CALCUL D^ LA. VIE
Selon lui^ dans une grande ville ^ de vingtr-six mariages il ne reste environ que huit enfants. Sur mille légitimes il compte - soixante-cinq bâtards \
De sept cents enfants y il en reste au bout
d'un an environ 56o
au bout de dix ans. ........ 44^
au bout de vingt ans. ...... 4o5
à quarante ans . 3oo
à soixante ans 190
au bout de quatre-vingts ans. . . 5o
à quatre-vingt-dix ans 5
à cent ans^ personne-. o
Par là on voit que de sept cents enfants nés dans la inéme année ^ ri n'y a que cinq dhances pour arriver à quatre-vingt-dix ans.
* Le relevé des actes de Tétat civil de Paris , depuis 3o ans , fait voir que dans cette grande ville les enfants naturels figurent pour plus cPun tiers dans les naissances.
Sur cent quarante ^ il n'y a qu'une Mule chance; et sur un moindre nombre H n'y en a {)oint.
Oe n'est donc que sur un très grand nombre d'existences qu'on peut espérer de pousser la sienne jusqu'à quatre-vingt-dix ans ; et sur un bien plus grand nombre encore que l'on peut espérer de vivre un siècle.
Ce sont de gros lots à la loterie sur lesquels il ne £aut pas compter ^ et même qui ne sont pas à désirer autant qu'on les désire; ce n'est qu'une longue mort.
Combien trouve -t- on de ces vieillards qu'on appelle, heureux , dont le bonheur consiste à ne pouvoir jouir d'aucun plaisir de la vie , à n'en faire qu'avec peine deux ou trois fonctions dégoûtantes ^ à ne distinguer ni les sons ni les couleurs ^ à ne connaître ni jouissance ni espérance y et dont toute la félicité est de savoir confusément qu'ils sont un fardeau de la terre y baptisés ou circoncis depuis cent années?
Il y en a un sur cent noùUe tout au plus dans nos climats.
Voyez les listes des morts de chaque année à Paris et à Londres ; ces villes , à ce qu'on dit^ ont environ sept cent mille habitants. Il est très rare d'y trouver à-la-fois
sept centenaires ^ et souvent il n'y en a pas un seul ^ .
£n générai ^ l'âge commun auquel l'espèce humaine est rendue k la terre^ dont elle aort^ est de vingt-deux à vingt-trois ans tout au plus y selon les meilleurs observateurs. . De mille enfants nés dans une même an^née y les uns meurent à six mois , les autres à quinze } celui-ci à dix-huit ans ^ cet autre à à trente-six, quelques uns à soixante; trois on quatre octogénaires, sans dents et sans yeux, meurent après avoir souffert quatrevingts ans. Prenez un nombre moyen , cha^ cun a porte son fardeau vingt-deux ou vingttrois années.
Sur ce principe, qui n'est que trop vrai , il est avantageux à un état bien administré, et qui a des fonds en réserve , de constituer beaucoup de rentes viagères. Des princes économes qui veulent enrichir leur famille y gagnent considérablement ; chaque année la somme qu'ils ont à payer diminue.
U n'en est pas de même dans un, état obéré. Comme il paie un intérêt plus fort que l'intérêt ordinaire , il se trouve bientôt court; il est obligé de faire de nouveaux em-
^ Ce n^est pas dans les villes qu'il faut aller ciiearcber les centenaires. Q. D.
prunts } c'est un cercle perpétuel de dettes et d'inquiétudes ' .
Les tontines^ invention d'un usurier nommé Tomtinù, sont bien plu> ruineuses. Nul soulagement pendant quatre -vingts- ans au moins. Vous payez toutes les rentes au dernier survivant.
A la dernière tontine qu'on fit en France en fj^Qf une société de calculateurs prit une classe à elle seule ; elle choisit celle de quarante ans^ parcequ'on donnait un denier plus fort pour cet âge que pour les âges depuis un an jusqu'à quarante^ et qu'il y a presque autant de chances pour pai'venir de quarante à quatre-vingts ans ^ que du berceau à quai^ante.
