II
Les Actes de sainte Thècie et de saint Paul, écrits par un disciple nommé Jean y attaché à saint Paul. C'est dans cette histoire que Thècie s'échappe des mains de ses. persécuteurs pour aller trouver saint Paul j déguisée en homme. C'est là qu'elle baptise un lion 'y mais- cette aventure fut retranchée depuis . C'est là qu'on trouve le portrait de Paul, « staturâ brevi, calvastrum, criu*ibus curvis , « surosum, supcrciliis junctis,. naso aqui> a lîno , plénum gratiâ Dei. »
Quoique cette histoire ait été recommandée par saint Grégoire de Na»anze, par saint Ajnbroise , et par saint Jean Chrysostome, etc. , elle n'a eu aucune considération chez les autres docteurs de l'Église.
La Prédication de Pierre. Cet écrit est aussi appelé l'Evangile , la révélation de
^ n y a encore an antre livre dH Enoch chez les clirétient d'Ethiopie, que Peiresc, conseiller an parlement de Pro- Tence, fit veoir à très grands frab; il est d'an antre im<» posteor. Faut-il qn'il y en ai^ aussi en Ethiopie I Volt*
Pierre, Saint Clément d'Alexandrie eu parle avec beaucoup d'éloge ^ mais on s'aperçut bientôt, qu'il était d'un faussaire qui avait pris le nom de cet apôtre.
Les Actes de Pierre , ouvrag;e non moins
supposé.
Le Testament des douze patriarches. On doute si ce livte est d'un juif pa d'un chrétien. Il est très vraisemblable pourtant qu'il est d'un chrétien des premiers . temps j car il est dit, dans le Testament de Lévi, qu'à la Rn de la septième semaine il viendra des prêtres adonnés à ridolâlrie, beliatores , avariy scribœ iniqui, impudici, puerorum corruptores etpecorum; qu'alors il y aura un nouveau sacerdoce^ que les cieux s'ouvriront j que la gloire du Très-Haut, et l'esprit d'intelligence et de sanctification s'élèvera sur ce nouveau prêtre. Ce qui semble pro-^ phétiser Jésus-Christ.
La Lettre d*Ahgary prétendu roi d'Edesse^ à Jésus- Christ, et la Réponse de Jésus-Christ ç,u roi Ahgar, On croit qu'en effet il y avait du tenjps de Tibère un toparque d'Édesse>
qui avait passé du service des Perses à celui d^s Romains ; mais son commerce épistolaire a été regardé par tous les bons critiques conune une chimère.
Les Actes de Pilate, les Lettres dePilate à Tibère sur la mort de JesuS' Christ. La Vie de Procula , femme de Pilate.
Les Actes de Pierre et de Paul y où l'on voit l'histoire de la querelle de saint Pierre avec Simon le magicien : Abdias , Marcel , et Hégésippe, ont tous trois écrit cette histoire. Saint Pierre dispute d'abord avec Simon à qui ressuscitera un parent de l'empereur Néron , qui venait de mourir : .Simon le ressuscite à moitié y et saint Pierre achève la résurrection. Simon vole ensuite dans l'air ^ saint Pierre le fait tomber y et le magicien se casse les jambes. L'empereur Néron, irrité de la mort de son magicien , fait crucifier saint Pierre la tête en bas , et fait couper la tête à saint Paul, qui était du parti de saint
Pierret
Les Gestes du bienheureux Paul^ apôtre et docteur des nations. Dans ce livre y on
APOCH.TPHES. '555
fait demeurer saint Paul à Rome y deux ans après la mort de saint Pierre. L'auteur dit que quand on eut coupé la tête à Paul, il en sortit du lait au lieu de sang , et que Lucina , femme dévote , le fit enterrer à vingt milles de Rome, sur le chemin d'Ostie, dans sa maison de campagne.
