ADORER
le Dieu de tout Tunivera et une chanteuse de r Opéra-Comique, sans qu'on s'aperçût de ce ridicule.
Détournons -en les yeux, et ne les arrêtons que sur l'importance de notre sujet.
Il n'y a point de nation civilisée qui ne rende un culte public d'adoration, à Dieu. Il est vrai qu'on ne force personne, ni en Asie, ni en Afrique, d^aller à la mosquée ôu au temple du lieu ; pn y va de son bon gré. Cette affluence aurait pu même servir à réunir les esprits des hommes, et à les rendre plus doux dans la société. Cependant on les a vus quelquefois s'acharner les uns contre les autres dans^ l'asile même consacré à la paix. Les zélés [inondèrent de sang le temple de Jérusalem , dans lequel ils égorgèrent leurs frères. Nous avons quelquefois souillé nos églises de carnage \
A l'article de la chine , on verra que l'empereur est le premier pontife, et combien le culte est auguste et simple. Ailleurs il est simple sans avojir rien de majestueux } conmie
* Le capUaiae Li^t, qui a ptiiblié en août 1 8x8 la relation de «on-Toyage en Egypte, en Nidûe, et 4ana la Terre-Sainte^ raconta que récemment les diverses sectes de chrétiens se sont battues dans Téglise même du Saint* Sépulcre à Jérusalem. (Voyez les Annales poUtiquess mo^ raies, et littéraires dn x^r septembre l8x8.) P.
ÂBORBUt ISS
diez les réfomiës de notre Europe et dans r Amérique anglaise.-
Dans d'autres pays , il faut à nxidrallumar des flambeaux de cire qu'on avait en abomination dans les premiers temps. Un couvent de religieuses^ à qui on voudrait retrancher les cierges ^crierait que la lumière de la foi est éteinte j et que le monde va flnir.
L'Eglise anglicane tient le milieu entre les pompeuses céiiémônies romaines et la sécheresse des calvinistes.
Les chants j la danse et les flambeaux étaient des cérémonies essentielles aux fêtes sacrées de tout l'Orient. Quiconque a lu sait que les anciens Egyptiens fesaient le tour de leurs temples en chantant et en dansant. Point d'institution sacerdotale chez les Grecs sans des chants et des danses. Les Hébreux prirent cette coutume de leurs voisins ; David chantait et dansait devant l'arche.
Saint Matthieu parle d'un cantique chanté par Jés^is - Christ même et par les apôtres après leurs pâques ^. Ce cantique^ qui est parvenu jusqu'à nous^ n'est point mis dans le canon dés livrés sacrés ; mais on en retrouve les fragments dans la 237* lettre de saint Augustin à l'évêque Cérétiiis.... Saint
' Hrmno dicto. Saint Matthieu, ch. xxvi , v. 3o K.
126 ADO&sa.
Augustin ae dît pasr que cette^ hymne ne fîit point chantée ; il n'en réprouve pas les paroles : il ne condamne les pr»scillianistes qui admettaient cette hymne dans leur Evangile , que sur T interprétation erronée qu'ils en donnaient et qu'il trouve impie. Voici le cantique tel qu'on le trouve par part elles dans Augustin même .
Je veux délier, et je veux être délié.
Je veux sauver, et je veux être sauvé.
Je veux engendrer, et je veux être engeadré.
Je v€ux «hanter, dansez totu de foie.
Je veux pleurer, frtppez-vous tous de douleur.
Je veux orner, et je veux être oraé.
Je suis la lampe pour vous qui me voyez.
Je suis la porte pour vous qui y frappiez.
Vous qui voyez ee que je fiiis , ne dites point ce que
je fais.
J'ai joué tout cela dans ce discours, et je n'ai poinC
du tout été joué.
Mais^ quelque dispute qui se «oit élevée au sujet de ce cantique y il est certain que le chant était employé dans toutes les cérémonies religieuses* Mahomet avait trouvé ce culte établi chez les Arabes. Il l'est dans les
ADORER. 4i7
Indes. Il ne parait pas qu'il soit en usage chez les lettrés de la Chine. Les cérémonies ont partout quelque ressemblance et quelque dif^rence ^ mais on adore Dieu par toute la terre. Malheur sans doute à ceux qui ne l'adorent pas comme nous^ et qui sont dans l'en^eur^ soit par le dogme ^ soit pour les rites ! ils sont assis à l'ombre de la mort; mais plus leur malheur est grand j plus il faut les plaindre et les supporter.
