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ALOUETTE

Ce mot peut étce de quelque utilité daug la connaissance des étymologies ^ et faire voir que les peuples les plus barbares peuvent fournir des expressions aux peuples les plus polis ^ quand ces nations sont voisines. .

Alouette, anciennement alou * ^ était un terme g^aulois, dont les Latins fîrent alauda. Suétone et Pline en conviennent. César composa une légion de Gaulois, à laquelle il donna le nom d'alouette : « Yocabulo quaque gallico alauda appellabatur. » Elle le servit très bien dans les guerres civiles j et César pour récompense donna le droit de citoyen romain à chaque légionnaire.

On peut seulement demander comment les Romains appelaient une alouette avant de lui avoir donné un nom gaulois 5 ils l'appelaient galerita. Une légion de Césai' fit bientôt oublier ce nom.

De telles, étymologies ainsi avérées doivent être admises : mais quand un professeur arabe veut absolument qu! aloyau viemie de Tafabe, il est difficile de le croire. C'est une

* Voyez le Dictionnaire de Ménage, au 'mot Alauda* K.

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maladie chez plusieurs étylnologistes ^ de vouloir persuader qiie la plupart des mots gaulois sont pris de l'hébreu 5 il n'y a guère d'apparence que les voisins de la Loire et de la Seine voyageassent beaucoup dans les anciens temps chez les habitants de Sichem et de Galgala^ qui n'aimaieiit pas lés étrangers^ ni que les Juifs se fussent habitués dans l'Auvergne et dans le Limousin^ à moins qu'on ne prétende que les dix tribus dispersées et perdues ne soient venues nous enseigner leur langue.

Quelle énorme perte de temps y et quel excès de ridièule; de trouver l'origine de nos termes les plus communs et les plus nécessaires^ dans le phénicien et le chaldéen ! Un homme s'imagine que notre mot dôme vient du samaritain doma, qui signifie^ diton , meilleur. Un autre rêveur assure que le mot badin est pris d'un terme hébreu qui signifie astrologue; et le dictionnaire de Trévoux ne manque pas de faire honneur de cette découverte à son auteur.

N'est-îl pas plaisant de prétendre que le mot habitation vient du mot beth hébreu? que kir en bas -breton signifiait autrefois ville? que le même kir en hébreu voulait dire un murj et que par conséquent les Hé-

breux ont donné le nom de ville aux prer miers hameaux des Bas -Bretons? Ce serait un plaisir de Toir les étymologistesi aller fouiller dans les ruines de la tour de Babel y pour y trouver Fancien langag^e celtique , gaulois ; et toscan^ si la perte d'un temps consumé si misérablement n'inspirait pas la pitié.

On a vu souvent des femmes vigoureuses et hardies combattre comme les hommes ^ Fhistoire en fait Incntfon^ car^ sans compter une Sémiramis^ une Tomiris, une Pentezilée^ qui sont peut^tre fabuleuses^ il est certain qu'il y avait beaucoup de femmes dans les armées des premiers califes.

C'était surtout dans la tribu des Homérites^ une espèce de loi dictée par l'amour et par le courage, que les épouses secourussent et vengeassent leursmflris , et les mères leurs enfants ^ dans les batailles.

Lorsque le célèbre capitaine Dérar combattait en Syrie contre les généraux de l'empereur Héraclius^ du temps du calife Abubéker^ successeur de Mahomet, Pierre* qui commandait dans Damas avait pris dans ses^ courses plusieurs musulmaïues avec ^elque

butin ; il les conduisait à Damas : parmi ces captives était la sœur de Dérar lui-même» L'histoire arabe d' Alvàkedi , traduite par Ockley^ dit qu'elle était parfaitement belle ^ et que Pierre éti devint épris; il la ménageait dan* la route ^ e| épargnait de trop longues traites à ses prisonnières. Elles campaient dans' une vaste plaine sous des tentes gardées par des troupes un peu éloignées. Caulah ( c'était le nom de cette sœur de l)érar) propose à une de ses compagnes nommée Oserra de se soustraire à la captivité; elle lui persuade de mourir plutôt que d'être les victimes de la lubricité des chrétiens; le même enthousiasme musulman saisit toutes ces femmes; ;eHes s'arment des piquets fen'és de leurs tentes^ de leurs couteaux^ ei^pèce de poignards qu'elles portcmt à la ceinture^ et forment un cercle^ conmie les vadies se serrent en rond les unes contre les autres ^ et présentent leurs cornes aux loups qui les atta-: quent. Pierre ne fit d'abord qu'en rire; il avance vers ces femmes ; il est reçu à grands coups débitons ferrés; il balance long-temps à user de la force ; enfin il s'y résout ^xet les sabres étaient déjà tirés ^ lorsque Dérar arrive j met les Grecs en fuite ^ délivre sa sœur Qt toutes Ids captives*

