‹ Dictionnaire philosophiqueChapitre 27 sur 84 · A.IR · texte numérisé non relu

A.IR

Cette transpiration^ ces exhalaisons^ ces vapeurs innoml>rableSy s'échappent sans cesse par des pores innombrables^ et ont ellesmêmes des pores. C'est ce mouvement continu en tout sens qui forme et qui détruit sans cesse végétaux^ minéraux^ métaiix^ animaux.

C'est ce qui a fait penser à plusieurs que le mouvement est essentiel à la matière^ puisqu'il n'y a pas une particule dans laquelle il n'y ait un mouvement continu. Et si la puissance formatrice éternelle^ qui préside à tous les globes^ est l'auteur de tout mouvement ^ elle a voulu du moins que ce mouvement ne périt jamais. Or^ ce qui est toujours indestructible a pu paraître essentiel ^ comme l'étendue et la solidité ont paru essentielles. Si cette idée est une erreur, elle est pardonnable j car il n'y a que l'erreur malicieuse et de mauvaise foi qui ne mérite pas d'indulgence.

Mais qu'on regarde le mouvement comme essentiel ou non , il est indubitable que les exhalaisons de notre globe s'élèvent et retombent sans aucun relâche à mu mille, à deux milles , à trois milles au-dessus de nos têtes. Du ment Atlas à l'extrémité du Taurus tout homme peut voir tous les jours les

niuiges 9e former sou» ses pieds. U est arrivé mille fois à des voyageurs d'être au-dessus de l'arc-en-ciel , des éclairs^ et du tonnerre.

Le feu répandu dans l'intérieur du globe , ce feu caché dans l'eau et dans la glace même , est probabl^atant la source impérissable de ces exhalaisons^ de ces vapeurs dont nous sommes continuellement environnés.

Elles forment un (^1 bleu dans un temps serein y 4[uand elles sont assez hautes et assez aUënuées pour ne nous envoyer que des rayons bleus ^ comme les feuilles de l'or amincies exposées aux rayons du soleil , dans la chambre obscure. Ces vapeurs imprégnées de soufre forment les tonnerres et les éclairs. Comprimées et ensuite dilatées par cette compression dans les enti^ailles de la terre, elle» s'échappent en volcans y forment et détruisent de petites montagnes, renversent des villes, ébranlent quelquefois une grande partie du globe.

Cette mer de vapeurs dans laquelle nous nageons, qui nous menace sans cesse, et sans laquelle nous ne pourrions vivre, comprime de tous côtés notre globe et ses habitants avec la même force que si nous avions sur notre tête un océan d« trente-deux pieds

iU AIR.

de hauteur f et ckaque homme en porte environ vingt mille livres.

RAISOirS DE CEUX QUI ITIENT L*Aia.

Tout ceci posé y les philosophes qui nient Tair disent : Pourquoi attribuerons-nous à un élément inconnu et invisible* des effets que l'on voit continuellement produits par ces exhalaisons vi^sibles etpalpables ?

L'air est élastique^ nous dit-on : mais les vapeurs de l'eau seule le sont souvent bien davantage. Ce que vous appelé:^ Y élément de l'air, pressé dans une canne à vent, ne porte une balle qu'à une très petite distance; mais dans la pompe à feu des bâtiments d'York y à Londres^ les vapeurs font un effet cent fois plus violent.

On ne dit rien de l'air, continuent-ils , qu'on ne puisse dire de même» des vapeurs du globe ; elles pèsent comme lui, s'insinuent conune lui, allument le feu par leur souffle, se dilatent, se condensent de même.

La plus grande objection que l'on fasse contre le système des exhalaisons du globe est qu'elles perdent leur élasticité dans la pompe à feu quand elles sont refroidies, au lieu que l'air est, dit-on , toujours élastique. Mais, premièrement, il n'est pas vrai que

AIR. fS5

l'élasticité de l'air agisse toij^ours 5 son élas-ticité est nulle quand on le suppose en équilibre^ et sans cela il n'y a point de végétaux et d'animaux qui ne crevassent et n'éclatassent en cent morceaux^ si cet air qu'on suppose être dans eux conservait son élasticité. Les vapeurs n'agissent point quand elles sont en équilibre ^ c'est leur dilatation qui fait leurs grands effets. En un mot^ tout ce qu'on attribue à l'air semble appartenir sensiblement^ selon ces philosophes^ aux exhalaisons de notre globe.