Les Gestes du bienheureux apôtre André, L'auteur raconte que saint André alla prêcher dans la ville des Mirmidons , et qu'il y haptisa tous les citoyens. Un jeune homme nommé Sostrate, de la ville d'Amazée, qui est du moins plus connue que celle des Mirmidons, vint dire au bienheureux André : « Je suis si beau que ma raëre a conçu pour a moi de la passion ^ j'ai eu horreur pour ce <( crime exécrable, et j'ai pris la fuite; ma ft mère en fureur m'accuse auprès du pro- « coiisul de la province de l'avoir voulu vio- « 1er. Je ne puis rien répondre, car j'aimeu rais mieux mourir que d'accuser ma mère. » Comme il lui parlait ainsi, les gardes du proconsul vinrent se saisir de lui. Saint André accompagna l'enfant devant le juge , et plaida sa cause : la mère ne se déconcerta point; elle accusa saint André lui-même
Sâ6 APOCRYPHES.
d'avoir engagé l'enfant à ce crime. Le proconsul aussitôt ordonne qa'on jette saint André dans la rivière 5 mais Tapôtre ayant prié Dieu^ il se fît un grand tremblement de terre, et la mère mourut d'un coup de tonnerre*
Après plusieurs aventui^es de ce genr/O, l'auteur fait crucifier saint André à Fatras.
Les Gestes de Saint Jacques-le- Majeur^ L'auteur le fait condamner à la mort par le pontife Abiathar à Jérusalem y et il baptise le greffier avant d'être crucifié.
Les Gestes de saint Jean l'évangéliste^ L'auteur raconte qu'à Ëphèse, dont saint Jean était évêque, Drusilia, convertie par lui , ne voulut plus de la compagnie de son mari Andronic, et se retira, dans un tombeau. Un jeune homme nommé Callimaque, amoureux d'elle, la pressa quelquefois dans ce tombeau même de condescendre à sa pas? sion. Drusilla, pressée par son mari et par son amant, souhaita la mort , et l'obtint. Callimaque, informé de sa perte, fut encore plus furieux d'amour; il gagna par argent un domestique d'Audronic , qui avait les
clefs 3u tombeau^ il y court; il dépouille sa maîtresse de son linceul , il s'écrie : « Ce que a tu a'as pas voulu m'accorder vivante ^ tu « me l'accorderas morte. »" £t dans l'excès horrible de sa démence^ il assouvit ses désirs sur ce corps inanimé. Un sei'pent sort à Tinr stant du tombeau 5 le jeune honune tombe évanoui^ le serpent le tue; il en fait autant du domestique complice^ et se roule sur son corps. Saint Jean arrive avec le mari; ils sont étonnés de trouver Callimaque en vie. Saint Jean ordonne au serpent de s'en aller; le serpent obéit. Il demande au jeune homme comment il est ressuscité ; Callimaque répond qu'un ange lui était apparu et lui avait dit : « Il fallait que tu mourusses pour re- (( vivre chrétien. » Il demanda aussitôt le baptême^ et pria saint Jean de ressusciter Drusilla. L'apôtre ayant sur-le-champ opéré ce miracle^ Callimaque et Drusilla le supplièrent de vouloir bien aussi ressusciter le domestique. Celui-ci^ qui était un païen obstiné^ ayant été rendu à la vie, déclara qu'il aimait mieux remourir que d'être chrétien; et en effet il remourut incontinent. Sur quoi saint Jean dit qu'un mauvais arbre porte toujours de mauvais fruits.
A-ristodè^e; grand-pré tre d'Ephèse, quoi-
â58 APOCRYPHES.
que frappé d'un tel prodige, ne voulut pas «e convertir : il dit à saint Jean : « Perniet- <( tez que je vous empoisonne, et si vous a n'en mourez pas, je me convertirai. » L'apôtre accepte la proposition : mais il voulut qu'auparavant Aristodème empoisonnât deux Ephésiens condamnés à mort.
Aristodëme aussitôt leur présenta le poison ; ils expirèrent sur-le-champ. Saint Jean prit le même poison, qui ne lui fit aucun mal. Il ressuscita les deux morts, et le grand-prêtre se convertit.
