‹ Dictionnaire philosophiqueChapitre 29 sur 84 · DE LA FUISSAKCS DES VAPEURS · texte numérisé non relu

DE LA FUISSAKCS DES VAPEURS

Ce sont ces vapeurs qui font les éruptions des volcans, les tremblements de terre , qui élèvent le Monte^-Nnovo, qui font sortir rile de Santorin du fond de la mer Egée , qui nourrissent nos plantes , et qui les détruisent. Terres, mers, fleuves, montagnes, animaux , tout est percé à jour ; ce globe est le tonneau des Danaïdes, à travers lequel tout entre , tout passe et tout sort sans interruption.

On nous parle d'un éther, d'un fluide secret; mais je n'en ai que faire; je ne l'ai vu ni manié, je n'en ai jamais senti, je le renvoie à la n^atière subtile de René, et à l'esprit recteur de Paracelae*

ALCH1MISTB« 495

Mon esprit recteur est le cloute ^ et je suis de Favis de saint Thomas Didyme qui voulait metlre le doigt dessus et dedans.

Cet à/ emphatique met Talchimiste autant au-dessus du chimiste ordinaire que l'or qu'il compose est au-dessus des autres métaux. L'Allemagne est encore pleine de gens qui cherchent la pierre philosophalc; comme on a cherché l'eau d'immortalité à la Ghine^ et kk fontaine de Jouvence en Europe. Ou a coium quelques personne» en France qiH -se sont rainées dans cette poursuite.

Le nombre de ceux qui ont cru aux transmutations est prodigieux ; celui des fripons fut proportionné à cehii des crédules. Nous avons vu à Paris le seigneur Dammi^ marquis de Conventiglio, qui tit^ quelques centaines^de louis de plusieurs grands seigneurs pour leur Êiire la valeur de deux ou trois écusen or.

Le meilleur tour qu'on ait jamais feit en alchimie ftai celui d'un Rose-croix qui alla trouver Henri i** ^ duc de Bouillon, de la maison de Turenne, prince souverain de Sedan, vers Fan i6*w). «Vous n'aven pas, « lui dit^l, une souveraineté proportionnée

« à votre grand courage; je veux vous « rendre plus riche que TEmpereur. Je rie a puis rester que deux jours dans v^s états ; « il faut que j'aille tenir à Venise la grande tt assemblée des frères : gardez seulement le « secret. Envoyez chercher de la litharge « chez le premier apothicaire de votre ville; « jetez-y un grain seul de la poudre rouge a que je vous donne; mettez le tout dans un « creuset; et en moins d'un quart d'heure « vous aurez de l'or. »

Le prince fit l'opération; et la réitéra trois fois <en présence du virtuose. Cet homme avait fait acheter auparavant toute la litharge qui «tait pbez les apothicaires de Sedan.; et l'avait fait ensuite revendre chargée de .quelques onces -d'or. L'adepte en partant fit présent de toute sa poudre transmutante au duc de Bouillon.

Le prince ne douta point qu'ftyant&it trois onces d'or avec trois graips ; il n'en fît trois cent mille onces avec trois cent mille grainS; et que par conséquent il ne fàt bientôt possesseur dans la semaine de trente-sept mille cinq cents marcs ; sans compter ce qu'il ferait dans la suite. Il fallaittroismoisaumoinspour faire cette poudre. Le philosophe ét^it pressé de partir; il ne lui r^^it plus rien,; il avait tout

donné au prince f il lui fellait de 1^ monnaie courante pour tenir à Venise les états de la philosophie hermétique. C'était un homme très modéré dans ses désirs et dans sa dépense^ il ne demanda que vivigt mille écus pour son voyage. Le duc de Bouillon ^ hon* teux du peu ^ lui en- donna quarante mille. Quand il eut épuisé toute la litharge de Sedan ^ il ne fit phin d'or y il ne revit plus son philosophe^ Qt en fut pour ses quarante mille écus.

Toutes les prétendues transmutations alchimiques ont été faites à peu près de cette manière. Changer une production de la nature en une autre est une opération un peu difficile^ comme, par exemple, du fer en argent^ car elle demande deux choses qui ne sont guère en notre pouvoir, c'est d'anéantir le fer, et de créer l'argent.

Il y a encore des philosophes qui croient aux transmutations , parcequ'ils ont vu de l'eau devenir pierre. Ils n'ont pas voulu voir que Feau s'étant évaporée a déposé le sable dont elle était chargée , et que ce sable rapprochant ses parties est devenu une petite pierre friable , qui n'est précisément que le sable qui était dans Teau.

On doit se défier de l'expérience même.

198 ALCOiuir,

Nous ne pouvona /eà donner nn exemple plus» récent et plus itaf)pant que l'aventure qui s'est passée de .nos jours , et qui est ra* contée par un témoin oculaire. Voici Fex^ traijt du compte qu'il en a Tendu : « il faut tt avoir toujours devant les yeux ce pro-» « verbe espagnol : De las cosas mas sept" tt rcLSf lamas segura es dudar: Des choses les a plus sùresy la plus sure est le doute y etc. »

On ^e doit cependant pas rebuter tous les hommes à secrets^ et toutes les inventions nouvelles. Il en est de ces virtuoses comme des pièces de théâtre; sur mille il peut s'en trouver une de bomie.

ALGOEAN, ou plutôt LE KORAN.

SECTIOir PREMIERE.

Ce livre gouverne despotiquemeut toute TAfrique septentrionale y du mont Atlas au désert de Barca , toute l'Egypte, les cotes de l'Océan éthiopien dans l'espace de six cents lieues, la Syrie, l'Asie -Mineure, tous les pays qui entourent la mer Noire et la mer Caspienne, excepté le royaume d'Astracan, tout l'empire de l'Indouslan , toute la Perse, ime grande partie de la Tartarie, et dans

ou LE KORAN. 499

notre Europe la Thrace/la Macédoine^ la Bulgarie^ la Servie, la Bosnie, toute la Grèce, rÉpire, et presque toutes les îles jusqu'au petit détroit d'Otrante où finissent toutes ces immenses possessions^

Dans cette prodi^eu»e étendue de pays il n'y a pas un seul mahométan qui ait le bonheur de lire nos livres saturés ; et très peu de littérateurs parmi nous connaissent le Koran. Nous nous en fesons presque toujours une idée ridicule , malgré les recherches de nos véritables savants.

Voici les premièi*es lignes de ce livre :

« Louanges à Dieu , le souverain de tous « les mondes, au Dieu de miséricorde, au « Souverain du jour de la -justice^ c'est toi « que nous adorons, c'est de toi seul que « nous attendons I9 protection. Conduisa nous dans les voies droites^ dans les voie « de ceux que tu as comblés de tes grâces , « non dans les voies des objets de ta colère, « et de ceux qui se sont égarés. »

Telle est l'introduction, après quoi l'on voit trois lettres, j4, L, M, qui , selon le savant Sale , ne s'entendent point , puisque chaque commentateur les explique à sa manière ; mais selon la plus commune opinion

200 A^LCORÀir ,

elles signifient Allah , Littif, MUgid, Dieu y la grâce y la gloire.

Mahomet continue^ et c'est Dieu luimême qui lui parle. Voici ses propres mots :

« Ce livre n'admet point le doute y il est la « direction des justes qui croient aux pro- « fondeurs delafoi ^ qui ob8ei*vent les temps <c de la prière; qui répandent en aumônes « ce que lïous avons daigné leur donner^.qui « sont convaincus de la révélation descena due jusqu'à toi , et envoyée aux prophètes « avant toi. Que les fidèles aient une ferme « assurance dans la vie à venir : qu'ils soient « dirigés par leur seigneui', et ils seront « heureux.

« A l'égard des incrédules, ri est égal pour a eux que tu les avertisses ou non; ils ne « crotent pas; le sceau de l'infidélité est sur « leur cœur et sur leurs oreilles ; les ténèbres « couvrent leurs yeux ; la punition terrible « les attend.

a Quelques uns disent : Nous croyons en <c Dieu y et au dernier jour ; mais au fond ils a ne sont pas croyants. Ils imaginent trom- <( per l'Eternel ; ils se trompent eux-mêmes « sans le savoir; l'infirmité est dans leur « cœur, et Dieu même augmente cette in- « firmité^ etc. »

OCX LB RORAN. ^01

On prétend que ces paroles ont cent fois plus cPénergie en arabe. En effet VAlcoran passe encore aujourd'hui pour le livre le plus élégant et le plus s^ublinie qui ait encore été écrit dans cette langue.

Nous ayons imputé à VAlcoran une infinité de sottises qui n'y furent jamais *.

Ce fut principalement contre les Turcs devenus mahométans que nos moines écrivirent tant de livres, lorsqu'on ne pouvait guère répondre autrement aux conquérants de Constantinople. Nos auteurs, qui sont en beaucoup plus grand nombre que les janissaires, n'eurent pas beaucoup de peine à mettre nos femmes dans leur parti : ils leur persuadèrent que Mahomet ne les regardait pas comme des animaux intelligents ; qu'elles étaient toutes esclaves par les lois de VAlcoran; qu'elles ne possédaient aucun bien dans ce monde, et que dans l'autre elles n'avaient aucune part an paradis. Tout cela est d'une fausseté évidente ] et tout cela a été cru fermement.

Il suffisait poinrtant de lire le second et le quatrième sura ' ou chapitre de VAlcoran pour être détrompé; on y trouverait les lois

^ Voyez l'article arot et marot. K.

' En comptant llntrodnction pour un chapitre. Volt .

