MÉMOIRB FOUR LES P£MM£S
L'équité demande qu'après avoir rapporté ce Mémoire en faveur des maris , nous met« tions aussi sous les yeux du public le plaidoyer en faveur des mariées , présenté k la jante du Portugal par une comtesse d'Arcira. £n voici la substance :
U Évangile a défendu l'adultère à mon mari tout comme à moi ^ il sera damné comme moi, rien n'est plus avéré. Lorsqu'il m'a fait vingt infidélités, qu'il a donné mon collier à une de mes rivales, et mes. boucles d'o^ reilles à une autre, je n'ai point demandé
1 L'empereur Joseph II vient de donner à ses peuples une nouvelle législation saries mariages. Bar cette législation , le mariage devient ce qu'il doit être , un simple contrat civil. Il a également autorisé le divorce sans exiger d'autre motif que la volonté constante des deux époux'. Sur ces deux objets plus, importants qu'on* ne croit pour la maraie et la prospérité des états , il a donné on rand exemple qui sera suivi par les autres natio,n8 de l'Europe, quand elles commenceront à sentir qu'il n'est pas plus raisonnable de consulter sur la législation les théologiens que les danseurs de corde. K.
aux juges qu'on le fît raser^ qu'on l'enfermât ch€i2 ^des moines^ et qu'on me donnât son bien. £t moi^ pour l'avoir imité une seule fois y pour avoir fait avec le plus beau jeune homme de Lisbonne ce qu'il fait tous les jours impunément avec les plus sottes guenons de la cour et de la ville y il faut que je réponde sur la sellette devant des licenciés^ dont chacun serait à mes pieds si nous étions tête à tête dans mon cabinet 5 il faut que ^huissier w^ coupe à l'audience mes cheveux^ qui sont les plus beaux du monde; qu'on m'enferme chez, des religieuses qui n'ont pas le sens commun^ qu'on me prive de ma dot et de mes conventions matrimoniales^ qu'on donne tout mon bien à mon fat de mad pour l'aider à séduire d'autres fenunes et à commettre de uouveaux adultères.
Je demande si la chose est juste ^ et s'il n^est pas évident que ce sont les cocus qui ont fait les lois.
On répond à mes plaintes que je suis trop heureuse .de n'être pas lapidée à la poi*te de la ville par les chanoines^ les habitués de paroisse , et tout le peuple. C'est ainsi qu'on en usait chez la première nation de la terre, la nation choisie, la nation chérie^ la seule
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qui eût raison quand toutes les autres avaient tort.
Je réponds à ces barbares que lorsque la pauvre femme adultère fut présentée par ses accusateurs au maître de Tancienne et de la nouvelle loi ^ il ne la fît point lapider^ qu'au contraire il leur reprocha leur injustice ^ qu'il se moqua d'eux en écrivant sur la terre avec le doigt; qu'il leur cita l'ancien proverbe hébraïque : a Que celui de vous qui a est sans péché jette la première pierre ; » qu'alors ils se retirèrent tous^ les ]plu8 vieux fuyant les premiers^ parceque plus ils avaient d'âge ^ plus ils avaient commis d'adultères.
Les docteurs en droit -canon me répliquent que cette histoire de la femme adultère n'est racontée que dans V Evangile de saint Jean^ qu'elle n'y a été insérée qu'après coup. LeontiuS; Maldonat^ assurent qu'elle ne se trouve que dans un seul ancien exemplaire grec 'y qu'aucun des vingt-trois premiers commentateurs n'en a parlé. Origène y saint Jérôme, saint Jean-Chrysostôme, Théophilacte, Nonnus y ne la connaissent point. Elle ne se trouve point dans la Bible syriaque, elle n'est point dans la version d'Ulphilas.
Voilà ce que disent les avocats de mon YoLTAiR. DJct. philos. T. I. 7
mai^i; qui voudraient non seulemeftt me faire raser^ mais me faire lapider.