On donnait dix pour cent aux. pontes âgées de quarante années^ et le dernier vivant héritait de tous les morts. C'est un des plus mauvais marchés que l'état puisse faire '^
On croit avoir remarqué que les rentiers viagers vivent un peu plus long-tempe que
* Voltaire n^arait aucune idée de Vamortissement, qu'il e&t pu coimattre eependteut par le sinfUngJund des Anglais. G. D.
' Il y avait des tontines en France; l'abbé Terrai en supprima les accroissements; la crainte qu'il n'ait des imitateurs empêchera sans doute à l'avenir de se fier à cette espèce d'emprunt; et son injustice aura du moins
AGE. tl6l
le8 autres bommes ; de quoi les payeurs sont asse^ fâchés. La raison en est peut-être que ces rentiers sont^ pour la plupart^ des gens de bon sens^ qui se sentent bien constitués, des bénéficiers , des célibataires uniquement occupés d'eux-mêmes, vivant en gens qui veulent vivre long-temps. Ils disent : Si je mange trop , si je fais un excès , le roi sera mon héritier r Temprunteur qu> me paie ma rente viagère, et qui se dit mon ami, rira en me voyant enterrer. Gela tes arrête : ils se
délim la France d'ane opération de finance si onérenêe.
Les emprunts en rentes 'viagères ont de grands inconvénients.
i*^ Ce sont des annuités dont le terme est incertain ; Pétat jone contre des particuliers; mais ils savent mieux conduire leur jeu , ils choisissent des enfants mâles dai^s un pays où la vie moyenne est longue, les font inoculer, les attachent à leur patrie , et à des métiers saHis et non périlleux par une petite pension, et distribuent leurs fonds sur un certain nombre de ces tètes.
2** Gomme il y a du risque à coii^rir, les joueurs veulent jouer avec avantage, et par conséquent si l'intérêt commun d'une rente perpétuelle est cinq pour cent , il- faut que celui qui représente la rente viagèresoit au-dessus de cinq pour cent. En calculant à la rigueur la plupart des emprunts de ce genre faits depuis vingt ans, ce qui n'a encore été exécuté par personne, on serait étonné de la différence entre le taux de ces emprunts et le taux commun de l'intérêt de l'argent.
30 On est toujours le maitre de changer par des rem-
mettent au régime^ ils végètent quelques minutes de plus que les autres hommes.
Pour consoler les débiteurs y il &ut leur dire qu'à quelque â^e qu'on leur donne un capital pour des rentes viagères^ fàt-ce sui' ia tète d'un enfant qu'on baptise y ils font toujours un très bon marché. U n'y a qu'une tontine qui soit onéreuse ^ aussi les moines n'en ont jamais fait. Mais pour de l'argent en rentes viagères , ils en prenaient à toute main jusqu'au temps où ce jeu leur fut défendu. En effet ^ on est débarrasse du jiardeau de payer au bout de trente ou quarante
boursements réglés im emprunt en rentes perpétuelles à «nauités à terme fixe ; et l'on ne peat , sans injustice , rien changer aux rentes viagères une fois établies.
4" Les contrats de rentes perpétuelles, et surtout les annuités à terme fixe, sont une propriété toujours dispo* aible qui se convertit en argent avec plus ou moins 4e perte , suivant le crédit du créancier. Les rentes viagères, à cause de leur incertitude, ne peuvent se vendre qu'à un prix beaucoup plus bas. C'est un désavantage qu'il faut compenser par une augmentation d'intérêts.
lious ne parlons point ici des effets que ces emprunts peuvent produire sur les mœurs, ils sont trop bien .connus : mais nous observerons qu'ila ne peuvent, lorsqu'ils sont considérables, être remplis qu'en supposant que les capitalistes y placent des fonds que, sans cela, ils auraient jplacés dans un commerce utile. Ce sont donc autant de capitaux perdus pour l'industrie. Nouveau mal que produit cette manière d'emprunter. K.
ans; et on paie une rente foncière pendant toute rétemité. Il leur a été aussi défendu de prendre des capitaux en rentes perpé- 'tuelles ; et la raison c'est qu'on n'a pas voulu les trop détourner de leurs occupations ^irituelles.
