SECTION V
• De l'origine des arts.
Quoi! nous voudrions savoir quelle était précisément la théologie de Tbaut^ de Zerdust^ de Sauchoniatlion^ des premiers brachmânes ^ et nous ignorons qui a inventé la navette! Le premier tisserand, le premier maçon y le premier forgeron^ ont été s^ns doute de gi*ands génies; mais on n'en a tenu aucun «^compte. Pourquoi? c'est qu'aucun d'eux n'inventa un art perfectionné. Celui qui (x-eusa un chêne pour traverser un fleuve ne fit point de galères; ceux qui aiTangerent des pierres brutes avec des traverses de bois n'imaginèrent point les pyramides; tout se
^ fait par degrés , et la gloire n'est à personne. Tout se fit à tâtons jusqu'à ce que des philosophes^ à l'aide de la géométrie^ apprirent aux hommes à procéder avec justesse et
* sûreté.
Il fallut que Pythagore, au retour de ses voyages, montrât aux ouvriers la manière de faire une équerre qui fut parjfàitemeut juste ' . Il prit trois règles y une de trois pieds, une de quatre, une de cinq, et il en fit un triangle rectangle. De plus, il se trouvait
' Voyez rUnn^e, liv. IX. Volt.
212 AITTIQUITÉ.
que le côté 5 fournissait un G^uré qui était juste le double des carrés produits par les coté» 4 et 3 ; méthode importaute pour tous les ouvrages réguliers. C'est ce fameux théorème qu'il avait rapporté de l'Inde, et que nous avons dit ailleurs ' avoir été connu long-temps auparavant à là Chine, suivant le rapport de l'empereur Kang-hi. Il y avait long-temps qu'avant Platon les Grecs avaient su dovibler le carré par cette seule figure géométrique.
Archytas et Eratosthènes inventèrent une Bvéthode pour doubler un cube, ce qui était
* Essai sur les mœurs, etc.» chap. i. Yolt.
ANl'IQUITÉ. 215
impraticable à la géométrie ordinaire^ et ce qui aurait honoré Archimède.
Cet Archimède trouva la manière de supputer au juste combien on avait mêlé d'alliage à de For; et on travaillait en or depuis, des siècles avant qu'on pût découvrir la fraude des ouvriers. La friponnerie exista long -temps avant les mathématiques. Les pyramides construites d'équerre, et correspondant juste aux quatre points cardinaux^ font voir assez que la géométrie était connue en Egypte de temps immémorial^ et cependant il est prouvé que l'Egypte était un pays tout nouveau.
Sans la philosophie nous ne serions guère au-dessus des animaux qui se creusent des habitations^ qui en élèvent, qui s'y préparent leur nourriture, qui prennent soin de leurs petits dans leurs demeures, et qui ont pardessus nous le bonheur de naître vêtus.
Vitruve, qui avait voyagé en Gaule et en Espagne, dit qu'encore de son temps les maisons étaient bâties d'une espèce de torchis, couvertes de chaume ou de bardeau de chêne, et que les peuples n'avaient pas l'usage des tuiles. Quel était le temps de Vitruve ? celui d'Auguste. Les arts avaient péaétré à peine chez les Espagnols , cpii
avaieat^es mines d'or et d'argent, et chez les<7auloi3, qui avaient combattu dix ans contre César.
Le même Yitruve nous apprend que dans Tof ulMite et ingénieuse Marseille, qui commerçait avec tant de nations, les toits n'étaient que de terre grasse pétrîe avec de la paille.
Il nous instruit que les Phrygiens se creusaient des habitations dans la terre. Ils fichaient des perches autour de la fosse, et les assemblaient en pointe^ puis ils élevaient de la terre tout autour. Les Hurons et les Algonquins sont mieux logés. Cela ne donue paâ une grande idée de cette Troie bâtie par les dieux, et du magnifique palais de Prinni.
« Apparet domus inlùs, et atria long^ patescuut ; « Apparent Piûami et Teterum penetralia regum. »
.En. , U, 483.
Mais aussi le peuple n'est paslogé comme les rois : on voit des huttes près du Vatican et de Versailles.
De plus l'industrie tombe et se relève chez les peuples par mille révolutions.
« El campos ubi Troja fuit . . . » ( /En. , III , 1 1 .)
ANTI-TRIWITAIRES. 215
Nous avons nos arts y l'antiquité eyut les siens. Nous ne saurions faire aujourd'hui une trirème; mais nous construisons des vaisseaux de cent pièces de canon.
Nous ne pouvons élever des obélisques de cent pieds de haut d'ime seule pièce; mais nos méridiennes sont plus justes.
Le bvssus nous est inconnu ; les étoffes de Lyon valent bien le byssus.
Le Capitole était admirable; l'église de Saint-Pierre est beaucoup plus grande et plus belle.
Le Louvre est un chef-d'oeuvre en compiu^aison du palais de Persépolis^ dont la situation et les ruines n'attestent qu'un vaste monument d'une liche barbarie.
La musique de Rameau vaut probablement celle de Timothée : et il n'est point de tableau présenté dans Paris, au salon d'Apollon, qui ne l'emporte sur les peintures qu'on a déterrées dans Herculanuni".
ANTI-TRINITAIRBS.
Ce sont des hérétiques qui pourraient ne pas passer pour chréfiens. Cependant ils reconnaissent Jésus comme sauveur et m^-r diatèur; mais ils osent soutenir que rien
' Voyez l'article akcikhs et modernes. Volt.
