SECTION IV
De l'antiquité des fêtes qu'on prétend avoir toutes été
lugubres.
Des gens ingénieux et profonds^ des creuseurs d'antiquités^ qui sauraient comment la terre était faite il y a cent mille ans ^ si le génie pouvait le savoir^ ont prétendu que Ifis. hommes réduits à un très petit nombre dans notre continent et dans l'autre, eucorr
effrayés des révolution» innombrables que ce triste globe avait essuyées y perpétuèrent le souvenir de leurs malheurs par des commémorations funestes et lugubres. «Toute <t fête, disent- ils, fut un jour d'horreur, ih- « stitué pour faire souvenir les hommes que « leurs pères avaient été détruits par les feux « échappés des volcans, par des rochers « tombés des montagnes , par l'irruption des « mers , par les dents et les griffes des bêtes a sauvages , par la famkie , la peste , et les « guerres. »
Nous ne sommes donc pas faits comme les hommes Tétaient alors. On ne s'est jamais tant réjoui à Londres qu'après la peste et l'incendie de la ville entière sous Charles II. Nous fîmes des chansons lorsque les massacres de la Saint-Bartliélemi duraient encore» On a conservé des pasquinades faites le lendemain de l'assassinat de Coligni ; on imprima dans Paris : « Passio dominr nostri Gaspardi « Colignii secundum Bartholomœum. »
Il est arrivé mille fois que le sultan qui règne à Constantinople a fait dajaser «es châtrés et ses odalisques dans des salons teinta du sang de ses frères et de ses visirs.
Que fait-on dans Paris le jour qu'on apprend la perte d'une bataille , et la mort de
âlO ANTIQUITÉ.
cent Jïi^ves officiers? on court à Topera et à la comédie.
Que fesait-on quand la maréchale d'Ancre était immolée dans la Grève à la barbarie de ces persécuteur^; quand le maréchal de Marillac était t^ainé au supplice dans une charrette^ en vertu d'un papier signé par des valets en robe dans Fantichambre du cardinal de Richelieu; quand un lieutenant général des années % un étranger qui avait vers&son sang pour l'état^ condamné par les cris de ses ennemis acharnés^ allait sur l'échafaud dans un tombereau d'ordures avec un bâillon à'ia bouche; quand un jeune homme de dixoeuf ans % plein de candeur, de courage, et de modestie, mais très imprudent , était conduit au plus af&eux. des supplices? on chantait des vaudevilles.
Tel est l'homme^ ou du moins l'homme des bords de la Seine. Tel il fut dans tous les temps , par la seule raison que les lapins ont toujours eu du poil, et les alouettes des plumes.
• Lally. Voyez les Fragments histofiques sur l'Inde, à la fin du second volame du Siècle de Louis XV. G. D. ' Le cheTalier de La Barre. P.