Il n'est pas concevable comment les anciens^ qui cultivaient la terre aussi bien que nous^ pouvaient imaginer que tous les grains qu'ils semaient en ten^e devaient nécessairement mourir et pourrir avant de lever et produire. Il ne tenait qu'à eux de tirer un grain de la terre au bout de deux ou trois jours ^ ils l'auraient vu très sain, un peu enfié^ la racine en bas^ la tête en haut. Ils auraient distingué au bout de quelque temps le germe ; les petits filets blancs d«s racines^ la matière laiteuse dont se formera la farine, ses deux enveloppes , ses feuilles. Cependant c'était assez que quelque philosophe grec ou barbare eut enseigné que toute génération vient de corruption^ pour que personne n'en doutât : et cette erreur, la plus grande et la plus sotte de toutes les erreurs, parcequ'elle est la plus contraire à la nature, se trouvait dans des livres
écrits pour l'instruction du genre humain.
Aussi les philosophes modernes ^ trop hardis parcequ'ifs sont plus éclairés ^ ont abusé de leurs lumières mêmes pour reprocher durement à Jésus ^ notre Sauveur ^ et à saint Paul^ son persécuteur^ qui devint son apôtre^ d'avoir dit qu'il fallait que le grain pourrît en terre pour germer^ qu'il mouiût pour renaîti'e : ils ont dit que c'était le comble de l'absurdité de vouloir prouver le nouveau dogme de la résurrection par une comparaison si fausse et si ridicule. On a osé dire dans VHistoù^e critique de Jésus-Christ * que de si grands ignorants n'étaient pas faits pour enseigner les hommes^ et que ces livres si long - temps inconnus n'étaient bons que pour la plus vile populace.
Les auteurs de ces blasphèmes n'ont pas songé que Jésus-Christ et saint Paul daignaient parler le langage reçu; que , pouvant enseigner les vérités de la physique y ils n'enseignaient que celles de la morale; qu'ils suivaient l'exemple du respectable auteur de la Genèse ' . £n efifet, dans la Genèse ^ l'Ës-
^ U Histoire critique de Jésus^Christ , ou Analyse rai' tonnée des Évangiles, in-S* (sans date, mais imprimée V9n 1770), est attribuée au baron d*Holbacli. P.
' Yoy^ez Gsxràas. K^
s AGRICULTURE. ^ 465
prit saint se conforme dans chaque ligne aax idées les plus grossières du peuple le plus grossier; la sagesse étemelle ne descendit point sur la terre pour instituer des académies des sciences; c'est ce que nous r^ondons toujours à ceux qui reprochent tant d'erreurs physiques à tous les prophètes et à tout ce qui fut écrit -chez les Juifs. On sait bien que religion n'est pas philosophie.
Au reste , les trois quarts de la terre se passent de notre froment^ sans lequel nous prétendons qu'on ne peut vivre. Si les habitants voluptueux des villes savaient ce qu'il en coûte de travaux pour leur procurer du pain^ ils en seraient effrayés.
DES LIVRES PSEUDOVTMES SUR l'ÉCOITOMIE GÉSTÉRALA.
Il serait difficile d'ajouter à ce qui est dit d'utile dans V Encyciopédie , aux articles Agriculture, Grain, Ferme, etc. Je remarquerai seulement qu'à l'article Grain, on suppose toujours que le maréchal de Yauban est Fauteur de la Dîme recale. C'est une erreur dans laquelle sont tombés presque tous ceux qui ont écrit sur l'économie. Nous sommes donc forcés de remettre ici sous les yeux ce que nous avons déjà dit ailleurs.