202 ÀLCORAN ,

suivantes ; elles sont traduites Clément par du Ryer qui demeura long-temps à Constantinople^ par.Maracci qui n'y alla jamais^ et par Sale qui vécut vingt*cinq ans parmi les Arabes.

RiOLEMBlfTS OB MAHOffBT SF& MS PEMHBS.

« N'épousez de femmes idolâtres que quand a elles seront croyantes. Une servante mua sulmane vaut mieux que la plus grande <c dame idolâtre.

« Ceux qui font vœu de chasteté ayant des « femmes attendront quatre mois pour se <i déterminer. i

« Les femmes se comporteront envers leurs <i maris conune leurs maris envers elles.

« Vous pouvez faire un divorce deux fois a avec votre femine^ mais à la troisième^ si a VOUS la renvoyez ^ c'est pour jamais ; ou <( vous la retiendrez avec humanité^ ou vous a la. renverrez avec bonté. Il ne vous est pas « permis de rien retenir de ce que vous lui <c avez donné.

tt Ite^ honnêtes femmes sont obéissantes

ou LE KORA». 203

tt et attentives^ même pendant l'absence de a leurs maris. Si elles sont sages ^ gardeza vous de leur faire la moindre querelle ; s* il « en arrive une, prenez un arbitre de votre (c famille et un de la sienne.

« Prenez une femme y ou deux ^ ou trois y « ouquatre^ et jamais davantage. Mais^ dans « la crainte de ne pouvoir agir équitable- « ment envers plusieurs y n'en prenez qu'une. « Donnez-leur un douaire convenable; ayez « soin d'elles ^ ne leur parlez jamais qu'avec « amitié...

a II ne vous est pas permis d'hériter de a vos femmes contre leur gré^ ni de les emtt pécher de se marier à d'autres après le ditt vorce f pour vous emparer de leur douaire ^ « à moins qu'elles n'aient été déclarées coutt pables de quelque crime.

a Si vous voulez quitter votre femme pour tt en prendre une autre ^ quand vous lui autt riez donné la valeur d' un talent en ntariage^ tt ne prenez rien d'elle.

«Il vous est permis d'épouser des esclaves, « mais il est mieux de vous en abstenir.

904 ALCORAir y

, « Une femme renvoyée est obligée d'allaia ter son enfant pendant deux ans y et le père tt est obligé pendant ce temps-là de donner « un entretien honnête selon sa condition. Si « on sevré Ten&nt avant deux ans, il faut le a consentement du père et de la mère. Si «vous êtes obligé de le confier à une nour- « rice étrangère j vous la paierez raisonnaa blement. »

En voilà suffisamment pour réconcilier les femmes avec Mahomet, qui ne les a pas traitées si durement qu'on le dit. Nous ne prétendons point le justifier ni sur son ignorance, ni sur son imposture; maïs nous ne pouvons le condamner sur sa doctrine d'un seul Dieu. Ces seules paroles du sura laa : « Dieu est unique, éternel, il n'engendre a point, il n'est point ^engendré, rien n'est (( semblable à lui^ » ces paroles, dis-je, lui ont soumis l'Orient encore plus que son épée.

Au reste, cet Alcoran dont nou« parlons est un recueil de révélations ridicules et de prédications vagues et incohérentes, mais de lois très bonnes pour le pays où il vivait, et qui sont toutes encore suivies sans avoir

ou LE KORAN. SN)5

jamais été aS^iblies ou changées par des iuterprëtes mabométans ^ ni par des décrets nouveaux.

Mahomet eut pour ennepiis non seulement les po^es de la Mecque ^ mais surtout les docteurs. Ceux-ci soulevèrepi contre lui les magistrats^ qui donnèrent décret de prise de corps contre lui^ comme dûment atteint et convaincu d'avoir dit qu'il fallait adorer Dieu et non pas les étoiles. Ce fut ^ comme on saity la source de sa grandejar. Quand on vit qu'on ne pquvait le perdre y et que ses écrits prenaient faveur^ on débita dans la ville qu'il n'en était pas l'auteur y ou que du moins il se fesait aider dans la compositiou de ses feuilles^ tantôt par un savant Juif ^ tantôt par un savant chrétien ; supposé qu'il y eût alors des savants.

C'est ainsi que parnii nous on a reproché à plus d'un prélat d'avoir fait composer leurs sermons et leurs oraisons funèbres par des moines. 11 y avait un père Hercule qui fesait les sermons d'un certain évéque; et^ quand on allait à ses sermons y on disait : «t Alloua entendre les travaux d'Hercule. »

Mahomet répond à cette imputatioa dan« son chapitre xvi, à l'occasion d'une grosse sottise qu'il avait dite en chaire, et qu'on

206 ALCORikIf ,

avait vivement relevée. Voici comme il »e tire d'affaire.

<( Quand tu liras le Koran, adresse-toi à « Dieu^ afin qu'il te préserve de Satan.... il « n'a de pouvoir que sur ceux qui l'ont pris « 'ponr maître, et qui donnent des compa- « gnons à Dieu.

(( Quand je substitue dans le Koran im (c verset à un autre (et Dieu sait la raison de « ces changements), quelques infidèles di- « sent: Tu as forgé ces versets; mais ils ne « savent pas distinguer le vrai d'avec le « faux : dites plutôt que l'Esprit saint m'a « apporté ces versets de la part de Dieu avec « la vérité D'autres disent plu'S malignece ment : Il y a un certain homme qui tract vaille avec lui à composer le Koran; mais « conmient cet homme à qui ils attribuent « mes ouvrages pourrait -il m'enseigner, <c puisqu'il parle une langue étrangère, et « que celle dans laquelle le Koran est écrit « est l'arabe le plus pur ? »

Celui qu'on prétendait travailler' avec Mahomet était un Juif nommé Bensalen ou Bensalon. Il n'est guère vraisemblable qu'un Juif edt aidé Mahomet à écrire contre les Juifs f mais la chose n'est pas impossible.

* Voyea VAlcoran de Sale , page 2^3. Volt.

ou LE KORAN. S07

Nous avons dit depuis que c'était un moine qui travaillait à YAlcoran avec Mahomet. Les uns le nommaient Bohaira, les autres, Serons. Il est plaisant que ce moine ait eu un nom latin et un nom arabe.

Quant aux belles disputes théologiques qui se sont élevées entre les musulmans y je ne m'en mêle pas, c'est au mufti à décider. -

C'est une grande question si VAlcoran estéterodi ou s'il a été créé^ les musulmans rigides le croient étemel.

On a imprimé à la suite de l'histoire de Chalcondyle le Triomphe de la croix ; et dans ce Triomphe il est dit que VAlcoran est arien, sabellien, carpocratien, cerdonicien, manichéen, donatlste, origénien, macédonien, ébionite. Mahomet n'était pourtant rien de tout cela; il était plutôt janséniste; car le fond de sa doctrine est le décret absolu de la prédestination gratuite.

S£CTXOir II.

C'était un sublime et hardi charlatan que ce Mahomet, iil s d'Abdallah. U dit dans son dixième chapitre : « Quel autre que Dieu a peut avoir composé VAlcoran ? On crie : a C'est Mahomet qui a forgé ce livre. Eh

5M)8 ALGORAN ,

« bien I tâchez d'écrire un chapitre qui lui a ressemble ^ et ajppelez à votre aide q[ai vous a voudrez. » Au dix-septième il s'écrie : m Louange à celui qui a transporté pendant a la nuit son serviteur du sacré temple de la « Mecque à celui de Jérusalem I » C'est un assez beau voyage , mais il n'approche pas de celui qu'il fit cette nuit même de planète en planète^ et des belles choses qu'il y vit.

Il prétendait qu'il y avait cinq cents années de chemin d'une planète à une autre y ^ qu'il fendit la lune en deux. Ses disciples ^ qui rassemblèrent solennellement des versets de son Keran après sa mort y retranchèrent ce voyage du ciel. Us craignirent les railleurs et les plûlosophes. C'était avoir trop de délicatesse. Us pouvaient s'en fier aux commentateurs qui auraient bien su expliquer l'itinéraire. Les amia de Mahomet devaient savoir par expérience que le merveilleux est la raison du peuple. Les sages contredisent en secret ^ et le peuple les fait taire. Mais y en retranchant l'itinéraire des planètes^ on laissa quelques petits mots sur l'aventure de la lune; on ne peut pas prendre garde à tout.

Le Koran est une rapsodie sans liaison^ sans ordre ^ sans art; oh dit pourtant que ce

ou LE KORAir. 209

livre ennuyeux est un fort be^u livre; je m'en rapporte aux Arabes^ qui prétendent qu'il est écrit avec une élégance et une pureté dont personne n'a approché depuis.

C'est un poème, ou une espèce de prose rimée , qui contient six mille vers. Il n'y a point de poète dont la personne et l'ouvrage aient fiiit une telle fortune. On agita chez les musulman» si VAlcoran était éternel , ou si Dieu l'avait créé pour le dicter à Mahomet. Les docteurs décidèrent qu'il était éternel; ils avaient raison y cette éternité est bien plus belle que l'autre opinion. Il faut toujours avec le vulgaire prendre le parti le plus incroyable.

