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finies, vous le rendez infiniment odieux; vous faites souhaiter qu'il n'existe pas , vous donnez des armes à l'athée, et l'athée sera toujours en droit de vous dire : Il vaut mieux ne point reconnaître de divinité que de lui imputer précisément ce que vous puniriez dans les hommes.
Commençons donc par dire : Ce n'est pas à nous à donner à Dieu les attributs humains, ce n'est pas à nous à faire Dieu à notre image. Justice humaine, bonté humaine, sagesse humaine, rien de tout cela ne peut convenir. On a beau étendre à l'infini ces qualités, ce ne seront jamais que des qualités humaines dont nous reculons les bornes; c'est comme si nous donnions à Dieu la solidité infinie, le mouvement infini, la rondeur, la divisibilité, infinies. Ces attributs ne peuvent être les siens,
La philosophie nous apprend que cet univers doit avoir été arrangé par un être incompréhensible, éternel, existant par sa nature; mais, encore une fois, la philosophie ne nous apprend pas les attribuas de cette nature. Nous savons ce qu'il n'est pas, et non ce qu'il est.
Point de bien ni de mal pour Dieu} ni en physique ni en morale.
Qu'est - ce que le mal physique ? De tous les maux le plus grand sans doute est la mort. Voyons s'il ëtaiû possible que l'homme eût été immortel.
Pour qu'un corps tel que le notre fut indissoluble, impérissable, il faudrait qu'il ne fût point composé de parties; il faudrait qu'il ne naquît point, qu'il ne prît ni nourriture ni accroissement , qu'il ne pût
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éprouver aucun changement. Qu'on examine toutes ces questions que chaque lecteur peut étendre à son gré, et Ton verra que la proposition de l'homme immortel est contradictoire.
Si notre corps organisé était immortel, celui des animaux le serait aussi; or il est clair qu'en peu de temps le globe ne pourrait suffire à nourrir tant d'animaux; ces êtres immortels, qui ne subsistent qu'en renouvelant leur corps par la nourriture, périraient donc faute de pouvoir se renouveler; tout cela est contradictoire. On en pourrait dire beaucoup davantage, mais tout lecteur vraiment philosophe verra que la mort était nécessaire à tout ce qui est né , que la mort ne peut être ni une erreur de Dieu, ni un mal , ni une injustice, ni un châtiment de l'homme.
L'homme né pour mourir ne pouvait pas plus être soustrait aux douleurs qu'à la mort. Pour qu'une substance organisée et douée de sentiment n'éprouvât jamais de douleur, il faudrait que toutes les lois de la nature changeassent, que la matière ne fut plus divisible, qu'il ny eût plus ni pesanteur, ni action, ni force; qu'un rocher pût tomber sur un animal sans l'écraser, que l'eau ne pût le suffoquer, que le feu ne pût le brûler. L'homme impassible est donc aussi contradictoire que l'homme immortel.
Ce sentiment de douleur était nécessaire pour nous avertir de nous conserver, et pour nous donner des plaisirs autant que le comportent les lois générale^ auxquelles tout est soumis.
Si nous n'éprouvions pas la douleur, nous nous blesserions a tout moment sans le sentir. Sans le
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commencement de la douleur nous ne ferions aucune fonction de la vie, nous ne la communiquerions pas, nous n'aurions aucun plaisir. La faim est un commencement de douleur qui nous avertit de prendre de la nourriture, l'ennui une douleur qui nous force à nous occuper, l'amour un Lesoin qui devient douloureux quand il n'est pas satisfait. Tout désir, en un mot, est un besoin, une douleur commencée. La douleur est donc le premier ressort de toutes les actions des animaux. Tout animal doué de sentiment doit être sujet à Ja douleur si la matière est divisible; la dquleur était donc aussi nécessaire que la mort. Elle ne peuf donc être ni une erreur de la Providence, ni une malice, ni une opinion. Si nous n'avions vu souffrir que les brutes, nous n'accuserions pas la nature; si, dans un état impassible , nous étions témoins de la mort lente et douloureuse des colombes , sur lesquelles fond un épervicr qui dévore à loisir leurs entrailles, et qui ne fait que ce que nous fesons> nous serions lo;n de murmurer; mais de quel droit nos corps seront- ils moins sujets à êt^e déchirés que ceux des brutes? Est-ce parce que nous avons une intelligence supérieure à la leur? Mais qu'a de commun ici l'intelligence avec une matière divisible? Quelques idées de plus ou de moins dans un cerveau doivent- elles, peuvent -elles empêcher que le feu ne nous brûle, et qu'un rocher ne nous écrase ?