a Bois-Guillebert s'avisa d'imprimer la « Dune royale y sous le nom de Testament if. politique du maréchal de Vauban, CeBoi^ « Guillebert , auteur du Détail de la France j a en deux volumes^ n'était pas sans mérite j <( il avait une grande connaissance des fi- (( nances du royaume^ mais la passion de « critiquer toutes les opérations du grand (( Colbert l'emporta trop loin ; on jugea que <( c'était un homme fort instruit qui s'éga- (( rait toujours^ un feseur de projets qui <( exagérait les maux du royaume^ et qui (c proposait de mauvais remèdes. Le peu de tt succès de ce livre auprès du ministère lui «fit prendre le parti de mettre sa Dîme « royale à l'abri d'un nom respecté : il prit « celui du maréchal de Vauban, et ne pouce vait mieux choisir. Presque toute la France « croit encore que le projet de la Dime « royale est de ce maréchal si zélé pom* le (( bien public 5 mais la tromperie est aisée à <( connaître.
«Les louanges que Bois - Guillebert 6« a donne à lui-même dans la préface le tra- « bissent; il y loue ti*op son livre du Détail à de la France ; il n'était pas vraisemblable c( que le maréchal eut donné tant d'éloges à A un livre rempli de tant d'erreurs : on voit
AGRICtlLTURE. 167
a dans cette préface un père qui loue sou a fils ^ pour faire recevoir un de ses bâtards. »
Le nombre de ceux qui ont mis soiis des noms respectés leurs idées de gouvernement , d'économie^ de finance^ de tactique^ etc.^ n'est que trop considérable. L'abbé de Saint* Pierre , qui pouvait n'avoir pas besoin, de cette supercherie, ne laissa pas d'attribuer la chimère de sa Paix perpétuelle au duc de Bourgogne.
L'auteur du Financier citoyen * cite toujours le prétendu Testament politique de Colhertf ouvrage de tout point impertinent, fiabriqué par Gatien de Gourtilz. Quelques ignorants ' citent encore les Testaments po^ litiques du roi d'Espagne Philippe II , du cardinal de Richelieu, de Colbert, de Louvois, du duc de Lorraine, du cardinal Alberoni , du maréchal de Belle-Isle. On a fabriqué jusqu'à celui de Mandrin.
U Encyclopédie, à l'article Grain, rapporte ces paroles d'un livre intitulé Avantages et désas^antages de la Grande-Bretagne ; ouvrage bien supérieur à tous ceux que nous venons de citer '.
* n s'appelait Navau. P.
* Voyez ANA , AKECDOTES. K .
' Voici le titre de cet ouTrage : Remarques sur les avan-
468 ÀGAICULTURE.
(t Si l'on parcoart quelques unes des pro- « vinces de la France , on trouve que non a seul-ement plusieurs de ses terres restent a en friche y qui pourraient produire des « blés et nourrir des bestiaux y mais que les a terres cultivées ne rendent pas y à beaua coup près^ à proportion de leur bonté ^ a parceque le laboureur manque de moyens « pour les mettre en valeur...
a Ce n'est pas sans une joie sensible que ttj'ai remarqué dans le gouvernement de <t France un vice dont les conséquences sont (t si étendues y et j'en ai fëlidté ma patiie ; a mais je n'ai pu m' empêcher de sentir en « même temps combien formidable serait a devenue cette puissance ^ si elle eût proie fité des avantages que ses possessions et ce ses honmies lui offraient. O sua si bona a nôrint ! »
J'ignore si ce livre n'est pas d'un Français qui^ en fesant parler un Anglais, a cru lui devoir faire bénir Dieu de ce que les Français lui paraissent pauvres y mais qui en même temps se trahit lui-même en souhaitant qu'ils
tages et désavantages de la France et de la Grande^Bre^ tagne par rapport au commerce et aux autres sources de la puissance de l'état/ traduction de l'anglais du chevalier John Nichols (par Dangeul); 1754., in-ia. P.
soient riches ^ et en «'écriant avec Virgile : « O s'ils connaissaient leurs biens I » Mais soit Français ^ soit Anglais^ il est faux que les terres en France ne rendent pas à "proportion de leur bonté. On s'accoutume trop à conclure du particulier au général. Si on en croyait beaucoup de nos livres nouveaux, la France ne serait pas plus fertile que la Sardaigne et les petits cantons suisses.
