leurs frères pour avoir eu un veau d'or ou doré. Dans une autre occasion on en massacre vingtquatre mille pour avoir eu commerce avec les filles du pays; et douze mille sont frappés de mort, parce que quelques-uns d'entre eux ont voulu soutenir l'arche qui était près de tomber. On peut, en respectant les décrets de la Providence, affirmer humainement qu'il eût mieux valu, pour ces cinquante-neuf mille hommes qui ne croyaient pas une autre vie, être absolument athées et vivre , que d'être égorgés au nom du Dieu qu'ils reconnaissaient.
Il est très-certain qu'on n'enseigne point l'athéisme dans les écoles des lettrés à la Chine, mais il y a beaucoup de ces lettrés athées, parce qu'ils ne sont que médiocrement philosophes. Or il est sûr qu'il vaudrait mieux vivre avec eux à Pékin, en jouissant de la douceur de leurs mœurs et de leurs lois , que d'être exposé dans Goa à gémir chargé de fers dans les prisons de l'inquisition , pour en sortir couvert
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d'une roLe ensoufrée, parsemée de diables, et pour expirer dans les flammes.
jCcux. qui ont soutenu qu'une société d'athées pouvait subsister ont donc eu raison : car ce sont les lois qui formejjUa^ociété, et ces athées, étant d'ailleurs philosophes, peuvent mener une vie très-sage et trèslieureuse à l'ombre de ces lois. Ils vivront certainement en société plus aisément que des fanatiques superstitieux. Peuplez une ville dTÉpicures, de Simonides, cTé"Protagoras , de Desbarreaux, de Spinosas; peuplez une autre ville de jansénistes et de molinistes, dans laquelle pensez-vous qu'il y aura plus de troubles et de querelles? L'athéisme, à ne le considérer que par rapport à cette vie, serait très-dangereux chez un peuple farouche : des notions fausses de la Divinité ne seraient pas moins pernicieuses. La plupart des grands du monde vivent comme s'ils étaient athées. Quiconque a vécu et a vu sait que la connaissance d'un Dieu , sa présence , sa justice , n'ont pas la plus légère influence sur les guerres, sur les traités, sur les objets de l'ambition, de l'intérêt, des plaisirs, qui emportent tous leurs momens. Cependant on ne voit point qu'ils blessent grossièrement les règles établies dans la société. Il est beaucoup plus agréable de passer sa vie auprès d'eux qu'avec des superstitieux et des fanatiques. J'attendrai , il est vrai , plus de justice de celui qui croira un Dieu que de celui qui n'en croira pas : mais je n'attendrai qu'amertume et persécution du superstitieux. L'athéisme et le fanatisme sont deux monstres qui peuvent dévorer et déchirer la société; mais l'athée ; dans son erreur, conserve
sa raison qui lui coupe les griffes, et le fanatique est atteint d'une folie continuelle qui aiguise les siennes (*).
section il.
En Angleterre , comme partout ailleurs, il y a eu et il y a encore beaucoup d'athées par principes; car il ny a que de jeunes prédicateurs sans expérience et très-mal informés de ce qui se passe au monde, qui assurent qu'il ne peut y avoir d'athées ; j'en ai «on nu en France quelques-uns qui étaient de très-bons physiciens; et j'avoue que j'ai été bien surpris que des hommes qui démêlent si bien les ressorts de la nature, s'obstinassent à méconnaître la main qui préside si visiblement au jeu de ces ressorts.
11 me paraît qu'un des principes qui les conduisent au matérialisme, c'est qu'ils croient le monde infini et plein, et la matière éternelle; il faut bien que ce soient ces principes qui les égarent, puisque presque tous les newtoniens que j'ai vus, admettant le vide et la matière finie, admettent conséquemment un Dieu.
En effet, si la matière est infinie, comme tant de philosophes et Descartes même l'ont prétendu, elle a par elle-même un attribut de l'Être suprême; si le vide est impossible, la matière existe nécessairement; si elle existe nécessairement, elle existe de toute éternité; donc dans ces principes on peut se passer d'un Dieu créateur, fabricateur, et conservateur de la matière.
(*) Voyez Religion.
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Je sais Lien que Descartes, et la plupart des écoles qui ont cru le plein et la matière indéfinie, ont cependant admis un Dieu; mais c'est que les hommes ne raisonnent et ne se conduisent presque jamais selon leurs principes.
Si les hommes raisonnaient conséquemment, Ëpicure et son apôtre Lucrèce auraient dû être les plus religieux défenseurs de la Providence qu'ils combattaient; car, en admettant le vide et la matière finie, * vérité qu'ils ne fesaient qu'entrevoir, il s'ensuivait nécessairement que la matière n'était pas l'être nécessaire, existant par lui-même, puisqu'elle n'était pas indéfinie ; ils avaient donc dans leur propre philosophie, malgré eux-mêmes, une démonstration qu'il y a un autre être suprême, nécessaire, infini, et qui a fabriqué l'univers. La philosophie de Newton, qui admet et qui prouve la matière finie et le vide, prouve aussi démonstrative ment un Dieu.
Aussi je regarde les vrais philosophes comme les apôtres de la Divinité ; il en faut pour chaque espèce ci'homme ; un catéchiste de paroisse dit à des enfans qu'il y a un Dieu ; mais Newton le prouve à des sages.
A Londres après les guerres de Cromwell sous Charles II , comme ci Paris après les guerres des Guises sous Henri IV, on se piquait beaucoup d'athéisme ; les hommes ayant passé de l'excès de la cruauté à celui des plaisirs , et ayant corrompu leur esprit successivement dans la guerre et dans la mollesse, ne raisonnaient que très-médiocrement; plus on a depuis étudié la nature , plus on a connu son auteur-