216 AWTI-TRIJÏITAIRBS.
n'est plus contraire à la droite raison que ce ^u'on enseigne parmi les chrétiens touchant la trinité des personnes dans une seule essence divine^ dont la seconde est engendrée par la première, et la troisième procède des deux autres.
,Que cette doctrine inintelligible nfe se trouve dans aucun endroit de l'Ëcriture.
Qu'on ne peut produire aucun psTssage qui l'autorise , et auquel on ne puisse y sans s'écarter en aucune façon de l'esprit .du texte, donner un sens plus clair, plus naturel, plus conforme aux notions communes et aux vérités primitives et immuables.
Que soutenir, comme font leurs adversaires, qu'il y a plusieurs personnes distinctes dans l'essence divine , et que ce n'est pas l'Éternel qui est le seul vrai Dieu, mais qu'il y faut joindre le Fils et le Saiutr Esprit, c'est introduire dans l'Église de Jésus-Christ l'erreur la plus grossière et la plus dangereuse , puisque c'est favoriser ouvertement le polythéisme.
Qu'il implique contradiction de dire qu'il n'y a qu'un Dieu, et que néanmoins il y a trois personnes , chacune desquelles est véi-itablement Dieu.
Que cette distinction, un en essence, et
Mïtl-TRINITAIKES. 2lY
trois en personnes^ n'a jamais été dans l'Ëcriture.
Qu'elle est manifestement fausse^ puisqu'il est certain qu'il n'y a pas moins à' essences que de personnes et de personnes que di essences.
Que les trois personnes de la Trinité sont ou trois substances différentes , ou des aocidents de l'essence divine^ ou cette essence même sans distinction.
Que dans le premier cas on fait trois dieux.
Que dans le second on fait Dieu composé d'accidents^ on adore des accidents^ et on métamorphose des accidents en des personnes>
Que^ans le troisième^ c'est inutilement et sans fondement qu'on divise un sujet indivisible et qu'on distingue en trois ce qui n'est point distingué en soi.
Que si on dit que les trois personnalités ne sont ni des substances différentes dans l'essence divine^ ni des accidents de cette essence^ on aura de la peine à se persuader qu'elles soient quelque chose.
Qu'il ne faut pas croire que les trinitaires les plus rigides et les plus décidés aient euxmêmes quelque -idée claire de la manière
YoLTAiRi. Dict. philos, t. ii. 10
dont les trois ^ypostases subsistent en Dieu^ sans diviser sa substance^ et par conséquent sans la multiplier.
Que saint Augustin lui-même^ après avoir avancé.sux ce sujet mille raisonnements aussi faux que ténébreux, a été forcé d'avouer qu'on ne pouvait rien dire sur cela d'intelligible.
Ils rapportent, ensuite le passage de ce Père, qui en effet est très singulier : « Quand « on demande, dit-il, ce que c'est que les « trois ^ le langage des hommes se trouve « court, et l'on manque de termes pour les a exprifner : on, a pourtant dit trois per- <L 4onnes^ non pas pour dire quelque chose, a mais parcequ'il fiiut parler et ne pas àe- « meu^er muet..)>, Dictum. est tamen très personte, non ut illud diceretur, sed ne taceretur. (De Trinit., lib. V, cap. ix.)
Que les théologiens modernes n'ont pas mieux éclairci cette matière.
Que quand on leur demande ce qu'ils entendent par ce mot de personne, ils ne l'expliquent qu'en disant que c'est une certaine distinction incompréhensible, qui fait que l'on distingue dans une nature unique en nombre, un Père , un Fils , et un Saint-Esprit.
Que l'explication qu'ils. donnent des ter-
AlfTI-TRlJilTAIKES. 21(J
me^ di engendrer et de procéder n'est pas plu»satisfesante^ puisqu'elle se réduit à dire que ces termes marquent certaines relations incompréhensibles qui sont entre les trois personnes de la Trinité*
Que Ton peut reôueillir delà que l'état de la question' entre les orthodoxes et eux consiste à savoir s'il y a en Dieu trois distinctions dont on n'a. aucune idée ^ et entre lesquelles il y a certaines relayons dont on n'a point'd'idées non plus.
De tout cela ils concluent qu'il serait plus sa^ de s'en tenir à l'autorité des apôtres qui n'ont jamais parlé de la Trinité^ et de bannir à jamais de la religio.n tous les termes qui ne sont pas datas l'Écriture y comme ceux de Trinité , de personne y à^ essence, d^hypùs^ tasé, ^ union hypostatique et personnelle , di incarnation, Régénération, deprocession^ et tant d'autres semblables qui, étant absolument vides de sens^ puisqu'ils n'ont dans la nature aucun être réel représentatif, ne peuvent exciter dans l'entendement que des notions fausses, vagues , oBscures et incomplètes. ( Tiré en grande partie de Vcirticle Unitaires de /^Encyclopédie , lequel article est de Vabhé de Bragelogne. )
Ajoutons à cet article ce que dit doiti
Calmet dans sa dissertation sur le passag<e de Tépître de Jean Vévangéliste : « il y en a « trois qui donnent témoignante en terre ^ a l'esprit^ l'eau^ et le sang ^ et ces trois sont « un. Il y en a trois qui donnent témoignaige « au ciel y le Père y le Verbe y et FEsprit ; tt et ces trois sont un. » Dom Calmet avoue que ces deux passages ne sont dans aucune Bible ancienne^ et il serait en e£Fet bien étrange que .saint Jean eut parlé de la Tri* nité dans une lettre^ et n'en eût pas dit un seul mot dans son Évangile. On ne voit nulle trace de ce dogme ni dans les évangiles canoniques^ ni dans les apocryphes. Toutes ces raisons et beaucoup d'autres pourraient excuser les anti-trinitaires^ si les conciles n'avaient pas décidé. Mais y comme les hérétiques ne font nul cas des conciles^ on ne sait plus comment s'y prendre pour les confondre. Bornons - nous à croire et à souhaiter qu'ils- croient '.
