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ANECDOTE SUR L*HOMMB AU MASQUE DE FER

L'auteur du Siècle de Louis XIF est le premier qui ait parlé de l'homme au masque de fer dans uae histoire avérée. C'est qu'il était très instruit dç cette anecdote qui étonne le siècle présent^ quji étonnera la ppstérité^ et.4{ui n'est que trop Viéri table. On l'atvait trompé &ur la date de la mort de cet inconnu si singulièrement infortuné.. II fut enterré à Sab^t-Paul^ le 3 mars 1703% et non ea 1704*

U avait été .d'abord enfermé à Pignerol avant de l'être aux îles de^ Sainte-Marguerite, et ensuite à la Bastille 4 toiyp^rs sous la garde du même homme, de ce Saiât- Mars qui le vit mom*ir. Le përe Griffe t, jé-

^ Le 20 Bovembre 1708 > selon un oeitificat rapporté par Saint-FoU* &•.

A2rA, ANECDOTES. -fil

suite ^ a communiqué au public le jouriml de la Bastilte^ qui fait^foi des dateft«*il a eu aisément ce journal, puisqu'il avait rpm<» ploi délicat de confesseut des prisonniers renfermés à la Bastilfe.

L'homme au masque de fer est 4ine énigme dont chacun veut deviner le «not.-Xes uns ont dit que c'était le-duc de Beaufftrt : Biftis le duc de Beaufort fut tué par les Turc» à'ia défense de Candie, en itiôg'^ et Fhonmie au masque de fer était à Pignerol en iMsw D'ailleurs comment aurait-on arrêté \er diK de Beaevifbrt au milieu de son- armée? comment r^Uratt-on transféré en France sans que pessonne en sût rien ? et pourquoi i'eiHon mis en prison, et pourquoi ce masque?

Les autres ont rêvé le comte de Verma»dois, fils naturel de Louis XIY , mort publiquement de la petite-vérole y en i683 , .à l'armée, et enterré dans la ville d'Arras*^.

On a ensuite imaginé que le «Luc de Moitl'^ mouth, à qui le roi Jacques fit couper la tête publiquement dans Londres , en i685,

* Dafts les premières éditions de cet outrage , «n avait dit qae> le dac de Veianandoit. fut enterré d^s la Tille d'Aire. On s'était trompé.

Mais q«e ce soit dans Arras ou dans Aire, il est toujours constant qu'il mourut Ae la petite-^vérole, et qu'on loi fit des obsèques magnifiques. Il faut être fou pour

• était .4fJionMïie au masque de fer. Il aurait fattu q^'il eût ressuscité, et qu'ensuite il eùtjchangé Tordre des temps; qu'il eût mis rannée 1662 à la place de iQ85; que le roi Jacques, qui ne pardonna jamais à personne, et qui par là msérita tous ses malheurs , eût pardonné au duc de Montmouth, et eût fait mourir au lieu de lui un homme qui lui ressi^mhlait parfaitement; £1 aurait fallu trouver €ê Sosie qui aurait eu la bouté de se faii e couper le cou en public pour sauver le duc de Montmouth. Il aurait fallu que toute rÀngleterre s'y fût méprise; qu'ensuite le roi' Jacques eût prié instamment Louis XIV dfe vouloir bien lui servir de sergerit et de geôlier. Ensuite Louis XIV, ayant fait ce petit plaisir au roi Jftcque», n'aurait pas nianqué d'avoir les' mêmes égards pour le roiOniHàume et pour la reine AnnîB, avec Ies€[ueh il fut en guerre; et il aui^it soigiîeueement conservé auprès de ces deux monarques sa dignité de geôlier, dont le roi Jacques l'avait honoré.

imaginer qa'on enterra une bàcfae à sa place , qne Louis XIV fit faire un service solennel à cette bûche, et que , pbur adierer la convalescence de son propre fils , il l'envoya prendre l'air à la Bastille pour le reste de sa vie , avec nn masque de fer sur le visage. Volt.