C'est même une grande consolation pour nous que tous les mahométaus^ les Indiens, les Chinois^ les Tartares^ adorent un Dieu unique ; en cela ils sont nos frères. Leur fatale ignorance de nos mystères sacrés ne peut que nous inspirer une tendre compassion pour nos frères qui s'égarent. Loin de nous tout esprit de persécution qui ne servirait qu'à les rendre irréconciliables !
Un Dieu unique étant adoré sur toute la terre connue^ faut-il que ceux qui le reconnaissent pour leur père lui donnent toujours le spectacle de ses enfants qui se détestent, qui s'anathéma lisent^ qui se poursuivent, qui se massacrent pour des arguments ?
Il n'est pas aisé d'expliquer au juste ce que les Grecs et les Romains entendaient par adorer \ si l'on adorait les faunes y les syl-
428 ADOREU;
vains^ les dryades^ les naïades ^ comme on adorait les douze grands dieux. D n'est pas vraisemblable qu'Antinoiis , le mignon d'Adrien^ fût adoré par les nouveaux Égyptiens du même culte que Sérapis ; et il est assez prouvé que les anciens Égyptiens n'adoraient pas les ognons et les crocodiles de la même ikçon qu'Isis et Osiris. On trouve l'équivoque partout^ elle confond tout. 11 faut à chaque mot dire : Qu' entendez-vous ? Il faut toujours répéter : Définissez les termes* ^
£st-il bien vrai que Simon^ qu'on appelle le Magicien y fut adoré chez les Romains ? Il est bien plus vrai qu'il y fut absoliunent ignoré. • Saint Justin^ dams son j4pologie{j4polog., 1x9 26 et 5G); aussi inconnue à Rome que ce Simon ^ dit que ce dieu avait une statue élevée sur le Tibre , ou plutôt près du Tibre , entre les deux ponts ^ avec cette inscription : Simqnideo ^aracfo. Saint Irénée^ Tertullien^. attestent la même chose : mais à qui l'attestent-ils ? à des gens qui n'avaient jamais vii Rome ^ il des Africains^ à des AUobroges, à d«â Syriens^ à quelques habitants de Sichem. Ils m'avaient certainement pas vu cette statue y dont l'inscription est Semo sanco deo fidio, et non pas Simùnisancto deo.
^ Voyez l'artiole alexaitdre.* K.
Ilf devaient au moin^ cousultapDenîs d'Hal^cama^se^ qui ^ dsns'^son quatrième livre y rapporiiKeUe inscciptiosi. Sema ^anco était un ancien mot sabin^ qui s^uifie demihoimoe et demi-dieu« Voua^ trouvez da^s Tite Live ( liv^ VIII ^ ch. xx ) : Bona Semoni êaiwo cen^erunt eonseeranda» Ge dieu étajt un des plus àn<;iens qui fussent révérés à Rome ^ il fut consacré par Tarquin- le -Superbe^ et regardé comme le dieu des alliances et de la bonne foi. On lui sacrifiait un bœu£^ et on écrivait sur la peau de ce bœuf le,traité fait avec lea peuples voisins. U avait .un temple auprès de celui de Quirinus. Tantôt on lui présentait des offrandes sotls le nom du j^ere Serno, tantôt sous le nom de Sancus fidius* C'est pourquoi Ovide dit dans ses Fctstes ( Hv. VI, ,v. 2i3 ) :
« Queerebain nonas saoco, fidiove referrem, « An tibi , Semo pater. »
Voilà la divinité romaine qu'on a prise pendant tant de siècles pour Simon- le-Magicien. Saint Cyrille de Jérusalem n'en doutait pas 3 et saint Augustin , dans son premier livre des Héhésies , dit que $imon-le-Magicien lui-même se fit élever cette statue avec celle de son Hélfene par ordre de l'empereur et du sénat.