ÀHAZONÉ9. }57

Rien ne ressemble plus à ces temps qu'on nomme héroïques, chantés par Homère : ce sont les mêmes combats singuliers à la tète àen armées^ les combattants se parlent sOUvent assez long-temps avant que d'en venii' aux mains ; et c'est ce qui justifie Homère sans doute. '

Thomas^ gouverneur de Syrie ^ gendre d'Héraclîus^ attaque Sergiabil dans une sortie de Damas; il fait d'abord une prière à Jësus-Ghrtst : « Injuste agresseur^ dit-il An- « suite à Sergiabil y tu ne résisteras pas à « Jésus mon Dieu qui combattra pour les « vengeurs de sa religion. »

« Tu profères un mensonge impie , lui « répond Sergiabil ; Jésus n'est pas plus « grand devant Dieu qu'Adam ? Dieu l'a tiré « de la poussière : il lui a donné la vie « comme à un autre homme ^ et^ après l'a- « voir laissé quelque temps sur la terre, il a Ta enlevé au ciel * . »

Après de tels discours le combat commence; Thomas tire une flèche qui va blesser le jeune Aban, fils de Siâb, à côté du

* C'est la croyance des mahométans. La doetrine des chrétiens basilidiens avait depuis long-temps cours en Arabie. Les basilidiens disaient que Jésus-Clirist n'avait pas été cmcifié. Volt.

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vaillaiït Sergiabil ^ Aban tombe et expke : la nouvelle en vole à sa jeune épou^ qui n'était unie à lui que depuis quelques jaurs« Elle ne pleure point; elle ne jette point de cris; mais elle court sur le chan^p de ba* taille y le carquois sur Fépaule et deux fiècbes dans les mains ; de la première qu'elle tice^ elle jette par terre le porte^tendard des chrétiens ; les Arabes s'en saisissent en criant allahachar^ de la seconde elle perce uiiL'œil de Thomas qui se retire tout sanglant jians la ville.

L'histoire arabe est pleine de ces exemples; mais elle ne dit point que ces femmes guerrières se brûlassent le téton droit pour mieux tirer de Tare , encore moins qu'elles vécussent sans hommes ; au contraire^ elles . s'exposaient dans les combats pour leurs m;aris ou pour leurs amants^ et de cela même on doit conclure que^ loin de &ire des reproches à TAriost^ et au Tasse d'avoir introduit tant d'amantes guerrières dans leurs poèmes, on doit les louer d'avoir peint des moeurs vraies et intéressantes.

Il y eut en eEPet, du temps de la folie des croisades, des femmes chrétiennes qui partagèrent avec leurs maris les fatigues et les dangers : cet enthousiasme fut porté au

point que les Génoises entreprirent de se croiser , -et d'aller former en Palestine des bataillons de jupes et de cornettes; elles en firent un vœu dont elles furent relevées par un pape plus sage qu'elles.

Marguerite d'Anjou , fenotme de rinftwtuné Henri VI , roi d'Angleterre , donna dans une guen*e plus juste des marquée d'une valeur héroïque ; elle combattit ellemême dans dix batailles pour délivrer son mari. L'histoire n'a point d'exemple avéré d'un courage plus grand ni plus constant dans une femme.