Les moines qui se sont déchaînés contre Mahomet y et qui ont dit tant de sottises 'sur son compte y ont prétendu qu'il ne savait pas écrire. Mais comment imaginer qu'un honune qui avait été négociant, poète, législateur et souverain, ne sût pas signer son nom ? Si son livre est mauvais pour notre temps et pour nous , il était fort bon pour ses contemporains, et sa religion encore meilleure. U iaut avouer qu'il retira presque toute l'Asie de l'idolâlrie. Il ensdgna l'unité de Dieu; il déclamait avec force contre ceux qui lui donnent des associés. Oiez lui l'usure avec

$10 ÀLCORÀir,

les étranga» est défendue , Taumène ordon^ née. La prière est d'une a^cessi té absolue ^ la résignation aux décrets étemels est le grand mobile de tout. Il était bien drfBcile qu'une religion si simple et si sage^ enseignée par un homme toujours victorieux ^ ne subjuguât pas une partie de la terre. En effet les musulmans ont £aiit autant de prosélytes par la parole que par Tépee. Ils ont converti à leur religion les Indiens et jusqu'aux Nègres. Les Turcs même leurs vainqueurs se sont soumis à Fislamisme. y

Mahomet laissa dans sa loi beaucoup de 1

choses qu'il trouva établies chez les Arabes ; la circoncision , le jeune , le voyage de la i

Mecque qui était en usage quatre mille ans i

avant lui y des ablutions si nécessaires à la santé et à la propreté dans un pays brûlant ou le linge était inconnu ^ enfin l'idée d'un jugement dernier que les mages avaient toujours établie y et qui était parvenue jusqu'aux Arabes. Il est dit que^ comme il annonçait qu'on ressusciterait tout nu^ Aïchah sa femme trouva la chose immodeste et dangereuse r « Allez y ma bonne ^ lui dit-il ^ on c n'aura pas alors envie de rire. » Un ange^ selon le Koran , doit peser les hommes et les femmes dans une grande balance. Cette

ou LE KORAN. S1I

idée Mt enccM'e prise des laages. Il leur a voie aussi leur pont aiçu^ sur lequel il faut passer après la mort^ et leur jannat ^ où les élus muaulmans trouveront des bains j des ^partements bien meublés^ de bons lits/ et des houris avec de grands y«ux noirs. Il est vrai aussi qu'il dit que tous ces plaisirs des sens^ si nécessaires à tous ceux qui res* susciteront avec à!^% sens^ n'approcheront pas du plaisir de la contemplation de l'Être suprême, n a l'humilité d'avouer dans son Roran que lui-même n*ira point en paradis par son propre mérite^ mais par la pure volonté de Dieu. C'est aussi par cette pure volonté divine qu'il ordonne que la cinquième partie des dépouilles sera toujours pour le prophète.

Il n'est pas vrai qu'il exclue du paradis les fenunes« Il n'y a pas d'apparence qu'un homme aussi habile ait voulu 9e brouiller avec cette moitié du genre humain qui conduit l'autre. Abulfeda rapporte qu'une vieille l'importunant un jour^ en lui demandant ce qu'il fallait faire pour aller en paradis : M'amie^ lui dit^l j le paradis n'est pas pour les vieilles. La bonne femme se mit à pleurer , et le prophète , pour la consoler^ lui dit : Il n'y aura point de vieilles^

242 ALCOflÀN,

parcequ' elles rd^euniront. GeUe doctrine consolante est confirmée dans le cinquantequatrième chapitre du Koran.

U défendit le vin ^ parcequ'un jour quelques uns de sas sectateurs arrivèrent à la prière étant ivres. U peimit la pluralité des fenunes^ se conformant en ce point à Tusage immémorial des Orientaux.

En un mot^ ses lois civiles sont bonnes; son dogme est admirable en ce qu^il a de coaforme avec le nôtre : mais les moyens sont affreux; C'est la fourberie et le meurtre.

On Texcuse sur la fourberie, parceque, dit-on, les Arabes comptaient avant lui cent vingt-quatre mille prophètes, et qu'il n'y avait pas grand mal qu'il en parût un de plus. Les hommes, ajoute-t-on, ont besoin d'être trompés. Mais comment justifier un komme qui vous dit : « Crois que j'ai parlé « à l'ange Gabriel, ou paie-moi un tribut? »

Combien est ppéférable un Cortfucius , le premier des mortels qui n'ont point eu de révélation! il n'emploie que la raison, et non le mensonge et Tépée. Vice-roi d'une grande province, il y fait fleurir la naorale et les lois : disgracié et pauvre, il les enseigne ; il les pratique dans la grandeur et dans l'abaissement; il rend la vertu aimable;

ou LE KORÀir. SI 5

il a pour disciple le plus ancieu et le plus sage des peuples.

Lecomte de Boulainvilliers y qui avait du goût pour Mahomet^ a beau me vanter les Arabes^ il ne peut empêcher que ce ne fât un peuple dse brigands ^ ils. volaient avant Mahomet en adorant les étoiles^ il& volaient sous Mahomet au nom de Dîeu« lU avaient , dit-on^ la simplicité des temps héroïques; mais qu'est-.ce que les siècles héroïques? c'était le temps où Ton s'égorgeait poiur un puits y et pour une citerne^ comme on &it aujourd'hui pour une province.

Les premiers musulmans furent animés par Mahomet de la rage de l'enthousiasme* Rien n'est plus terrible qu'un peuple qui , n'ayant rien à perdre, combat à-la-fois par esprit de rapine et de religion.

Il est vrai qu'il n'y avait pas beaucoup de finesse dans leurs procédés. Le contrat du premier mariage de Mahomet porte qu'attendu que Gadisha est amoureuse de lui y et lui pareillement amoureuse: d'elle , .on a trouvé bon. de les conjoindre. Mais ya-t-il tant de simplicité à lui avoir composé une généalogie., dans laquelle on le fait descendre d'Adam en divoi^e ligyie, comme on en a fait descendre depuis quelques maisons

214 ALGOKAK,

d'Espag^iie et d'Ecosse ? L'Arabie avait son Moréri et son Mercure calant*

Le grand prophète, esauya la. disgrâce commune à tant de.maris ; il n'y a personne après cela qui puisse se plaindre. On connaît le nom de celui qui eut les faveurs de sa seconde femme ^ la belle Aïchah^ il s'appelait Assan. Mahomet se comporta avec plus de hauteur que César ^ qui répudia sa feoune^ disant qu'il ne fallait pas que la fenuBe de César fut soupçonnée. Le prophète ne voulut pas même soupçonner la sienne \ il fit descendre du ciel un chapitre du.£oran^.pour affirmer que sa femaie était fidèle. Ce chapitre était écrit de toute éternité^ aussi bien que tous les auti^es.

On l'admire pour s'être iait^ de marchand de chameaux^ pontife^ législateur^ et monarque \ pour avoir soumis l'Arabie , qui ne l'avait jamais été avant lui ^ pour avoir donne les premières secousses* à l'empire romain d'Orient et à celui des Perses « Je l'admire encore pour avoir entretenu la paix dans sa maison parmi ses femmes. Il a changé la face d'une partie de l'Europe > de la moitié de l'Asie ^ de presfpie • toute l'Afrique; et il s'en est bien' peu faltùqtté aa religion n'ait subjugué Funivers»

ou LE KO&Air. 315

A quoi tieiuieiBt les révolutions ! un coup de pierre un p^u plus fort que celui qu'il reçut dans son premier combat donnait une autre destinée au monde.

Son gendre Ali prétendit que quand il fallut inhumer le prophète, on le trouva dans un état qui n'est pas trop ordinaire aux morts , et que sa veuve Aïchah s'écria : Si j'avais su que Dieu eût fait cette grâce au défunt y j'y serais accourue à l'instant. On pouvait dire de lui : Decet imperatorem stantem mori.

Jamais la vie d'un homme ne fut écrite dans un plus grand détail que la sienne. Les moindres particularités en étaient sacrées; on sait le compte et le nom de tout ce qui lui appartenait , neuf épées , ti-ois lances , trois arcs, sept cuirasses, trois boucliers, douze femmes, un coq blanc , sept chevaux, deux mules, quatre chameaux, sans compter la jument Borac sur laquelle il monta au ciel, mais il ne l'avait que par emprunt, elle appartenait en propre à Fange Gabriel.

Toutes, ses paroles ont été recueillies. Il disait que « la jouissance des femmes le tt rendait plus fervent à la prière. » En effet pourquoi ne pas dire henedicite et grâces au lit comme a table? une belle fenmie vaut

246 ALEXÀl^DRE.

bien un souper. On prétend encore qu'il était ua gprand médecin ; ainsi il ne lui manqua rien pour tromper les hommes.

Il n^est plus permis de parler d'Alexandre que pour dire des choses neuves , et pour déti'uire les fables historiques^ physiques et morales^ dont on a défiguré l'histoire du seul gi^and homme qu'on ait jamais vu parmi les conquérants de l'Asie.

Quand on a un peu réfléchi sur Alexandre qui^ dans l'âge fougueux des plaisirs et dans l'ivresse des conquêtes^ a bâti plus de villes que tous les autres vainqueurs de l'Asie n'en ont détruit^ quand on songe que c'est un jeune homme qui a changé le commerce du monde ^ on trouve assez étrange que Boileau le traite de fou , de voleur de grand chemin^ et qu'il propose au lieutenant de police La Reynie , tantôt de le faire enfermer^ et tantôt de le faire pendre.

HeureiuL-si de son temps, pour centlwiuies raisons, La Macédoine eût eu des Betites-Maisons.

Sat. vixi, V. io4>

Qa*on livre Bon pareil en France à La Reynie, Dans trois jours nous verrons le phénizdes guerriers

AEXAICDIl£. 217

Laisser sur léchafaud sa tôte et ses lauriers.