Saint Jean ayant atteint l'âge de quatrevingt-dix sept ans, Jésus-Christ lui apparut, et lui dit : ail est temps que tu viennes à « mon festin avec tes frères. » Et bientôt après l'apôtre s'endormit en paix.
L'histoire des bienheureux Jacques-le- Mineur y Simon, et Jude frères. Ces apôti'es vont en Perse , y exécutent des choses aussi incroyables que celles que l'auteur rapporte de saint André.
Les Gestes de saint Matthieu, apôtre et évangéliste. Saint Matthieu va en Ethiopie dans la grande ville de Nadaver, il y res-
suscite le fils de la reine Candace , et il y fonde des Eglises chrétiennes.
Les Gestes du bienheureux Barthélemi dans l'Inde. Barthélemi va d'abord dans le temple d'Astarot. Cette déesse rendait des oracles^ et guérissait toutes les maladies; Barthélemi la fait taire , et rend malades tous ceux qu'elle avait guéris. Le roi Polimius dispute avec lui; le démon déclare devant le roi qu'il est vaincu. Saint Barthélemi sacre le roi Polimius évéque des Indes.
Les Gestes du bienheureux Thomas, apôtre de rinde. Saint Thomas entre dans rinde par un autre chemin ^ et y fait beaucoup plus de miracles que saint Barthélemi; il est enfin martyrisé, et apparaît à Xiphoro et à Susani.
Les Gestes du bienheureux Philippe. Il alla prêcher en Scythie. On voulut lui faire sacrifier à Mars ; mais il fit sortir un dragon de Taùtel qui dévora les enfants des prêtres; il mourut à Hiérapolis, à Tâge de quatrevingt-sept ans. On ne sait quelle est cette ville; il y en avait plusieurs de ce nom.
Toutes ces histoires passent pour être écrites par Abdias^ évéque de Babyione^ et sont traduites par Jules Africain.
A cet abus des saintes Écritures on en à joint un moins révoltant^ et qui ne manque pas de respect au christianisme comme ceux qu'on vient de mettre sous les yeux du lecteur. Ce sont les liturgies attribuées à saint Jacques^ à saint Pierre^ à saint Marc^ dont le savant Tillemont a fait voir la fausseté.
Fabriciusmet parmi les écrits apocryphes V Homélie attribuée à saint Aug^ustin , sur la manière dont se forma le Symbole $ mais il ne prétend pas sans doute que le Symbole , que nous appelons des apôtres, en soit moins sacré et moins véritable. H est dit dans cette Homélie ^ dans Rufin^ et ensuite dans Isidore, que dix jours après l'ascension y les apôtres étant renfermés ensemble de peur des Juifs, Pierre dit : Je crois en J)ieu le père tout puissant ^ André, Et en Jésus- Christ son fils ^ Jacques, Qui a été conçu du Saint-Esprit^ et qu'ainsi chaque apôtre ayant prononcé un article, le Symbole fut entièrement achevé.
dette histoire n'étant point dans les Actes des apôtres, on est dispensé de la croire, mais on n'est pas dispensé de croire -au Symbole dont les apôtres ont enseigné la substance. La vérité ne doit point souffrir des feux ornements qu'on a voulu lui donner.
Les Constitutions apostoliques ' . On met aujourd'hui dans le rang des apocryphes les Constitutions des saints apôtres, qui passaient autrefois pour être rédigées par saint Clément le Romain. La seule lecture de quelques chapitres suffit pour faire voir que les apôtres n'ont eu aucune part à cet ouvrage.
Dans le chapitre ix , on ordonne aux femmes de ne se laver qu'à la neuvième heure.
Au premier chapitre du second livre, on veut que les évéques soient savants : mais du temps des apôtres il n'y avait point d'hiérarchie , point d' évéques attachés à une seule Eglise. Ils allaient instruire de ville
'* On les tronv.e dans la collection des^ Conciles de Labbe, tom. I, et dans le recueil de Cotelier, intitulé : Patres cevi apostolici, sive sanctorum patrum qui tempori^ bus apostolùsis JlomerurU opéra édita et non édita. "9.
en ville, de bourgade en bourgade; ils s'appelaient apôtres , et non pas évéques, et surtout ils ne se piquaient pas d'être savants.