159 JL0OIIE&;
Cette éfraage &b}e y dont la iSaMSseté était si aisée à reconnaître^ fut contiauelkment liée avec cette autre fable , que saiat Pierre et ce Simon avaient tons deux, coinparu àe^ vant Néron; qu'ils s'étaient défiés à qui ressusciterait le plus promptement tm mort proche parent de Néron même ^ et â qui a'élèverait le plus haut dans les airs; que Simon se fit enlever par des diables dàna un chariot de feu ; que saint Pierre et saint Paul le firent tomber des airs par leurs prières^ qu'il se cassa les jambes^ qu'il en mourut^ et que Néron irrité fit mourir saint Paul et saint Pierre ' .
AbdiaSy Marcel^ Hégésippe^ ont rapporté ce conte avec des détails un peu différents ; Amobe^ saint Cyrille de Jérusalem^ Sévëre- Sulpice, Philastre^ saint Ëpiphane^ Isidore de Damiette , Maxime de Turin ^ plusieurs autres auteurs^ ont donné cours successivement à cette erreur. Elle a été généralement adoptée^ jusqu'à <^ qu'enfin on ait retrouvé dans Rome une statue de Semo sancus deus fidius, et que le savant père Mabillon ait déterré un de ce« anciens monumeats avec cette inscription : Semoni saneo deofidio.
Cependant il est certain qu'il y eut un Si-
^ Voyez l'article saiitt pieree. K.
a&oueu. 43f
mon que les Juifs crurent magicieo^ comme il est certain qu'il y a eu un Apollonius de Tyane. Il est rrai encore que ce Simon ^ né dans le petit pays de Samarie^ ramassa quelques gueux auxquels il persuada qu'il était envoyé de Dieu , et la vertu de Dieu niéme. U baptisait ainsi que les apôtres baptisaient^ et il élevait autel contre autel.
Les Juifs de Samarie^ toujours ennemis des Juifs de Jérusalem^ osèrent opposer ce Simon à Jésus-Christ reconnu par les apôtres, par les disciples^ qui tous étaient de la tribu de Benjamin ou de celle de Juda. Il baptisait comme eux ; mais il ajoutait le feu au baptême d'eau ^ et se disait prédit par saint Jean- Baptiste selon ces paroles : « Celui qui doit tt venir après moi est plus puissant que moi * a il vous baptisera dans le Saint-Esprit et «dans le feu*. »
Simon allumait par-dessus le bain baptismal une flamme légère avec de la naphte du lac Âsphaltide. Son parti fut assez grand; mais il est fort douteux que ses disciples l'aient adoré :- saint Justin est le seul qui le croie:
Ménandre ' se disait, comme Simon, envoyé de Dieu et sauveur des hommes. Towh
' Matthieu, ch. m, v. ti. K.
' Ce n'est pas du poète comique m du rhéteur qu'il
les faux messies y .et surtout Barcochebas^ prenaient le titse d'envoyés de Dieu; mais Bycochebas Jlui-méme n'exigea point d'aiboration. On ne divinise guère les hommes de leur vivant y à moins que ces hommes ne soient des Alexandre ou des empereurs romains qui l'ordonnent expressément à des esclaves : encore n'est-ce pas une adoration proprement dite; c'est une vénération exti^aordinaire ^ une, apothéose anticipée , une flatterie aussi ridicule que celles qui sont prodiguées à Octave par Virgile et par Horace.
Nous ne devons point cette expression aux Grecs. Us appelaient l'adultère ftotxtlcty dont les Latins ont fait leur mœchus , que nous n'avons point francisé. Nous ne la d»* vons ni à la langue syriaque ni à l'hébraïque^ jargon du syriaque ^ qui nonmiait l'adultère nyuph. Adultère signifiait en latin : a altéa ration y adultération ^ une chose mise pour « une autre^ un crime de faux^ fausses clefs, «faux contrats y faux seing; admlteraCio », De là; celui qui se m^t dans le lit d'un autre
s'agit ici, mais d'un disciple de Simon4e-Magicien , devenu enthoi^iaste et charlatan oomme son maître. Volt.
▲DULVÈRE. 435
fui uoinmé adultâr, comme tt<ie faune clef qui fouille dans la serrure d'autrui.
