ANNEAU DE SA^TURNE
Ce phénomène étonnant^ mais pas plus étonnant que les autres y ce corps solide et lumineux qui entoure la planète de Sa-^ turnC; qui Féclaire et qui en est éclairé; soit par la faible réflexion des rayons solaires , soit par quelque cause inconnue ^ était autrefois une mer, à ce que prétend un rêveur qui se disait philosophe ' . Cette mer, selon lui, s'est endurcie^ elle est devenue terre ou rocher j elle gravitait jadis vers deux centres, et ne gravite plus aujourd'hui que vers un seul.
Comme vous y allez , mon rêveur ! comme TOUS métamorphosez l'eau en rocher ! Ovide
* Blaupertuis. Volt.
172 ANTHROPOMORPHITES.
n'était rien auprès de vous. Quel merveilleux pouvoir vous avez sur la nature ! cette imagination ne dément pas vos autres idées. O démangeaison de dire des choses nouvelles ! 6 fureur des systèmes ! ô folies de l'esprit humain ! si on a parlé dans le grand Dictionnaire encyclopédique de cette rêverie, c'est sans doute pour eu faire sentir Ténorme ridicule ; sans quoi les autres nations seraient en droit de dire : Voilà l'usage que font les Français des découvertes des autres peuples ! Huygens découvrit l'anneau de Saturne, il en calcula les apparences. Hookc et Flamsteed les ont calculées comme lui. Un Français a découvert que ce corps solide avait été un océan circulaire , et ce Français n'est pas Cyrano de Bergerac.
ANTHROPOMORPHITES.
C'est, dit-on, une petite secte du quatrième siècle de notre ère vulgaire, mai9 c'est plutôt la secte de tous les peuples qui eurent des peintres et des sculpteurs. Dès qu'on sut un peu dessiner ou tailler une figure , on fit l'image de la Divinité.
Si les Egyptiens consacraient des chats et des boucs , ils sculptaient Isis et Osiris ; pn
ANTBROPOMOKPHITES . 4 75
sculpta Bel à Babylone^ Hercule à Tyr, ' Brama dans Tlnde.
Les musulmans ne peignirent point Dieu en homme. Les Guèbres n'eurent point d'image du Grand-Être. Les Arabes sabéens ne donnèrent point la figure humaine aux étoiles; les Juih ne la donnèrent point à Dieu dans leur temple. Aucun de ces peuples ne cultivait Fart du dessin ; et si Salomon mit des figures d'animaux dans son temple^ il est vraisemblable qu'il les fit sculpter à Tyr : mais tous les Juifs ont parle de Dieu comme d'un homme.
Quoiqu'ils n'eussent point de simulacres, ils semblèrent faire de Dieu un homme dans toutes les odcasiohs. Il descend dans le jardin, il s'y promène tous les jours à midi, il parle à ses créatures , il parle au serpent , il se fait entendre à Moïse dans le buisson, il ne se fait voir à lui que par- derrière sur la montagne; il lui parle pourtant face à face comme un ami k un ami.
Dans l'Alcoran même , Dieu est toujours regardé comme un roi. On lui donne au. chapitre xti un trône qui est au'dessus des eaux. U a fait écrire ce Roran par un secrétaire , comme les rois font écrire leurs ordres. Il a envoyé ce Koran à Mahomet
474 AlfTH&O^OPBAGeES.
par range Gabriel^ conune leé rois sigai* fient leurs ordres psu: les grands*ofi&ci«rs de la coocoBBe. £a un raot^ quoique Dieu soit dfidaré dans FAlcoran non engendreur et non engendra, il y a toujours un petit coin d-'anthropomorphisme .
On a toujours peint Dieu avec une grande barbe dans FÉglise grecque et dans la lar tine\
ANTH ROPOPH AGES.