DS L^EXPORTATIOK DES GAAIVS.
Le même article Grain porte encore cette réflexion : a Les Anglais essuyaient souvent « de grandes chertés dont nous profitions a par la Jiberté du commerce de nos grains y a sous le règne de Henri IV et de Louis XIII, « et dans les premiers temps du grègne de « Louis XIV. »
Mais malheureusement Ja sertie des grains fut défendue en iSgB, sous Henri IV. La défense continua sous Louis XIII et pendant tout le temps du règne de Louis XIV. On ne put vendre son blé hors du royaume que sur une requête présentée au conseil , qui jugeait de l'utilité ou du danger de la vente, ou plutôt qui s'en rapportait à l'intendant de la province. Ce n'est qu'en 1:764 ^^® ^^ •conseil de Louis XV^ plus éclairé^ a rendu
ToLTAiRK. Dict. philos. T.I. 8
le commcFce des blés libre , avec les restrictions convenables dans les mauvaises années.
DK LA GRAITDE ET PETITE CULTURE.
A l'article Ferme ^ qui est un des meilleurs de ce grand ouvrage^ on distingue la grande et la petite culture. La grande se fait par les chevaux ; la petite par les boeufs 5 et cette petite^ qui s'étend sur la plus grande partie des terres de France, est regardée comme un travail presque stérile, et conmie un vain effort de l'indigence.
Cette idée en général ne me paraît pas vraie. La culture par les chevaux n'est guère meilleure que celle par les bœufs. Il y a des compensationé entre ces deux méthodes, qui les rendent parfaitement égales. Il me semble que les anciens n'employèrent jamais les chevaux à labourer la terre ; du moins il n'est question que de bœufs dans Hésiode, dansXénophon, dans Virgile, dans Golumelle. La culture avec des bœufs n'est chétive et pauvre que lorsque des propri^ taires malaisés fournissent de mauvais bœufs, mal nourris, à des métayers sans ressources, qui cultivent mal. Ce métayer, ne risquant rien, puisqu'il n'a rien fourni, ne donne
jamais à la terre ni tes engrais ni les façons dont elle a besoin^ il ne s'enrichît point^ et il appauvrit son maître ; c'est malheureusement le cas où se trouvent plusieurs pères de famille * .
Le service des boeafe est aussi profitable que celui des chevaux, parceque, s'ils labourent moins vite, on les fait travailler plus de journées sans les excéder ; ils coûtent beaucoup moins à nourrir ; on ne les ferre point, leurs harnais sont moins dispendieux, on les irevend, ou bien on les engraisse pour la boucherie : ainsi leur vie et leur mort procurent de davantage j ce qu'on ne peut pas dire des chevaux.
Enfin on' ne peut employer les chevaux que dans les pays où l'avoine est à très 'bon marché, et c'est pourquoi il y a toujours quatre à cinq fois moins de culture par les chevaux que par les bœufs.
DES D£FRICH£)i£lTTS. ,
A l'article D^éfrighement, on ne compte pour défrichement que les herbes inutiles
' M. de Voltaire indique ici la véritable différence entre la grande et la petite culture. L'une et Vautre peuvent employer àeA bœufs on des chevaux. Mais la grande culture est celle qui se fait par les propriétaires eux-mêmes
172 AGUICULTURE.
et vorace3 que l'oq arraclie d'un champ pour le mettre en état d'être ensemencé.
L'art de défricher ne se horne pas à cette méthode usitée et toujours nécessaire. Il consiste à rendre fertiles des terres ingrates qui n'ont jamais rien porté. Il y en a beaucoup de cette nature, comme des terrains marécageux ou de pure teiTC à brkjue, à foulon j sur laquelle il est aussi inutile de semer que sur des rochers. Pour les terres marécageuses^ ce n'est que la paresse et l'extrême pauvreté qu'il faut accuser si on ne les fertilise pas.
