‹ Dictionnaire philosophiqueChapitre 64 sur 84 · AUGE · texte numérisé non relu

AUGE

leurs noms* Uun dVax lui dit : « Je^iendraî «: vous voir, si Dieu ihe donne vie , Tannée « prochûie ^ et Sara votre femme aura un <t fils. »

Dom CaLoiet trouve un très grand rapport entre cette histoire et 1» fable qu'Ovide raconte dans ses Fastes, de Jupiter^ de Neptune et de Mercure^ qui^ ayant soupe chez le vieillard Hyrieus , et le* voyant affligé de ne pouvoir faire des enfants /pîasèrent sur le cuir du veau qu'Hyrieus leur avait servi , et ordonnèrent à Hyrieus d'enfouir sous terre ^ et d'y laisser pendant neuf mois^ ce cuir arrosé de l'urine céleste. Au bout de neuf mois, Hyrieus découvrit son cuirj il y trouva un enfant qu'on appela .Orion, et qui est actuellement dans le ciel. Calmet dit même que les termes dont se servirent les anges avec Abraham peuvent se traduire ainsi : <c II naîtra un fils de votre « veau. »

Quoi qu'il en soit, les anges ne dirent point leur nom à Abraham ; ils ne le dirent pas même à Moïse ; et nous ne voyons le nom de Raphaël que dans Tobie du temps de la captivité. Tous les autres noms d'anges Mnt pris évidemment des Ghaldëens et des Perses. Raphaël, Gabriel, Urîel, etc.,

sont persans et babyloniens. Il n'y a pas jusqu'au nom d'Israël qui ne soit chaldéen. Le savant Juif Philon le dit expresséiBent dans le récit de sa députation vers Cal igula (avantpropos J.

Nous ne répéterons point ici ce qu'on a dit ailleurs des anges.

SATOIR SI LES GRECS ET LES ROMAtlTS ÂDMIREIVT

DES AITGKS.

Ils avaient assez de dieux et de demidieux pour se passer d'autres êtres subalternes. Mercure fesait les commissions de Jupiter; Iris celles de Junon; cependant ils admirent encore des génies, des démons.

La doctrine des anges gardiens fut mise en vers par Hésiode, contemporain d'Homère, Voici comme.il s'explique dans le poème dés Travaux et des Jours :

Dans les temps bienbeureta de Saturne «t de Ehée, Le mal fut inconnu, la fatigue ignorée; Les dieux prodiguaient tout : les humains satisfait^ Ne se dUputant rien , forcés de vivre en pau , rTavaient point corrompu leurs mœurs inaltérables. La mort; Taffreuse mort, si terrible aux coupables N'était qu'im doux passage, en ce séjour mortel , Des. plaisii*s de la terre aux délices du ciel. Les hommes de ces temps sont nm heureux géiées. Nos démQin& fortunés ^^ les soutiens de nos vies.;

AiroE. 455

Ils veillent près de nous ; ils voudraient de nos oceurs Écarter, s'il se peut , le crime et les douleurs, etc.

Plus on fouille dans l'antiquité ^ plus on voit combien les nations modernes ont puisé tour-à-tour dans ces mines aujourd'hui presque abandonnées. Les Grecs y qui ont si long-temps passé pour inventeurs , avaient imité l'Egypte, qui avait copié les Chaldéens, qui devaient presque tout aux Indiens. La doctrine des anges gardiens , qu'Hésiode avait si bien chantée, fut ensuite sophistiquée dans les écoles; c'est tout ce qu'elles purent faire. Chaque homme eut son bon et son mauvais génie, comme chacun eut son étoile.

<* Est genius , natale cornes qui tempérât astrum. »

HoR., lib. II, ep. II, 187.

Socrate, comme on sait, avait un bon ange : mais il faut que ce soit le mauvais qui l'ait conduit. Ce ne peut être qu'un très mauvais ange qui engage un philosophe à courir de maison en maison pour dire aux gens, par demande et par réponse, que le père et la mère, le préceptem- et le petit garçon, sont des igaorants et des imbéciles. L'ange gardien a bien de la peine alors à garantir sou protégé de la ciguë.

454 JlVGZ,-

ihï ne connaît de Marcus Bmtus que «on mauvais ange ^ qui lui apparut ayitnt la bataille de Philippes.

MCTIOK II.