ÀN^^ -AlirECDOTBfi. , 65

Toutes ces illufti^m étant dissipées^ il re^te à savoir ^{uiétl^c^ prisonnier toujours masqué ^ à quel âge il mourut y et sous^quel nom il fut enterré. Il est clair que si on ne le laissait passer dans la cour de la Bastille^ si on ne lui permettait de parlei* à son médecin que couvert d*un masque , c'était de peur qu'on ne reconnût dan» ses traits quelque ressemblance trop frappante. Il pouvait montrer sa langue^ et jamais 4>on visage. Pour son âge^ il dit lui-même à l'apothicaire de la Bastille ^ peu de jours avant sa mort y qu'il croyait avoir environ soixante ans; et le sieur Marsolaa^ chirurgien du maréchal de Richelieu y et ensuite du duc d'Orléans, régent, gendre de, cet apothicaire, me Fa redit plus d'une fois.

Enfia pourquoi lui donner un nom italien? on le nomma toujours Marchiali ! Celui qui écrit cet article en sait peut-être plus que le père Griffet, et n'en dira pas davantage.

ADDITION DE l'ÉDITKUR V

Il est surprenant de voir tant de savants et tant d'écrivains pleins d'esprit et de sa-

* Cette anecdote, doanéc comme une addition de Péditeor dans l'édition de 1771* passe chez bien des gens de lettres pour être de M. de Voltaire lui-même. Il a

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gacitë se tourmeiiter à deviner qui peuf avoir été le fameux masque de fer ^ sans que FidéaJa plus simple^, la plus naturelle et la plus vraisemblable^ se soit jamais prëseutée à eux. Le fait tel que M. de Voltaire le rapporte une Fois admis^ avec ses circonstances; pQ^istence d'un prisonnier d'une espèce si

connu cette édition , et il n'a jamais contredit l'opinion qu'on y avance au snfet de Hiomme au masquç de- fer.

li «6t le premier qui ait parlé de cet homme. Il a toujours combattu, tontes les conjectures qu'on a faites sur ce masque : il en .a toujours parlé comme plus instruit qiie les autres, et comme ne voulant pas dire tout ce qu'il en savait. .

Aujourd'hui il se répand une lettre de mademoiselle, de Valois , écrite au duc , depuis maréchal de Richelieu , où elle se vante d'avoir appris du duc d'Orléans > son père , à d'étranges conditiims i quel était l'homme au masqpe de fer; et cet homme, dit-elle, était un frère jumean de Loun XVf, né quelques heures après hii.

Ou cette lettre , qu'il était si inutile , si indécent , si dangereux d'écrire, est une lettre supposée, ou le régent > en donnant à sa fille la récompense qu'elle avait si noblement acquise , crut affaiblir le danger qp'il y avait à révéler 'le secret de l'état, en altérant le fait, et en fcsant de ce prince un cadet sans droit au trône , au lieu de l'hètitiw présomptif de la couronne. /

Mais Louis XIV, qui avait un frère; Louis XIV, dont l'ame était jvugnanime ; Louis XIV, qui se piquait même d'une probité scrupuleuse , auquel l'histoire ne reproche aucun crime, qui n'en commit d'autre, en effet, que de s'être trop abandonné aux conseils de Louvois et dés je*

ASJL^ AZtECDOTI^. 65^

^singulière ^dl»er au ran^'des rSrités historiques les lAieux con&tatié^; il pafait qua non seulement rien n'est plus aisé qtie de concevoir quel était ciei 'prisonnier y mais qu'il est même diffi^il^ -qu'il puisse y avoir deux opinions «sur ce sujet. L'autear de cet article ftûrah conununiqué plus tàt SOfi sen-

ftuites; Louis XIY n'aurait jamais détenu uujdo ses frèret dans une prison perpétuelle , pour prévenir les maux annoncés par un astrologue , aucpiel il ne croyait pas. Il lui fallait des motifs plus im|>ortant8. Fils aine de Louis XIII, avoué plr ce prince, le trône loi appartenait; mais Jut^fBs né d'Anne d'Autriche, inconnu à «on^mari, n'avait ai]ieun droit, et pouvait cependant essayer de se faire reconnaître, déchirer la France par une longue guerre civile, l'emporter peut-être sur le fils de Louis XIII, en alléguant le droit de primogéimture , et substituer une nouvelle race à l'antique race des Bourbons. Ces motifs , s'ils ne justifiaient pas entièrement la rigueur de Louis XIY, servaient au moins à l'excuser; et le prisonnier, trop instruit de son sort, pouvait lui savoir quelque gré de n'avoir pas suivi des conseils plus rigoureux; conseils que lu politique a trop souvent employés contre ceux qui fivaient quelques prétentions à des trônes occupés par leurs concurrents.