Au chapitre ii de ce second livre , il est dit qu'un évoque ne doit avoir « qu'une « femme qui ait grand soin de sa maison ; » ce qui ne sert qu'à prouver qu'à la fin du premier, et au commencement du second siècle, lorsque la hiérarchie commença à s'établir, les prêtres étaient mariés.
Dans presque tout le livre les évêques sont regardés comme les juges des fidèles, et l'on sait assez que les apôtres n'avaient aucune juridiction.
Il est dit au chapitre xxi qu'il faut écouter les deux parties 5 ce qui suppose une juridiction établie.
Il est dit au chapitre xxvi : a L'évêque est a votre princa, votre roi, votre empereur,- « votre Dieu en terre. » Ces expressions sont bien fortes pour l'humilité des apôtres.
Au chapitre xxviii. 11 faut dans les festins des agapes donner au diacre le double de ce qu'on donne à une vieille; au prêtre le double de ce qu'on donne au diacre; parcequ'ils sont les conseillers de l'évêque et la couronne de l'Eglise. Le lecteur aura une portion en l'honneur des prophètes ,
A.POCRTPHE&. 265
aussi bien que le chantre et le portier. Les laïques qui voudront avoir quelque chose doivent s'adresser à Tévêque par le diacre.
Jamais les apôtres ne se sont servis d'au-^ cun terme qui répondît à laïque, et qui marquât la différence entre les profanes et les prêtres.
Au chapitre xxxiv. « 11 faut révérer Tétt vêque comme un roi , l'honorer comme le « maître^ lui donner vos fruits, les ouvrages « de vos mains, vos prémices, vos décimes, « vos épargnes, les présents qu'on vous a « faits ^ votre froment , votre vin , votre « huile, votre laine, et tout ce que vous a avez, y> Cet article est fort.
Au chapitre lvii. « Que l'église soit lon- « gue , qu'elle regarde l'orient , qu'elle res- « semble à un vaisseau, que le trône de l'é^ « vêque soit au milieu^ que le lecteur lise « les livres de Moïse, de Josué, des Jwges, a des Rois, desParalipomènes, de Job, etc. »
Au chapitre xvii du livre III. <c Le bap- « terne est donné pour la mort de Jésus, (c l'huile pour le Saint-Esprit. Quand on « nous plonge dans la cuve , nous mourons; « quand nous en sortons , nous ressuscitons, « Le père est le Dieu de tout; Christ est fils tt unique Dieu, fils aimé , et seigneur dp
« gloire. Le saint Souffle est Paraclet ena voyé de Christ, docteur enseignant^ et « prédicateur de Christ. »
Cette doctrine serait aujourd'hui exprimée en termes plus canoniques.
Au chapitre vu du livre V, on cite des vers des sibylles sur l'avènement de Jésus et sur sa résurrection. C'est la première fois que les chrétiens supposèrent des vers des sibylles, ce qui continua pendant plus de trois cents années.
Au chapitre xxvni du livre VI , la pédérastie et l'accouplcBient avec les bêtes sont défendus aux fidèles.
Au chapitre xxix, il est dit « qu'un mari « et une femme sont purs en sortant du lit, a quoiqu'ils ne se lavent point. »
Au chapitre v du livre VIII, on trouve ces mots : « Dieu tout puissant, donne à l'étt vêque par ton Christ la participation du a "Saint-Esprit. »
Au chapitre vi. « Recommandez-vous au a seul Dieu par Jésus-Christ , » re qui n'exprime pas assez la divinité de notre Seigneur.
Au chapitre xii est la constitution de Jacques , frère de Zébédée.
Au chapitre xv. Le diacre doit prononcer teut haut : « Inclinez-vous devant Dieu par
a le Christ. » Ces expressions ne -sont pas aujourd'hui assez correctes.