Elle avait été précédée par la célèbre comtesse de Monlfort en Bretagne. « Cette « princesse^ dit d'Argentré, était vertueuse a outre tout naturel de son sexe } vaillante « de sa personne autant que nul homme : « elle montait à cheval , elle le maniait « mieux que nul écuyer; elle combattait à <^ la main; elle courait, donnait parmi une « troupe d'hommes d'armes comme le plus « vaillant capitaine ; elle combattait par mer « et par terre tout de même assurance, etc. »

On la voyait parcourir , l'épée à la main , ses états envahis par son compétiteur Charles de Blois . Non seulement elle soutint deux assauts sur la brèche d'Hennebon^ armée

de pied en cap ^ mais elle fondit sur le camp des ennemis , suivie de cinq cents hoaunes^ y mit le feu^ et le réduisit en cendres.

Les exploits de Jeanne d'Arc ^ si connue sous le nom de la Pucelle d'Orléans, sont meins étonnants que ceux de Marguerite d'Anjou et de la comtesse de Montfort. Ces deux princesses ayant été élevées dans la mollesse des cours ^ et Jeanne d'Arc dans le rude exercice des travaux de la campag*ne; il était plus singulier et plus beau de quitter sa com* que sa chaumière pour les combats.

L'héroïne qui défendit Beauvais est peutéti^e supérieure à celle qui fit lever le siège d'Orléans : elle combattit tout aussi bien . et ne se vanta ni d'être pucelle ni d'être inspirée. Ce fut en 147^7 quand l'armée bourguignonne assiégeait Beauvais^ que Jeanne Hachette y à la tête de plusieurs femmes , soutint long-temps uuassaut^ arracha l'étendard qu'un officier des ennemis allait arborer sur la brèche, jeta le porte-étendard dans le fossé, et donna le temps aux troupes du roi d'arriver pour secourir la ville. Ses descendants ont été exemptés de la taille^ faible et honteuse récompense ! Les fenunes et les filles de Beauvais sont plus flattées d'aVoir

le pas sur les hommes à la procession le jour de Tanniversaire, Toute marque publique d'honneur encourag;e le mérite , et l'exemption de la taille n'est qu'une preuve nju'on doit être assujetti à cette servitude par le malheur de sa naissance.

Mademoiselle de La Charce y de la maison de la Tour du Pin Gouvernet , se mit , en 169!!^ à la tête des communes en Dauphi né y et repoussa les Barbets qui fesaient une irruption. Le roi lui donna une pension comme à un brave o^cier. L'ordre militaire de Saint-Louis n^était pas encore institué ' .

Il n'est presque point de nation qui ne se glorifie d'avoir de pareilles héroïnes; le nombre n'en est pas grand ^ la nature semble avoir donné aux femmes une autre destination. On a vu, mais rarement, des femmes s'enrôler parmi les soldats. £n un mot, chaque peuple a eu des guerrières : mais le royaume des Amazones sur les bords du Thermodon n'est qu'une fiction poétique, comme presque tout ce que l'antiquité ra* conte.

^ n n« le fut c[ae le 10 viai i6^3. G. D.

SECTION PREMIEBE.

C'est un terme vague ^ indéterminé^ qui exprime un principe inconiïu d'ef&ts connus que nous sentons en nous. Ce mot ame répond à X anima des Latins^ au irMO/ta àsA Grecs ^ au terme dont se sont servies toutes les nations pour exprimer ce qu'elles n'entendaient pas mieux que nous.

Dans le sens propre et littéral du latin et des langues qui en «ont dérivées il signitîe ce qui anime. Ainsi on a dit^ l'ame des hommes ; des animaux . quelquefois des plantes^ pour signifier leur principe de vé-* gétation et de vie. On n'a jamais eu, en prononçant ce mot^ qu'une idée confuse ^ comme lorsqu'il est dit dans la Genèse : «Dieu souffla au visage de l'homme un *L soufSe de vie, et il devint ame vivante j et « l'ame des animaux est dans le sang ) et ne <t tuez point mon ame, etc. »

Ainsi l'ame était prise en général pour l'origine et la cause de la vie, pour la vie même. C'est pourquoi toutes les nations connues imaginèrent long-temps que tout mourait avec le corps. Si on peut démêler quelque chose dans le chaos des histoires

anciennes ^ il semble qu'au moins les Egyptiens furent les premiers qui distinguèrent l'intelligence et Famé : et les Grecs apprirent d'^ux à distinguer aussi leur vouç et leur icytO/nat. Les Latins^ à leur exemple^ distinguèrent animus et anima ^ et nous^ enfin ^ nous avons aussi eu notre ame et notre entendement. Mais ce qui est le principe de notre vie y ce qui est le principe de nos pensées ^ sont^ce deux choses différentes? est-ce le même être? Ce qui nous feit digérer et ce qui nous donne des sensations et de la mémoire rèssemble^-t-il à ce qui est dans les animaux la cause de la digestion et la cause de leurs sensations et de leur mémoire?