M. de Voltaire avait été lié dès sa jeunesse avec le duc de Richelieu, qui n'était pas discret : si la lettre de mademoiselle de Valois est véritable , il Pu connue ; mais , doué d'un esprit juste, il a senti Terreur, il a cherché d'autres instru<Hions. Il était placé pour en avoir ; il a rec-* tifié la vérité altérée dan» cette lettre, comme il a rectifié tant d'autres erreurs. K.

C6 kHXj ANECDOTES.

liment, «SI ii* eût cru que cette idée devait .déjà étite venue à 'bien d'autre», et s'il ne se 'fiit persuadé que ce n'était pas la peine de donner comme une découverte une chose qili^ 'S.elon lui y saute aux yeux de tous ceux qui lisent cette anecdote.

'Cependant comme depuis quelque temps cet événement partage les esprits, et que tout récemment on vient encore de donner au •public- une lettre dans laquelle on prétend prouver que ce prisonnier célèbre était un secrétaire du duc deMantoue ( ce qu'il n'est pas possible de concilier avec les grandes marques de respect que M, de Saint-Mars donnai! à son prisonnier), l'auteur a cru devoir enfin dire ce qu'il en pense depuis plusieurs années. Peut-être cette conjecture mettra-t-elle fin à toute autre recherche, à moins que le secret ne soit dévoilé par ceux qui peuvent en être les dépositaires , d'une façon à lever tous les doutes.

On ne s'amusera point à réfuter ceux qui ont imaginé que ce prisonnier pouvait être le comte de Vermandois, le duc de Beaufort, ou le' duc de Montmouth. Le savant et très judicieux auteur de cette dernière opinion a très bien réfuté les autres'; mais il n'a essentiellement appuyé la sienne que

AïfA, àKËCDOT£S. 67

8ur rimpo8sîi>ilité de trouver en Europe quelqtte autre prince dont il #Àt été -.de la plus ÇKunde impoilance qu'on igdorâj. 'Ta détention. M. de Saint-Foix a raison ^ s'il n'entend paxl^ que des princes dont F existence é^t iQOtinue; mais pouV(|Uoi personne ne »' est-il encore avisé de supposer que le masque de fer pouvait avoir été un prince inconnu y élevé en cachette^ et dont il -importait de laisser ignorer tt>talemènt l'existence ?

Le duc de-Montmouth n'était phs pour la France un prince d'une si grande importance } et l'on ne voit pas même ce qui ^ùt pu engager cette puissance ^ au moins après la mort de ce duc et celle de Jacques second^ à faire un si grand secret de sa détention y s'il eût été en effet le •masque de fer. Il n'est guère probable non plus que M. de Louvois et M. de Saint*Mar8 eussent marqué au duc de Montmouth ce profond respect que M. de Voltaire. assure qu'ils pointaient au masque de fer.

L'auteur conjecture , de la manière dont M. de Voltaire a raconté le fait, que cet historien célèbre est aussi pei*suadé que lui du soupçon qu'il va, dit-il) manifester j mais que M, de Voltaire, à titre de Fran-

68 XVfJL, ANECDOTES.

çaisy n'a pas voulu, ajoute-t-il, publier tout net, çur.tout j|n ayant dit assez pour ^e le mot de l!enigme ne dut pas être difficile à deviner. Le voici, continue-t41 toujours, selon moi.

a Le masque de fer était sans doute un frère et un frère aîné de Louis XIV dont la mère avait C4r goût pour le linge fin sur lequel M. de-Yoltaire appuie. Ce fut, en lisant les Mémoires de ce temps , qui rapportent cette anecdote au sujet de la re^e, que, me rappelant ce même goût du masque de fer, je ne doutai plus qu'il ne fût son fils : ce dojQit toutes -les autres circonstances m'avaient déjà persuadé.