Le bœuf Apis était-il adoré à Memphis comme dieu^ comme symbole ; ou comime
* Voyez Particle trihxtz. Volt.
' Voyez l'article dobuf. Volt.
APIS, saf
bœuf? Il est à croire que les fanatiques voyaient en lui un dieu^ les sages un simple * symbole^ et que le sot peuple adorait le bœuf. Cambyse fit-il bien y quand il eut con^ quis FËgypte^ de tuer ce bœuf de sa main? pourquoi non? il fiesait roir aux imbéciles qu'on pouvait mettre leur dieu à la broche, sans que la nature s'armât pour venger ce sacrilège. On a fort vanté les Égyptiens. Je ne connais guère de peuple plus misérable^ il faut qu'il y ait toujours eu dans leur carac-^ tère et dans leur gouvernement un vice radical qui en a toujours^ fait de vils esclaves) Je consens que dans les temps pres€[ue inconnus ils aient conquis la terre ^ mais dans les temps de l'histoire ils ont été subjugués par tous ceux qui ont voulu s'en donner la peine, par les Assyriens, par les Grecs, par les Romains , par les Arabes, par les Marne- 1 ucs ,, par les Turcs , enfin par tout le monde, excepté par nos croisés, attendu que ceuxci étaient plus malavisés que les Egyptiens n'étaient lâches. Ce fut la milice des Mamelucs qui battit les Français. Il n*y a peut-être que deux choses passables dans cetle nation : la première, que ceux qui adoraient un bœuf ne voulurent jamais contraindre ceux qui adoraient un singe à changer de religion ; la
^cond^y qu'ils oqt fait toujours éclore des poulets dans les fours.
On vante l^rs pyramide^; mais ce sont -des monuments 4' un peuple esclavel II fiiut bien qu'on y. ait f&it travailler toute la nation ^ sans quoi on n'aurait pu venir à bout d'élever ces vilaines' masses. A quoi servaient-elles? à conserver dans une petite chambre la momie de quelque prince ou de (Quelque gouverneur ^ ou de quelque intendant que son ame devait vatiim^* an bout de mille ans. Mais s'ils espéraient cette résurrection des corps , .pourquoi leur ôter la cervelle avant de les embaumer? les Égyptiens devaictitiils ressusciter sans cervelle?
sxGTiQif pABM lÀaat.
Justin le martyr^ qui écrivait vers l'an 270 de notre ère, est le premier qui ait parlé de V ^pocafypse ;i\V^itnhuek Tapôtre Jean Vévangéliste : dans son dialogue avec Tryphon
^ Non seulement, Vo](aire «ksirait qiii'«n île lui attribuât pas le Dictionnaire philosophique portatif» mais encore il essayait de tromper l'attention des persécuteurs de toutes vérités en' attribuant les principaux articles de cet ouvrage à des. hommes qoi i^avaient tien à craindre d'ômer Joli de Fleuri, et des gens à réquisitoire. C'est
( n* 80 ) ^ ce Juif lui demande s'il ne croit pas que Jérusalem doit être rétablie un jour. Justin lui répond qu'il le croit ainsi avec tous les chrétiens qui pensent juste. « Il y a « eu ^ dit-il j parmi nous un certain persona nage nommé Jean^ l'un des douze apôtres a de Jésus ; il a prédit que les fidèles passe- « ront mille ans dans Jérusalem. »
Ce fut une opinion long-temps reçue parmi les chrétiens que ce règne de mille ans. Cette période était en grand crédit chez les Gentils. Les âmes des Égyptiens reprenaient leurs corps au bout de mille années ^ les âmes du purgatoire^ chez Virgile^ étaient exercées pendant ce même espace de temps, et mille per annos. La nouvelle Jérusalem de mille années devait avoir douze portes y en mémoire des douze apôtres^ sa forme devait être carrée; sa longueur^ sa largeur et sa hauteur devaient être de douze mille stades^ c'est-à-dire cinq cents lieues, de façon que les maisons devaientavoir aussi cinq cents lieues de haut. Il eût été assez désagréable de demeurer au dernier étage; mais enfin c'est
Ainsi qnll attribua Partîcle apocalypse à Firmin Abcnsit, qu*il cite dans la XIII^ Lettre sur les miracles ( facéties) , et dans ses lettres dn la octobre 1764, à d'Alembert et à Damilaville, peu de temps après la publication du Portatif. D. F.
ce que dit Vjépocafypse au chapitre XXI.
Si Justin est le premier qui attribua Y^pocalypse à saint Jean, quelques personnes ont récusé son témoignage , attendu qxie dans ce même dialogue avec le Juif Trypfaon, U dit que; se]on le récit des apôtres ,. Jésus- Christ y en descendant dans lé Jourdain y fit bouillir les eaux de ce fleuve , et les enflanojna y ce qui pourtant ne se trouve dans aucun écrit des apôtres.