Voilà réternel objet des disputes des hom* mes; je dis l'étemel objet; car^ n'ayant point de notion primitive dont nous puissions descendre dans cet examen^ nous ne pouvons que rester à jamais dans un labyrinthe de doutes et de faibles conjectures.

Nous n'avons pas le moindre degré où nous puissions poser le pied pour arriver à la plus légère connaissance de ce qui nous fait vivre et de ce qui nous feit penser. Gomment en aurions-nous? il faudrait avoir vu la vie et la pensée entrer dans un corps. Un père sait-il comment il a produit son

fil8?,UQG mëre sait-elle, CQinment elle Fa çps^? Quelqu'un a-t-il jajnaU pu deviner comment il .agit, comment il veille^ et comment il dort? Quelqu'un sait-il comment ses membres obéissent à sa volonté? a-t-il découvert par quel art des idées se tracent d^ns son cerveau et en sortent à son commandement? Faibles automates mus par la main invisible qui nous dirige sur cette scène du monde ^ qui de nous a pu apercevoir le fil qui nous conduit?

Nous osons mettre en question si Famé intelligente est esprit ou matière, si elle est créé^ avant nous^ si elle sort du néant dans notre naissance^ si; après nous avoir animés un jour sur la .terre, elle vit après nous dans l'éternité. Ces questions paraissent sublimes; que sont-elles? des questions d'aveugles qui disent à d'autres aveugles : Qu'estce que la lumière?

Quand nous voulons connaître grossièrement un morceau de métal , nous le mettons au feu dans un creuset. Mais avons-nous un creuset pour y mettre l'ame? Elle est esprit, dit l'un. Mais qu'est-ce qu'esprit? personne assurément n'en sait rien; c'est un mot si vide de sens, qu'on est obligé de dire ce que l'esprit n'est pas, ne pouvant dire ce

qu'il est. L'ame est matière, dit Tautre. Mais qu'est-ce que matière? nous n'en connaissons que quelques apparences et quelques propriétés^ et nulle de ces propriétés^ nulle de ces apparences ne paraît avoir le moindre rapport avec la pensée.

C'est quelque chose de distinct de la matière^ dites-vous. Mais quelle preuve en avez-vous? Est-ce parceque la matière est divisible et figurable^ et que la pensée ne l'est pas? mais qui vous a dit que les premiers principes de la matière sont divisibles et figurables? Il est très vraisemblable qu'ils ne le sont point; des sectes entières de philosophes prétendent que les éléments de la matière n'ont ni figure , ni étendue. Vous criez d'un air triomphant: La pensée n'est ni du bois^ ni de la pierre^ ni du sable ^ ni du métal ; donc la pensée n'appartient pas à la matière. Faibles et hardis raisonneurs ! la gravitation n'est ni bois^ ni sable ^ ni métal ^ ni pierre; le mouvement^ la végétation^ la vie^ ne sont rien non plus de tout cela^ et cependant la vie, la végétation, le mouvement, la gravitation, sont donnés à la matière. Dire que Dieu ne peut fendre la matière pensante , c'est dire la chose la plus insolemment absurde que jamais on ait osé

YoLTAiRK. Dict. philos. T. I. 42

proférer dans les écoles privilégiées de la démence. Nous ne sommes pas assurés que Dieu en ait usé ainsi; nous sommes seulement assurés qu'il le peut. Mais qu'importe tout ce qu'on a dit et tout ce qu'on dira sur l'ame; qu'importe qu'on l'ait appelée entéléchie^ quintessence^ flamme^ éiher; qu'on l'ait crue universelle;incréée^transmijp*ante^ etc.?