Les sols purement glaiseux ou de -craie , ou simplement de sable y sont, rebelles à toute culture. Il n'y a qu'un seul secret, c'est celui d'y porter de la bonne terre pendant des années entières. C'est une entreprise qui ne convient qu'à des hommes très riches , le profit n'en peut égaler la dé-' pense qu'après un très long temps, si même il peut jamais en approcher. Il faut, quand on y a porté de la terre meiibl«, la mêler avec la mauvaise , .^a fumer beaucoup , y
ou par des fermiers ; la petite culture est celle qui se fait pap un métayer à cpii le propriétaire fournit les avances foncières de la culture , à condition de parta^^r les fruits avec lui. K.
reporter encore de la terre, et aurtouty aemer des crames qui, lom de dévorer le soi y lui communiquent une nouvelle vie.
Quelques particuliers ont fait de tels essais'5 mais il n'appartiendrait quli un souverain de chang^er ainsi la nature d'un vaste terrain en y fesant camper de la cavalerie, laquelle y consommerait les fourrages tirés des environs. Il y faudrait des ré(^iments entiers. Cette dépense se fesant dans le royaume , il n'y aurak pas^ un denier de perdu, et on aurait k la longue \m grand terrain de plus qu'ion aurait conquis sur la nature. L'auteur de cet article a fait cet essai en petit, et a réussi.
Il en est d'une telle entreprisé comme de celle des canaux et des mines. Quand la dépense d^un canal ne serait pas compensée par les droits qu'il rapporterait, ce serait toujours pour l'état un prodigieux avantage.
Que la dépense de l'exploitation d'une mine d'argent, de cuivre, de plomb ou d'étaiu, et même de charbon de terre, excède le produit, l'exploitation est toujours très utilej car l'argent dépenserait vivre les ouvriers, circule da»s le royaume, et le métal ou min^al qu'on en » tiré est une richesse nouvelle et permanente. Quoi qu'on fesse.
4 74 AGRICXJ>LTUE£ .
il faudra toujours rev^iir à la fable du bon vieillard j qui fit accroire à ses eufauts qu'il y avait un trésor dan» leur champ ^ ils remuèrent tout leur héritage pour le chercher^ et ils s'aperçurent que le travail est un trésor.
La pierre philosophale de l'agriculture serait de semer peu et de recueillir beaucoup. Le grand Alherty le petit Albert ^ la Maison rustique , enseignent douze secrets d'opérer la multiplication du blé^ qu'il faut tous mettre avec la métbode de iaire naître des abeilles du cuir d'un taureau^ et avec les œufs de coq dont il vient des basilics. La chimère de l'agriculture est de croire obliger la nature à faire plus qu'elle ne peut. Autant vaudrait donner le secret de faire porter à une femme dix enfants y quand elle ne peut en donner que deux. Tout ce qu'on doit faire est d'avoir bien soin d'elle dans sa grossesse.
La méthode la plus sûre pour recueillir un peu plus de grain qu'à l'ordinaire est de se servir du semoir. Cette manœuvre par laquelle on sème à-la-fois ^ on herse ^ et on recouvre, prévient le ravage du vent qui quelquefois dissipe le grain , et celui des oiseaux qui le dévorent. C'est un avalitage qui certainement n'est pas à négliger.
De plus^ la semence est plus régulière^ ment versée et espacée dans la terre; elle a plus de liberté de s'étendre ; elle peut produire des tiges plus fortes et un peu plus d'épis. Mais le semoir ne convient ni à toutes sortes de terrains ni à tous les laboureurs. Il faut que le sol soit uni et sans cailloux , et il faut que le laboureur soit aisé. Un semoir coûte } et il en coûte encore pour le rhabillement ^ quand il est détraqué. Il exige deux hommes et un cheval; plusieurs laboureurs n'ont que des bœufs. Cette machine utile doit être employée par les riches cultivateurs et prêtée aux pauvres.
DE LA GRANDE PROTECTION DUS A l'aGRICULTURE.