La doctrine des anges est une des plus anciennes du monde ^ elle a précédé celle de l'immortalité de Pâme : cela n'est pas étrange. Il faut de la philosophie pour croire immortelle l'ame de l'homme mortel : il ne faut que de l'imagination et de la faiblesse pour inventer des êtres supérieurs à nous^ qui nous protègent ou qui nous persécutent. Cependant il ne paraît pas que les anciens Egyptiens eussent aucune notion de ces êtres célestes ; revêtus d'un corps éthéré, et ministres des ordres d'un Dieu. Les anciens Babyloniens furent les premiers qui admii*ent cette théologie. Les livres hébreux emploient les anges dès le premier livre de la Genèse ; mais la Genèse ne fut écrite que lorsque les Chaldéens étaient une nation déjà puissante ; et ce ne fut même que dans la captivité à Babylone, plus de mille ans après Moïse ^ que les Juifs apprirent les noms de Gabriel ^ de Raphaël ^ Michael ^ Uriel, etc.^ qu'on donnait aux anges. C'est une chose très singulière que les religions

jucMTqoe et chrétienne étant fondées sur la chute d'Adam, cette chute étant fondée ^r. la tentation du mauvais ange, du diable, cependant il ne soit pas dit un seul mot dans le Pentateuquc de l'existence des mauvais anges , encore moins de leur punition et de leur demeure dans Fenfer.

La raison de cette omission est évidente^ c'est que les mauvais anges ne leur furent connus que dans la captivité à Babylone^ c'est alors qu'il commence à être question d'Asmodée , que Raphaël alla enchaîner dans la Haute-Egypte ; c'est alors que les Juifs entendent parler de Satan, Ce mot Setian était chaldéen, et le livre de Job, habitant de Chaldée, est le premier qui en fasse mention.

Les anciens Perses disaient que Satan était un génie qui avait fait la guerre aux Dives et aux Péris, c'est-à-dire aux fées.

Ainsi, selon les règles ordinaires de la probabilité, il serait permis à ceuiit qui ne se serviraient que de leur raison de penser que c'est dans cette théologie qu'on a enfin pris Fidée, chez les Juifs et les chrétiens, que les mauvais anges avaient étjé chassés du ciel, et que leur prince avait tenté Eve sous la figure d'un serpent.

On a prétendu qu'Isaïe ( dans son diiapi* tre xiv> V. 12) avait cette allégorie en vue quand il dit : <( Quomodo cecidisti de cœlo, « Lucifer^ qui manè oriebaris? » Gomment es-tu tombé du ciel^ astre de lumière^ qui te levais au matin ?

C'est même ce verset la tin ^ traduit d'isaxe^ qui a procwé au diable le nom de Lucifer. On n'a pas songé que Lucifer signi&e celui qui répand la lumière. On a encore moins réfléchi aux paroles d'Isaïe. 11 parle du roi de Babylone détrôné, et, par une figure conmiune, il lui dit : Gomment es-tu tombé des cieux, asti^e éclatant?

n n'y a pas d'apparence qu'Isaïe ait voulu établir par ce trait de rhétorique la doctrine des auges précipités dans l'enfer : aussi ce ne fut guère que dans le temps de la primitive Eglise chrétienne, que les Pères et les rab-^ bins s'efforcèrent d'encourager cette doctrine , pour sauver ce qu'il y avait d'incroyable dans l'histoire d'un serpent qui séduisit la mère des hommes y et qui , condamné pour cette mauvaise action à marcher sur le ventre, a depuis été l'ennemi de l'homme, qui tâche toujours de l'écraser, taudis que celuici tâche toujours de le mordre. Des substances célestes, précipitées dans l'abirae,.

AKGE. . f57

.qui en sortent pour persécuter le geiii*e hu« main^ ont paru quelque • chose de plus sublime.

On ne peut prouver, par aucun rai&onnement, que ces puissances célestes et infer^ nales existent; mais aussi on. ne saurait prouver qu'elles n'existent pas. Il n'y a certainement aucune contradiction à reconnaître ; d,es substances bienfesantes et malignes, qui ne soient ni de la nature de Dieu ni de la nature des hommes; mais il ne suf^ pas qu'une chose soit possible pour la croire.

Les anges qui présidaient aux nations chez les Babyloniens et chez les Juifs sont précisément ce qu'étaient les dieux d'Homère, des êtres célestes subordonnés à un être suprême. L'imagination qui a produit les uns a probablement produit les. autres. Le nombre des dieux inférieurs s'accrut avec la religion d'Homère. Le nombre des anges s'augmenta chez les chrétiens avec le temps.

