LA PESTE
J'ajouterai encore une petite réflexion j c'est que ni l'air, s'il y en a, ni les vapeurs ne sont le véhicule de la peste. Nos vapeurs^ nos exhalaisons nous donnent assez de maladies. Le ^gouvernement s'occupe peu
* Nous remarquerons seulement ^^il s'échappe des corps, i" des substances expansibles ou élastiques, et que ces substances sont les mêmes que celles qui composent Patmosphère; aucun froid connu ne les réduit en liqueur; a*-d'aa» tres^xhalaisons qui se dis«olyent dans les premières sans leur ôter ni leur transparence ni leur expansibilité. Le froid et d'autres causes les précipitent ensuite sous la forme de pluie ou de brouillards. M. de Voltaire, en écrivant cet article , semble avoir deviné en partie ce que MM. Priestley, Lavoisier, Volta , etc. , ont découvert quelques années après sur la composition de Tatmosphère. X.
du dessèchement des marais ^ il y perd plus qu'il ne pense; cette négligence répand la mort sur des cantons considérables. Mais pour la peste proprement dite^ la peste native d'Egypte y la peste & charbon y la peste qui fit périr à Marseille et dans les environs soixante et dix mille hommes en 1 720^ cette véritable peste n'est jamais apportée par les vapeurs ou par ce qu'on nomme a/r; cela est si vrai qu'on l'arrête avec un seul fossé : on lui trace par des lignes une limite qu'elle ne franchit jamais.
Si l'air ou les exhalaisons la transmettaient^ un vent de sud^est l'aurait bien vite fait voler de Marseille à Paris. C'est dans les habits^ dans les meubles que la peste se conserve ; c'est de là qu'elle attaque les hommes. Cest dans une balle de coton qu'elle fut apportée de Seïde, l'ancienne Sidon^ à Marseille. Le conseil d'état défendit aux Marseillais de sortir de l'enceinte qu'on leur traça sous peine de mort y et la peste ne se communiqua point au-dehors . Non procèdes ampliùs.
Les autres maladies contagieuses^ produites par les vapeurs^ sont innombrables. Vous en êtes les victimes, malheureux Welches y habitants de Paris ! Je parle au pauvre
YoLTAi&E. Dict. philos, t. i. 9
peuple qui loge auprès des cimetières. Les exhalaisons des morts remplissent continuellement THotel-Dieu ^ et cet Hotel-Dieu, devenu l'hôtel de la mort., infecte le bras de la rivière sur lequel il est situé. O Wel»ches ! vous n'y faites nulle atteutiouj et la dixième partie du petit peuple est sacrifiée chaque année; et cette barbarie subsiste dans la ville des jansénistes , des financiers, des spectacles, des bals, des brochures, et des filles de joie.