Sat. XI, V. 82*

Cette rfequéte , présentée dans hi* cour du Palais au lieutenant de police, ne devait être admise, ni selon la coutume de Paris, ni gelon le droit des gens. Alexandre aurait eo^c/"^^ qu'ayant ét« élu àCorinthe capitaine général de la Grèce, et étant chargé en cette qualité de venger la patrie de toutes les invasions des Perses, il n'avait fait que son devoir en détruisant leur empire ; et qu'ayant toujours joint la magnanimité au plus grand courage , ayant respecté la femme et les filles de Darius ses prisomiières , il ne mettait en aucune feçon ni dl'être interdit ni d'être pendu, et qu''en tous cas il appelait de la sentence du sieur de Là Reynie au tribunal du monde entier '.

RoUin prétend qtf Alexandre ne prit la fameuse ville de Tyr qu'en favetir des Juifs qui n'aimaient pas lés Tyriens. Il est pourtant vraisemblable qu'Alexandre eut encore d'autres raisons, et quMl était d'un très sage capitaine de rie point laisser Tyr maîtresse de la mer lorsqu'il allait attaquer l'Egypte.

' Voyez, Mélanges historiques, le chap. ix du Pyr» rhomsrp.e de V Histoire. — Les trois vers de la Satire xi de Boileau , cités plus liaat , se rapportent à Jules César. P.

YOLTAIRE. Dict. philos. T.I. 1 0

218 ALEKANDEE.

Alexandre timait et respectait beaucoup Jérusalem sans doute ^ mais il semble qu'il ne fallait 4>as dire que (( les Juifs donnèrent a un rare exeniple de fidélité ^ et digne de <( l'unique jpeuple qui connût pour lors le « vrai Dieu, en refusant des vivres à Alexan- « dre , parcequ'ils avaient prêté serment de « fidélité à Darius, d On sait assez que les Juifs s'étaient toujours révoltés contre leurs souverains dans toutes les occasions ^ car un Juif ne devait servir sous aucun roi profane.

S'ils refusèrent imprudenunent des contrit butions au vainqueur^ ce n'était pas pour se montr-er esclaves fidèles de Darius; il leur était expressément ordonné par leur loi d'avoir en horreur toutes les nations idolâtres : leurs livres ne sont remplis que d'exécrations contre elles ^ et.de tentatives réitérées de secouer le joug. S'ils refusèrent d'abord les contributions ^ c'est que les Samaritains leurs rivaux le« avaient payées sans difficulté^ et qu'ils crurent que Darius, quoique vaincu y était encore assez puissant pour soutenir Jérusalem contre Samarie.

Il est très. faux que les Juifs fussent alors le seul peuple gui connut le vrai Dieu y comme le dit Rollin. Les Samaritains adoraient le même. Dieu ^ mais dans un autre

ALEXÀim&£. SI 9

lemple ; -ils avaient le même PenUUeuque que les Juifs , et même em. caractères hé» Jbraïqae», c'est«4*dire tyriens^ que les Juifs avaient perdus. Le schisme eutre Samarie et Jérusalem ^tait ea petit ce que le schisme entre les Grecs et les Lutins est en ^nd. La haine était égale des deux cotés ^ ayant le même fond de religion.

Alexandre y après s'être emparé de Tyr par le moyenne cette fameuae digue q«i fait encore Tadmiratioo de tous les guerriers^ alla punir Jérusalem y qui n'était pas loin de sa nHïte.LesJuifs, conduits par leur grandprêtre, vinrent s'humilier devant lui^et^onnar de l'argent; cm: on n'apaise qu'avec de l'argent les conquérants irrités. Alexandre s'apaisa ; ils demeurèrent sujets d'Alexandre ainsi que de ses successeurs. Voilà l'histoire vraie et vraisemblable.

AoUin j'épète un étrange conte rapporté environ quatre cents ans après l'expédition d'Alexandre par l'historien romancier , exagérateur, Flavius JosèjAe(liv. II, chap. viii), à qui V.(m peut pardonner de faire valoir dans toutes les occasions sa malheureuse .patrie. Bollin dit donc , après Josèphe, que le grand-prêtre Jaddus s'étaat prostenté devant Al«xaodte, ge pmice ayant vu le nom

de Jelîova gravé sur une lame d'or attachée au bonnet de Jaddus^ et entendant parfaitement l'hébreu y se prostei^c à son tour et adore Jaddus. Cet excès de civilité ayant étonné Parménion^ Alexandre hii dit qu'il connaissait Jaddus^depuis long-temps, qu'il lui était -apparu il y avait dix années, avec lé même habit et le même bonnet, pendant qu'il rêvait à la conquête de l'Asie, conquête à laquelle il ne pensait point alors 5 que ce même Jaddus l'avait exhorté à passer l'Hellespont, l'avait assuré que son Dieu marcherait à la tête des Grecs, et que ce serait le Dieu des Juifs qui le rendrait victorieux des Perses.

Ce conte de vieille sérail bon dans l'histoire des quatre fils Aymon et de Robert lediable^ mais il figure mal dans celle d'Alexandre.

C'était une entreprise très utile à la jeunesse qu'une histoire-ancienne bien rédigée; il eût été à souhaiter qu'on ne l'eut point gâtée quelquefcMS par de telles absurdités. Le conte de Jaddus- serait respectable , il serait hors de toute atteinte , s'il s'en trouvait au moins quelque ombre dans les livras sacrés; mais, comme ils n'en font pas la plus légère mention , il est très permis d'en faire sentir le ridicule.

On ne peut douter qu'Alexandre n'ait

sotimis la partie des Indes qui est en-deçà du Gange y et qui était tributaire des Perses. M. Holwell qui a demeuré . trente ans chez les branles de Bénarès et des pays voisins^ et qui avait appris non seulement leur laugue moderne^ mais leurancienn^ langue sacrée^ nous assure que leurs annales attestent l'invasion d'Alexandre qu'ils appellent Mahadukoit Koiinha, Qranà brigand^ grand meurtrier. Ces peuples pacifiques ne pouvaient l'appeler autrement^ et il est à croire qu'ils ne donnèrent pas d'autres surnoms aux rois de Perse. Ces mêmes annales disent qu'Alexandre entra chez eux par la province qui est aujourd'hui le Candahàr^ et il est probable qu'il y eut toujours quelques forteresses sur<:etie frontière.

Ensuite Alexandre descendit le fleuve Zombodipo que les Grecs appelèrent Sind. On ne trouve pas dans l'histoire d'Alexandre un seul nom indien. Les Grecs n'ont jamais appelé de leur propre nom une seule ville , un seul prince asiatique, ils en ont usé de même avec les Egyptiens. Ils auraient cru déshonorer la langue grecque , s'ils l'avaient assujettie à une prononciation qui leur semblait barbare, et s'ils n'avaient pas nommé Memphis la ville de Moph,

S23 ▲UEXA.KDRE.

M. Holwell dit qiie les Indienis n'ont jamais connu ni de Pomd ni de Taiiile^ en effet ce ne sont pas là des noms indiens. Cependant ^ si nous en croyons nos missionnaires^ il y a encore des seig^neurs patanes qui prétendent descendre de Porus. 11 se peut que ces iBiissionnaires les aient flattés de cette ori£pne y et que ces seigneurs l'aient adoptée. Il n'y a point de pays en Europe où la bassesse n'ait inventé^ et la vanité n'ait reçu des généalo^es plus chimériques.

Si Flavius Josèphe a raconté une fable ridicule concernant Alexandre et un pontife juif, Plutarque, qui écrivit long-temps après Josèphe, parait ne pas avoir épargné les fables sur ce héros. Il a renchéri encore sur Quinte -Cufce 5 l'un et l'autre prétendent qu'Alexandre , en marchant vei'S l'Inde , voulut se faire adorer, non seulement par les Perses , mais aussi par les Grecs. Il ne s'agit que de savoir ce qu'Alexandre, les Perses, les Grecs, Quinte- Cui*ce, Plutarque, entendaient par adorer.

Ne perdons jamais de vue la gi'ande règle de définir les termes.

Si vous entendez par adorer invoquer un homme comme une divinité , lui offrir de l'encens et des sacrifices , lui élever des au-

tels etidfes temples^ il est clair qa' Alexandre ne demanda rien de tout cela. S'il voulait qu'étant le vainqueur et le maître des Perses^ on le saluât à la persane , qu'on se proster* nât devant lui dans certaines occasions^ qu'on le traitât enfin comme un roi de Perse tel qu'il l'était^ il n'y a rien là que de très raisonnable et de très commun.

Les membres des parlements de France parlent à genoux au roi ^ dans leurs lits de justice 5 le tiers-état parle à genoux dans ieu états-généraux. On sert à genoux un veiTe de vin au roi d'Angleterre. Plusieurs rois de r£urope sont servis à genoux à leur sacre. Ou ne parle qu'à genoux au Grand-Mogol ^ h l'empereur de la Chine y à l'empereur du Japon. Les calaos de la Chine d'un ordre inférieur flédiissent les genoux devant les colaos d'un oindre supérieur ) on adore le pape^ on hii baise le pied droit. Aucune de ces cé- »*ëmonîes n'a jamais été regardée comme une adoration dans le sens rigoureux ^ comme un culte de latrie*

Ainsi tout ce qu'on a dit de la prétendue adoration qu'exigeait Alexandre n'est fondé que sur une équivoque *.