Le même saint Justin cite avec confiance les oracles des sibylles; de plus, il prétend avoir vu les restes des Petites-Maisons on furent enfermés les soixante et douze interprètes dans le phare d'Egypte du temps d'Hérode. Le témoignage d'un homme qui & eu le mal* h^ur de voii' ces Petites-Maisons, semble indiquer que l'auteur devait y être renfermé.
Saint Irénée qui vient après , et qui croyait aussi le règne de mille ans , dit qu'il a appris d'un vieillard quesaiut Jean avaitfaitl'^pocalypse. Mais on a reproché à saint Irénée d'avoir écrit qu'il' ne doit y avoir que quatre Évangiles , parcequ'il n'y a que quatre parties du monde et quatre vents cardinaux, et quËzéchiel n'a vu que quatre animaux. Il appelle ce raisonnement une démonstration. Il faut avouer que la manière dont Irénée
APOCALYPSE. 22i>
âémcmtre vaut bien celle dont Justin a vu.
Qémcut d'Alexandrie ne parle dans ses Electaqae d'une Apocalypse de saint Pierre dont on fesait tares grand eas. TertuUien, l'un des grands partisans du rëgne de mille ans y non seulement assure que saint Jean a prédit cette résurrection et ce rëgne de mille ans dans la ville de Jérusalem ^ mais il prétend que cette Jérusalem commençait déjà à se former dans Tair ^ que tous les chrétiens de la Palestine^ et même les païens^ l'avaient vue pendant quarante jours de suite à la ^ de la nuit; mais malheureusement la ville disparaissait des qu'il était jour.
Origène^ dans sa préface sur l'Évangile de saint Jean ^ et dans ses Homélies y cite les oracles de \ Apocalypse ; mais il cite également les oracles des sibylles. Cependant saint Denis d'Alexandrie^ qui écrivait vers le milieu du troisième siècle^ dit dans un de &&% fragments y conservés par Eusèbe ' , que presque tous les docteurs rejetaient \!> Apocalypse comme un livre destitué de raisoa; que ce livre n'a point été composé par saint Jean y mais par un. nommé Cérinthe y lequel s'était servi d'un grand nom , pour donner plus de poids à ses rêveries.
' Histoire de l'Église, lir. VII^ chap. xxv. Volt.
Le coQcile de Laodicée ^ tena en 36o^ ne compta point V Apocalypse parmi les livres canoniques. Il était bien singulier que Laodicée ^ qui était une église à qui V Apocalypse était adressée ; rejetât un trésor destiné pour elle;. et que Févéque d'Epbèse, qui assistait au concile, rejetât aussi ce livre de saint Jean enterré dans Ëphëse.
Il était visible à tous les yeux que saint Jean se remuait toujours dans sa fosse, et fesait continuellement hausser et baisser la terre. Cependant les mêmes personnages qui étaient sûrs que saint Jean n'était pas bien mort étaient sûrs aussi qu'il n'avait pas faiitV Apocalypse, Mais ceux qui tenaient pour le règne de mille ans furent inébranlables dans leur opinion. Sulpice-Sévère , dans son Histoire sacrée, livre XI, traité d'insensés et d'impies ceux qui ne recevaient pas V Apocalypse, Enfin, après bien des oppositions de concile à concile, l'opinion de Sulpice-Sévëre a prévalu. La matière ayant été ëclaircie , l'Eglise a décidé que V Apocalypse est incontestablement de saint Jean; ainsi il n'y a pas d'appel.
Chaque communion chrétienne s'est attribué les prophéties contenues dans ce livre ; les Anglais y ont trouvé les révolutions de
APOCALYPSE. â27
la Grande-Bretagne; les luthériens^ lés troubles d'Allemagne ; les réformés de France, le règne de Charles IX et la régence de Catherine de Médicis : ils ont tous également raison. Bossuet et Newton ont commenté tous deux yj4pocafypse;itïB\s,k tout prendre, les déclamations éloquentes de l'un, et les sublimes découvertes de l'autre , leur ont feit plu» d'honneur que lèui'^ commentaires.
SBCTXOir II.
Ainsi deux grands hommes, mais d'une grandeur fort différente , ont commenté V Apocalypse dans le dix-septième siècle : Newton , à qui une pareille étude ne convenait guère; Bossuet, à qui cette entreprise convenait davantage. L'un et l'autre donnèrent beaucoup de prise à leurs ennemis parleurs commentaires; et, comme on l'a déjà dit, le premier consola la race humaine de la supériorité qu'il avait sur elle, et l'autre réjouit ses ennemis.
Les catholiques et les protestants ont tous expliqué V Apocalypse en leur faveur; et chacun y a trouvé tout juste ce qui convenait à ses intérêts. Ils ont surtout fait de merveilleux commentaires sur la grande béte à sept têtes et à dix cornes, ayant le poil d'un léopard, les pieds d'un ours, la gueule du
238 AFOGÀLTFSE.
lion y la force du dragon; et il fallait, pour vendre et acheter, avoir le caractère e^ le nombre de la béte^ et ce nombre était Ô6(>;
Bossuet trouve que cette béte était évidemment l'empereur Dioclétieu; en fesant un acrostiche de son nom; Grotius croyait que c'était Trajan^ Un curé de Saiut->Sulpice, nommé La Ghétardie^ connu par d'étranges aventures , prouve que la bête était Julien. Jurieu prouve que la bête est le pape. Un prédicant a- démontré que c'est Louis XIV. Un bon catholique a démontré ■que c'est le roi d'Angleterre Guillaume. Il ^ n'est pas aigé de les accorder tous *.