Par quelle fatalité l'agriculture n'est-elle véritablement honorée qu'à la Chine? Tout ministre d'état ^a Europe doit lire avec attention le niémoire suivant^ quoiqu'il soit d'un jésuite. Il n'a jamais été contredit par aucun autre missionnaire^ malgré la jalousie de métier qui a toujours éclaté entre eux. Il est entièrement conforme à toutes les re-^ lations que nous avons de ce vaste empire.
a Au commencement du printemps chi- « nois , c'est-à-dire dans le mois de févriei'^ <c le tribunal des mathématiques afyant eu
i76 AGRICULTURE.
a ordre d'examiner quel était le jour con- « venable à la cérémonie du laboura(çe, dé- « termina le 24 de la onzième lune y et ce « fut par le tribunal des rites que ce jour « fut annoncé à l'empereur dans "un mé- « morial ^ où le même tribunal des rites «t marquait ce que sa majesté devait faire « pour se préparer à cette fête.
a Selon ce mémorial ^ 1° l'empei^eur doit « nommer les douze personnes illustres qui <t doivent l'accompagner efc labourer après « lui;- savoir y trois prinees, et neuf prési- « dents des cours souveraines. Si quelques « uns des présidents étaient trop vieux ou « infirmes^ l'empereur nomme ses asses- « seurs pour tenir leur place.
« 2* Cette cérémonie ne consiste pas seu- « lement à labourer la terre , pour exciter « l'émulation par son exemple; mais elle <i renferme encore un sacrifice que l'ôm- « pereur comme grand -pontife offre au « Chang-ti, pour lui demander l'abondance a en faveur de son peuple. Or ^ pour se prête parer à ce sacrificîï y il doit jeûner et garder a la continence les trois jours précédents ^.
** Cela seul ne suffit-il pas pour détruire la folle calomnie établie dans notre Occident, qae le gouvcmement chinois est athée? Volt.
fc La même précaution doit être observée o par tous ceux qui sont nommés pour aca compagner sa majesté^ soit princes ^ soit a autres , soit mandarins de lettres , soit «mandarinr de guerre.
« 3" La veille de cette cérémonie, sa ma- « jesté choisit quelques seigneurs de la pre* « miëre qualité, et les envoie à la salle de « ses ancêtres, se prosterner devant la ta- « blette, et les avertir, comme ils feraient a s'ils étaient encore en vie ', que le jour « suivant il offrira le grand sacrifiée.
« Voilà en peu de mots ce que le mémo- « rial du tribunal des rites marquait pour la « personne de l'empereur. Il déclarait aussi « les préparatifs que les différents tiûbuoaux a étaient chargés de faire. L'un doit prépa- « rer ce qui sert aux sacrifices. Un autre 'tt doit composer les paroles que l'empereur « récita en fesant le sacrifice. Un troisième a doit Élire porter et dresser les tentes sous « lesquelles l'empereur dînera, s'il-a ordon- «t né d'y porter un repas. Un quatrième doit a assembler quarante ou cinquante vénéraa blés vieillards, laboureurs de profession, a qui soient présents lorsque l'empereur la-
' Le prorerbe dit : « Comportez-voiia à l'égard des M morts comme s'ils étaient encore en vie. » Volt.
« boure la terre. On fait venir auAsi. une a quai^an taine de laboureurs plus j eunes pour « disposer la charrue^ atteler les bœufs ^ et a préparer les crains qui doivent être semés, a L'empereur sëme cinq sortes. de grains^ tt qui sont censés les plus nécessaires à la tt Chine f et sous lesquels sont compns tous « les autres^ le froment^ le riz^ le millet^ la u fève, et une autre espèce de mil, qu'on « appelle cac-leang.