* Il faudrait, aux rais, ovt, dans ses Uts de justice. L. ' Voyez ABUS des «lots. K. •

Ce^t Octave^ snniommé Auguste^ qui *«e fit réellement adorer^ dans le sens- le plus étroit. On lui éleva de» temples et des autels ; il y eut des prêtres d'Auguste. Horace lui dit positivement ( L 11^ epist. i ) :

« Juran(Iasque tuum per nomen ponimus aras. »

Voilà un véritable sacrilège d'adoratioti j et il n'est point dit qu'on en murmurât ' .

Les contradictions sur le caractère d'Alexandre paraîtraient plus difficiles à concilier, si on ne savait que les hommes, et surtout ceux qu'on appelle héros , sont souvent très différents d'eux-mêmes , et que la vie^t la mort des meilleurs citoyens, le sort d'une province, ont dépendu plus d'une fois de la bonne ou de. la mauvaise digestion d'un souverain, bien ou mal conseillé»

Mais comment concilier des faits improbables rapportés d'une manière contrarie toii'c? Les uns diseat que Callisthène fut exécuté à mort et mis en croix par ordre d'Alexandre , pour n'avoir pas voulu le rcconnaîlre en qualité de fils de Jupiter. Mais

* Remarquez bien qu'Auguste n'était point adoré d'un culte de latrie, mais de dulie. C'était un saint; divus Aagustus. Les provinciaux l'adoraient comme Priape, non comme Jupiter, yojjp.

AIEXÀNDRE. S25

la croix n'était point un supplice en usage chez les Grecs. D'autres disent qu'il mourut long-temps après ^ de trop d'embonpoint. Athénée prétend qu'on le portait dans une cage de fer comme un oiseau^ et qu'il y fut mangé de vermine. Démêlez dans tous ces récits la vérité, si vous pouvez^

Il y a des, aventures que Quinte -Curce suppose être arrivées dans une ville, et Plularque dans une autre j et ces deux villes se trouvent éloignées de cinq cents lieues. Alexandre saute tout armé et tout seul du haut d'une mwaille dans une ville qu'il assiégeait ; elle était auprès du Candahar, selon Quiute-Curce, et près de l'embouchure de rindus, suivant Plutarque.

Quand il est arrivé sur les côtes du Mala-^ bar ou vers le Gange ( il n'importe, il n'y a qu'environ neuf cents milles d'un endroit à l'autre), il fait saisir dix philosophes indiens , que les Grecs appelaient gymnosophistes, et qui étaient nus (;omme des singes. Il leur propose des questions dignes du Mercure galant de Visé, leur proniettant bien sérieusement que celui qui aurait le plus mal répondu serait pendu le premier, après quoi les autres suivraient en leur rang.

Cela ressemble à Nabuchodonosor , qui

21^ ÂLEXAirDRE.

iFoulait ab^oii^ent tuer ses mages ^ s'ils ne devinaieal; pas un de ses songes qu'il avait oublié y ou bien au calife des Mille et une Nuits, qui devait étrangler sa femme dès qu'elle aurait fini son conte. Mais c'est Plu* tarque qui rapporte cette sottise , il faut la respecter : il était Grec.

On peut placer ce conte avec celui de l'empoisonnement d'Alexandre par Aristote^ car Plutarque nous dit qu'on avait entendu dire à un certain Agnotémis qu'il avait entendu dire au roi Antigone qu'Aristote avait envoyé une bouteille d'eau de Nonacris , ville d' Arcadie ; que cette eau était si froide^ qu'elle tuait sur-le-champ ceux qui en buvaient; qu' Antipâtre envoya cette eau dans une corne de pied de mulet; qu'elle arriva toute fraîche a Babylone; qu'Alexandre en but y et qu'il en mourut au bout de six jours d'une fièvre continue.

Il est vrai que Plutarque doute de cette anecdote. Tout ce qu'on peut recueillir de bien certain c'est qu'Alexandre, k Tâge de vingt-quatre ans^ avait conquis la Perse par trois batailles ; qu'il eut autant de génie que de valeur; qu'il changea la face de l'Asie^ de la Grèce ^ de l'Egypte , et celle du commerce du monde; et qu'enfin Boileau ne

ALEXÀIfDaiE. i27

devait pas tant se moquer de lui y atteudu qu'il n'y a pas d'apparence que Boileau en eût fait autant en si peu d'années \

ALEXA.NDRIE.

Plus de vingt villes portent le nom d'Alexandrie^ toutes bâties par Alexandre et par ses capitaines y qui devinrent autant de rois. Ces villes sont autant de monuments de gloire y bien supérieurs aux statues que la .servitude érigea depuis au pouvoir; mais la seule de ces villes qui ait attii*é l'attention de tout l'hémisphère y par sa grandeur et ses richesses y est celle qui devint la capitale de l'Egypte. Ce n'est plus qu'un monceau de ruines. On sait assez que la moitié de cette ville a été rétablie dans un autre endroit vers la mer. La tour du Phare ^ qui était une des nterveilles du monde ^ n'existe plus.

La ville fut toujours très florissante sous les Ptolémées et sous les Romains. Elle ne dégénéra point sous les Arabes ; les Mamelues et les Turcs ^ qui la conquirent tour^àtour avec le reste dé l'Egypte y ne la laissèrent point dépérir. Les Turcs même lui conservèrent un reste de grandeur; elle ne tomba que lorsque le passage du cap de

• Voyea l'article Histoire. K.

928 AJ.EXÀNI)RIE^

Bonne-Espérance oavrit à PEurope le chemin de rinde^ et chsLUQeA le coùimerce du monde ^ qu'Alexandre avait chance^ et qui avait changé plusieurs fois avant Alexandjre.

Ce qui est à. remarquer dans les Alexandrins sous toutes les dominations c'est leur industrie jointe à la légèreté ; leur amour des nouveautés avec l'application au commerce et à tou&les travaux qui le font fleurir; leur esprit contentieux et querelleur avec peu de courage; leur superstition, leur débauche, tout cela n'a jamais changé.

La ville fut peuplée d'Égyptiens , de Grecs et de Juifs , qui tous , de pauvres qu'ils étaient auparavant, devinrent riches par le commerce. L'opulence y introduisit les beauxarts, le goût de la littérature, et par conséquent celui de la dispute.

Les Juifs y bâtirent un temple magnifique, ainsi qu'ils en avaient un autre à Bubaste; ils y traduisirent leurs livres en grec , qui était devenu la langue du pays. Les chrétiens y eurent de grandes écoles. Les animosités furent si vives entre les Egyptiens naturels , les Grecs, les Juifs et les chrétiens, qu'ils s'accusaient continuellement les uns les autres auprès du gouverneur ; et ces querelles n'étaient pas son moindre revenu. Les sédi-

ALEXAfmniE. 929

tioQ^ mêmes fiu-ent fréquentes et sanglantes, n y en eut une sous l'empire de Galigula , dans laquelle les Juifs y qui exagèrent i#ut y prétendent que la jalousie de religion et de commerce leur coûta cinquante mille hom* mes y que les Ale&andrina égorgèrent.

Le christianisme y que les Pantène^ les Origène y les ClémOiit^ avaient établi , et qu'ils avaient fait admirer par leur£ mœurs j y dégénéra au point qu'il ne fut plus qu'un esprit de parti. Les chrétiens prirent les mœurs des Egyptiens. L'avidité du gaîo l'emporta sur 1» religion^ et tous les habitants divisés entre eux n'étaient d'accord que dans Vamour de l'argent.

C'est le sujet de cette fameuse lettre de l'empereur Adrien au consul Servianus , rapportée par Vopiscus '.

a J'ai vu cette Egypte que vous me vantiez a tant, mon cher Servien 5 je la sais tout ena tière par cœur. Cette nation est légère, « incertaine , elle vole au changement. Les tt adorateurs de Sérapis se font chrétiens ; tt ceux qui sont à la tête de la religion du « Christ se font dévots à Sérapis. Il n'y a « point d'archirabbin juif, point de sama- « ritain, point de prêtre chrétien qui ne

' Tome TT , page 406. Volt.

290 ALEXÀÏTDRIE.

«soit astrologue^ ou derin^ ou baîghenr « ( c'est-à-dire entremetteur ). Quand le « patriarche grec ' vient en Egypte , les uns a s'empressent auprès de lui pour lui faire a adorer Sérapis^ les autres le Christ. Ils « sont tous très séditieux^ très vains ^ très « querelleurs. La ville est commerçante ^ « opulente ; peuplée; personne n'y est oisif. <t Les uns y soufflent le verre, les autres « fabriquent le papier^ ils semblent être de « tout métier , et en sont en effet. La goutte « aux pieds et aux mains même ne les peut « réduire à Foisîveté. Les aveugles y tra- « vaillent; l'argent est un dieu que les chré- « tiens, les Juifs, et tous îes hommes ser- « vent également, etc. »

Yoici le texte latin de cette lettre :

ADRIANI EPISTOLA EX LIBRIS PHLEGONTIS UBERTI EJUS PRODrrA.

Adrianus Aug. Serviatio Cos. S.

« ^gyptum quam mihi laudabas , Ser- « viane charissime , totam didici, ievem ,

* On traduit ici patriareha, terme grec, par ees mots patriarche grec» parcequ'il ne peut conrenir qu'a l'iiiéro* pbante des principaux mystères grecs. Les chrétiens ne commencèrent à connaître le mot de patriarche (ju'au cinqiûème siècle. Les Romains, les Égyptiens, les Juifs, ne connaissaient point ce titre. Yolt.

