PHYSIQUE ET MORAL. 36 C
tous deux suprêmes, tous deux infinis, tous deux également puissans, tous deux s'étant fait la guerre, et s'accordant enfin pour verser sur cette petite planète, l'un tous les trésors de sa bénéfieence, et Fautre tout l'abîme de sa malice. » En vain , par cette hypothèse, expliquent-ils la cause du bien et du mal; la fable de Prométhée l'explique encore mieux ; mais toute hypothèse qui ne sert qu'à rendre raison des choses, et qui n'est pas d'ailleurs fondée sur des principes certains, doit être rejetée.
Des docteurs chrétiens (en faisant abstraction de la révélation qui fait tout croire) n'expliquent pas mieux l'origine du bien et du mal que les facteurs de Zoro astre.
Dès qu'ils disent : Dieu est un père tendre , Dieu est un roi juste ; dès qu'ils ajoutent l'idée de l'infini à cet amour, à cette bonté, à cette justice humaine qu'ils connaissent, ils tombent bientôt dans la plus horrible des contradictions. Comment ce souverain qui a la plénitude infinie de cette justice que nous connaissons; comment un père qui a une tendresse infinie pour ses enfans; comment cet être infiniment puissant a-t-il pu former des créatures à son image, pour les faire l'instant d'après tenter par un être malin, pour les faire succomber, pour faire mourir ceux qu'il avait créés immortels, pour inonder leur postérité de malheurs et de crimes ! On ne parle pas ici d'une contra liction qui paraît encore bien plus révoltante à nôtre faible raison. Comment Dieu rachetant ensuite le genre humain par la mort de son fils unique, ou plutôt, comment Dieu lui-même fait homme ; cfc
3jO BIEN ET MAL,
mourant pour les hommes, livre-t-il à l'horreur des tortures éternelles presque tout ce genre humain pour lequel il est mort! Certes, à ne regarder ce système qu'en philosophe (sans le secours de la foi) , il est monstrueux , il est abominable. Il fait de Dieu ou la malice même, et la malice infinie, qui a fait des êtres pensans pour les rendre éternellement malheureux, ou l'impuissance et l'imbécillité même, qui n'a pu ni prévoir, ni empêcher les malheurs de ses créatures. Mais il n'est pas question dans cet article du malheur éternel, il ne s'agit que des biens et des maux que nous éprouvons dans cette vie. Aucun des docteurs de tant d'églises qui se combattent tous sur cet article n'a pu persuader aucun sage.
On ne conçoit pas comment Bayle, qui maniait avec tant de force et de finesse les armes de la dialectique , s'est contenté de faire argumenter (a) un manichéen, un calviniste, un moliniste, un socinien; que n'a-t-il fait parler un homme raisonnable? que Bayle n'a-t-il parlé lui-même , il aurait dit bien mieux que nous ce que nous allons hasarder.
Un père qui tue ses enfans est un monstre; un roi qui fait tomber dans le piège ses sujets, pour avoir un prétexte de les livrer à des supplices, est un tyran exécrable. Si vous concevez dans Dieu la même bonté que vous exigez d'un père, la même justice que vous exigez d'un roi, plus de ressource pour disculper Dieu : et, en lui donnant une sagesse et une bonté info) Voyez dans Bayle les articles Manichéens, Marcionites . Pauliciens.