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cette tragédie lui avait inspiré ces deux sentimens , que c'était le to kalony le beau.
Nous fîmes un voyage en Angleterre : on y joua la même pièce , parfaitement traduite ; elle fit bailler tous les spectateurs. Oh, oh ! dit-il , le to kaJon n'est pas le même pour les Anglais et pour les Français. Il conclut, après bien des réflexions, que le beau est souvent très-relatif , comme ce qui est décent au Japon est indécent à Rome, et ce qui est de mode à Paris ne l'est pas à Pékin ; et il s'épargna la peine dû composer un long traité sur le beau.
Il y a des actions que le monde entier trouve belles. Deux officiers de César, ennemis mortels l'un de l'autre , se portent un défi , non à qui répandra le sans Tun de l'autre derrière un buisson en tierce et en quarte comme chez nous, mais à qui défendra le mieux le camp des Romains que les Barbares vont attaquer. L'un des deux, après avoir repoussé les ennemis , est près de succomber ; l'autre vole à son secours , lui sauve la vie , et achève la victoire.
Un ami se dévoue à la mort pour son ami; un fil?
pour son père ; l'Algonquin , le Français , le
Chinois, diront tous que cela est fort beau, que ces actions leur font plaisir, qu'ils les admirent.
Ils en diront autant des grandes maximes de morille ; de celle-ci de Zoroastre : « Dans le doute si une
action est juste , abstiens-toi; » de celle-ci de
Confucius : «Oublie les injures, n'oublie jamais les bienfaits. »]
Le nègre aux yeux ronds, au nez épaté, qui ne donnera pas aux dames de nos cours le nom. de beile^
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le donnera sans hésiter à ces actions et à ces maximes. Le méchant homme même reconnaîtra la beauté des vertus qu'il n'ose imiter. Le beau qui ne frappe que les sens, l'imagination, et ce qu'on appelle l'esprit, est donc souvent incertain. Le beau qui parie au cœur ne l'est pas. Vous trouverez une foule de gens qui vous diront qu'ils n'ont rien trouvé de beau dans les trois quarts de l'Iliade ; mais personne ne vous niera que le dévouement de Codrus pour son peuple ne soit fort beau, supposé qu'il soit vrai.
Le frère Attiret, jésuite, natif de Dijon, était employé comme dessinateur dans la maison de campagne de l'empereur Cam-hi, à quelques lis de Pékin.
Cette maison des champs, dit-il dans une de ses lettres à M. Dassaut, est plus grande que la ville de Dijon. Elle est partagée en mille corps de logis, sut ixpxQ même ligne; chacun de ces palais a ses cours, ses parterres, ses jardins et ses eaux; chaque façade est ornée d'or, de vernis et de peintures. Dans le vaste enclos du parc on a élevé à la main des collines hautes de vingt jusqu'à soixante pieds. Les vallons sont arrosés d'une infinité de canaux qui vont au loin se rejoindre pour former des étangs et des mers. On se promène sur ces mers dans des barques vernies et dorées de douze à treize toises de long sur quatre de large. Ces barques portent des salons magnifiques; et les bords de ces canaux, de ces mers et de ces étangs , sont couverts de maisons toutes dans des goûts différens. Chaque maison est accompagnée de jardins et de cascades. On va d'un vallon dans un autre par des ailées tournantes ornées de pavillons at
grottes. Aucun vallon n'est semblable; le plus vaste de tous est entouré d'une colonnade, derrière laquelle sont des bâtimens dorés. Tous les appartenions de ces maisons répondent à la magnificence du dehors; tous les canaux ont des ponts de distance en distance; ces ponts sont bordés de balustrades de marbre blanc , sculptées en bas-reliefs.
Au milieu de la grande mer. on a élevé un rocher, et sur ce rocher un pavillon carré, où l'on compte plus de cent appartemens. De ce pavillon carré on découvre tous les palais, toutes les maisons, tous les jardins de cet enclos immense; il y en a plus de quatre cents.
Quand l'empereur donne quelque fête, tous ces bâtimens sont illuminés en un instant; et de chaque maison on voit un feu d'artifice.
Ce n'est pas tout; au bout de ce qu'on appelle la mer est une grande foire que tiennent les officiers de l'empereur. Des vaisseaux partent de la grande mer pour arriver à la foire. Les courtisans se déguisent en marchands , en ouvriers de toute espèce ; l'un tient un café, l'autre un cabaret; l'un fait le métier de filou, l'autre d'archer qui court après lui. L'empereur, l'impératrice et toutes les dames de la cour viennent marchander des étoffes; les faux marchands les trompent tant qu'ils peuvent. Ils leur disent quïl est honteux de tant disputer sur le prix , qu'ils sont de mauvaises pratiques. Leurs majestés répondent qu'ils ont à faire à des fripons; les marchands se fâchent et veulent s'en aller; on les apaise ; l'empereur achète
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tout, et en fait des loteries pour toute sa cour. Plus, loin sont des spectacles de toute espèce.
Quand frère Attiret vint de la Chine à Versailles, il le trouva petit et triste. Des Allemands, qui s'extasiaient en parcourant les bosquets, s'étonnaient que frère Attiret fût si difficile. C'est encore une raison cjui me détermine à ne point faire un traité du beau-