ÀLEXAJrDRIE. S5I

tt pendulam^ ot ad omnia fiuxiae momenta « volitantem. Illi qui Serapin colunt chris- « tiani sont : et devoti sunt Serapi ^ qui se a Christi episcopotô dicuat. Nenio iUic ar^ « chisynago^u8Judaeorum^nemo$amantes^ « uemo christianorumpresbyter, nou ma- « thematicusr^ non aruspex ^ non aliptes. < Ip«e ille patriarcha^ quùm £gyptum vett nerit^ ab àliis Serapideiu adorare^ ab aliift « cogitur Giristum. Genus hominum seditt tiosissiniuiB y yatiissimum ^ injuriosissi- « muiu : civitaa opuleftta^ dives^ foectiuda^ « in quâ nemû vivat otiosus. Aiii yitrum « confiant; ab aliis cbarta conficitur; aHi « linipbiones suçt ( tissent le Un )} omnet <c certè cujuscumque artis et vident ur et tt kabentur. Poda^^rosi quod a^nt babent : « babent casci quod faciant ; ne cbiragrici « quidem apud eos otiosi -vivunt« Un us iliis « deos est; bunc cbristiani^ bunc Judaei^ « bunc omnes venerantur et gentes ^ etc. » Vqpisgus in Satxt&nino.

Cette lettre d'un, empereur aussi connu par son esprit que par sa valeur fait voir en effet que les cbrétiens y ainsi que ies au* très y s'étaient corron^us dans cette vill« du luxe et de la dispute : n^is les mœurs des premiiers cbrétiens n'avaient pas dégé-

93â ALGER.

néré partout ; et quoiqu'ils eussent le malheur* d'être dès long-temps partagés en difierentes sectes qui se détestaient et s'accusaient mutuellement, les plus violents ennemis djj christianisme étaient forcés d'avouer qu'on trouvait dans son sein les âmes . les plus pures et les plus grandes ; il en est même encore, aujourd'hui dans des villes plus efïi^énées et plus folles qu'Alexandrie.

La philosophie est le principal objet de ctt, dictionnaire. Ce n'est pas en géographes que nous parlerons d'Alger ^ mais pour faire remarquer que le premier dessein de Louis XIV , lorsqu'il prit les rênes de l'état, fut . de délivrer l'Europe chrétienne des courses continuelles des corsaires de Barbarie \ Ce projet annonçait une grande ame. Il voulait aller à la gloire par toutes les routes. On peut même s'étonner qu'avec l'esprit d'ordre qu'il mit dans sa cour , dans les finances^ et dans les affaires, il eût je ne sais quel goût d'ancienne chevalerie ^ qui le portait k des actions généreuses et éclatantes qui tenaient même un peu du romanesque.

' Voyez VExpédilion de Gigeri» par Pellisson '. Volt. 1 Année. 1664, Ut. II de m» flûfoir* dêLomiJJF, t. I^p. 197'198. P.

Il est très certain que Louis XIV tcnuit de sa mère beaucoup de cette galanterie espa- ^ole noble et délicate^ et beaucoup de cette grandeur^ de cette passion pour la gloire^ de cette fierté qu'on voit dans les anciens romans. Il parlait de se battre avec l'empereur Léopold comme les chevaliers qui cherchaient les aventures. Sa pyranûde érigée à Rome^ la préséance qu'il se fit céder^ l'idée d'avoir un port auprès d'Alger pour brider ses pirateries^ étaient encore de ce genre.' Il y était encore excité par le pape Alexandre YII; et le cardinal Mazarin^ avant sa mort^ lui avait inspiré ce dessein. Il avaft même long-temps balancé s'il irait à cette expédition en personne, à l'exemple de Charles-Quint; mais il n'avait pas assez de vaisseaux pour exécuter une si grande entreprise, soit par lui-même, soit par ses généraux. Elle fut infructueuse et devait l'être. Du moins elle aguerrit sa marine , et fit attendre de lui quelques unes de ces actions nobles et héroïques auxquelles la politique ordinaire n'était point accoutunaée, telles que les secours désintéressés donnés aux Vénitiens assiégés dans Candie , et aux Allemands , pressés par les armes ottomanes à Saint-Gothard.

' Les détails de -cette expédition d'Afrique se perdent dans la foule des guerre^ heu> reuses ou malheureuses faites avec politique ou avec Imprudence J avec équité ou avec injustice. Rapportons seulement cette lettre écrite il y a quelques années à l'occasion des pirateries d'Alger.

« Il est triste^ monsieur^ qu'on n'ait <c pf^int écouté les propositions de l'ordre «c de Malte , qui offrait^ moyennant un sub- « side médiocre de chaque état chrétien^ « de délivrer les mers des pirates d'Alger ^ « de Maroc , et de Tunis. Les chevaliers de a Malte seraient alors véritablement les dé- « Censeurs de la chrétienté. Les Algériens « n'ont actuellement que deux vaisseau^ de <t cinquante canon» ^ et cinq d'environ qua- « rante^ quatre de trente^ le reste ne doit « pas être compté.

« Il est honteux qu'on voie tous les jojirs « ledrs petites barques enlevet nos vaisseaux a marchands dans tpute'la Méditerranée. Ils « croisent même jusqu'aux Canaries y et juste qu'aux Açores.

« Leurs milices composées d'un ramas de « nations^ anciens Mauritaniens^ anciens Nu- « mides^ Arabes^ Turcs, Nègres même, s'em- « barquent presque sans équipages sur des

AhOE». 255

a chebBcs de dix-huit à vingl^pièces de <$a- « non : iU infestent toutes nos mers comme a de» vautours qui attendent une proie. S'ils « voient un vaisseau de guerre y ils s'en- « fuient : s'ils voient un vaisseau marchand ^ « ils s'en emparent ; nos amis ^ nos parents ^ « hommes et femmes ^ deviennent esclaves y a et il £aut aller supplier humblement les « barbares de daigner recevoir notre argent a pour nous rendre leurs captifs.

« Quelques états chrétiens ont la honteuse « prudence de traiter avec eux, et de leur « fournir des armes avec lesquelles ils nous « dépouillent. On négocie avec eux en mar- « chands, et ils négocient en guerriers.

a Rien ne serait plus aisé que de réprimer « leurs brigandages ; on ne le fait pas. Mais « que de choses seraient utiles et aisées qui « sont négligées absolument ! La nécessité de « réduire ces pirates est reconnue dans les « conseils de tous les princes , et personne a ne l'entreprend. Quand les ministres de « plusieurs cours en parlent par hasard en- « semble y c'est le conseil tenu contre les a chats.

a Les religieux de la rédemption des cap- « tifs sont la plus belle institution monasti- « que ; mais elle est bien honteuse pour

d56 ALLÉGORIES.

« aoûs. Les royaumes de Fez^«A1ger^ Tunis , Cl n'ont point de marabous de la rédemption m des captifs. C'est qu'ils nous prennent beaua coup de chrétiens^ et nous ne leur prenons (( guère de musulmans.

if Ils sont cependant plus attachés à leur tt religion que nous à la nôtre ^ car jamais au- « cunTurc ^ aucun Arabe ne se fait chrétien^ « et ils ont chez eux mille renégats qui même « les servent dans leurs expéditions. Un Ita- « lien y nommé Pelegini^ était en 1712 généc( rai des galères d'Alger. Le miramolin^ le a bey , le dey ^ ont des chrétiennes dans leui*8 a sérails ; et nous n'avons eu que deux Biles (( turques qui aient eu des amants à Paris.

« La milice d'Alger ne consiste qu'en a douze mille hommes de troupes réglées ^ K mais tout le reste est soldat^ et c'est ce qui « rend la conquête de ce pays si difficile. « Cependant lesYandales les subjuguèrent aia sèment /et nous n'osons les attaquer ! etc. »

Un jour Jupiter, Neptune , et Mercure, voyageant en Thrace , entrèrent chez un certain roi nommé Hyrieus, qui leur fit fdrt bonne chère. Les trois dieux, après avoir bien dîné , lui demandèrent s'ils pouvaient

Jui être bons à quelque chose. Le bon homme, qui ne pouvait plus avoir d'enfants^ leur dit qu'il leur serait bien obligé s'ils voulaient lui faire un garçon. Les trois dieux se mirent a pisser sur le cuir d'un bœuf toat frais écorcbé ^ de là naquit Orion , dont on fit tinè constellation connue dans la plus haute antiquité. Cette constellation était nonunée du nom d'Orion par les anciens Chaldéens ; le livre de Job en parle : mais^ après tout^ on ne voit pas comment l'urine de trois dieux a pu produire un garçon. Il est difficile que les Dacier et les Saumaise trouvent dans cette belle histoire une aljégorie raisonnable , à moins qu'ils n'en infèrent que nen n'est impossible aux dieux ^ puisqu'ils font des enfants en pissant.

Il y avait en Grèce deux jeunes garnements à qui un oracle dit qu'ils se gardassent du niélampyge : un jour Hercule les prit, les attacha par les pieds au bout de sa massue, suspendus tous deux le long de son dos, la tête en bas, comme une paire de lapins. Ils virent le derrière d'Hercule. Mélarnpjge signifie cul noir. Ah ! dirent-ils, l'oracle est accompli , voici cul noir. Hercule se mit à rire, et les laissa aller. Les Saumaise et les Daôier, encore une fois ^.auront beau faire ^

S58 MLÉGOAIES.

ils ne pourroBt guère réuseir à tirer un sens moral de ces £ibles«

Parmi les pères de la mythologie il y eut des gens qui n'eurent que de l'imaginalioj;^ ^ mais la plupart mêlèrent à cette imagination beaucoup d'ec^prit. Toutes nos académies et tous nos feaeurs de devises^ ceux même qui composent les légendes pour les jetons du trésor royal, ne trouveront jamais d'allégoiies plus vraies, plus agréables, plus ingénieuses, que celles des neuf Muses, de Vénus ^ des Grâces , de F Amour , et de tant d'auti^s qui seront les délices et l'instruction de tous les siècles, ainsi qu'on l'a déjà remarqué ailleurs.