Il y a eu de vives disputes concernant les étoiles qui tombèrent du ciel sur la terre , et touchant le soleil et la lune , qui furent
* loachim Trotti de La Chétardie , mort à Paris ea x 7 1 4. Il refusa Uévéché de Poitiers en 1702. Cette hnmilité, qni était sans doute réelle,. rachète biçn.des pécjiés. D..F. .
' Un savant moderne a prétendu prouver que cette béte de VApocaljrpse n'est antre chose que Pemperear Caligula. Le nombre 666 est là valeur numérale des lettres de son nom. Ce livre est, selon l-auteur, une prédiction des désordres du règne de Caligula , faite après coup, et à laquelle on ajouta des prédictions équivoques de la ruine de l'empire romain. Voilà par quelle raison les protestants qui ont touIu trouver dans V Apocalypse la puissance papale et sa destruction ont rencontré quelr (mes explications trè.s frappantes. R.
APOCALTPSE; 22^
frappés à-la- fois de ténèbres dans leurs troir sièmes parties.
Il y a eu plusieurs sentiments sur le livre que Fange fit manger à l'auteur de VApo» calypse , lequel livre fut doux à la bouche et amer dans le ventre. Jurieu prétendait que les livres de ses adversaires étaient dé* signés par làj et on rétorquait son argument contre luL.
On 8!est querellé sur ce verset : « J'en- (n. tendis une voix dans le ciel y comme la <( voix des grandes eaux y et comme la voix tt d'un grand tonnerre; et cette voix que . (( j'entendis était comme des harpeurs har- « pants sur leurs harpes. » Il est clair qu'il valait mieux respecter \ Apocalypse que la commenter.
Camus y évéque de Belley y fit imprimer au siècle précédent un gros livre contre les moines^ qu'un moine défroqué abrégea; il * fut intitulé Apocalypse '' y parcequ'il y révélait les défauts et les dangers de la vie monacale; Apocalypse deMéliton, parce-
^ L'ourrage de Camus est intitulé : SaiiU Augustin i de l'ouvrage des moines , ensemble quelques pièces de saint Tftomaf ei de saint Bonaventure sur le même sujet, le tout rendu, en notre langue, et assorti de réflexions sur l'usage du temps. Rouen, i633, in-8*. Dix ans après la mort dç
que Mëlrtotr, évêque de Sarcles, au second siècle, avait passé pour prophète. L'ouvrage de cet ëvêque n'a rien des obscurités de V Apocalypse de saint Jean j- jamais on ne parla plus clairement. L'évêque ressemble à ce magistrat qui disait à un procureur : « Vous êtes un faussaire, un fripon. Je ne « sais si je m'explique. »
L'évêque de Belley suppute dans son Apocalypse ou Révélation qu'il y avait de son temps quatre-vingt-dix-huit ordres de moines rentes ou mendiants, qui vivaient aux dépens des peuples sans rendre le moindre service, sans s'occuper du plus léger travail. Il comptait six cent mille moines dans l'Europe. Le calcul est uti peu enflé y mais il est certain que le nombre des moines était un peu trop grand.
Ihassure que les moines sont les ennemis des évêques, des curés, et des magistrats.
Que parmi les privilèges accordés aux cordeliers , le sixième privilège est la sûreté d'être sauvé , quelque crime horrible qu'on
Camus, le P. Pithois, minime défroqué, en fit paraître un abrégé sous ce titre : V Apocalypse de MéUton, ou Révélation, des mystères cénohUiques » par MéUton Soiat" Léger, 1662, in-24; réimprimé deux fois en 1668, in-
A.POCALTPSE. 251
ait commis^ , pourvu qu'on aime Fordre de Saint-François.
Que les moines ressemblent aux singes " : plus ils montent haut^ plus on voit leur cul.
Que le nom de moine ' est devenu si infâme et si exécrable ; qu'il est regardé par les moines mêmes comme une sale injure^ et comme le plus violent outrage qu'on leur puisse faire * .
Mon cher lecteur, qui que vous soyez, ou ministre ou magistrat, considérez avec attention ce petit morceau du livre de notre évêque.
« * Représentez -vous le couvent de l'Es- (c curial ou du Mont-Cassin, où les cénobites « ont toutes sortes de commodités nécessai- « res, utiles, délectables, superflues, suraa boudantes, puisqu'ils ont les cent cinquante « mille, les quatre cent mille, les cinq cent « mille écus de rente; et jugez si monsieur « l'abbé a de quoi laisser dormir la méri- « dienne à ceux qui voudront.
' Page 89. Volt.
* Page io5. Volt.
'Page loi. Volt.
* Voyez, dajis l'article jésuites, combien le moines jésuite Croust était irrité quand on lui parlait de son couvent. D. F.
* Pages 160 et 161. Volt.
<c D'un autre côté, représentez -vous un « artisan , un laboureur, qui n'a pom* tout « vaillant que ses bras, chargé d'une grosse a famille,, travaillant tous les jours, en toute « saison comme un esclave pour la nourrir a du pain de douleur et de l'eau des laiTnes-^ <( et puis faites comparaison de la préémia nence de l'une ou de l'autre condition en <c fait de pauvreté. »
Voilà un passage de V Apocafypse épiscopale qui n'a. pas besoin.de conunentaires : il n'y manque qu'un ange qui vienne remplir sa coupe du vin des moines pour désaltérer les agriculteurs qui labourent, sèment, et recueillent pour les monastères.
