ICECDOTK SUR LB MARECHAL DS LUXEMBOURG
J'ouvre dans ce moment une histoire de Hollande^ et je trouve que le maréchal de Luxembourg, en 1 67^1, fit cette harangue à ses troupes : « Allez ^ mes enfants^ pilles ^ a volez y tuez , violez ^ et s'il y a quelque « chose de plus abominable ne manquez pas « de le faire, afin que je voie que je ne me « suis pas trompé en vous choisissant comme « les plus braves des hommes. »
Voilà certaiaement une jolie harangue:
elle n'est pas plus vraie que celles de Tite Live^ mais elle n'est pas dans son goût. Pour
89 Air A 7 ANECDOTES.
achever de déshonorer la typographie^ cette belle, pièce s&jretrouve dans les dictionnaires nouveaux ^ qui ne sont que des impostures par^ordre alphabétique.
AITECPOTE SUR LOUIS XIY.
C'est une petite erreur dans Y Abrégé chronologique de l'histoire de France, de supposer que Louis XTV, après la paix tPUtrecht^ dont il était redevable à l'Angleterre, après neuf années de malheurs y après les grandes victoires que les Anglais avaient remportées, ait dit à l'ambassadeur d'Angleterre : « J'ai toujours été le maître chez a moi, quelquefois chez les autres^ ne m'en a faites pas souvenir. )» J'ai dit ailleurs ^ que ce discours aurait été très déplacé , très faux à l'égard des Anglais , et aurait exposé le roi à une réponse accablante. L'auteur même m'avoua que le marquis de Torcî, qui fut toujours présent à toutes les audiences du comte de Stairs, ambassadeur d'AngleteiTe, avait toujours démenti cette anecdote. Elle n'est assurément ni vraie , ni vraisemblable, et n'est restée dans les dernières éditions de ce livre que par cequ' elle avait été mise dans la première. Cette erreur ne dépare point du
* Siède dfi Louis XIF, oh« xxiii. G. D.
AVXj AirECDOTE$. 9f
Uki^ un ouvmge d'ailleurs très utile ^ oii tous les grands événements ^ rangés dans Tordre le plus commode ^ sont d'une vérité reconnue.
Tous ces petits contes dont on a voulu orner Tbistoire la déshonorent ; et malheureusement presque toutes les anciennes histoires ne sont guère que des contes.- Malebranche , à cet égard , avait raison de dire qu'il ne fêsait pas plus de cas de l'histoire que des nouvelles de son quartier.
LETTRE DE M. DE TOLTAIRE SUR PLUSIEURS AKfiCIÏOTES.
Nous croyons devoir teiminer cet article des anecdotes par une lettre de M. de Yoltaire à M. Damtlaville^ philosophe intré» pide , et qui seconda plus que personne son ami M. de Voltaire dans la catastrophe mémorable des Calas et des Sirven, Nous prenons cette occasion de célébrer autant qu'il est en nous la mémoire de ce citoyen ^ qui dans une vie obscure a montré des vertus qu'on ne rencontre g.uère dans le grand monde. Il fesait le bien pour le bien méme^ fuyant les hommes brillants ^ et servant les malheureux avec le zèle de Tenthousiasme. Jamais homme n'eut plus de courage dans l'adversité et à la mort. Il était l'ami intime
92 JkSA, AITECDOTEA.
de M. de Yoltâire et de M. Dîderot. Vorcî la lettre en question.
Au château de Femey, 7 mai 176a.
tt Par quel hasard s'est-il pu faire^ mon cher « aml^ que vous ayez lu quelques feuilles de a l'Année littéraire de maître Aliboron ? chez a qui avez-vous trouvé ces rapsodies ? il me « semble que vous ne voyez pas d'ordinaire a mauvaise compagnie. Le monde est inondé « des sottises de ces folliculaires qui mordent a parcequ'ils ont faim^ et qui gagnent leur « pain à dire de plates injures.
^ « Ce pauvre Fréron ^, à ce que j'ai ouï dire ,
* Le folliculaire dont on parle est celui-là même qui , Hjtttit été chassé des jésuites, a composé des^beUes pour virre, et qui a rempli ses libelles d'anecdotes prétendues littéraires. Eu voici une sur son compte :
Lettre du sieur Rojrou > avocat au parlement de Bretagne , heau'frère du nommé Fréron.