SECrrOK PREMIERE •
Nous avons parlé de Famour. Il est dur de passer de gens qui se baisent à gens qui se mangent. U n'est que trop vrai qu'il y a eu des anthropophages; nous en avons trouvé en Amérique; il y en a peut-être encore^ et les cyclopes n'étaient pas les seuls dans l'antiquité qui se nourrissaient quelquefois de chair humaine. Juvénal (sat. xr^ V. 83 ) rapporte que chez les Égyptiens , ce peuple si sage^ si renommé pour lès lois^ ce peuple si pieux qui adorait des crocodiles et des ognons^ les Tintirites mangèrent un de leurs ennemis tombé entre leurs mains; il ne fait pas ce conte sur un ouï-
' Voyez à l'article emblème les vers d'Orpliéo et de
ÂjfTHR090»HAC«S. 475
dite ^ cé crime fîit con^nis presqae sons ses yeux; il était alors en Egypte^ et à peu de distance de Tintire.'H cite^ à cette occasion, les Gascons et les Sagontins qui se nourrirent autrefois de la cksiit de leurs compatriotes.
£n 1735' on amena quatre sauvages du Mississipi à Fontainebleau y j'eus l'honneur de les entretenir ; il y avait parmi eux une dame du pays , k qui je demandai si elle avait mangé des hommes | elle me répondit tl^ës naïvement qu'dle en avait mangé. Je parus un peu scandalisé; elle s'excusa en disant qu'il valait mieux manger son ennemi mort que de le laisser dévorer aux bétes , et que les vainqueurs méritaient d'avoir la pt^férencei» Nous tuons en bataille rangée ^u non rangée nos voisins ; et pour la plus vile récompense nous travaillons à la cuisifcie dés corbeaux et des vers. C'est là qu'est l'horreur, c'est là qu'est le crime; qu'imponte quand on est tué d'être mangé par un soldat, ou par un corbeau et un chien?
Nous respectons plus les morts que les vivants. Il aurait fallu respecter les uns et les autres. Les nations qu'on nomme policées ont eu raison de ne pas mettre leurs enne-
** Dans sa lettre au priace royal de Prusse , d'octobre 1 73^, Voltaire dit i 7 a3, P.
476 AirVHftdPOPHAGES.
misràincûsàlabrodiei car s'il était permis de manger ses voisins, on mangerait bientôt ses compatriotes; ce qui serait un grand inconvénient .pour les vertus sociales* Mais les nations policées ne l'ont pas toujours été; toutes ont été long-temps sauvages; et, dans le nombre infini de révolutions que ce globe a éprouvées , le genre humain a été tantôt nombreux, tantôt très rare. Il est arrivé aux hommes ce qui arrive aujourd'hui aux éléphants, aux lions, aux tigres, dont l'espèce a beaucoup diminué. Danslestenips ou une contrée était peu peuplée d'hommes, ils avaient peu d'arts, ils étaient chasseurs. X'habitude de se nourrir de ce qu'ils avaient tué fit aisément qu'ils traitèrent leurs ennemis comme leurs cerfs et leurs sangliers. C'est la superstition qui a fait immoler des .victimes humaines , c'est la nécessité qui les a fait manger.
Quel est le plus grand crime, ou de s'assembler pieusement pjour plonger un couteau dans le cœur d'une jeune fille ornée de bandelettes, à l'honneur de la Divinité, ou de manger un vilain homme qu'on a tué à son corps défendant?
Cependant nous avons beaucoup plus d'exemples de filles et de garçons sacrifiés,que
-de Allés et de {^arçons mangés ; presque toutes les nations connues ont sacrifié des garçons et des filles. Les Juifs en immolaient. Gela s'appelait FanathèDAe ^ c'était un véritable sacrifice^ et il est ordonné y au vingt- unième chapitre du Lévitique, de ne point épargner Jes âmes vivantes qu'on aura youéiss } mais il ne leur est prescrit en aucun endroit jd' en manger, on les en menace seulement : Moïse > comme nous avons vu^ dit aux Juifs que s'ils n'observent pas ses cérémonie», non seulement ils auront la gale , mais que les mères Qiangeroiit leurs enfants. Il est vrai que du temps d'Ëzéchiel les Juifs devaient être dans l'usage de manger.de la .chair humaine, car il leur prédit au Cha'pitre xxxix^ que Dl^ru leur fera manger non seulement les chevaux de leurs ennemis, mais encore les cavaliers et les autres guerriers. Et en effet, pourquoi les Juifs n'auraient - ils pas été anthropophages ? C'eut été la seule chose qui eut manqué au peuple de Dieu pour étr/B le plus abominable peuple de la terre.
sscTioir II.