Qu'importent^ dans ces questions inaccessibles à la raison^ ces romans de nos ima* g;inatioas incertaines? Qu'importe que les Pères des quatre premiers siècles aient i:ru l'ame corporelle ? Qu'importe que Tertullien y par une contradiction qui lui est familière ^ ait décidé qu'elle est à-la^fois corporelle^ figurée y et simple? Nous avons mille témoignages d'ignorance^ et pas un qui nous donne une lueur de vraisemblance.

Comment donc sommes-nous assez hardis pour affirmer ce que c'est que l'ame? Nous savons certainement que nous existons ^ que nous sentons^ que nous pensons. Voulons* nous faireun pas au-de à ? nous tombons dans un abîme de ténèbres ; et dans cet abîme nous avons encore la folle témérité de disputer si cette ame^ dont nous n'avons pas la moindre idée^ est faite avant nous ou avec nous^ et si elle est périssable ou immortelle.

L'article Ake^ et tous les articles qui tiennent à la métaphysique y doivent commencer par une soumission sincère aux dogmes indubitables de l'Église. La révélation vaut mieux ^ sans doute^ que toute la philosophie. Les systèmes exercent l'esprit^ mais la foi l'éclairé et le guide.

Ne prononce-tron pas souvent des mots dont nous n'avons qu'une idée trës confuse^ ou même dont nous n'en avons aucune? Le mot d'ame n'est-il pas dans ce cas? Lorsque la languette ou la soupape d'un soufflet est dérangée^ et que l'air qui est entré dans la capacité du soufflet en sort par quelque ouverture survenue à cette soupape^ qu'il n'est plus comprimé contre les deux palettes y et qu^il n'est pas poussé avec violence vers le foyer qu'il doit allumer^ les servantes disent : Vame du soufflet est crevée. Elles n'en savent pas davantage^ et cette question ne trouble point leur tranqmllité.

Le jardinier prononce le mot d'o/ne des fiantes, et les cultive très bien sans savoir ce qu'il entend par ce terme.

Le luthier pose^ avance ou recule \ame d'un violon sous le chevalet, dans l'intérieur des deux tables de l'instrument j un

chétif morceau de bois de plus ou de moins lui donne ou lui ôte une ame harmonieuse.

Nous avons plusieurs manufactures dans lesquelles les ouvriers donnent la qualification diame à leurs machines. Jamais on ne les entend disputer sxu: ce mot ; il n'en est pas ainsi des philosophes.

Le mot diame parmi nous signifie en général ce qui anime. Nos devanciers les Celtes : donnaient à leur ame le nom de seel, dont les Anglais ont fait le mot soûl y les Allemands seel; et probablement les anciens Teutons et les anciens Bretons n'eurent point de querelles dans les universités pour cette expression.

Les Grecs distinguaient trois sortes d'ames : ^^rij qui signifiait Vame sensitive , Vante des sens, et voilà pourquoi V Amour, enfant à^ Aphrodite, eut tant de passion pour Psyché , et que Psyché l'aima si tendrement; nvevfixy le souffle qui donnait la vie et le mouvement à toute la machine, et que nous avons traduit par spiritus , es prit 'y mot vague auquel on a donné mille acceptions différentes; et enfin voOj, Inintelligence,

Nous possédions donc trois âmes, sans avoir la plus légère notion d'aucune. Saint

Thomas d^Aquin * admet ces trois âmes en qualité de péripatéticien ^ et distingue chacune de ces trois âmes en trois parties.

Yu^ij était dans la poitrine y wtt^fAK se répandait dans tout le corps, et voCç était dans la tête. Il n'y a point eu d'autre philosophie dans nos écoles jusqu'à nos jours, et malheur à tout homme qui aurait pris une de ces âmes pour l'autre !

Dans ce chaos d'idées il y avait pourtant un fondement. Les hommes s'étaient hien aperçus que dans leurs passions d'amour, de colère, de crainte , il s'excitait des mou* rements dans leurs entrailles. Le foie et le cœur furent le siège des passions. Lorsqu'on pense profondément , on sent une contention dans les organes de la téte^ donc l'ame intellectuelle est dans le cerveau. Sans respiration, point de végétation, point de vie : donc Tame végétative est dans la poitrine qui reçoit le souffle de l'air.