Si on leur fait voir que le (^ s'éteint quand il n'est pas eîitretenu par l'air^ ils répondent qu'on se méprend, qu'il faut à un flambeau des vapeurs sèches et élastiques pbur nourrir sa flamme , qu'elle s:'éteint sans leur secours, ou quand ces vapeurs sont trop grasses, trop sulfureuses, trop grossières, et sans ressort. Si on leur objecte que l'air est quelquefois pestilentiel, c'est bien plutôt des exhalaisons qu'on doit le dire. Elles portent avec elles des parties de soufre, de vitriol , d'arsenic , et de toutes les plantes nuisibles. On dit i L'air est pur dans ce canton, cela signifie : Ce canton nest point marécageux ; il n'a ni plantes , ni minières pernicieuses dont les parties s'exhalent con-

tinuellement dans les corps des animaux. Ce n'est point l'élément prétendu de F air qui rend la Campagpae^de-Rome si malsaine^ ce sont les eaux croupissantes j ce sont les anciens canaux qui^ creusés sous terre de tous cètés^ sont devenais le réceptacle de toutes les bétes venimeuses. C'çstde là que s'exhale continuellement un poison mortel. Allez à Frascati^ ce n'est plus le même terrain^ ce ne sont plus les mêmes exhalaisons.

Mais pourquoi l'élément supposé de l'air changerait-il de nature à Frascati? Il se chargera^ dit-on^ dans la Campagne-de-Rome de ces exhalaisons funestes^ et^ n'en trouvant pas à Frascati^ il deviendra plus salutaire. Mais j encore une fois ^ puisque ces exhalaisons existent^ puisqu'on les voit s'élever le soir en nuages^ quelle nécessité de les attribuer à une autre cause? Elles montent dans l'atmosphère^ elles s'y dissipent^ elles changent de forme 5 le vent^ dont elles sont la première cause ^ les emporte^ les sépare; elles s'atténuent, elles deviennent salutaires de mortelles qu'elles étaient.

Une autre objection c'est que ces vapeurs y ces exhalaisons renfermées dans un vase de verre, s'attachent aux parois et tombent, ce qui n'arrive jamais à l'air. Mais qui

VOUS a dit que^ si les exhalaisons humides tombent au fond de ce cristal y il n'y a pas incomparablement plus de vapeurs sèches et élastiques qui se soutiennent dans l'intérieur de ce vase? L'air ^ dites-vous^ est purifié après une pluie. Mais nous sommes en droit de vous soutenir que ce sont les exhalaisons terrestres qui se sont purifiées ^ que les plus grossières^ les plus aqueuses rendues à la terre^ laissent les plus sèches et les plus fines au-dessus de nos têtes y et que c'est cette ascension et cette descente alternative qui entretiennent le jeu continuel de la nature.

Voilà une partie des raisons qu'on peut alléguer en faveur de l'opinion que l'élément de l'air n'existe pas. Il y en a de très spécieuses , et qui peuvent au moins faire naître des doutes ^mais ces doutes céderont toujours à l'opinion commune. On n'a déjà pas trop de quatre éléments. Si on nous réduisait à trois, nous nous croirions trop pauvres. On dira toujours Vêlement de Vair, Les oiseaux voleront toujours dans les airs , et jamais dans' les vapeurs. On dira toujours : Uair est doux y Vair est serein; et jamais : Les vapeurs sont douces, sont sereines.

SEcnoir XI.

Tapeurs, exhalaisons.

Je suis comme certains hérétiques; ils commencent par proposer modestenxent quelques difficultés , ils finissent^par nier hardiment de grands dogmes.

J'ai d'ahord rapporté avec candeur les scrupules de ceux qui doutent que l'air existe. Je m'enhardis aujourd'hui , j*ose regarder l'existence de l'air comme une chose peu probable.

1° Depuis que je rendis compte de l'opinion qui n'admet que des vapeurs , j'ai fait ce que j'ai pu pour voir de l'air, et je n'ai jamais vu que des vapeurs grises j blanchâtres j bleues.,, noirâtres , qui couvrent tout mon horizon; jamais on ne m'a montré d'air pur. J'ai toujours demandé pourquoi on admettait une matière invisible , impalpable , dont on n'avait aucune connaissance.