On lit dans V Essai sUr les maturs et Ï"W-
' Voyei ci-après la BOtc ". VotT.
47B ÀinfHïlO^OVHAGS».
prit dès nations (tom. XVII, p. 365); te passage siogulier* '
tt Herrera nous assure que les Mexicains <t: niailgeateDt les victimes humaines immo- « lées. La plupart des premiers voyageursci ,ej: -^^^ nussionnaires disent tou« que les « Bi;asilièn6; les Caraïbes ; leslroquots, le& « Huron«, et quelques atitves peuplades^ jk mangeaient les câptift faits à la guerre , et W ÎI5 im re^rdent pas ce fait comme tm us^ge ^ de qi!i«lquefr particuliers, mais comme un «:- usage de nation. Tant d'autetfrs anciens « et modernes ont parlé d'anthropophages, irf <pi'il est difficile de les nier.*. Des peuples W^hassefurs , tels qu'étaient les Brasiliens et xi lés 'Canadiens, des insulaires cotnine les -6- Caraïbes , n'ayant pas toujout^ Uhe &nbsis- * tance asstiréé, ont jpu devenir quelquefois ^<t' anthropophages. La fkmine et la vengeance Trf'tei; ont accoutumés à cette nourriture : et ^rgutff}d âô«^td{fo«s, dan» Itel» siècles les plus « civilisés, le -p^iiilpM it Paris dévorer les (c restes sanglants du maréchiai d'Ancre, et « le peuple de La Haye manger le cœiu: du « grand pensionnaire de Witt, nous ne dei^.yoos pas être surpris qu'une horreur chez « nous passagère ait duré chez les sauvages.
a Les plus anciens livres que nous ayons
AlVÏHIlOVOPHAG£S. 479
'« ne mou» permettent pas de douter que la à feim n-ait poussé les hommes à cet excès... « Le prophète Ëzéchiel ^ selon quelques « commentateurs * j promet aux Hébreux, « de la part^ Dieu % que s'ils se défendent
* Ézéchiel, cliap. xxxix. Volt.
* Voici les raisons dé ceux qui ont soutenu qu'Ézéchiel, - en «et eildroit \ s'àdreswe aiix Hébreux de son temps , aussi
UtiB' qu'aux antres- animmix carnassiers; car assurément
les Juifs d'a^jo^'^l'^^ °® ^® ^^^^ P^ > ®t c'c'^ plutôt Pinquisition qui a été carnassière envers eux. Ils disent qu'ujoe partie de cette apostrophe regarde les bétes sauvages , et que l'aali'è est poux* ks Juifs. l!i<i première partie est ainsi conçue :
« Dis à totit tt qnî eourt , à tous les oiseaux, à toutes « les bétes des champs :' Assemblez-vouè , hâtefe-yous , cou* « rez àla victiià^'qne^jeTotn immole, afin que tous mAA- «r giez Ih chair et que tous buvi«% le sang. Vous mangerez « la chair defe forts', tous boirez le siang des princes de « la ferre , et des béliters , et des agneaux , et des boneaf , « et des taureaux , et des Yolailles , et dé tons les gras. »
Ceei ne peut regarder quelles oiseaux de proie et les bë^ féroces. Mais la seconde partie a ^^vl adressée aux Ifébi'eUic lUémes*: « Vous vous rassasierez sur ma fable ixi "* cheval et du fort cavalier, et d'e tous les deniers, dH 'é, le Seigneur, et je mettrai ma' gloire dans les nati(yu«, « etc.» . . -
II eait très eertain qUe les rots dé Babyloiie fivâiefh des ' Bèythés danè leurs armées. Ces Scythes buvaient du &àng dans les( erânes de leurs eunemis raincus , et mangeaient leuTf^ chevaux , et quelquefois de la chair hwmaine. n se peut frèsliien que lé pfophèCe ait fait ailn* sion à cette coutume barbare, et qu'il ait meuacé les
4H0 AJiXHAOPOPHAOES.