Mais ce prélat ne fit qu'une satire aii lieu de faire un livre utile. Sa dignité lui ordonnait de dire le bien comme le mal. Il fallait avouer que les,bénédictins ont donné beaucoup de bons ouvrages , que les jésuites ont rendu de grands services aux belles-lettres. Il fallait bénir les frères delà Charité, et ceux de la Rédemption des captifs. Le premier devoir est d'être juste. Camus se livrait trop à son imagination. Saint François de Sales hii conseilla de faire des romans de morale; mais il abusa de ce conseil.
irPOC RTPHE6 . SSiS
APOCRYPHES, ' Du mot grec qui signifie caché.
On remarque très bien dans le Diction»naire encyclopédique que les divines Ecritures pouvaient être à -la -fois sacrées et apocryphes : sacrées ^ parcequ'ellessont indubitablenvent dictée» par Dieu nàéme; apocryphes ^ parcequ'elles étaient cachées aux nations y et même au peuple juif.
Qu'elles fussent cachées aux nations avant la traduction grecque faite dans Alexandrie sous les Ptolémées, c'est une vérité reconnue. Josèphe l'avoue ' dans la réponse qu'il fit à Apion; après la mort d'Apion; et son aveu n'en. a. pas moins de poids ^ quoiqu'il prétende le fortifier par une fable. IL dit dans son histoire ' que les livras juifs étant tous divins, nul historien , nul poète étranger n'en avait jamais osé parler. Et immédiatement après avoir assuré que jamais personne n'osa s'exprimer sur les lois juives, il ajoute que l'historien Théopompe ayant eu seulement le dessein d'en insérer quelque chose dans son histoire, Dieu Je rendit fou pendant trente jours \ qu'ensuite ayant été averti dan^
' Liv. I, ch. IV. Volt.
' Liv. XII, ch. II. Volt;.
un songe qu'il n'était fou que pour avoir voulu connaître les choses divines^ et les faire connaître aux profanes j il en demanda pardon à ï)ieu ; qui le remit dans son bon sens.
JosèphC; au même endroit," rapporte encore qu'un poète nommé Théodecte ayant dit un mot des Juifs, dans ses tragédies, devint aveugle, et que Dieu ne lui rendit la vue qu'après qu'il eut fait pénitence.
Quant au peuple juif, il est certain qu^il y eut des temps où il ne put lire les divines Ecritures, puisqu'il est dit dans le quatrième livre des Rois^^ et dans le deuxième des Pamlipomènes * , que sous le roi Josîas on ne les connaissait pas , et qXi'on en trouva par hasard un seul exemplaire dans un coffre chez le grand-prétre Helcias ou Helkia.
Les dix tribus qui furent dispersées par Salmanazar n'ont jamais reparu; et leurs livres, si elles en avaient, ont été perdus avec elles. Les deux tribus qui furent esclaves à Babylone, et qui revinrent au bout de soixante et 'dix ans, n'avaient plus leurs livres, ou du moins ils étaient très rares et très défectueux, puisqu'Ësdrasfut obligé de les rétablir. Mais,
* Chap. XXII, ▼. 8. Volt.
■ Chap. xxxiY, V. 14. Volt.
quoique ces livres fussent apocryphes pendant la captivité de Babylone^ c'est-à-dire cachés^ inconnus au peuple ; ils étaient toujours sacrés; ils portaient le sceau de la Divinité; ils étaient^ comme tout le monde en convient^ le seul monument de vérité qui fàt sur la terre.
Nous appelons aujourd'hui apocryphes les livres qui ne méritent aucune créance , tant les langues sont sujettes au changement. Les catholiques et les protestants s'accordent à traiter d'apocryphes en ce sens, et à rejeter,
La prière de Mariasse, roi de Juda , qui se trouve dans le quatrième livre des Rois;
Le troisième et quatrième livre des Machabées;
Le quatrième liseré d'Esdras; quoiqu'ils soient incontestablement écrits par des Juifs; mais on nie que les auteurs aient été inspirés de Dieu, ainsi que les autres Juifs.
Les autres livresjuifs, rejetés par les seuls protestants , et regardés par conséquent couune non inspirés par Dieu même, scfnt,
La Sagesse , quoiqu'elle soit écrite du même style que les Proverbes.
L^ Ecclésiastique , quoique ce soit encore le même style.
Les deux premiers Iwres des Machabëes , quoiqu'ils soient écrits par un Juif; mais ils ne croient pas que ce Juif ait été inspiré de Dieu.
Tohie, quoique le fond en soit édifiant. Le judicieux et profond Calme t affirme qu'une partie de ce livre fut écrite par Tobie père, et l'autre par Tobie fils, et qu'un troisième auteur ajouta la conclusion du dernier chapitre, laquelle dit que le jeune Tobie mourut à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, et que ses enfants V enterrèrent gaiement.
Le même Calmet , à la fin de sa préface , s'exprime ainsi ' : « Ni cette histoire en elle- <( même, ni la manière dont elle est racon- « tée , ne portent en aucune manière le caa ractère de fable ou de fiction. S'il fallait « rejeter toutes les histoires de l'Ecriture où <• il paraît du merveilleux et de l'extraora dinaire, où serait le livre sacré, que l'on « pourrait conserver?.... »
Judith y quoique Luther lui-même déclare a que ce livre est beau, bon, saint, utile, « et que c'est le discours d'un saint poète et a d'un prophète animé du Saint-Esprit, qui tt nous instruit^ etc. '. »
* Préface de Tobie. Volt.