Les auteurs connus sous le nom de Denis l'aréopa^ite, et de Grégoire l«r^ fixèrent le nombre des anges à neuf chœurs dans trois hiérarchies : la première, des séraphins, des chérubins y -et des trônes ; la seconde, des dominations ) des vertus , et des puissances ^ la troisième à^è principautés ^ des,

nrchaf^e^f et ^n^h des anges, qui donnent - }a dénomination à tout le reste.' Il n'est guère paiini$i}u''à un papede régler ainsi les rangs dans le del.

SECTlOir III.

Ange y en grec, envoyé; on n'en sera gû^ plus instruit quand on saura que les Perses avaient des Péris y les Hébreux des Makikim, les Grecs leurs Daim^noi.

Mais ce qui nous instruira peut-être davantage ce sera qu'une des premières idées des hommes a toujours été de placer des êtres intermédiaires entre la Divinité et n«us; ce scMQft ces démons y ces génies y que l'antiquité inventa; l'homme fit toujours les dieiix à son image. On voyait les princes signifier leurs ordres par des messagers, donc la Divinité envoie aussi ses courriers : Mercure, Iris, étaient àes courriers, des messagers.

Les Hébreux , ce seul peuple conduit par la Divinité même, ne donnèrent point d^abord de nom.s aux anges que Dieu daignait enfin leur envoyer ; ils empruntèrent les n<Mms que leur donnaient les Ghaldéens , quand la nation juive fut captive dans la Babylonie; Michel et Gabriel sont nommés pour la première fois par Daniel, esclave

chez ces peuples. Le Juif Tobie, qui vivait à Ninive, connut Fange Baphael qui voyagea avec son fils pour l'aider à retirer de Fargent que lui devait le Juif Gabael.

Dans les lois des Juifs, c'est-à-dire dans le Lévitique et le Deutéronome, il n'est pas fait la moindre mention de l'existence des anges ^ à plus, forte raison de leur culte; aussi les saducéens ne croyaient-ils point aux anges.

Mais dans les histoires àe% Juifs il en est beaucoup parlé. Ces anges étaient corporels; ils avaient des ailes au dos , comme les gentils feignirent que Mercure en avait aux ta* Ions; quelquefois ils cachaient leurs ailes sous lem's vêtements. Comment n'auraientils pas eu de corps y puisqu'ils buvaient et mangeaient^ et que les haÛtants de Sodome voulurent commettre le péché de la pédérastie avec les anges qui allèrent chez Lotli?

L'ancienne tradition juive ^ s^on Ben Maimon, admet dix degrés ^ dis ordres d'anges, i . Les chaios acodcsh, pars^ saints. Oi, Les ofamin, rapides. 3. JjeSyOralim, les forts. 4* Les chasmalim, les flanmies. 5. Les seraphirriy étincelles. 6. Les maiakim, anges^ messagers , députés. 7. Les éloim, les dieux ou juges. 8. Les hen eloim , enfants des

160 ANa£.

dieux. 9. Cheruhùn, images. 10. Ychim, les animés.

L'histoire de la cbxd^ des anges ne se trouve point dans les livres de Moïse; le premier témoignage qu'on en i^pporte est celui du prophète Isaïe^ qui^ apostrophant le roi de Babylone, s'écrie : Qu'est devenu l'exacteur des tributs ? les sapins et les cèdres se réjouissent de sa chute; comment es-tu tombé du ciel, ô Hellel, étoile du matin ? On a traduit cet Hellel par le mot laitia Lucifer ; et ensuite^ par un sens allégorique, on a donné le nom de Lucifer au prince des anges qui firent la guerre dans le ciel ; et enfin ce nom qui signifie phosphore et aurore est devenu le nom du diable.

La religion chrétienne est fondée sur la chute des anges. Ceux qui se révoltèrent furent précipités des sphères qu'ils habitaient dans l'enfer au centre de la terre, et devinrent diables. Un diable tenta Eve sous la figure d'un serpent , et damna le genre humain. Jésus vint racheter le genre humain, et triompher du diable qui nous tente encore. Cependant cette tradition fondamentale ne se trouve que dans le livre apocryphe d'Enoch , et encore y est-elle d'une manière toute différente de la tradition reçue.

Saint Augustin^ dans sa cent neuvième lettre ; ne fait nulle difficulté d'attribuer des corps déliés et agiles aux bons et aux mauvais anges. Le pape Grégoire II"^ a réduit à neuf chœurs^ à neufhiérarchiea.ou ordres^ les. dix chœurs des anges reconnus pa^ les Juif^.