<K bien «outre le roi de Perse^ ibawont à « manger de la chair de cheval et de la chair « de cavalier,
(c Marco Paolo y ou Marc Paul^ dit que de a son temps ^ dans une partie de la Tartari&, « les magiciens ou les prêtres (c'était la « même chose ) avaient le droit de manger la a chair des criminels condamnés à la mort, oc Tout cela soulève le cœur; mais le tableau « du genre humain doit souvent produire cet « effet.
« Comment des peuples^ toujours séparés
Soytliee d'être traités cosime ils traitaient lears ennemis. Ce <iai rend cette coigecture vraisemblahle c'est le mot de table» Fous mangerez a ma table le cheval et le cavalier. Il n'y a pas d'apparence qu'on ait adressé ce discours aux aniioaupc y et qu'on leur ait parlé de( se mettre à table. Ce serait le seul endroit de TJ^criture où l'on aurait emplpyé une fi^^nre si étonnante^ Le sens commun nous apprend qu'on ne doit point donner à un mot une acception qui ne lui a jamais qté donnée dans aucun livre. C'est une raison très puissante pour justifier les écrivaûns qui ont cru les animaux désignés par les ver.sets 17 et i8, et les Jui£» désignés par les versets 19 et ;kO. De plus, ces mots je mettrai ma gloire dans les notions ne peuvent s'adresser qu'aux Juifii,.çtnon p^;aax oiseaux; cela parait décisif. lions ne poifofs p^ini. notre jugement sur cette dispute; mais nous remarquons avec douleur qu'il n'y a jamais eu de plus horribles atrocités sur la terre que dans la Syrie , pendant douze cents an^ .npe« et presq^c^ consécutives. Yolt?,, ....
ANTIU10P0PBA<^£S. m
« lee uns des autres^ ont-ils pu se réunir « dans une si horrible coutume ? faut- il a croire qu'elle n'est pas absolument aussi « opposée à la nature humaine qu'elle le paa raît ? Il est sûr qu'elle est rare ^ mais il est « sûr qu'elle existe. On ne voit pas que ni les a Tartares ni les Juifs aient mangé souvent tt leurs semblables. La faim et le désespoir <( cpntraigiûrent^ aux sièges de Sancerre et a de Paris, pendant nos guerres de religion , a dés mères à se nourrir de la chair de leurs . a enfants. Le charitable Las Casas ^ évéque .tt de Qiiap^, dit, que cette horreur n'a été tt commise en Amérique que par quelques t( peuples chez lesquels il n'a pas voyagé, tt Danxpierre assure qu'il n'a jamais rencon,a tré d'anthropophages y. et . il n'y a peut- ..a être pas aujourd'hui deux peuplades où «( cette horrible coutume soit en usage. »
..Améric Yespuce dit^ dans une de ses let- ^es^ que les Brasiliens furent fort étonnés quand il leur fit entendre que les Européans pe/; mangeaient point leurs prisonniers de
guerre depuis- iong-temp3< . Les Gascons et les Espagnols avaient corn- ;mis autrefois cette barbarie, h. ce que rapporte Juvénaldans sa quinzièmjesatire(v-.83). Lui-^mén^e fut témoin en Egypte d'une par
1 82 i.îrrHiiOPoraAGEs .
r'eille abomination sous îe consulat de Junitis : une querelle survint entre lès habitants de Tintire et ceux d'Oinbo; on se battit; et Un Ombien étant tonabé entre les mains des TîntiriériS, Us' le firent cuire, et. le mangèrent jusqu'aux: os. Mais il ne dit pas que ce fût un usage reçu; au contraire?^ il en parle bomme d'une fureter peu commune. * '
Le jésuite Charlevoix, que j'ai fort connu, et qui était un homme ti'ès veridiquc, fait assez entendre, dans son Sistàire du Canada, pays où il a vécu trente années, (Jue tous les peuples de rÀmérîque septentrionale étaient anthropophages, puisqu*iî remarque, comme une chose fort extraordinaire-, que les Acadieds ne mangeaient point d'hcmimes en 1711.