Lorsque les hommes virent en songe leurs parents ou leurs amis morts , il fallut hien chercher ce qui leur était apparu. Ce n'était pas le corps qui avait été consumé sur un hûchcr, ou englouti dans la mer et mangé des poissons. C'était pourtant quel-

* Somme de saint Thomas, édition de Lyon, 1738. Volt

que chose 9 à ce qu'ils prétehdaieht ^ car ils l'avaient vuj le mort avait pai'léj le songeur l'avait interrogé. Etait-ce <f;wjpj , était-ce it»fw/*a, était-ce voOj, avec qui on avait conversé en songe? On imagina un fantôtaoïe^ une figure légère : c'était oxcà^ c'était Spcf/cuv^ une ombre j des mânes y une petite ame d'air et de feu extrêmement déliée qui errait je ne sais ou.

Dans la suite des temps , quand on voulut approfondir la chose ^ il demeura pour constant que cette ame était corporelle^ et toute l'antiquité n'en eut point d'autre idée. Enfin Platon vint qui subtilisa tellement cette ame ^ qu'on douta s'il ne la séparait pas entièrement de la matière; mais ce fut un problème qui ne fut jamais résolu jusqu'à ce que la foi vînt nous éclairer.

En vain les matérialistes allèguent quelques pères de l'Eglise qui ne s'exprimaient point avec exactitude. Saint Irénée dit ' que l'ame n'est que le souffle de la vie, qu'elle n'est incorporelle que par comparaison avec le corps mortel, et qu'elle conserve la figure de rhonune afin qu'on la reconnaisse.

En vain Tertullien s'exprime ainsi : La coi*poralité de l'ame éclate dans l'Evan-

' Liv. V, cli. VI et Tii. Volt.

gile ' 'y a G>rporaHta8 animae in ipso Evançe « lio relucescit. » Cas si Taniie n'avait pas un corps, l'image de l'ame n'aurait pas l'image du eorps.

En vain même rapporte-t-il la vision d'une sainte femme qui' avait vu une ame très brillante y et de la couleur de l'air.

-En vain Tatien dit expressément ' : "Vvjpi

fiz9 euv il Tfiy dv9pAnf»v no^xtftipiiç irtt : L'ame de

l'homme est composée de plusieurs parties.

£n vain allëgue-t^on saint Hilaire qui dit dans des temps postérieurs ' : « Il n'est rien « de créé qui ne soit corporel^ ni dans le <t ciel^ ni sur la terre ^ ni parmi les visibles, « ni parmi les invisibles : tout est formé d'é- « léments, et les âmes, soit qu'elles habitent « un corps, soit qu'elles en sortent, ont « toujours une substance corporelle. »

£n vain saint Ambroise, au sixième siècle, dit : a Nous ' ne connaissons rien que de « matériel, excepté la seule vénérable Tri- « nité. »

Le corps de l'Eglise entière a décidé que l'ame est immatérielle. Ces saints étaient

' Orado ad Gnecos, ch. xxiii. Volt.

* De anima, ch. vri. Volt.

' Saint Hilaire sar saint Matthien, page 633. Volt.

* Snr Abraham, liv. II, ch. viii. Volt.

tombés dans une erreur alors universelle ; ils étaiait hommes^ mais ils ne se trompèrent pas sur rinunortalité, parcequ'elle est évidemment annoncée dans les Evangiles.

Nous avons un besoin si évident de la décision de FEglise^ infaillible sm^ ces points de philosophie y que nous n'avons en efiet par nous-mêmes aucune notion suffisante de ce qu'on appelle esprit pur, et de ce qu'on nomme matière. L'esprit pur est un mot qui ne nous donne aucune idée ; et nous ne connaissons la matière que par quelques phénomènes. Nous la connaissons si peu que nous l'appelons substance ^ or le mot substance veut dire ce qui est dessous ^ mais ce dessous nous sera éternellement caché. Ce dessous est le secret du Créateur } et ce secret du Créateur est partout. Nous ne savons ni comment nous recevons la vie y ni conunent nous la donnons^ ni comment nous croissons, ni comment nous digérons, ni comment nous dormons, ni comment nous pensons, ni comment nous sentons.

La grande diffî culte est de comprendre comment un être , quel qu'il soit , a des pensées.

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