Il &ut avouer que l'antiquité s'expliqua presque toujours en allégories. Les premieis pères de l'Eglise, qui, pour la plupart étaient platoniciens, imitèrent cette méthode de Platon. Il est vrai qu'on leur reproche d'avoir poussé quelquefois un peu trop loin ce goût des allégories et des allusions.

Saint Justin dit, dans son Apolo§étitfue ( apolog. I , n«.55 ), que le signe de la croix est marqué siu* les membres de l'homme j que, quand il étend les bras, c'est une croix parfaite, et que Le nez forme une croix sur le visage.

SelanO-igineydaiisAan explication dq Lé-

▲liLÉGORIES. 359

vkique, la graisse des victimes signifie TÉglise^ et la queae est le symbole de la persévérance.

Saint Augustin, dans son sermon sur la di£féi*ence et l'accord des deux généalogies^ explique à ses auditeurs pourquoi saint Matthieu^ en comptant quarante-deux quartiers, n'en rapporte cependant que quarante et un. C'est, ditril^ qu'il faut compter Jéchonins deux fois , parceque Jéchonias alla de Xérusaleln à Babylone. Or> ce voyage est la pierre angulaire ; et^ si la pierre angulaire est la première du coté d'un mur, elle est aussi la première du côté de l'autre mur : on peut compter deux fois cette pierre ) ainsi on peut coopter deux ibis Jéchonias. Il ajoute qu'il ne faut s'arrêter qu'au nombre de quarante^ dans les quarante-deux générations, parceque ce nombre de quarante signifie la vie .Dix figure la béatitude, et dix multiplié par quatre, qui représente les quatre éléments et les quatre saisons, produit quarante. *

Les dimensions de la matière ont, dans son cinquante -troisième sermon, d'étonnantes propriétés. La largeur est la dilatation du cœur; la longueur, la longanimité; la hauteur, l'espérance; la profondeur, la foi. Ainsi^ outre cette allégorie, on compte quatre dir

nicnsions de la matrere au lieu de trois.

Il e^t clair et indubitable^ dit-il dans son semion sur le psaume vi y que le nombre de quatre figure le corps humain^ à cause des quatre éléments et des quatre qualités, du chaud ^ du froid, du séc, et de l'humide; et comme quatre se rapportent au corps, trois se rappoi;tent à Famé , parcequ'il faut aimer Hieu d'un triple amour, de tout notre cœur, de toute notre ame , et de .tout notre esprit. Quatre ont rapport au- vieux Testament, et trois au nouveau. Quatre et trois font le nombre de sept jours , et le huitième est celui du jugement.

On ne peut dissimuler qu'il règne dans ces allégories une affectation peu convenable à la véritable éloquence. Les Pères qui emploient quelquefois ces figures écrivaient dans un temps et dans des pays où. presque tous les arts dégénéraient; leur beau génie et leur érudition se pliaient aux imperfections de leui* siècle ; et saint Augustin n'en est pas moins respectable pour avoir payé ce tribut au mauvais goût de l'Afrique et du quatrième siècle.

Ces défauts ne défigurent point aujourd'hui les discours de nos prédicateurs. Ce «'est pas qu'on ose les préférer aux Pères;

ÂLLÉGOniES. 241

mais \e siècle présent est préférable aux siècles dans lesquels les Pères écrivaient. L'éloquence^ qui se corrompit de plus en plus, et qui ne s'est rétablie que dans nos derniers temps, tomba après eux dans de bien plus grands excès ^ on ne parla que ridiculement chez tous les peuples barbares jusqu'au siè*< cle de Louis XIV. Voyez tous les anciens sermonnaircs ^ ils sont fort au-dessous des pièces dramatiques de la passion qu'on jouait à l'hôtel de Bourgogne. Mais dans ces sermons barbares, vous retrouvez toujours le goût de l'allégorie, qui ne s'est jamais perdu. Le fameux Menot, qui vivait sous François ï", a fait le plus d'honneur au style allégorique. Messieurs de la justice, dit-il, sont comme un chat à qui on aurait commis la garde d'un fromage de peur qu'il ne soit rongé des souris^ un seul coup de dent du chat fera plus de tort au fromage que vingt souris ne potu*raient en faire.

Voici un autre endroit assez curieux. Les bûcherons, dans une forêt, coupent de grosses et de petites branches, et en font des fagots; ainsi nos ecclésiastiques, avec des dispenses de Rome , entassent gros et petits bénéfices. Le chapeau de cardinal est lardé d'évêchés, les évêchés lardés d'abbayes et

Voltaire. Dict. philos, t. i. 11

de prieurés ; et le lotit lardé de diable», il faut que tous ces biens de rÉglne passent par les trois cordelières de VAs^e Maria. Car le benedicta Ht sont grosses abbayes de bé* nédictins 5 in mulieribus, c'est monsieur et madame^ etfructus'ventris, ce sont banquets et goinfreries.

Les sermons de Barleite et de Maillard sont tous faits sur ce modèle : ils étaient prononcés moitié en mauvais latin ^ moitié en mauvais français. Les sermons en kalie étaient dans le même goût; c'était encore pis en Allemagne. De ce mélange monstrueux naquit le style macaronique : c'est le chefd'œuvre de la barbarie. Cette espèce d'éloquence ^ digne des Hurons et des froquois^ s'est maintenue jusque sous Louis XIII. Le jésuite Garasse^ un des hommes les plus signalés parmi les ennemis du sens commun^ ne prêcha jamais autrement. U comparait le célèbre Théophile à un veau^ parceque J^iaud était le nom de famille de Théophile. Mais d'un veau, dit-il, la chair est bonne à rôtir et à bouillir , et la tienne n'est bonne qu'à brûler.

n y a loin de toutes ces allégories employées par nos barbares, à celles d'Homère, de Virgile et d'Ovide j et tout cela prouve

ALMAKACH. 243

que s'il re^'e encore quelques Goths et quelques Vandales qui méprisent les fables anciennes^ ils n'ont pas absolument raison.

Il est peu important de savoir si almanach vient des anciens Saxons qui ne savaient pas lire^ ou des Arabes qui étaient en eflet as*tronomes^ et qui connaissaient un peu le cours des astres y tandis que les peuples d'Occident étaient plongés dans une igno* rance égale à leur barbarie. Je me borne ici à une petite observation.

Qu'un philosophe indien embarqué \ Mé* liapour vienne à Bayonne : je suppose que ce philosophe a du bon sens^ ce qui est rare^ dit-on^ chez les savants de Tlnde^ je suppose qu'il est défait des préjugés de l'école ^ ce qui était rare partout il y a quelques années^ et qu'il ne croit point aux influences des astres 'y je suppose qu'il rencontre un sot dans nos climats , ce qui ne serait pas si rare.

lïotre sot^ pour le mettre au fait de nos arts et de nos sciences y lui fait présent d'un Almanach de Liége^ composé par Matthieu Laensbergy et du Messager boiteux d'Antoine Souci ^ astrologue et historien, impri* mé tous les ans à Basle^ et dont il se débite

244 ÀLMAl^ACH.

vingt mille exemplaires en huit jours. Vous y voyez une belle figure d'homme entourée des signes du zodiaque ^ avec des indications certaines qui vous démontrent que la ba lance préside aux fesses^ le bélier, à la tête; les poissons , aux pieds ; ainsi du reste.

Chaque jour de la lune vous enseigne quand il faut prendre du baume de vie du sieur Jje Lièvre, ou des pilules du sieur Keyser, ou vous pendre au £ou \m sachet de Fapothicaire Arnoult, vous faire saigner^ vous faire couper les ongles , sevrer vos enfants^ planter , semer , aller en voyage, ou chausser des souliers neufs. L'Indien, en écoutant ces leçons, fera bien de dire à son conducteur qu'il ne prendra pas de ses almanachs.

Pour peu que l'imbécile qui dirige notre Indien lui fasse voir quelques unes de nos cérémonies, réprouvées de tous les sages, et tolérées en faveur de la populace par mépris pour elle, le voyageur qui verra ces momeries, suivies d'une danse de tambourin, ne manquera pas d'avoir pitié de nous; il noas prendra pour des fous qui sont assez plaisants et qui ne sont pas absolument cruels, n mandera au président du grand collège de Bénarès que nous n'avons pas le sens com-

ALlfANACH. 945

mun ; mais que si sa paternité veut envoyer chez nous des personnes éclairées et discrà^ tes y on pourra faire quelque tfaose de nous moyennant la ^vace de Dieu.