Le jésuite Brébœuf raconté qu'en i646 le premîfer Iroquois qui fut converti, étàiit malheureusement ivre d'eau-de-vie, fut pris par îesHuroris , ennemis alors deslroqûdH. Le prisonnier, baptisé par le père Bréboeuf sous lé nom de Joseph, fût condamné à là mort. On lui fit souffrir mille tcmrmentà', qu'il soutint tduj<yurs en chantant, selon la coutume du pays. On finit par lui couper tm pied , une main , et la tête , après^ quoi les Hurons miirent toué ses membres dans la
ANTHROPOPHAOES. 185
chaudière^ chacun en mangea^ et on en offrit un morceau au père Brébœuf * .
Charlevoix parle^ dans un autre endroit, de vinçt-deux Hurons manf^és par les Iroquois. On ne peut donc douter que la nature hiunaine ne soit parvenue dans plus d'un pays à ce dernier degré d'horreur; et il faut bien que cette exécrable coutume soit dé la plus haute antiquité, puisque nous royons dans la Sainte Ecriture que les Juifô sont biekiacés de manger leurs enfants s'ils n^obléi«s&nt pas à leurs lois. Il est dit aux Juifs * « que non seulement ils auront la gale , que « leurs femmes s'abandonneront à d'autres, * inais qu'ils mangeront leurs filles et leurs «fils dans l'angoisse et la dévastation; qu'ils « «e disjptiteront leurs enfants pour s'en tiour- « tir; que le mari ne voudra pas donner à sa « ffemme un morceau dé son fils , parcequ'il ^ dira qu'il n'en a pas trop pour lui. »
D eét vrai que de très hardis critiques prétendent que le Deutéronomene fut composé qu'après le siège mis devant Samarie par Benadad; siège pendant lequel il est dit, au quattième livre des Rois, que les mères
* Voyea la lettre de Brébo^nf, çt V Histoire de Chailevoix, tome I, pages 827 et suir. Volt.
* Deutéronome , cbap*. xxvfir, y. 5"^. Volt.
4 84 ÀI^THEOPOPHÀGES.
mapgirent leurs enfants. Mais ces critiques^ en ne régardant le Deutéronome que comme un livre écrit après ce siège de Samarie^ ne font que confirmer cette épouvantable aventure. D'autres prétendent qu'elle ne peut être arrivée comme elle est rapportée dans le quatrième livre des Rois. Il y est dit ' que le roi d'Israël^ en passant parle mur ou sur le mur de Samarie^ une femme lui dit : « Sauvez^moi; seigneur roi; » il lui répondit : <c Ton Bieu ne te sauvera pas) conunent « pourrais-je tè sauver? serait-ce de l'aire ou a du pressoir?» Et le roi ajouta : «Que a veux-tu? » et elle répondit : « O roi ! voici a une femme qui m'a dit : Donnez-moi votre « fils^ nous le mangerons aujourd'hui , et a demain nous mangerons le mien. Nous a avons donc fait cuire mon fils, et nou4 « l'avons mangé ; je lui ai dit aujourd'hui : a Donnez -moi votre fils afin que nçus le « mangions y et elle a caché son fils. »
Ces censeurs prétendent qu'U n'est pat vraisemblable que le roi Benadad assiégeant Samarie^ le roi Joram ait passé tranquille*» ment par le mur ou sur le mur , pour y juger des causes entre des Samaritains. Il est encore moins Vraisemblable que deux femmes
* Cbap. VI» ▼. 26 et sut. YolV.