Mais les avocats qui ont plaidé pour moi disent qu'Ammonius^ auteur du troiaièiite siècle y a reconnu cette histoire pour vérita* ble y et que si saint Jér6me la rejette dans quelques endroits ^ il Tadopte dans d'autres 5. qu'en un mot^ elle est autheatique aujourd'hui. Je pars de là y et je dis à mon mari : Si vous êtes sans pëché.^ rasez-moi^ enfermesmoi^ prenez mon bien^ mais si vous avez fait plus de péchés que moi^ c'est à moi de vous raser^ de vous faire enfermer^ et de m* emparer de votre fortune. En fait de justice^ les choses doivent être égales.
Mon mari réplique qu'il est mon supérieur et mon chef; qu'il est plus haut que moi de plus d'un pouce ^ qu'il est velu comme un ours^ que par conséquent je lui dois tout; et qu'il ne me doit rien.
Mais je demande si la reine Anne d'Angleterre n'est pas le chef de son mari ^ si son mari le prince de Danemarck y qui est son grand amiral; ne lui doit pas une obéissance entière; et si elle ne le ferait pas condamner à la cour des pairs en cas d'infidélité de la part du petit homme. Il est donc clair que si les femmes ne font pas punir les hommes ;
c'est quand elles ne sont pas les plus fortes.
SUITE DU CHAFITaK SUR L*ADULTiRB.
Pour juger valablement un procès d'adultère ^ il faudrait que douze hommes et douze fenunes fussent les juges ^ avec un hermaphrodite qui eût la voix prépondérante en cas de partage.
Mais il est des cas singuliers sur lesquels la raillerie ne peut avoir de prise^ et dont il ne nous appartient pas déjuger. Telle est l'aventure que rapporte saint Augustin dans son sermon de la prédication de Jésus-Christ sur la montagne*
Septimius Acyndinus^ proconsul deSyrie^ fait emprisonner dans Antioche un chrétien qui n'avait pu payer au fisc une livre d'or, à laquelle il était taxé, et le menace de la mort s'il ne paie. Un homme, riche promet les deux marcs à la femme de ce malheureux si elle veut consentir à ses désirs. La femme court en instruire son mari ; il la supplie de lui sauver la vie aux dépens des droits qu'il a sur elle, et qu'il lui abandonne. Elle obéit : mais l'honune qui lui doit deux marcs d'or la trompe en lui donnant un sac plein de terre. Le mari^ qui ne peut payer le fisc, va être conduit à la mort. Le proconsul ap-
prend cette infamie } il paie lui-même la livre d'or au fisc de ses propres deniers , et il donne aux deux époux chrétiens le domaine dont a été tirée la terre qui a rempli le sac de la femme.
Il est certain que^ loin d'outrager son marî^ elle a été docile à ses volontés ^ non seulement elle a obéi^ mais elle lui a sauvé la vie. Saint Augustin n'ose décider si elle est coupable ou vertueuse ; il craint de la condamner.
Ce qui est^ à mon avis^ assez singulier^ c'est que Bayle prétend être plus sévère que saint Augustin \ Il condamne hardiment cette pauvre femme. Cela serait inconcevable si on ne savait à quel point presque tous les écrivains ont permis à leur plume de démentir leur cœur ^ avec quelle facilité on sacrifie son propre sentiment à la crainte d'effaix>ucher quelque pédant qui peut nuire ^ combien on est peu d'accord avec soimême.
Le matin rigoriste, et le soir libertin^ L'écrivain qui d'Éphèse excusa la matrone^
Renchérit tantôt sur Pétrone »
Et tantôt èur saint Augustin.
* Dictionnaire de Bayle, artick Actvdikus. K.
AFFIRMATION PAR SERMXHT. 149 iiin.BXioir D*uir pias dk fabuli.b.
N'ajoutons qu'un petit mot sur Téducation contradictoire que nous donnons à nos filles. INous les élevons dans le désir immodéré de plaire ^ nous leur en dictons des leçons : la nature y travaillait bien sans nous^ mais on y ajoute tous les raffinements de l'art. Quand elles sont parfaitement stylées y nous les punissons si elles mettent en pratique l'art que nous avons cru lem- enseigner. Que diriezvous d'un maître à danser qui aurait appris son métier à un écolier pendant dix ans y et qui voudrait lui casser les jambes^ parcequ'il l'a trouvé dansant avec un autre?
Ne pourrait-on pas ajouter cet article à celui des contradictions?