Hardi malin 6 mm 1770.
« Fréron épousa ma sœur il y a trois ans, «a Bretagne t « mon père donna vingt mille livres de dot. Il les dissipa « avec des filles, et donna du mal à ma sœur. Après quoi, « il la fit partir poUr Paris, dans le panier du coche, et la u fit coucher en chemin sur la paille. Je conms demander « raison à oe malheureux. Il feignit de se repentir. Mais « comme il fesait le métier d'espion, et qu'il sut qu'en « qualité d'avocat j'avais pris parti dans les troubles de « Bretagne , il m'accusa auprès de M. dé...., et obtint une « lettre de cachet pour me faire enfermer. Il vint lui-
ANA, ANBCDOTfiâ. 85
« est comme les gueuses des rues de Paris ^ « qu'op tolère quelque temps pour le service « des jeunes gens désœuvrés, qu'onrénferme « à THopital trois ou quatre fois par an, et « qui en sortent pour reprendre leur preii mier métier.
a J'ai lu les feuilles que vous m'avez en- « voyëes. Je ne sui» pas étonné que- mattre €i Aliboron crie un peu sous les coups de tt fouet que jelui ai donnés» Depuis que je me « suis aMusé à immoler ce polisson à la risée <t publique «ur tous les théâtres de TEurope, « il* est juste qu'il se plaigne un peu. Je ne « l'ai jamais vu, Dieu merci. Il m'écrivit une a grande lettre il y a environ vingt ads. J*'a- « vais, entendu parler de ses mœurs , et par « conséquent je ne lui fis point de réponse. « Voilà Forigine de toutes les calomnies « qu'on dit qu'il débita contre moi datis ses
« même Avec des archers dans la nie des.Noyevs, nu lundi « à dix heures du matin , me fit charger de chaînes , se « mit à c6té de moi dans un fiacre , et tenait lui-même le
«« bemt de la ehahte , etc. *.»
Noms ne jugeons point ici entre l«a detix faeaaxnfrères« Nous avons la lettre originale. On dit que ce Fréron n'a pas laissé de parler de religion et de Vertu dans ses feuilles. Adressex>TOtts à son marchand de vin. Volt.
"* Voyez le Mémoire à la suite de la lettre à d'Alembert , du 9 mon « 770- P-
S4 A» À 9 i^ECDOTBS;
ft feuilles. Il faut le laisser faire ; les gens-con- <( danmés par leurs ju^es ont permission de a leur dire des injures.
a Je ne sais ce que c'est qu'une comédie (( italienne qu'il m'impute, intitulée :. Quand « me mariera-t'On ^ 1 Voilà la première fois « que j'en ai entendu parler. C'est un mentt songe absurde. Dieu a voulu que j'aie fait « des pièces de théâtre pour mes pécfaés^ <( mais je n'ai jamais fait de farce italienne. « Rayez cela de vos anecdotes.
a Je ne sais comment une lettre que j'é- (( crivis à milord Littleton et sa réponse sont <c tombées entre les mains de ce Fréronj <c mais je puis vous assurer qu'elles sont <( toutes deux entièrement falsifiées. Jugeztt en, je vou? en envoie les originaux.
« Ces messieurs les folliculaires ressemik blent assez aux chiffonniers qui vont rama»- « sant des ordures pour faire du papier.
tf Ne voilà-t-il pas encore une belle anec- « dote, et bien digne du public, qu'une « lettre de moi au professeur Haller, et une a lettre du praJfesseur Haller k moi ! et de
* C'est la pièce imprimée dans le tome VIII de réditi<ift de M. Lequien sons ce titre : L* Échange > ou Quand est-ce qu*on me marie? et dans Pédition d,e M. Renouard sous cetai-ci : Le comice Boursoufle. Cette pièce est de Voltaire.
ÂVXf ÀNBCBOTES. 86
a quoi «'avisa M. Haller de faire courir mes « lettres et les siennes ? et de quoi s'afvise a un folliculaire de les imprimer et de les tt falsifier poui* gagner cinq sous ? Il me la <c fait signer au château à% Toorney ^ où je « n'ai jamais demeuré",
« Ces impertinences amusent un moment a des jeunes ^ns oisife^ et tombent le moa ment d'après dans l'éternel oubli oà tous a les riens de ce temps-ci tombent en foule.