3 Luther, dam la préface aUemande da lirre d« /mâith. Volt.
Il est difficile à la vérité de savoir en quel temps se passa l'aventure de Judith y et où était située la ville de Béthulie. On a disputé aussi beaucoup sur le degré de sainteté de l'action de Judith; mais^ le livre ayant été déclaré canonique au concile de Trente j il n'y a plus à disputer.
Baruchy quoiqu'il soit écrit du style de tous les autres prophètes.
Esther. Les protestants n'en rejettent que quelques additions après le chapitre dix; mais ils admettent tout le reste du livre j encore que l'on ne sache pas qui était le roi Assuérus^ personnage principal de cette histoire.
Daniel, Les protestants en retranchent l'aventure de Suzanne et des petits enfants dans la fournaise; mais ils conservent le songe de Nabuchodonosor et son habitation avec les bétes.
D> LA Tin DI XOUK, LIVRS APOCaTPIIK OE LA 9lXh
HAUT! AITTCQUITI.
L'ancien livre qui contient la vie et la ntort de Moïse parait écrit du temps de la captivité de Babylone. Ce fut alors que les Juifs commencèrent à connaît!^ les noms
que le» Chaldéens et les Perses donnaient aux an^s ^ •
C'est là qu'on voit les noms de Zinghiel y Samael^ Tsakon^ Lâkah; et beaucoup. d'autres dont les Juifs n'avaient fait aucune mention*
Le livre de la mort de Moïse paraît postérieur. U est reconnu que les Juifs avaient plusieurs vies de Moïse très anciennes^ et d'autres livres. indépendamment du P^ntateuque. Il y était appelé Moni^ et non pas Moïse ^ et on prétend que mo signifiait de Veau, et ni la particule de. On le nomma aussi du nom gnéral Melk^ on lui. donna ceux de Joakim^ Adamosi^ Thetmosi; et surtout on a cru que c'était le même personnage que Manethon appelle Ozarziph.
Quelques uns de ces vieux manuscrits hébraïques furent tirés de la poussière des cabinets des Juifs vers l'an iSi^. I^e savant Gilbert Gaulmin^ qui possédait leur langue parfaitement; les traduisit en latin vers l'an i635. Us furent imprimés ensuite et dédiés au cardinal de Bérulle. Les exemplaires sont devenus d'une rareté extrême.
Jamais le rabbinisme^ le goût du merveil-
• Voye» l'article ahoiu Volt.
leux, rimagination orientale, ne se déployèrent avec plus d'excès.
FRAGMBirr DK LA TIK DE MOÏSE.
Cent trente ans après l'établissement des Juifs en Egypte, et soixante ans après la mort du patriarche Joseph , le pharaon eut un songe en dormant. Un vieillard tenait une balance : dans l'un des bassins étaient tous les habitants de l'Egypte, dans l'autre était un petit enfant, et cet enfant pesait plua que tous les Égyptiens ensemble. Le pharaon appelle aussitôt ses shotim , ses sages. L'un des sages lui dit : « 0 roi ! cet enfant « est un Juif qui fera un jour bien du mal à a votre royaume. Faites.tuer tous les enfants <( des Juifs , vous sauverez par là votre em- « pire, si pourtant on peut s'opposer aux or- « dres iu destin. y>
Ce conseil plut à Pharaon : il fit venir les sages-fem^cnes , et leur ordonna d'étrangler tous les mâles dont les Juives accoucheraient.... Il y avait en Egypte up homme nommé Amram, fils de Kehat, mari de Jocebed, sœur de son frère. Cette Jocebed lui donna une fille nommée Marie, qui signifie persécutée , parceque les Égyptiens descen» dants de Cbam persécutaient les Israélites-
340 APOCRTFUES.
descendant évidenûnent de Sem. Jocebed accoucha ensuite d' Aaron ^ qui signifie condamné à mort , parceque le pharaon avait condamné à mort tous les enfants juifs. Aaron et Marie furent préservés par les anges du Seigneur qui les nourrirent aux champs , et qui les rendirent à leurs parents quand ils furent dans l'adolescence.
Enfin Jocebed eut un troisième enfant : ce fut Moïse y qui par conséquent avait quinze ans de moins que son frère. Il fut exposé sur \e Nil. La fille du pharaon le rencontra en se baignant^ le fit nourrir, et l'adopta pour son fils , quoiqu'elle ne fût point mariée.
Trois ans après , son père le pharaon prit une nouvelle femme ; il fit un grand festin ; sa femme était à sa droite^ sa fille était à sa gauche avec le petit Moïse. L'enfant, en se jouant^ lui prit sa<:ouronne et la mit sur sa tête. Balaam le inagicien , eunuque du roi, se ressouvint alors du songe de sa majesté. Voilà, dît-il , cet enfant qui doit un jour vous faire tant de mal^ l'esprit de Dieu est en lui. Ge qu'il vient de faire est une preuve qu'il a déjà un dessein formel de vous détrôner. Il fïiiit le faire périr sur-le-champ. Cette idée plut beaucoup, au pharaon.