Les Juifs avaient dans leur temple deux chérubins ayant chacun deux têtes , Tune de bœuf et l'autre d'aigle^ avec six ailes. Nous les peignons aujourd'hui sous l'image d'une tâte volante^ ayant deux petites ailes au-dessous des oreilles. Nous peignons les anges et les archange» sous la figure de jeunes gcns^ ayant deux ailes au dos. A l'égard des ti*ônes et des dominations^ on ne s'est pas encore avisé de les peindre.

Saint Thomas^ à la question cviii, article If dit que les trônes sont aussi près de Dieu que les chérubins et les séraphins^ parceque c'est sur eux que Dieu est aesis. Scot a compté mille millions d'anges. L'ancienne mythologie des bons et des mauvais génies ayant passé de l'Orient en Grèce et à B.ome^ nous consacrâmes cette opinion^ en admettajQt pour chaque homme un bon et un mauvais ange ^ dont l'un l'assiste ^ et l'autre lui nuit depuis sa naissance jusqu'^

Hi ANNALES.

sa mort } mais on ne sait pas encfM% si ces bons et mauvais anges passent contiaueliement de leur poste à un autre ^ ou s'ils sont relèves par d'autres. Consultez sur cet article 1^^ Somf^e de saint Thomas.

On ne sait pas précisément où les anges se tiennent ^ si c'est dans l'air , dans le vide^ dans les planètes : Dieu n'a pas voulu que nous en fussions insti*uits.

Que de peuples ont subsisté long-temps et subsistent encore sans annales ! Il n'y en avait dans l'Amérique entière^ c'est-à-dire dans la moitié de notre globe^ qu'au Mexique et au Pérou , encore n'étaient-elles pas fort anciennes. Et des cordelettes nouées ne sont pas des livres qui puissent entrer dans de grands détails.

Les trois quarts de l'Afrique n'eurent jamais d'annales : et encore aujourd'hui chez les nations les plus savantes ^ chez celles même qui ont le plus usé et abusé de l'art d'écrire, on peut compter toujours , du moins jusqu'à présent, quatre-vingt-dixnetrf parties du genre humain sur cent, qui ne savent pas ce qui s'est passé chez elles au-delà de quatre générations^ et qui à peine

connaissent le nom d'un- bisaïeul. Presque tous le» habitants des bourgs et des villages sont dans ce cas ; très peu de familles ont des titres de leurs possessions. Lorsqu'il s'élève des procès sur les limites d'un champ ou d'an pré^ le juge décide suivant le^rapport des vieillards : le titre est la possession. Quelques grands événements se transmettent des pères aux enfants j et s'altèrent entièrement en passant de bouche en bouche; ils n'ont point d'autres annales.

Voyez tous les villages de notre Europe si policée^ si éclairée, si remplie de bibliothèques immenses, et qui semble gémir aujourd'hui sous l'amas énorme des livres.

Deux hommes tout au plus par village, l'un portant l'autre, savent lire et écrii^. La société n'y perd rien. Tous les ti'avaux s'exécutent; on bâtit, on plante, on sème, on recueille comme on fesait dans les temps les plus reculés. Le laboureur n'a pas seulement le loisir de regretter qu'on ne lui ait pas appris a consumer quelques heures de la journée dans la lecture. Gela prouve que le genre humain n'avait pas besoin de monuments historiques" pour cultiver les arts véritablement nécessaires à la vie.

Il ne faut pas s'étonner que tant de peu-

464 AUlfALES.

plades manquent d'annales ^ mais que trois ou quatre nations en aient conservé qui remontent à cinq mille ans ou environ^ après tant de révolutions qui ont bouleversé la terre. Il ne reste pas une ligne des anciennes annajes égyptiennes j chaldéennes y persanes^ ni de celles des Latins et des Etrusques. Les seules annales un peu antiques sont les indiennes y les chinoises y les hébraïques \

Nous ne pouvons appeler annales des moi*^ ceaux d'histoire vagues et décousus^ sans aucune date y sans suite ^ sans liaison, sans ordre ^ ce sont des énigmes proposées par l'antiquité à la postérité qui n'y entend rien.

Nous n'osons assurer queSanchoniatbon, qui vivait y dit-on , avant le temps où l'on place Moïse', ait composé des annales. Il

* Voyez Tarticle histoibi. Volt.