« L'anecdote du cardinal de Fleuri sur le « qyemadmodum que Louis XIY n'en tien- « dait pa[â est très Traie. Je ne l'ai rapportée « dans le Siècle de Louis XIV que par- « ceque j'en étais sûr, et je n'ai point ràp* « porté celle du nycticorax parceque je n'en « étais pas sur. C'est un vieux conte qu'on ft me fesait dans mon enfance au collègue des « jésuites ^ pour me iàire sentir la supéito- «. rite du père de La Chaise sur le grand>au-
' TJne lettre 4© Voltaire à M. de Cbauvelin , du 7 septembre T789, en formé de requête on consuhation , écrite en faT«iir d'im nommé Bétens , est ainsi datée : « Do « ThéAtre de Toumey, pays de Gex , pays* oharmant, « mais où la terre ne rapporte que trois pour un , pays « où j'entretiens les haras du roi à mes dépens , et où M fe n'ai point d'ayoine; ainsi tout ra. ^
n est très possible qae Voltaire ait daté cette pièce d» Touroiey, y étant' alors, mais sans y demeurer. ^
iè6 KTHXy AlYBCDOTÊft.
« mômetfrx^e France. On prétendait qu'e le n ^^ttd-aumônier^ interrogé sur la signiflca- « tion de nyctioorax, dit que c'était un ca- « pitaine du'roi David y et que le révérend «. père de La Chftfse as»ura que c'était un hi- « bou; peu m'importe. Et très'peu m'importe m encore qu'on fredonne pendant un quart <c d'heure dans un latin ridicule un rtyctito- 4( rax grossièrement mis et) musique.
' a Je Ei'ai point pr^étendu blâmer Louis XIY « d'ignorer le latin ; il savait gouverner, il « savait faire fleurir tous les arts^ cela valait « mieux que d'entendre Cicéron. D'ailleurs « cette ignorance du latin ne venait pas de « sa faute, puisque dans sa jeunesse il ap- « prit de lui-même l'italien et l'espagnol'.
<c Je ne sais pa6 pourquoi Thomme que le « folliculaire fait parler me reproche de ci- « ter le cardinal de Fleuri, et s'égaie à dire « que y aime h citer de grands noms. Vous « savez, mon cher ami, que mes grands « noms sont ceux de Newton, .de Locke, de tt Corneille, de Racine, de La Fooiaine, de « Boileau. Si le nom de Fleuri était grand « pour moi, ce serait le nom de Tabbé Fleuri, u auteur des discours patriotiques et savants, « qui ont sauvé de Toubli son Histoire ecdé- « siastique j et non pas le cardinal de Fleuri
« ï^ô j'ai fort connu avant qu'il fût ministre^ «^ et<}ui^<qcu)nd il le fut, fît exiler un des « plus respectables hommes de France , « Fabbê Pucelle, et empêcha bénignement « peadaot tout son ministère qu'on ne sou- « tint lea quatre fkmeoises propositions sur « lesquelles est fondée la liberté française <( dans les choses ecclésiastiques.
« Jte ne connais de g;)rand3 hommes que « ceux qui ont rendu de ^ands services au « genre humain.
« Quand j'amassai des matériaux pour « écrire .le Siècle de Louis XIV ^ il faillit «bien consulter des généraux, dey minia^ « très, des aumôni^s, des darnes^ et de« « valets de chambre. Le cardinal de FleuKÏ « avait été aumônier, et il m'apprit fort peu a de chose. M. le maréchal de Villars m-ap- « prit beaucoup pendant quatre ou cinq an^ « nées de temps, comme vous le savez f et « Je n'ai pas dit tout ce qu'il voulut bien « m'apprendre.
« M. le duc d'Antin me fit part de plu- « sieurs anecdotes , que je n'ai données qiie « pour ce qu'elles valaient.