C'est ainsi qu'ils nommèrent par antiphrase cocqya: , concou ^ le pauvre mari chez qui un étranf|;er venait pondre. Pline le naturaliste dit : Coccyx ova sttbdit in nidis alienis ; îta pUrique aliénas uxores faciunt mmtres ^ . Le coucou d^ose sea œufs dans* le nid des autres oiseaux; ainsi force Romains rendent mères les femmes de leurs amis. La céftnparaison' n'est pas trop juste. Coccyx signifiant un coucou^ nous «n avons fait cocu. Que de choses on doit aux Romains ! mais comme on altère le sens de tous les mots! Le cocu^ suivant la honne grammaire^ devrait ê^tre le galant; et c'est le mari. Voyez la chanson de Scarron*.
. (^elques doctes ont prétendu que c'est aux Grecs que nous sommes redevables de remblème des cornes y et qu'ils désignaient par le titre de bouc^ at|*, l'époux d'une femme lascive comme une chèvre. £n effet^
* Liv, X, ch. IX. Volt.
* Ton» les ^yn mie chaise
Me coûte ^ çcn»
Pour porter à l'aise Totre chien de eu, A moi, paarre coca. Volt.
* Toyes Varticle bouc. K.
154 Â.PULTEKE.
ils appelaieat^/5 de chèi^re iù» bâtards que notre canaltte appelle ^Is de putain. Mats ceux qui veulent a'instruîi^e à foad doivent savoir que nos cornes viennent des cornettes des dames* Un mari qui se laissait trbmpe^ et gouverner par son insolente fe^me était réputé porteur de cornes^ cornu y comard^ par les bons bourgeois. C'est par cette raison que cocu, comard, et sot, étaient synonymes. Dans une de nos comédies on trouve ce vers :
Elle ? elle n'en fera qu*un sot, je vous assure.
Gela veut dire : elle n'en fera qu'un cocu. Et dans l'Ecole des femmes :
Épouser une sotte est poiir n'être point sot.
Bautru ^ qui avait beaucoup d'esprit ^ disait : Les Bautru sont cocus y mais ils ne sont pas des sots.
La bonne compagnie ne se sert plus de tous ces vilains termes ^ et ne prononce même jamais le mot ^adultère. On ne dit point : Madame la duchesse est en adultère avec monsieur le chevalier; madame la marquise a un mauvais commerce avec monsieur l'abbé. On dit : Monsieur l'abbé est cette semaine l'amant de madame la
marquise. Quand les dames parlent à leurs amies de leurs adultères ^ elles disent : J'avoue que j'ai du goût pour lui. Elles avouaient autrefois qu'elles sentaient qu^que estime ; mais depuis qu'une bourgeoise s'accusa k soti confeèsear d'avoir de l'estime pour un conseiller^ et que le confesseur lui dit : Madame ^ combien de -ibis vous a-t-il«9iÇ8tinEiée ? les dames dé qualité n'ont f^os estimé personne, et ne v<mt plus guère à confesse^
'Les femmes de Lacédémone ne connais* saient^ dit-on ^ ni la Confession ni l'adultère. Il est bi^n vrai que Ménélas avait éprouvé ce qu'Hélèâe savait faire; mais Lycurgue y mit ordre en rendant les fenunea communes quand les maris voulaient bien les prêter , et que les femmes y consentaient. Cbacun peut disposer de «on bien. Un mari en ce cas n'avait point à craindre de nourrir dans* sa maison un enfant étranger. Tous les enviants appartenaient à la république ; et non à une maison particulière ; ainsi on ne fesait tort à personne. L'adultàre n'est Un mal qu'autant qu'il est un vol : mais on^e vole point ce qu'on vous donne. Un mari priait souvent un jeune homme beau ^ bien Êaiit et vigoureux , de vouloir bien &ire un enfant
156 AmiLlfellE.
a sa fenûnë. Flutarque nous a conservé dans son rieux style la chanson que chantaient les Lacédémoniens quand Acrotatus allait se coucher avec la femme de son ami :
. Allez, gentil Acrotatus, besognez bien Kélidonide ; Donnez de j)raves citoyens à Sparte \
■^ Les Lacédémoniëns avaient donc raison de àhie que l'adultëfe étaitimpossible pam^eux.
Il n'en est pas ainsi chez nos nations dont toutes les lois «ont fondées sur le tien et le mien.