* On a dit ^ q[ue si Sanchoniathon ayait yéca du temps de Moïse, ou après lui, FéTéque de Césarée Eusèbe, qui cite plusieurs de ses fragments, aurait indubitablement cité ceux où il eût éié fait mention de Moïse et des prodiges épouyantables qui araient étonné la nature. Sanchoniathon n'aurait pas manqué d'en parler : Eusèbe aurait fait raloir son témoignage , il aurait prouré Texis» tence de Moïse par Payeu authentique d'un savant contemporain , d'un homme qui écrivait dans un pays où les Juifs se signalaient tous les jours par des miracles. Eu-

* Vfi^es ei-deTtnt article adam. P.

aura probablement borné ses recherches à sa cosmogonie^ comme fit depuis Hésiode en Grèce. Nous ne proposons cette opinion que comme un doute ^ car nous n'écrivons que pour nous instruire et non pour enseigner.

Mais ce qui mérite la plus grande atten^ tion c'est que Sanchoniathon cite les livres de rÉgyptien Thaut, qui vivait, dit-il , huit cents ans avant lui. Or, Sanchoniathon écri* vait probablement dans le siècle où Ton place l'aventure de Joseph en Egypte.

Nous mettons communément l'époque de la promotion du Juif Joseph au premier ministère d'Egypte k l'an îî3oo de la création.

Si les livres de Thaut furent écrits huit cents ans auparavant, ils furent donc écrits l'an i5oo de la création. Leur date était donc de cent cinquante-six ans avant le déluge. Ils auraient donc été gravés sur la pierre , et se seraient conservés dans l'inondation universelle.

Une autre difficulté c'est que Sanchoniathon ne parle point da déluge , et qu'on n'a

8«be ne cite jamais Sanchomathon sur les actioqs de Moïse; donc Sanchoniathon avait écrit auparavant. On le présume, mais avec la défiance que tout homme doit avoir de son opinion, excepté quand il ose assurer que ^enx et deux ic^t quatre. Volt.

166 kNNJL'LES.

jamaifi cité aucun auteur égyptien qui en çàt parlé. Mais ces difficultés s'évan4Mii8sent devant la Genèse inspirée par TËsprit saint*

Nous ne prétendons point nous enfoncer ici dans le chaos que quatre-yin§;t8 auteurs ont voulu débrouiller en Inventamt des chronologies difFérentes ; nous nous en tenons toujoursàrancien TestamenL Nous demandons seulement si du temps de Thauton écrivait en hiéroglyphes ou en caractères alphabétiques ;

Si on avait déjà quitté la pierre'et la brique pour du vélin ou quelque autt« matière ;

Si Thaut écrivit des annales ou seulement une cosmogonie ;

S'il y avait déjà quelques pyramides bâties du temps de Thaut ;

Si la Basse-pjÉgypte était déjà habitée }

Si OQ levait pratiqué des caBatix pour recevoir les eaux du Nil 5

Si les Ghaldéens avaient déjà enseigné les arts aox Égyptiens^ et si les Obaldéens le* avaient reçus des brachmanes.

Il y a des gens qui ont résolu toutes ces questions. Siu- quoi un homme d'esprit et de bon sens disait un jour d'un grave docteur : i(c II faut que cet homme-'là soit un grand

« ig;i;iorant^ car il répond à tout ce qu'on lui «demande. »

ANNATE6.

A cet article du Dictionnaire encyclopé^ diqwt y savamment traité ^ comme le sont tous les objets de jurisprudence dans ec grand et important ouvrage j on peut ajouter que Tépoque de rétablissement des annales étant incertaine^ c'est une preuve que l'exaction des annales n'est qu'une usurpation^ une coutume tortionnaire. Tout ce qui n'est pas fondé sur une loi authentique est un abus. Tout abus doit être réformé^ à moins que la réforme ne soit plus dangereuse que l'abus même. L'usurpation commence par se mettre peu à peu en possession : l'équité^ rintérét public^ jettent des cris et réclament. La politique vient ^ qui ajuste comme elle peut l'usurpation avec l'équité \ et l'abus reste.

A l'exemple des papes ^ dans plusieurs diocèseS; les évéques^ les chapitres et les archidiacres établirent des annales sur les cures.. Cette exaction se nonune droit de déport en Normandie. La politique n'ayant aucun intérêt à maintenir ce pillage^ il fut aJ)o}i en plusieurs endroits ^ il subsiste ei^

168 ANNÂTES.

^l'autresj tant le culte de l'argent est le premier culte !