« M. de Torci fut le premier qui m'apprit, « par une seule ligne eii marge de mes ques- « tiona, que Louis XIY n'eut jamais de part
88 ASA, AirfiCDOVES.
H à ce fioneux testament du roi d^Espagae « Charles 11^ qui changea la face de l'Eua rope*
a II n'est pas permis d'écrire une hhrtojre « contemporaine autrement qu'en consul- « tant avec assiduité et en confrontant tous « les témoignages. Il y a des faits que j'ai « vus par mes yeiot, et d'autres par des yeux « meilleurs. J'ai dit la plus exacte vérité sur « les choses essentielles.
<( Le roi régnant m'a rendu publiquement « cette justice .* je crois ne m'Àtre guère ft trompé sur les petites anecdotes y dont je ik fais très peu de cas ; elles ne sont qu'un a vain amusement. Les grand» événements « instruisent.
.« <c Le roi Stanislas duc de Lorraine m'a « Tendu le témoignage authentique que j'a- « vais parlé de toutes les choses importantes « arrivées sous le règne de Charles XII ^ ce « héros imprudent^ comme si j'en avais été « le témoin oculaire.
« A l'égard des petites circonstances^ je « les abandonne à qui voudra ) je ne m'en « soucie pas plus que de l'histoire des quatre ft. filsAymon.
« J'estiaie bien autant celui qui ne sait pas tf une anecdote inutile que celui qui la sait.
AnJiy AHECDOT^. 89
« Puisque vcms voulea dire iafiruit des baa gatelles et .des ridicules^ je vous dirai qu« a votre malheureux fblHculaire se trompe, « quand il prétend qu'il a été joué mr le u théâti*e de Londres avant d'avoir été berné « sur celui de Paris par Jérôme Carré. La a traduction , ou plutôt l'imitation de la « comédie de l'Écossaise et de Fréron , « faite par M. George Colman , n'a été jouée a sur le théâtre de Londres qu'en 1766, et a n'a été imprimée qu'en 1 767 chez Beket et a de Honte. Elle a eu autant de succès à « Londres qu'à Paris , parceque par tout « pays on aime la vertu des Lindane et des « Freeport, et qu'on déteste les folliculaires a qui barbouillent du papier , et mentent « pour de l'argent. Ce fut l'illustre Garrick « qui composa l'épilogue. M. George Coi- « man m'a fait l'honneur de m'envoyer sa « pièce ^ elle est intitulée : The English a Merohani.
« C'est une chose assez plaisante , qu'à « Londi*e$, à Pétersboiirg, à Vienne, à Gê- « nés, à Parme, et jusqu'en Suisse, on se soit a légalement moqué de ce Fréi-on. Ce n'est pas « à sa personne qu'on en voulait; il prétend « que t Écossaise ne réussit à Paris que partt cequ'il y est détesté. Mais la pièce a réussi
90 AN A, AJ)rBCb0X£6.
a à LondriM^^àYieiiney ou il estinconna. Pers« sonne u^enyouXaithi Pourceeaignac y quand a Pourceaugnac fit rire l'Europe.
.« Ce soat là des anecdotes liuéraires assez 4f bien constatées^ jnais ce sont^ sur ma pa- <i role^ les véiiêés les plus inutiles qu'on « ait jamais, dites. Mon- ami ^ un chapitre de a Cicéron ^ de Offtciis et deNaturâ deorum, a un chapitre de Locke ^ une Lettre pro- « vinciale y une bonne &ble de La Fontaine^ a des vers de Boileau et de Racine^ voilà « ce qui doit occuper un vrai littérateur.
« Je voudrais bien savoir quelle utilité le « public retirera de l'examen que fait le fol- « liculaii^e^ si je. demeure dans un château « ou dans une maison de campagne. J'ai lu <c dans une des quatre cents brochures faîtes a contre moi par mes confrères de la plume, a que madame la duchesse de Richelieu « m'avait fait présent un Jour d'un carrosse a fort joli et de deux chevaux giùs-pommelés, « que cela déplut fort à M. le duc de Riche- « lieu. Et là-dessus on bâtit une longue his- « toire. Le bon de l'affaire c'est que dans « ce temps-là M» le duc de Richelieu n'avait « point de iemme.
