‹ Dictionnaire philosophiqueChapitre 74 sur 84 · DE LA MORT DE MOÏSE · texte numérisé non relu

DE LA MORT DE MOÏSE

Dieu avait déclaré au peuple d'Israël qu'il ne sortirait point de l'Egypte à moins qu'il n'eût retrouvé le tombeau de Joseph. Moïse le retrouva et le porta sur ses épaules en traversant la mer Rouge. Dieu lui dit qu'il se souviendrait de cette bonne action^ et qu^il l'assisterait à la mort.

Quand Moïse eut passé six-vingts ans ,' Dieu vint lui annoncer qu'il fallait mourir , et qu'il n'avait plus que trois heures à vivre. Le mauvais ange Samael assistait à la t:onversation. Dès que la première heure fut passée ; il se mit à rire de ce qu'il allait bientôt s'emparer de l'ame de Moïse, et Michael se mit à pleurer. Ne te réjouis pas tant, méchante béte,^ dit le bon ange au mauvais : Moïse va mourir, mais nous avons Josué à sa place.

Quand les trois heures furent passées , Dieu commanda à Gabriel de prendre l'ame du mourant.. Gabriel s'en excusa, Michael

aussi. Dieu, refusé par ces deux anges, s'adresse à Zinghiel. Celui-ci ne voulut pas plus obéir que les autres : C'est moi, dit-il, qui ai été autrefois son précepteur, je ne tuerai pas mon disciple. Alors Dieu se fâchant dit au mauvais ang;e Samael : £h bien, méchant, prends donc son ame. Samael plein de joie tire son épée et court sur Moïse. Le mourant se lève en colère, les yeux étincelants : Comment, coquin ! lui dit Moïse, oserais-tu bien me tuer, moi qui, étant enfant, ai mis la couronne d'un pharaon sur ma tête, qui ai fait des miracles à l'âge de qualre-rinçts ans, qui ai conduit hors d'Egypte soixante millions d'hommes , qui ai coupé la mer Rouge en deux, qui ai vaincu deux rois si grands que du temps du déluge l'eau ne leur venait qu'à mi-jambe ! Va-t'en, maraud, sors de devant moi tout-à-l'heure.

Cette altercation dura encore quelques moments. Gabriel, pendant ce temps-là, prépara un brancard pour transporter l'ame de Moïse ^ Michael un manteau de pourpre; Zinghiel une soutane. Dieu lui mit les deux mains sur la poitrine, et emporta son ame.

C'est à cette histoire que l'apôtre saint Jude fait allusion dans son épttre, lorsqu'il dit que l'archange Michael disputa le corps

de Moïse au diable. Comme ce fait ne se trouve que dans le livre que je viens de citer^ il est évident que saint Judc l'avait lu^ et qu'il le regardait comme un livre canonique.

La seconde histoire de la mort de Moïse est encore une conversation avec Dieu. Elle n'est pas moins plaisante et moins curieuse que l'autre. Voici quelques traits de* ce dialogue.

Moïse, Je vous prie, Seigneur, de me laisser entrer dans la terre promise , au moins pour deux ou trois ans.

Dieu. Non ; mon décret porté que tu n'y entreras pas.

Moïse, Que du moins on m'y porte après ma mort.

Dieu. Non , ni mort ni vif.

Moïse. Hélas ! bon Dieu, vous êtes si clément envers vos' créatures , vous leur pardonnez deux ou trois fois y je n'ai fait qu'un péché , et vous nfi me pardonnez pas !

Dieu. Tu ne sais ce que tu dis , tu as commis six péchés... Je me souviens d'avoir juré ta mort ou la perte d'Israël ; il faut qu'un de ces deux serments s'accomplisse. S^tu veux* vivre , Israël périra.

Moïse. Seigneur, il y a là trop d'adresse,

VOUS tenez la corde par les deux bouts. Que Moï$e périsse plutat qu'une seule ame d'Is^ m'èh

Après plusieurs discours de la sorte ^ Fécho de la montagne dit à Moise : Tu n'as plus que cinq heures à vivre. Au bout des cinq heures Dieu envoya chercher Gabriel, Zinghiel, et SamaeL Dteu promit «% Moïse de l'enterrer et emporta son ame.