•a' On m'a toujours répondu que l'air est élastique. Mais qu'est-ce que l'élasticité? c'est la propriété d'un corps fibreux de se remettre dans l'état dont vous l'avez tiré avec force. Vous avez courbé cette branche d'arbre, elle se relève ; ce ressort d'acier que vous avez roulé se détend de lui-même : propriété

AIR. 48a

aussi commune t{ue Fattraction et la direction de l'aimant^ et aussi inconnue. Mais votre élément de l'air est élastique^ selon vous^ d'une tout autre façon. Il occupe un espace prodigieusement plus grand que celui dans lequel vous l'enfermiez^ dont il s'échappe. Des physiciens ont prétendu que l'air peut se dilater dans la proportion d'un à quatre mille ^; d'autres ont voulu qu'une bulle d'air pût s'étendre quarante-six milliards de fois.

Je demanderais alors ce qu'il deviendrait^ à quoi il serait bon ^ quelle force aurait cette particule d'air au milieu des milliards de particules de vapeurs qui s'exhalent de la terre ^ et des milliards d'intervalles qui les séparent.

3° S'il existe de Tair, il faut qu'il nage dans la mer immense des vapeurs qui nous environnent^ et que nous touchons au doigt et à l'œil. Or les parties d'un air ainsi interceptées y ainsi plongées et errantes dans cette atmosphère, pourraient-elles avoir le moindre effet, le moindre usage?

4' Vous entendez une musique dans un salon éclairé de cent bougies , il n'y a pas un point de cet espace qui ne soit rempli de

' Voyez Mussckenbroeck , chapitre de Voir. Voit.

ces atomes de cire y de lumière et de fumée légère. Brûlez -y des parfums^ il n'y aura pas çncore un point de cet espace où les atonies de ces parfums ne pénètrent. Les exhalaisons continuelles du corps des spectateurs et des musiciens^ et du parquet^ et des fenêtres y des plafonds ^ occupent encore ce salon : que restera-t-il pour votre prétendu élément de Fair?

5** Comment cet air prétendu ^ dispersé dans ce salon ^ pourra-t-il vous faire entendre et distinguer à-la-fois les différents sons? faudra-t-il que la tierce, la quinte, Foctave, etc., aillent frapper' des parties d'air qui soient elles-mêmes à la tierce , à la quinte , à l'octave ? chaque note exprimée par les voix et par les instruments trouve -t- elle des parties d'air notées qui la renvoient à votre oreille ? C'est la seule manière d'expliquer la mécanique de l'ouïe par le moyen* de l'air. Mais quelle supposition I De honne foi , doit-on croire que l'air '<:ontienne une infinité d'ul, ré^ mi, fa, sol, la, si , ut , et nous les envoie sans se tromper ? en ce ca», ne faudrait-il pas que chaque particule d'air, frappée à-la-fois par tous les sons , ne 'fût propre qu'à répéter un seul son , et à le renvoyer à l'oreille? mais où. renverrait-elle tous

les autres qui rauraient également frappée?

Il n'y a donc pas moyen d'attribuer à Tailla mécanique qui opère les sons ^ il faut donc chercher quelque autre causé ^ et on peut parier qu'on ne la trouvera jamais.

6° A quoi fut réduit Newton ? Il supposa , à la fin de son optique j « que les particules « d'une substance dense^ compacte et fixe, « adhérentes par attraction j raréfiées dif- « ficilement par une extrême chaleur^ se « transforment en un air élastique. »

De telles hypothèses^ qu'il semblait se permettre pour se délasser^ ne valaient pas ses calculs et ses expériences. Gomment des substances dures se changent-elles en un élément ? comment du fer est-il changé en air? Avouons notre ignorance sur les principes des choses.

7° De toutes les preuves qu'on apporte en faveur de l'air, la plus spécieuse c'est que si on vous l'ôte vous mourez ; mais cette preuve n'est autre chpse qu'une supposition de ce qui est en question. Vous dites qu'on meurt quand on est privé d'air, et nous disons qu'on meurt par la privation des vapeurs salutaires de la terre et des eaux. Yous calculez la pesanteur de l'air, et nous la pesanteur des vapeurs. Vous donnez de l'élasticité

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à un être que, vous ne voyez pas^ etiious à des vapeurs que nous voyons distinctement dans la pompe à feu. Vous rafraîchissez vos poumons avec de l'air^ et nous avec des exhalaisons des corps qui nous environnent^ etc. Permettez -nous donc de croire aux vapeurs; nous trouvons fort honque vous soyez du parti de Fair^ et nous ne demandons que la tolérance ' .

QUB L*AIR OU TJl RÉGIOIT DES VAPEURS IT^FFORTK POIITT

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