« D'autres impriment mon Porte^uilie <k retrouvé^ d'autres mes Lettres à M. B. et
«à madame'S)^^ à«[ui.jeji'aijamaiaéci>àt^et a daos ce«^ lettres^ toujours des aiuecdotes. « Ne vi^i^^-OB pas d'ÛBLpriaàaer les Lettres « prétendues de la reiaeC3»ristiae^ de Ninon a Leikclps ^ etc. ^ etCb ' ! Des curieux mettent a ces sottise» dans ièurt bibKolkèques , et « uia jour quelque érudk aux ga^- d'un lift braire le« fera valoir comme des monUa méats précieux de Fhistoire. Quel fatras! «quelle pitié! quel opfMrobre des la liltéra- « ture ! quelle perle de temps I »
. Ou- ferait bien aisément un très gros volume ^ui^ <?es anecdotes; m^is en général on peuJt assurer. qu'ellesressemble«t aux vieilles cbartes des moines. Sur mille il y en* a huit cents de fausses. Mais^ et vieilles cbartes en parchemin^ et nouvelles anecdotes imprimées chez Pierre Marteau ^ tout cela est &it pour gagner de l'argent.
AKfiCDOTS BXirGTTuiRV &UR LE PÈRE FOVQITET, CIHDKVAUT JESUITE.
( Ce morceau est ùiséré en partie dansr le» Lettres
.. juives. )
Eîn T^aS le 'pèt*eFouquet, jésuite ; revint en Fraviee- de la Chine où il àviait passé
^ Fraôçoia ,Lacoiiibe ^est afateur des^ Lettres secrètes 4e ChrisUnet i:']^, in^ria.- Les Letiws de.Nintot^ de Zenelos au marquis de Sévigné ont pour «utonr ua nommé» Da-
99 AN A, ANBCBOTEft.
vingt-cinq ans. Des disputes 4e religion Tavatent ÎM'ouillé avec ses confrères, ii avait porté' à la Chine un Evangile différent du leur y et rapportait en Europe des mémoires contre eux. Deux lettré» de la Chine avaient fiaiit le voyage avec lui. L'un de ces lettrés était mort sur le vaisseau; l'autre vint à Paris avec le père Fouquet. Ce jésuite devait emmener son lettré à Rome^ comme un témoin de la conduite de ces bons pères à la Chine. La chose était secrète.
Fouquet et son lettré logeaient à la maison professe^ rue Saint- Antoine à Paris. Les ré^ vérends pères ^rent avertis des intentions de leur confrère. Le père Fouquet sut aussi inc<Hitinent les desseins des révérends pères; il ne perdit pas un moment y et partit la'nuît en poste pour Rome.
Les révérends pères eurent le crédit de faire courir après lui. On n'attrapa que le lettré. Ce pauvre garçon ne savait pas un mot de françaiSr Les bons pères allèrent trouver le cardinal DubcMS^ qui alors avait besoin d'eux. Us dirent au cardinal qu'ils avaient parmi eux un jeune homme qui
mour , avocat au conseil , qui en publia cinquante-cinq en 1750» et quarante-trois de plus dans une nouyelle édition de 1 752 , 1 ToL petit tn*ia. R.
ANA, AZTECDÛTES. 95
était devenu feu^ et qu'il &Uait r<ei>ferm«r.
Le cardinal qui y par intérêt ^ eût dû )e prolég;er sur cette seule accusation ^ donna 8ur-le>chaii^ une lettre de cachet^ la ckoae du monde dont un ministre est quelquefois le plus libéral.
Le lieutenant -de police vint prendre ce fou qu'on Im indiqua : il trouva un homme qui fesait des révérences autrement qu'à la française^ qui parlait comme en chantant^ et qui avait l'air tout étonné. U le plaignit beaucoup d'être tcnnbé en démence^ le fit lier^ et l'envoya à Charenton^ ou il fut fouetté; comme l'abbé Desfontaines ^ deux fois par semaine.
. Le lettré chinois ne comprenait rien à cette manière de recevoir les étrangers. Il n'avait passé que deux, ou trois jours à Paris ; il trouvait les mœurs des Français assez étranges^ il vécut deux ans au pain et à l'eau en^e des fous et des pères correcteurs, n crut que la nation française était composée de ces deux espèces ^ dont l'une dansait ^ tandis que l'autre fouettait l'espèce dansante.