Un des pl«is grands dësagréihénts de l'adultère chez nous c'est que la dame se moqucf quelquefois de son mari avec son amant ^ le mari s'en doute; et on n'aime point à être tourné en ridicule. Il est arrivé dans la bourgeoisie que souvent la femme a volé son mari pour donner à soti amant) les querelles de ménage sont poussées à des excèâ Cruels relies sont heureusement peu connues dans la bonne compaipie:
Le plus grand ti6r<t; le plus grand mal^ est de' doBner à un pairvre homme des enfants qui ne sont pas à lui ^ et de le charger d'un ferdeau qu'il ne doit pas porter. On a vu par
' Toyez Pkuarque, Tie de Pytrhus, cb.^xlxvrir. P.
ADUf.T£RE. fS7
ta des: races de héros «ntiërement abâtardies. Les femmes des Astolphe et des Joconde ^ par un goût dépravé^ par la faiblesse du moment^ ont fait des enfant» avec un nain con- Iréfait; avec un petit ralet sans coeur et sans esprit. Les corps et les âmes s'en sont ressentis. De petits singes ont été les héritiers des plus grands noms dans quelques pays de l'Europe. Us ont dans leur première salle les portraits de leurs prétendus aïeux j hauts de six pieds y beaux ^ bien faits ^ armés d'un estramaçon que la race d'aujourd'hui pourrait à peine soulever. Un emploi important est possédé par un homme qui n^y a nul droit, et dont le cœur, la tête et le bras, n'en peuvent soutenir le faix.
n y a quelques provinces en Europe où les filles font volontiers l'amour et deviennent ensuite des épouses assez sages« C'est tout le contraire en France ; on enferme les filles dans des couvents, où jusqu'à présent on leur a donné une éducation ridicule. Leurs mères, pour les consoler, leur font espérer qu'elles seront libres quand elles seront maiiées. A peine ont-elles vécu un an avec leur époux, qu'on s'empresse de savoir tout le secret de leurs appas. Une jeune femme ne vit, ne soupe, ne se promène^ ne va au spectacle
qu'avec des femmes qui ont chacune leur afifaire réglée } si elle n'a point son amant comme les autres ^ elle est ce qu'on appelle dépareillée; elle en est honteuse; elle a'ose se, montrer.'
Les Orientaux s'y prennent au rehours de nous. On leur amène des filles qu'on leur garantit pucelles sur la foi d'un Circassien. On Les épouse^ et on les enferme par précaution^ comm.e nous enfei*BM>ns nos filles. Point de plaisanteries dans ces pays-là sur les dames et sur les maris } point de chansons; rien qui ressemble à nos froids quolibets de cornes et de cocuàge. Nous plaignons les grandes dames de Turquie^ de Perse ^ des Indes ; mais elles sont cent foi» plus heureuses dans leurs sérails que nos filles dans leurs couvents.
Il arrive quelquefois chez nous qu'un mari mécontent^ ne voulant point faire un procès criminel à sa femme poui* cause d'adultère ( ce qui ferait crier à la barbarie ) , se contente de se faire sépai^er de corps et de biens.
C'est ici le lieu d'insérer le précis d'un Mémoire composé par un honnête homme qui se trouve dans cette situation ; voici ses plaintes: sont-elles justes?
ADUI/rÈRB. 459
xÉMOiRS b'inr ma6istiia,t, àcKtr vers l*av 4764\
Uo principal magistrat d'une ville de France a le malheur d'avoir une femme qui a été débauchée par un prêtre avant soti .mariage ^ et qui depuis s'est couverte d'opprobre par des scandales publics : il a eu la modération de se séparer d'elle sans éclat. Cet homme ^ âgé de quarante ans , vigoureux, et d'une figure agréable, a besoin d'une femme ; il est trop scrupuleux pour chercher à séduire l'épouse d'un auti^e, il craint même le commerce d'une fille, ou d'une veuve qui lui servirait de concubine. Dans cet état inquiétant et douloureux, voici le précis des plaintes qu'il adresse à sou Eglise.
Mon épouse est criminelle, et c'est moi qu'on puait. Une auti*e femme est nécessaire à la consolation de ma vie, à ma vertu même; et la secte dont je suis me la refuse ; elle me défend de me marier avec une fille lionaéte. Les lois civiles d'aujourd'hui , malheureusement fondées sur le droit canon , me privent des droits de l'humanité. L'Eglise me réduit
' Ce morceau fut imprimé en 1767 à U suite d*une édition àei FtngmerUs tUs' instruction* pour le prince royal (le***. P.