C'est ainsi précisément que nos premiers missionnaires^ et surtout saint François Xavier y en usèrent avec les peupies de la prèsqu'îl&>de l'Inde. Ils se trompèrent encore plus lourdement sur les usaf^es des Indiens y sur leurs sciences ^ leurs opinions^ leui*s mœurs ^ et leur cuke. Cest une chose très curieuse de lire les relations qu'ils écrivirent. Toute statue est pour eux le 4i^ble y toute assemblée est un sabbat^ toute figure symbolique est un talisman^ toutbrachmanre est un sorcier 5 et là-desssus ils fout des lamentations qui ne finissent point. Ils espèrent que a la moisson- sera abondante. » Ils ajoutent^ par une métaphore peu congrue y « qu'ils travailleront efficacement à la vigne « du Seigneur^ » dans un pays où Ton n'a. jamais connu le vin. G* est ainsi à peu près que chaque nation a jugé non seulement des peuples éloignés y . mais de ses voisins. \, Les Chinois passent pour les plus anciens feseurs d'almanachs. Le plus beau droit de l'empereur de la Chine est d'envoyer son calendrier à ses vassaux et à s^ voisins. S'ils

246 A^liMANACH.

ne l'accepUient pas^ ce serait une bravade pour laquelle on ne manquerait pas de leur £ure la guerre ^ comme on la fesaitenEu* rope aux seigneurs qui refusaient Thom-^ mage.

Si nous n'avens que douze constellations^ les Chinois en ont Yingt'^huit^ et leurs noms n'ont pas le moindre rapport aux nôtres ^ preuve évidente qu'ils n'ont rien pris du zodiaque chaldéen que nous avons adopté :

mais^ s'ils ont une astronomie tout entière depuis plus de quatre mille ans y ils ressemblent it Matthieu Laensberg et à Antoine Souci y par les belles prédictions et par les secrets pour la santé ^ dont ils farcissent leur Almanach impérial. Us divisent le jour en dix mille minutes ^ et savent à point nommé quelle minute est fevorable au funeste. Lors* que l'empereur Kang-bi voulut charger les missionnaires jésuites de faire l'Almanach^ ils s'en excusèrent d'abord y dit-on y. sur les superstitions extravagantes dont il faut le remplir \ a Je crois beaucoup moins que a vous aux superstitions^ leur dit Tempea reur ; faites-moi seulement un bon calen- « drier^ et laissez mes savants y mettre toutes « leurs fadaises. »

' Voyez I>uhalde et Parrenio. Volt.

ALMANA.CH. 247

L'iogiéniaux autour de la Pàiralité des mondes (5*^ soirée) se moque des GhiiMâiy qui voient^ dilril^ des mille étoiles tomber àrla-fois dans lamer. Il esl très vraisemblable querempereurKaog-hi s'enmoquait toutautajAt que Fouteuelle. Qaelqaei Messager boiteux de la Chine s'était égayé apparemment à parler de ces feux follets comme le peuple ^ et à les prendre pour des éte»les. Chaque pays a ses sottises. Toute Ffintiquité a £iit coucher le soleil dans la mer; nous y avons envoyé les étoiles fort long-temps. Nous avons cru que les nuées touchaient au firmament ^ que le firmament était fort dur^ et qu'il portait un rés^voir d'eau. Il n'y a pas bien long-temps qu'on sait dans les* villes que le fil de la Viei^e, qu'on trouve souvent dans là campagne , est un fil de toile d'araif* gnée. Ne nous moquons de personne. Songeons que les Chinois avaient des astrolabes et des sphères avant que nous sussions lire ; et que s'ils n'ont pas poussé fort loin lem* astton<Hnie^ c'est par le même respect pour les anciens que nous avons eu pour AristQte.

Il est consolant de savoir que le peuple romain^ populus laie rex, fot en ce point fort au-dessous de Maithieu Laensb^g^ et du

S48 ALMANÂCff.

Messager hoiteuax , et des astrologues de la Chine ^ jusqu'au temps où Jules Césfir réforma l'année romaine que nous tenons de lui^ et que nous appelons en^fore de son nom Calendrier Julien y quoique nous n^aycms pas de calendes / et quoiqu'il ait été obligé ' de le réformer lui-même.

Les premiers Romains avaient d'abord une année de ^ix mois j fesant trois cent quatre jours : cela n'était ni solaire ni lunaire^ cela n'était que barbare. On fit ensuite Tannée romaine de trois cent cinqaante-cinq jours ; autre mécompte que Ton corrigea comme on put^ et qu'on corrigea si mal^ que du temps de César les fêtes d'été se célébraient en hiver. Les généraux romains triomphaient tbujours } mais ils ne savaient pas. quel jour ils triomphaient. -

César reforma tout; il sembla gouverner le ciel et la terre.

Je ne sais par quelle condescendance peur les coutumes romaines il commença l'année au temps où elle ne commence point ^ huit jours après le solstice d'hiver. Toutes ies nations de l'empire romain se soumirent à cette innovation. lies Egyptiens, qui étaient en possession de donner la loi en fait d'alma*nachy la reçurent; mais tous ces différents

ALMÀI7ÀCH. M9

peuples ne changèrent rien à la distribution de leurs fêtes. Les Juife ^ cammè les antres^ célébrèrent leurs nouvelles^unes^ leur phase ou paseha/\e quatorzième jour de la lune de mars^ qu'on appelle la lune rousse ^ et cette époque arrivait souvent en avril j leur pentecôte^ cinquante jours apsès le phase; la jfête des cornets ou trompettes y le premier jour de juillet^ celle des tabernacles^ au quinze du même nK>is; et celle du grand sabbat^ sept jours après»

Les premiers chrétiens suivirent -le cornput de l'empire ; ils comptèsent par calendes^ . nones et ides / avec leurs maîtres ; ils reçu^ rent l'année bissextile .que nous avons encore^ qu'ils .fallu cibtri^r dans le seizième siècle de notre ère vulgaire^ et qu'il faudra corriger un jour^ mais ils se conformèrent aux Juifs pour la célébration de leursgrandes fêtes.

Ils déterminèrent d^abord leur pâque au quatorze de la lune rousse^ jusqu'au temps où le concile de !Kicée la fixa au dimanche qui suivait. Ceux qui la célébraient le quatorze furent déclarés hérétiques ^ et les deux partis se trompèrent dans leur calcul.

Les fêtes de la sainte Yierge finrent substituées^ autant qu'on le put^ aux nouvelles

lunes Qu néoménie»^ l'auteur du Calendrier romain dit * que la raison ea est prise du verset des cantiques puMèra ut bina, belle comme la lune. Mais par cette raison ses i^tes devaient arriver le dimanche; car il y^ a dans le même verset electa ut sol, dioisie comme le scJeil.

Les chrétiens gardèrent aussi la pentecÀte. Elle fut fixée comme celle des Juifs ^ préci*sèment cinquante jours après pâque. Le même auteur prétend que les fêtes de patrons remplacèrent celles des tabernacles.

Il ajoute que la Saint-Jean n'a été portée au 24 de juin que parceque les jours commencent alors à diminuer^ et que saint Jean avait dit ^ en parlant de Jésus-Christ : Il faut qu'il croisse et que je diminue. <c Oportet « illum crescere^ me autem minui. »

Ce qui est très singulier ^ et ce qui a été remarqué ailleurs , c'est cette ancienne cécé* monie d'allumer un grand feu le jour de la Saint-Jean^ qui est le temps le plus chaud de l'année. On a prétendu que c'était une très vieille coutume pour faire souvenir de l'ancien embrasement de la terre qui en attendait un second.

Le même auteur du Calendrier assure que

* Vojres le Calendrier romain, pages lox et suir. K.

la fâte de rAs^omptioDi est |>laicée au i5 du sdoU d'aug;uste uoimaé par uous aoiU, parceque le «oleil eU alotra dans le signe de la Vierge.

U certifie aussi que saint Mathias n'est £$té auxaais 4e février que parcequ'il fut in* tercalé parmi les doute apôtres ^ comme on intercaljQ un jour en février dans les années bissenUlesk

Il y aurait peut-être dans ces imaginations astronomiques de quoi faire rire Flndien doîDt nous ve&o^s de parler ^ cependant Fauteur était le ^lattre de mathématiques du dauphin fils de Louis XIY ^ et d'ailleurs un ingénie^QV f^t un officier très estimable ' .

Le pis 4e nos calaidriers est de placer toujours les équinoxes et les solstices où ils ne sont point ^ de dire^ le soleil entre dans le bélier^ quand il n'y entre points de suivre Tancieno^e routine erronée.

Un almanach de Tannée passée nous trompe Tannée présente ^ et tous nos calendrieras.ontdes almanachs des siècles passés.

Pourqucii dire que le soleil est daos le bélier quand il est dans les poissons? pour-

^ François Blondel, né en 1617, mort en 1686, est auteur de V Histoire du Calendrier romain , ouvrage cité dans la note précédente. P.

25â ALMANÂCH.

quoi ne pas faire au moins comme on fait dans les sphères célestes^ où Ton distingue les signes véritables des anciens signes devenus faux?

Il eût été très convenable y non seulement de commencer l'année au point précis du solstice d'hiver ou de Téquinoxe du printemps ^ mais encore de mettre tous les signes à leur véritable place. Car étant démontré que te soleil répond à la constellation des poissons quand on le dit dans le bélier^ et qu'il sera ensuite dans le verseau, et successivement dans toutes* les constellatidiM suivantes au temps de l'équinoxe du printemps y if faudrait faire dès à présent ce qu'on sera obligé de faire un jour^ lorsque l'erreur devenue plus grande sera plus ridicule. Il en est ainsi de cent erreurs sensibles. Nos enfants les corrigeront^ dit-on 5 mais vos pères en disaient autant de vous. Pourquoi donc ne vous corrigez-vous pas ? Voyez, dans la grande Encyclopédie y Année , Rl-

LENDRIER, PrEGESSION DES ISQUINOXES^ ettOUS

les articles concernant ces calculs. Ih sont de main de mattre.

alovBttb. 255

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