Enfin au bout de deux ans le ministère changea; on nomma un nouveau lieutenant de police. Ce magistrat commença son ad-
94 AXJky AHECDOTES.
miniÂti^aiioD par aller visiter les prisées, il vk Us fous de Chareaton. Après qu'il se fut eipÉfacetemuavec «ux, il -demanda sMl ne restaàlirplus personne à voir. On lui^dit qu'il y a^ait encore un pauvre malheurenk ^ mais qu'il parlait une langue que personne n*eritendait.
Un jésuite qui accompagnait le magistrat dît qme c'était la folie de cet homnote de ne jamais répondre en français, qii'oii n'en tirerait rien^ et qu'il conseillait qu'on zœ se donnât pas la peine de le faire yenir".
Le ministre insista* Le malheurerux fut amené; ilae jeta aux genoux du lieutenant de police, qui envoya cherdier les interprètes du roi pour l'interroger ;■ on lui paria espagnol^ latin, grec^ anglais; il disait tou' jours RarUoH, Kantan* Le jésuite assura qu'il étaït possédé.
Le magistrat, qui avait entendu dire autrefois qu'il y a une province de la Chine appelée Kantan , s'imagina que cet homme en était peut-être. 'On fit venir un interprète des missions étrangères, qui écorchaîÉ le chinois; tout fut reconnu; le magistrat ne sut que £iire, et. le jésuite que dire. M. le duc de Bourbon était alors preiaier ministre^ on lui conta la chose; il fit donner de l'ar-
gent et des iiabits au Chinoi»^ et on le renvoya daiw son pays , d'où l'on ne croit pas que beaucoup de lettrés viennent jamais nous voir.
Il eût été. plus politique de le garder et de le bien traiter^ que de l'envoyer donner à la Chine la plus mauvaise opinion de la Frauce.
AtrrR£ ÀNXCDOTE SUR UK JESUITE CBIITOIS.
Les jési^tes de France^. missionnaires secrets à la fGhine ^ dérobëreat il y a environ» trenteans uo'enfant.de Kantonà sespaitents^ le menèrent à Paris ^ et relevèrent dans leur couvent de la rue Saint-Antoine. Cet i^ilant se (it jésuite à Tâge de quinze ans^ et resta encore dix jans en France. Il sait- parfaitement le français et le chinois y etil est assez savant. M. Bcrtin ^ xontroleur^éiiéral et de* puis secrétaire d'état^ le renvoya àlaClnne^ eu 1763^ après l'abolissement des jésuites..
Il s'appelle K^o; U signe Ko yjfésuite.
Il y avait.^ en 1770, quatorze jésuites fnoF çais à Pékin, pckcxni lesquels était le frèi:e %Oj qui deiBeure encore- dans leur maison.
L'empereur Kien-Loag a conservé auprès de lui ^es moines d'Europe en qualité de peintres, de graveurs,, d'horlof ers, de m^-?
96 AITA, .ARECDOTES.
cantciena, av«c cléfense expreste de disputer jamais sur la religion^ et de causerie moiodre' trouble dans l'empire.
Le jésuite Ko a envoyé de Pékin à Paris ^s mamMu(»*its de sa composition intiColés : Mémoires eoncernimt i'histoire , les scien^ CBS , les arts , les mœurs et les usages des Chinois, par les missionnaires de Pékin, Ce livre est imprimé ^ et se débite actuellement à Paris chez le libraire Nyon.
L'auteur se déchaîne contre tous les philosophes de l'Europe^ à la page 271 . H donne le nom d'illustre martyr de Jésus-Christ à un prince du sang tartare que les jésuites avaient séduit^ et que le feu empereur Yongtching avait exilé.
Ce Ko se vante de faire beaucoup de néophytes; c'est un esprit ardent^ capable de troubler plus la Chine que les jésuites n'ont autrefois troublé le Jupon.
On prétend qu'un seigneur russe ^ indigné de cette insolence jésuitique^ qui s'étend au bout du iiK>nde^ même après l'extinction de cette société^ veut faire parvenir à Pékin ^ au préaident du tribunal des rites ^ un extrait en chinois de ce mémoire^ qui puisse faire connaître le nommé Ko et les autres jésuites qui travaillei^avac lui»
ÂNÀTOMIX. 97