ANTHROÏ>ÔPHÂGÉâ. 18^
ne se soient pas contentées d'un enfant pour deux jours. Il y avait là de quoi les nourrir quatre jours au moins ; mais^ de quelque ma- , nière qu'ils raisonnent^ on doit croire que les pères et mères mangèrent leurs enfants au siège de Samarie, conune il est prédit expressément dans le Deutéronome,
La même chose arriva au siège de Jérusalem par Nabuchodonosor^ ; elle est encore prédite par Ezéchiel *.
Jérémie s^écrie dans ses Lamentations ' : « Quoi donc ! les femmes mangeront -elles <c leurs petits enfants qui ne sont pas plus « grands que la main? » Et dans un autre endroit^ : <c Lès mères compatissantes ont cuit a leurs cfnfànts de leurs mains et les ont « mangés. » On peut encore citer ces paroles de Baruch : « L'homme a mangé la chair de « son fils et de sa fille '. »
Cette horreur est répétée si souvent qu'il faut bien qu'elle soit' vraie* ^ enfin on connaît l'histoire, rapportée dans Josèphe, de cette femme qui se nourrit de la chair de
' Liv IV des Rois , cliap. xxv, v. 3. Volt.
• Ezéchiel, cbap. t, v. io. Voit.
• Lament., chap. xi, v. 20- Voit.
. * Cliap, IV, V. 10. VotT.
• Chap. ti, V. 3. R.
• Liv. VIÏ, chap. viii. VoLt.
4 86 ÀNTH&OPOPHÀGSS«
soa fils lorsque Titus assiégeait Jérusalem.
Le livre attribué & Enoch y cité par saii^t Jude^ dit que les géants nés du commerce des anges et des filles des hommes furent les premiers anthropophages.
Dans la huitième homélie attribuée à saint Clément, saint Pierre, qu'on &it parler, dit que les enfants de ces mêmes géants s'abreuvèrent de sang humain, et mangèrent la chair de leurs semblables. Il en résulta, ajoute Fauteur, des maladies jusqu'alors incoiuiues; des monstres de toute espèce naqçdrent sur la terre ^ et ce fut alors que Dieu se résolut à noyer le genre himoiain. Tout cela fait voir combien l'opinion régnante de l'existence des anthropophages était universelle.
Ce qu'on fait dire à saint Pierre dans l'hoiQélie de saint Qémeot a un rapport sensible à la fable de Lycaon , qui est une des plus anciejines de ]a Grèce , et qu'on retrouve dans le premier livre des Métamorphoses d'Ovide.
La Relation des Indes et de la Chine, faite au huitième siècle par deux Arabes, et traduite par l'abbé Renaudot , n'est pas un livre qu'on doive croire sans examen ; il s'en faut beaucoup : mais il ne faut pas rejeter tout ce que ces deux voyageurs disent, surtout
ÀNTH]lOt»0PHAGES. 487
lorsque leur rapport est confirmé par d^autres auteurs qui ont mérité quelque créance. Ds assurent que dans la mer des Indes il y a des lies peuplées de nègres qui mangeaient des hommes. Us appellent ces îles RamnL Le géographe de Nubie les nomme Rammî, ainsi que la Bibliothèque orientale d'Herbelot.
Marc Paul^ qui n'avait point la la relation de ces deux Arabes^ dit la même chose quatre cents ans après eux . L'archevêque de Na- . varette^ qui a voyagé depuis dans ces mers^ confirme ce témoignage : Los Europeos que cogen ^ es constante que vivos se los van comiendo.
Texeira prétend que les Javans se nourrissaient de chair humaine^ et qu'ils n'avaient quitté cette abominable coutume que deux cents ans avant lui. Il ajoute qu'ils n'a- .vaient connu des mœurs plus douces qu'en embrassant le mahométisme.
On a dit la même chose de la nation du Pégu^ des Cafres, et de plusieurs peuples de rÀfrique. Marc Paul , que nous venons déjà de citer, dit que chez quelques hordes tartares, quand un criminel avait été condamné à mort y on en fesait un repas ; Hanno costoro un bestiale e orribile costume, che