à chercher ou des plaisirs qu'elle réprouve^ ou des dédommag^ements honteux qu'elle condamne ^ elle veut me forcer d'être criminel.
Je jette les yeux sur tcms les peuples de la terre, il n'y en a pas un seul, excepté le peuple catholique romain, chez qui le divorce et un nouveau mariage ne soient de droit natureL
Quel renversetnent de Pordfe a donc fait chez les catholiques-une vertu de souffrir l'adultère, et un devoir de manquer de femme quand on a été indignement outragé par la sienne 7
Pourquoi un lien pourri est-il indissoluble malgré la grande loi adoptée par le code, çuidquidiigaturdissolubiïe est? On me permet la séparation de corps et de biens , et on ne me permet pas le divorce. Là loi peut m'ôter ma femme, et elle me laisse un nom qu'on appelle sacrement ! je ne jouis plus du mariage, et je suis marié. Quelle contradiction î quel esclavage ! et sous quelles lois avons-nous reçu la naissance !
Ce qui est bien phis étrange c'est que cette loi de mon Église est directement contraire aux paroles que cette Église elle-même croit avoir été pi'ononcées par Jésus-Christ :
<c Quiconque a renvoyé sa femme (excepté «pour adultc^e) pèche s'il en prend une « autre * . »
Je n'examine points! les pontifes de Rome ont été ^n droit de violer à leur plaisir la loi de celui qu'ils regardent comme leur maître; si lorsqu'un ^tat a besoin d'un héritier^ il est permis de répudier celle qui ne peut en donner. Je ne recherche point si une femme turbulente^ attaquée de d^ence^ ou homicide^ ou empoisonneuse ; ne doit p4s être répudiée aussi bien qu'une adultère : je m'en tiens au triste état qui me concerne : Dieu me permet de me remarier, et l'évoque d^ Bxmie ne me le permet pas !
Le divorce a été en usage chez les catholiques sous tous les empereurs ; il l'a été dans tous les états démembrés jde l'empire romain. Les rqis de France^ qu'on appelle de la première race , ont presque tous répudié leurs femmes pour en prendre de nouvelles. Enfin il vint un Grégoire IX, ennemi des empereurs et des rois, qui, par un décret, fit du mariage un joug insecouable ; sa décrétale devint la loi de l'Europe. Quand les rois voulurent répudier une femme adultère selon la loi de Jésus-Christ, ils ne purent
* Matthieu, ch. xix, ▼. 9. Yoi.T.
en venir à bout ^ il fallut chercher des prétextes ridicules. Louis le jeune fut obligé , pour faire son malheureux divorce avec ÉléoDore de Guienne^ d'alléguer une parenté qui n'existait pas. Le roi Henri IV, pour répudier Marguerite de Valois, prétexta une cause encore plus fausse , un défaut de consentement. 11 fallut mentir pour faire un divorce légitimement.
Quoi ! un souverain p^ut abdiqua sa cou* ronne, et sans la permission du pape il ne pourra abdiquer sa femme ! £st-il possible que des hommes d'ailleurs éclairés aient croupi si long-temps dans cette absurde ser-^ vitude I
Que nos prêtres , que nos moines renoncent aux femmes, j'y consens^ c'est un attentat contre la population, c'est un malheur pour euXj mais ils méritent ce malheur qu'ils se sont fait eux-mêmes. Ils ont été les victimes des papes qui ont voulu avoir en eux des esclaves , dès soldats sans famille et sans patrie, vivant uniquement pour l'Église^mais moi , magistrat , qui sers l'état toute la journée, j'ai besoin le soir d'une femme; et l'Eglise n'a pas le droit de me priver d'un bien que Dieu m'accorde. Les ap6tres étaient mariés, Joseph était marié, et je veux l'être
Si moi^ Alsacien^ je dépends d'uu prêtre qui demeure à Rome y si ce prêtre a la barbare puissance de me priver d'une femme , qu'il me fasse eunuque pour chanter des Miserere dans sa chapelle ' .