« On sait que Louis XIII n'habitait plus depuis long-temps avec la reine ; que la naissance de Louis XIY ne fut due qu'à un heureux hasard habilement amené; hasard qui obligea absolument le roi à coucher en même lit avec la reîjae. Voici donc comme je crois que la chose sera arrivée.

a La reine aura pu s'imaginer que c'était par sa faute qu'il ne. naissait point d'héritier à Louis XIII. La naissance du masque de fer l'aura détrompée. Le cardinal à qui elle aura fait confidence du fait aura su, par plus d'une raison, tirer parti de ce secret; il aura ima-

giné de tourner cet événement à «on ftû& et à celui de l'état. Persuadé par cet exemple que la reine pouvait donner dés enfants au roi , la partie qui produisit le hasard d'tm seul lit pour le roi et pour la reine fut arran* gée en conséquence. Mais la reine et le cardinal^ également pénétrés de la nécessité de cacher à Louis XIII l'existence du masque de fer, l'auront fait élever en secret. Ce secret en aura été un pour Louis XIV jusqu^à la mort du cardinal Mazarin.

« Mais ce monarque apprenant alors qu'il avait un frère , et un frère aîné que sa mère ne pouvait désavouer, qui d'ailleurs portait peut-être des traits marqués qui annonçaient son origine , fesant réflexion que cet enfant né durant le mariage ne pouvait, sans d^ grands inconvénients et sans un horrible scandale, être déclaré illégitime après la mort de Louis XIII, Louis XIV aura jugé ne pouvoir user d'un moyen plus sage et plus juste que celui qu'il employa pour assurer sa propre tranquillité et le repos de l'état ^ moyen qui le dispensait de commettre une cruauté que la politique aurait représentée comme nécessaire à un monarque moins consciencieux et - moins magnanime que Louis XIV. ' . *

70 AN A, AlfECDOTÇS»

;i/> Ji xae. «emble*^ poursuit toujours notre jluteur^ que plus on est j;nstruit dç i'histoire de Ceft;lemps-là, plus on doit être frappé de Usréu.mon de toutes les circonstances qui prouvent en faveur de cette supposition. »

AirECDQi% sua iricoLAS fouquet, suRinTEiroAirT

DES FIlTAirCES.^

II. est vrai que ce ministre eut beaucoup d'amis dans sa disgrâce ^ et qu'ils p^rsévéT rèrent jusqu'à son jugenaent. 11 est vrai que le chaiicelier qui présidait à ce jugement traita cet illustre cap^favec trotp de dureté. ]V{ai$> ce n'était pas Michel Letellier^ cpmnaç on l'a imprimé dans quelques un^s des edi* tions à\x Siècle de Louis XI J^, c'était Pierre Séguier. Cette inadvertance d'avoir pris l'un ppur l'autre est une faute qu'il faut, corriger. . ^

Ce qui est très remarquable c'est qu'on ne sait où mourut ce célèbre surintendant ^ :

* n paraîtrait que ce fut à Pignerol en 1680. La lettr* dèBii69i lUbutm, datée da iS mars de cette année ; celles de- madpme de SévignéV de» 3 et 5 ayril , ne laissent poinâ de ^ixtR sur Tannée : «piant an lieu de la mort| il est à croire que c'est Pignerol; c'est ce qu'on Toit dans un opuscule Intitulé : Sur la mort du surintendant J^ouquet , Hotiées recueiHies à Pignerol par Modeste Parolletti. Turin , i8f2, ino4*. L'auteur rapporte une procuration doçné»

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non qu'il importe de le savoir^ car sa n^ort n'ayant pas causé le moindre événAmeul^ elle est au rang de toutes les chp^s indifférentes; mais ce fait prouve à. quel point il était oublié sur la fin de sa vic^^ combien l$i considération qu'on reehercbe avec tant de soins est peu de chose ^ -qu'heureux sont ceux qui veulent vivre et mourir inconnus. Cette science serait plus utile que celle des dates.

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