En i4o9; au concile de Pise, le pape Alexandre V renonça expressément aux annates ; Charles VII les condamna par un édit du mois d'avril t/\ï8} le concile de Basle les déclara simoniaques ; et la pragmatique sahction les abolit de nouveau.

François !«', suivant un traité particulier qu'il avait fait avec Léon X, qui ne fut point inséré dans le concordat, permit au pape de lever ce tribut^ qui lui produisit chaque année, sous le règne de ce prince, cent mille écus de ce temps-là, suivant le calcul qu'en fit alors Jacques Cappel, avocat-général au parlement de Paris.

Les parlements, les universités, le clergé, la nation entière , réclamaient contre cette exaction^ et Henri II, cédant enfin aux cris de soà peuple, renouvela la loi de Charles Vn par un édit du 5 septembre i55ï. '

La défense de payer fannate fut encore réitérée par Charles IX aux états d'Orléans en i56o. « Par avis de notre conseil, et sui- « vaut les décrets des saints concile», ana ciennes ordonnances de.nos prédécesseurs « rois, et arrêts de nos cours de paiiemept, .« ordonnons que tout transport d'or et d'ar-

Xnnates. 469

« gent hors de notre royatime^ et paiement a de deniers^ sous couleur cf annotes, va- « cant, et autrement^ cesseront^ à peine de « quadruple contre les contrevenants. »

> Cette loi promulguée dans rassemblée générale de la nation semblait devoir être irrévocable 'y mais deux ans après le même prince^ subjugué par la cour de Rome alors puissante ^rétablit ce que la nation entière et lui-même avaient abrogé.

• Henri IV, qui ne craignait aucun danger, mais qui craignait' Rome, confirma les annates par un édit du 22 janvier 1596.

Trois célèbres jurisconsultes, Dumoulin , Lannoy, et Duaren, ont fortement écrit contre les annates, qu'ils appellent une véritable simonie. Si, à défaut de les payer, le jpape refuse des bulles, Duaren conseille à l'Eglise gallicane d'imiter celle d'Espagne, qui, dans le douzième concile de Tolède, chargea l'archevêque de cette ville de donner, sur le refus du pape, des provisions aux prélats nommés par le roi.

C'est une maxime des plus certaines du droit français, consacrée par l'article xrv de nos libertés * , que l'évêque de Rome n'a au-'

^ Voyez Particle libkatx ; mot très impropre pour signifier des droits naturels et imprescriptibles. Voi.iV

Voltaire. Dict. philos, t. ii; 8

no AKNATES.

cun droit sur le temporel des béoéfices^ et qu'il ne jouit des annatés queparlapenmssion du roi. Mais cette penxûssiou ne doit* elle pas avoir un terme ? à quoi nous servent nos lumières y si nous conservons toujours nos abus ?

Le calcul des sommes qu'on a palpées çt que l'on paie encore au pape est défrayant. Le procureur-général Jean de Saint^Romain a remarqué que du temps de Pie 11^ vingtdeux évécfaés ayant vaqué en France pen* dant trois années, il jBillut porter à Rome cent vingt -mille écus; que soixante et une ab* bayes ayant aussi vaqué, on avait payé pareille somme à la cour de Rome ^ que vers le même temps on avait encore payé à cette cour, pour les provisions des pneujçés, doyennés , et des autres dignités sans crosse , cent mille écus^ que pour chaque cijuré il y avait eu au moins une grâce expectative qui était vendue vingt-^cinq écus, outre une in* finité de dispenses dont le calcul montait à deux millions d'écus. Le proQureur-gépéral de Saint-Romain vivait du temps de Louis XI. Jugez à combien ces sommes monteraient aujourd'hui. Jugez combien les autres états ontdonné. Jugez si la république romaine, au temps de Lucullus, a plus tiré

AHIïEAU de SATURNE. 474

d'or et d'argent des nationa vaincues par ton épée y que les papes^ les pères de ces mêmes nations^ n'en ont tiré par leur plume.

Supposons que le procureur-général de Saint-Romain se soit trompé de moitié^ ce qtd est bien difficile^ ne reste<'t-il pas encore une somme assez considérable pour qu'on soit en droit de C4>mpter avec la chambre apostolique^ et de lui demander une r«sti* tution^ attendu que tant d'argent n'a rien d'apostolique ?

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