a Ce furent là les préparatifs : le viîigttt quatrième jour de la lune, sa majesté se « rendit avec toute la cour en habit de céré- « monie au lieu destiné à ofïrir au Chang-ti « le sacrifice du printemps^ par lequel on le « prie de foire croître et de conserver les « biens de la terre. C'est pour cela qu'il tt l'offre avant que de mettre la main à la « charrue. . . »
« L'empereur sacrifia , et après le sacritt fice il descendit avec les trois princes et les « neuf présidents qui devaient labourer avec « lui. Plusieurs grands seigneurs portaient « eux-mêmes les coffres précieux qui ren- « feimaient les grains qu'on devait semer. a Toute la cour y assista en grand silence. « L'empereur prit la charrue, et fit en latt bourant plusieurs allées et venues : lors-
u qu'il quitta la charrue^ uu prince du miiig « la conduisit et laboura à son tour. Ainsi « du reste.
a Après avoir labouré en différents endroits, « l'empereur sema les difS^rents grains. On a ne laboure pas alors tout le champ entiei' , « mais les jours suivants le« laboureurs de « profession achèvent de le labourer.
« Il y avait cette année-là quarante-quatre « anciens laboureurs , et quarante-deux plus « jeunes. La cérémonie se termina par une « récompense que l'empereur leur fit don- « ner. »
A cette relation d'une cérémonie qui est la plus belle de toutes , puisqu'elle est la plus utile, il faut joindre un édit du même empereur Tong-Tching. Il accorde des récompenses et des honneurs à quiconque défrichera des terrains incultes depuis quinze arpents jusqu'à quatre-vingts, vers la Tartarie y car il n'y en a point d'incultes dans la Chine proprement dite ; et celui qui en défriche quatre-vingts devient Hiandarin du huitième ordre.
Que doivent faire nos souverains d'Europe en apprenant de tels exemple* ? admirer ET ROUGIR ^ MAIS SURTOUT IMITER.
P. S. J'ai lu depuis peu un petit livre sur
f88 AIR.
les-arts et métiers^ dans lequel j'ai remarqué autant de choses utiles qu'agréables ; mais ce qu'il dit de l'agriculture ressemble assez à la manière dont en parlent plusieurs Parisiens qui n'ont jamais vu de charrue. L'auteur parle d'un heureux agriculteur qui^ dans la contrée la plus délicieuse et la plus fertile de la terre ^ cultivait une campagne qui lui rendait cent pour cent
Il ne savait pas qu'un terrain qui ne renr drait que cent pour cent y. non seulement ne paierait pas im seul des frais de la culture y mais ruinerait pour jamais le labom^eur. Il faut^ pour qu'un domaine puisse donner un léger profit, qu'il rapporte au moins cinq cents pour cent. Heureux Parisiens , jouisr sez de nos travaux, et jugez de l'opéra
comique ' !
SEOTIOXr FRXMIKHE.
On compte quatre éléments , quatre espèces de matière sans avoir une notion complète de la matière. Mais que sont les éléments de ces éléments ? L'air se changc-t-il en feu , en eau , en terre? Y a-t-il de l'air?
Quelques philosophes en doutent encore ] peut- on raisonnablement en douter avec
* Voyex BLKD ou blé. K«
eux ? On n'a jamais^té incertain -si on murche sur la terre; si' on boit de l'eau ^ si le feu uouséclaire^ nous échauffe^ nous brûle. Nos sens nous en avertissent assez; mais ils ne nous disent rien, sur l'air. Nous ne savons point par eux si nous respirons les vapeurs du globe ou une substance différente de ces vapeurs. Les Grecs appelèrent l'enveloppe qui nous environne atmosphère, la s][>hëre des exhalaisons; et nous avons adopté ce mot. Y a-t-il parmi ces exhalaisons continuelles une autœ espèce de matière qui ait des propriétés différentes ?
lues philosophes qui ont nié l'existence de l'air disent qu'il est inutile d'admettre un être qu'on ne voit jamais ^ et dont tous les effets s'expliquent si aisément par les vapeurs qui sortent du sein de la terre.
Newton a démontré que le corps le plu* dur a moins de matière que de pores. Des exhalaisons continuelles s'échappenten foule de toutes les parties de notre globe. Un cheval jeune et vigoureux ^ ramené tout en sueur dans son écurie en temps d'hiver^ est entouré d'une atmosphère mille fois moin» considérable que notre globe n'est pénétré et environné de la matière de sa propretranspiration.