Le mal moral, sur lequel on a écrit tant de volumes, n'est au fond que le mal physique. Ce mal moral n'est qu'un sentiment douloureux, qu'un être organisé cause à un autre être organisa. Les rapines, les ou-
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trages, etc., ne sont un mal qu'autant qu'ils en causent. Or, comme nous ne pouvons assurément faire aucun mal à Dieu, il est clair, par les lumières de la raison (indépendamment de la foi qui est tout autre chose), qu'il n'y a point de mal moral par rapport à l'Être suprême.
Comme le plus grand des maux physiques est la mort, le plus grand des maux en morale est assurément la guerre : elle entraîne après elle tous les crimes; calomnies dans les déclarations; perfidies dans les traités; la rapine, la dévastation, la douleur et la mort, sous toutes les formes.
Tout cela est un mal physique pour l'homme , et n'est pas plus mal moral par rapport à Dieu que la rage des chiens qui se mordent. C'est un lieu commun , aussi faux que faible , de dire qu'il n'y a que les hommes qui s'entr'égorgent ; les loups, les chiens, . les chats, les coqs, les cailles, etc., se battent entre eux , espèce contre espèce ; les araignées de bois se dévorent les unes les autres : tous les mâles se battent pour les femelles. Cette guerre est la suite des lois de la nature , des principes qui sont dans leur sang ; tout est lié, tout est nécessaire.
La nature a donné à l'homme environ vingt-deux ans de vie l'un portant l'autre , c'est-à-dire , que de mille enfans nés dans un mois, les uns étant morts au berceau , les autres ayant vécu jusqu'à trente ans , d'autres jusqu'à cinquante, quelques-uns jusqu'à quatre-vingts; faites ensuite une règle de compagnie, vous trouverez environ vingt-deux ans pour chacun.
Qu'importe a Dieu qu'on meure à la guerre , ou
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qu'on meure de la fièvre ? La guerre emporte moins de mortels que la petite vérole. Le fléau de la guerre est passager, et celui de la petite vérole règne toujours dans toute la terre à la suite de tant d'autres ; et tous les fléaux sont tellement combinés que la règle des vingt -deux ans de vie est toujours constante en général.
L'homme offense Dieu en tuant son prochain , dites-vous. Si cela est, les conducteurs des nations sont d'horribles criminels; car ils font égorger , en invoquant Dieu même , une foule prodigieuse de leurs semblables pour de vils intérêts qu'il vaudrait mieux abandonner. Mais comment offensent-ils Dieu (à ne raisonner qu'en philosophes)? comme les tigres et les crocodiles l'offensent; ce n'est pas Dieu assurément qu'ils tourmentent, c'est leur prochain ; ce n'est qu'envers l'homme que l'homme peut être coupable. Un voleur de grand chemin ne saurait voler Dieu. Qaimportc à l'Être éternel qu'un peu de métal jaune soit entre les mains de Jérôme ou de Bonaventure ? Nous avons des désirs nécessaires , des passions nécessaires, des lois nécessaires pour les réprimer; et, tandis que sur notre fourmilière nous nous disputons un brin de paille pour un jour, l'univers marche à jamais par des lois éternelles et immuables , sous lesquelles est rangé l'atome qu'on nomme la terre.