‹ Dictionnaire philosophiqueChapitre 25 sur 84 · A&AR · texte numérisé non relu

A&AR

On nous' dit qu'Abraham était fort riche dans le désert de Gérare^ quoiqu'il n'eût pas un pouce de terre en propre» Nous savons de science certaine qu'il défit le» armées de quatre grands rois avec trois cent dix-huit gardeurs de moutons.

Il devait donc au moins donner un petit troupeau à sa maîtresse Agar^ quand il la renvoya dans le désert. Je parle ici seulement selon le monde ;. et je révëre toujoursles voies incompréhensibles qui ne sont pas nos voies.

J'aurais donc donné quelques moutons y quelques chèvres^ un beau bouc, à mon ancienne amie Agar, quelques paires d'habits pom* elle et pour notre fils Ismael, une bonne ânesse pour la mère, un joli ânon pour l'enfisuit , «n chameau pour porter leurs bardes^ et au moins deux domestiques pour les accompagner et pour les empêcher d'être mangés des loups.

Mais le père des croyants ne donna qu'une cruche d'eau et un pain à sa pauvre maîtresse et à son en&nt y quand il les exposa dans le désert.

Quelques impies ont prétendu qu'Abraham n'était pas un père fort tendre , qu'il voulut faire mourir. son bâtard de faim, et couper le cou à son fils, légitime.

Mais, encore un coup, ces voies ne sont pas nos voies; il est dit que la pauvre Agar s'en alla dans le désert de Bersabée. Il n'y avait point de .désert de Bersabée. Ce nom ne fut connu que long-temps après : mais c'est une bagatelle, le fond de l'histoire n'en est pas moins authentique.

Il est vrai que la postérité d'Ismael fils d'Agar se vengea bien de la postérité d'Isaac fils de Sara, en laveur duquel il fut chassé. Les Sarrasins , descendants en droite ligne d'Ismael , se sont emparés de Jérusalem appartenant par droit de conquête à la postérité d'Isaac. J'aurais voulu qu'on eut fait descendre les Sarrasins de Sara , l'étymologie aurait été plus nette; c'était une généalogie à mettre dans notre Moréri. On prétend que le mot Sarrasin vient de Sarac, voleur. Je ne crois pas qu'aucun peuple se soit jamais appelé voleur; ils l'ont presque tous été , mais on prend cette qualité rarement. Sarrasin descendant de Sara me parait plus doux à l'oreille.

Nous n'avons nulle envie de parler des âges du monde ; ils sont si connus et si uniformes 1 Gardons-nous aussi de parler de

l'âge des premiers rois ou dieux d'Egypte^ c'est la même chose. Ils vivaient des douze cents années ; cela ne nous regarde pas • mais ce qui nous intéresse fort c'est la durée ordinaire de la vie humaine. Cette théorie est parfaitement bien traitée dans le Dictionnaire encyclopédique k l'article Vie^ d*aprës les Halley^ les Kerseboom^ et les Deparcieux.

£n 1741 ^* <^c Kerseboom me communiqua ses calculs sur la ville d'Amsterdam^ en voici le résultat :

Sur cent mille personnes il y en

avait de mariées 345oo

d'hommes veufs ^ seulement i5oo

de veuves 45oo

Cela ne prouverait pas que les fenunes vivent plus que les hommes dans la proportion de quarante-cinq à quinze^ et qu'il y eût trois fois plus de femmes que d'hommes : mais cela prouverait qu'il y avait trois fois plus de Hollandais qui étaient allés mourir à Batavia ^ ou à la pèche de la ba-' leine, que de femmes, lesquelles restent d'ordinaire chez elles ^ et ce calcul est encore prodigieux.

Célibataires^ jeunesse et enfance

Report. 4o5oo

des deux sexe« 4^ooo

domestiques, ickmk>

voyageurs 4^^^

Somme totale 99^^^

Par son calcui ^ il devait se trouver sur un million d'habitants des deux sexes y depuis'seiie ans jusqu'à cinquante y environ vingt mille hommes pour servir de soldats y «ans déranger les autres professions. Mais voyez les calculs de MM. Deparcieux^ de Saint-Manr^ et de BufTon j ils sont encore plus précis et plus instructifs à quelques égards.

Cette arithmétique n'est pas iavoi*able a la manie de lever de grandes armées. Tout prince qui lève trop de soldats peut ruiner ^es voisins y mais il i*uine sûrement son état. Ce calcul dément encore beaucoup le compte y ou plutôt le conte d'Hérodote qui fait arriver Xerxès en Europe suivi d'environ deux millions d'hommes. Car si un million d'habitants donne vingt mille soldats y il en résulte que Xerxès avait cent millions de sujets; ce qui n'est guère croyable. On le dit pourtant de la Chine y mais elle n^a pas un mlHon de soldats : ainsi l'empereur de

la Oûne est du cloi4>le plus sage queXerxès.

La Thëbes aux cent portes ^ qui laissait sortir dix mille soldats par chaque porte ^ aurait eu^ suivant la supputation hoUan:daise^ cinquante millions tant de citoyens que de citoyennes. Nous fesons un calcul plus modeste à l'article oiifOMBfiEMENT.

L'âge du service de guerre étant depuis vingt ans jusqu'à cinquante, il &ut mettre une prodigieuse diflereuce entre porter les armes hors de son pays, et rester soldat dans sa patrie. Xerxès dut perdre les deux tiers de son armée dans son voyage en Grèce. César dit que les Suisses étant sortis de leur pays au nombre de trois cent quatre-vingthuit mille individus, pour aller dans quelque province des Gaules tuer ou dépouiller les habitants , il les mena si };>on train qu'il n'en resta que cent dix- mille. Il a fallu dix siècles pour repeupler la Suisse : car on sait à présent que les enfants ne se font, ni à coups de pien^e , comme du temps de Deucalion et de Pyrrha ; ni à coups de plume, comme le jésuite Pétau , qui fait naître sept cents milliards d'honunes d'un seul des enfiints du père Noé, en moins de trois cents ans.

Charles XII leva le cinquième liomme en

AGE. f57

Siiède pour aU^ faire la guerre en pays étranger^ et il a dépeuplé sa patrie.

Continuons à parcourir les idées et les chiffres du calculateur hollan^is y sans répondre de rieoi , parcequ'il est dangereux d'être comptable.

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