Quand on feit réflexion que presque toute la terre a été infatuée de pareils contes , et qu'ils ont fait l'éducation du genre humain., on trouve les fables de Pilpaï, de Loqman , d'Esope, bien raisonnables.

ZjIYRES apocryphes de la 3T0UVELLE LOI.

Cinquante Évangiles*, tous assez différents les uns des autres, dont il ne nous reste que quatre entiers, celui de Jacques, celui de Nicodème, celui de l'enfance de Jésus, et celui de la naissance de Marie. Nous n'avons des autres, que des fragments et de légères notices.

Le voyageur Tournefort , envoyé par Louis XIV en Asie , nous apprend que les

APOCRTPHES. 240

Géorgiens ont conservé V Evangile de Ven^ fance y qni leur a été probablement communiqué par les Arménien» (Tournefort^ lett. XIX).

^ Bans les commencements plusieurs de ces Evangiles^ a ujourd'hui reconnus comme apo^ cryphesy furent cités comme authentiques y et furent menve les seuls cités. On trouve dans les Actes des apôtres ces mots que prononce saint Paur : a II faut se souvenir des paroles « du Seigneur Jésus ; car lui-même a dit : Il a vaut mieux donner que recevoir. »

Saint Barnabe^ ou plutôt saint Barnabas j fait parler ainsi Jésus^Christ dans son épître catholique ' r « Résistons à toute iniquité j et a ayons-la en haine.... Ceux qui veulent me « voir et parvenir à mon royaume doivent <t me suivre par les afflictions et par les tt peines. »

Saint Clément y dans sa cinquième épître aux Corinthiens^ met dans la bouche de Jésus-Christ ces paroles : «Si vous êtes assem- « blés dans mon sein y et que vous ne sui- « viez pas mes commandements ' , je vous « rejetterai, et je vous dirai : Retirez-vous

' Chap. XX, V. 25. Volt.

*' No»- 4 et 7. Volt.

» N» 4. Volt.

« de moi ^ je ne vous connais pas ; retirez- « vous de moi^ artisans d'iniquité. »

Il attribrue ensuite ces paroles à Jésus- Christ : a Gardez votre chair chaste et le ca- « chet immaculé y arfin que vous receviez la « vie éternelle \ r>

Dans les Constitutions apostoliques , qui sont du second siècle^ on trouve ces mots : a Jésus-Christ a dit : Soyez des agents de « change honnêtes. »

Il y a beaucoup de citations pareilles, dont aucune n'est tirée des quatre Evangiles reconnus dans TËglise pour les seuls canoniques. Elles sont pour la plupart tirées de l'Evangile selon les Hébreux , Evangile traduit par saint Jérôme^ et qui est aujourd'hui regardé comme apocryphe.

Saint Clément le Romain dit dans sa seconde épîtrc : « Le Seigneur étant inter- « rogé quand viendrait son règne répondit : « Quand deux feront un , quand ce qui est <i dehors sera dedans , quand le mâle sera « femelle , et quand il n'y aura ni femelle ni c( mâle. »

Ces paroles sont tirées de l'Evangile selon les Egyptiens , et le texte est rapporté tout entier par saint Clément d'Alexandrie. Mais

' N» 8. Volt.

à qooi pensait Fauteur de TEvangile égyptien ^ et saint Clément lui-même ? les paroles qu'il cité sont injurieuses à Jésus-Christ J elles font entendre qu'il ne croyait pas que son règ^ne advînt. Dire qa'upe chose arrivera fc quand deuit feront ^un^ quand le mâle sera « femelle , » c'est dire qu'elle n'arrivera jamais. C'est comme nous disons : « La semaine <c des trois jeudis , les calendes ^ecques : » un tel passage est bien plus rabbinique qu'évaugéliquc.

Il y eut aussi des Actes des Apôtres apocryphes : saint Ëpiphane les cite ^ . C'est dans ces Actes qu'il est rapporté que saint Paul était fils d'un père et d'une mère idolâtres, et qu'il se fit juif pour épouser la fille de Gamaliel ; et qu'ayant été refusé, ou ne l'ayant pas trouvée vierge , il prit le parti des disciples de Jésus. C'est un blasphème contre saint Paul.

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