On allait tuer le petit Moïse lorsque Dieu
APT)CRTλHES. 241
etivôya sur-le-champ son ange Gabriel déguisé en officier du pharaon ^ et qui lui dit : Seigneur j il ne faut pas faire mourir un en^ faut innocent qui n'a pas encore Fâge de discrétion^ il n'a mis votre couronne sur sa tête que parcequ'il manque de jugement. Il n'y a qu'à lui présenter un rubis et un charbon ardent^ s'il choisit le charbon^ il est clair que c'est un imbécile qui ne sera pas dangereux^ mais s'il prend le rubis c'est signe qu'41 y entend finesse^ et alors il faut le tuer.
Aussitôt on apporte un rubis et un charbon^ Moïse ne manque pas de prendre le rubis ; mais l'ange Gabriel , par un léger tour de main, glisse le charbon à la place de la pierre précieuse. Moïse mit le charbon dans sa bouche ; et se brûla la langue si horriblement qu'il en resta bègue toute sa vie ; et c'est la raison pour laquelle le législateur des Juifs ne put jamais articuler.
Moïse avait quinze ans et était favori du pharaon. Un Hébreu vint se plaindre à lui de-ce qu'un Egyptien l'avait battu après avoir couché avec sa femme. Moïse tua l'Egyptien. Le pharaon ordonna qu'on coupât la tète à Moïse. Le bourreau le frappa; mais Dieu changea sur^le-^ihamp le cou de Moïse eu
yOl.TAIRK.Dict. philos. T. II. 11
243 APOCKTPHES*
colonne demarbre, et envoya Fange Michel, qui; en trois jours de temps, conduisit Moïse hors des frontières.
Le jeune Hébreu se réfugia auprès de Nécano, roi d'Ethiopie, qui était en guerre avec les Arabes. Nécano le fit son général d'armée, et, après la mort deNécano, Moïse fut élu roi et épousa la veuve. Mais Moïse, honteux d'épouser la femme de son sei< gneur , n'osa jouir d'elle, et mit une épée dans le lit entre lui et la reine. Il demeura quarante ans avec elle sans la toucher. La reine irritée convoqua enfin les états du royaume d'Ethiopie, se plaignit de ce que Moïse ne lui fesait rien, et conclut à le chasser, et à metti^e sur le trône le fils du feu roi.
Moïse s'enfuit dans le pays de Madian chez le prêtre Jéthro. Ce prêtre crut que sa fortune était faite s'il remettait Moïse entre les mains du pharaon d'Egypte, et il commença par le faire mettre dans un cul de basse-fosse, où il fut réduit au pain et à l'eau. Moïse engraissa à vue d'œil dans son cachot. Jéthro en fut tout étonné. Il ne savait pas que sa fille Séphora était devenue amoureuse du prisonnier , et lui portait elle-même des perdrix et des caiUcs avec
d'ex-celleiU vin. Il conclut que Dieu protégeait Moïse, et ne le livra point au pharaon.
Cependant le prêtre Jéthro voulut marier sa fille : il avait dans son jardin un arbre de saphir sur lequel était gravé le nom de Jaho ou Jéhova. 11 fit publier dans tout le pays qu'il donnerait sa fille à celur qui pourrait arracher Farbre de saphir. Les amants de Séphora se présentèrent : aucun d'eux ne put seulement faire pencher l'arbre. Moïse, qui n'avait que soixante et dix-sept ans, l'arr^^cha tout d'un coup sans efFort. Il épousa Séphora dont il eut bientôt un beau garçon nommé Gersom.
Un jour en se promenant il rencontra Dieu ( qui se nommait auparavant Sadaï , et qui alors s'appelait Jéhova ) dans un buisson, et Dieu lui ordonna d'aller faire des miracles à la cour du pharaon : il partit avec sa femme et son fils. Ils rencontrèrent chemin fesant un ange qu'on ne nomme pas, qui ordonna à Séphora de circoncire le petit Gersom avec un couteau de pierre. Dieu envoya Aaron sur la route ; siais Aaron trouva fort mauvais que son frère eût épousé une Madianite, il- la traita de p.... et le petit Gersom de bâtard j il les renvoya clans leur pays . p^r le plus court. *
Aaron et Moïse s'en allèrent donc tout seuls dans le palais du pharaon. La porte du palais était gardée par deux lions d'une grandeur énorme. Balaam^ l'un des magiciens du roi, voyant venir les deux fi'ères, lâcha sur eux les deux lions ^ mais Moïse les toucha de sa verge, et les deux lions humblement prosternés léchèrent les pieds d' Aaron et de Moïse. Le roi tout étonné fit venir les deux pèlerins devant tous ses magiciens. Ce fut à qui ferait le plus de miracles*
L'auteur raconte ici les dix plaies d'Egypte à peu près comme elles sont rapportées dans V Exode. Il ajoute seulement que Moïse couvrit toute l'Egypte de poux jusqu'à la hauteur d'une coudée, et qu'il envoya chez tous les Egyptiens des lions , -des loups, des ours, des tigres, qui entraient dans toutes les maisons, quoique les portes fussent fermées aux verrous, et qui mangeaient tous les petits enfants.
■Ce ne fut point, selon cet auteur, les Juifs qui s'enfuirent par la mer Kouge, ce fut le pharaon qui s'enfuit par ce chemin avec son armée } les Juifs scoururent après lui , les eaux se séparèrent à dr4>ite et à gauche pour les voir combattre ; tous les Egyptiens,, excepté le roi, furent tués sur le sable. Alors
APOCRYPHES. â45
ce roi; voyant bien qu'il avait afïiaiire à forte partie y demanda pardon à Dieu. Michael et Gabriel furent envoyés vers lui ; ils le transportèrent dans la ville de Ninive, ou il régna quatre cents ans.