Les Canons apostoliques *. Le sixième canon ordonne qu'aucun évéque rfi prêtre ne se sépare de sa femme sous prétexte dé religion ^ que s'il s'en sépare il soit excommunié 'y que s'il persévère il soit chassé.
Le vue, qu'aucun prêtre ne se mêle jamais d'affaires séculières.
Le xixe, que celui qui a épousé les deux sœurs ne soit point admis dans le clergé.
Les XXI « et xxii«, que les eunuques soient admis à la prêtrise, excepté ceux qui se sont coupé à eux-mêmes les génitoires. Cependant Origène fut prêtre malgré cette loi .
Le Lve : Si un évêque y ou un prêtre , ou un diacre, ou un clerc, mange delà chair où il y ait encore du sang, qu'il soit déposé. . Il est assez évident que ces canons ne peuvent avoir été promiulgués par les apôtres.
xxn.
Les Reconnaissances de saint Clément^ à Jacques frère du Seigneur y en dix li\^res , traduites du grec en latin par Rufin,
* Se trouvent aussi dans Labbe et dans Coteîier. Voyez la note prcccdéute. P.
^ Se trouvent aussi dans le recueil de Coteîier. P.
Voltaire. Dict. philos, t. ii. 42
26^ iLPOCJLYPHBfi.
Ce livre commeace par ua doute mk rhn* mortalité de l'ame \JJtrumnesit mikiiUiq^ vita post mortem^ an nihil omnino pQstek simjfuturus ^ 7 Saint Clément ^ agité par ce doute^ -eX voulant savoir si Iq n^pnde était éternel ou s'il avait été crée , s'il y avait un Tartare et un Phlégéton , un Ixion et un Tantale , etc. , etc. ,. voulut aller en Egypte apprendre la nécromancip ; mais^ ayant entendu parler de saint Barnabe qui prêchait le christianisme 9 .il alla le trouver dans rOtient^ dans le temps que Barnabe célé> brait une fête juive. Ensuite il rencontra saint Pierre à Césarée avec Simon le magicien et Zachée» Ils disputèrent ensemble^ et saint Pier?:e leur raconta tout ce qui s'é^ tait passé depuis la mort de Jésus. Clément se fit chrétien^ mais Simon demeura magicien.
Simon devint amoureux d'une femme qu'on appelait la Lune^ et^ en attendant qu'il l'épousât, il proposa à saint Pierre, à Zachée, à Lasiare, àNicodème, à Dosithée, et à plusieurs autres, de se mettre au rang de ses disciples. Dositbée lui répondit d'abord par un grand coup de bâton ^ mais, le bâton ayant passé au travers du corps de
* H* XTir , et dans Pexorde. Volt.
Simon, comme au travers de la fumée y Dosithée Tadora et devint son lieutenant ^ après quoi Simon épousa sa maîtresse , et assura qu'elle était la lune elle-même descendue du ciel pour se marier avec lui.
Ce n'est pas. la peine de pousser plus loin les reconnaissances de saint Clément. Il faut seulement remarquer qu'au livre IX il est parlé des Chinois sous le nom. de Seres, conune des plus justes. et des plus sages de' tous les hommes; après eux viennent les brachmaneS; auxquels l'auteur rend la justice que toute l'antiquité leur a rendue. L'auteur les cite comme des modèles de sobriété, de douceur, et de justice.
La Lettre de saint Pierre à saint Jacques et la Lettre de saint Clément au même saint Jacques frère du Seigneur , gouvernant la sainte Eglise des Hébreux h Jérusalem et toutes les hglises \ La lettre de saint Pierre ne contient rien de curieux , mais celle de saint Clément est très remarquable; il prétend que saipt Pierre le déclara évéque de
Home avant sa mort, et son coadjuteur;
qu'il lui imposa les mains , et qu'il le fit as-
* Ces pic ces se trouvent s^ussi dans le recueil de Cotclier. l\
268 APOCHTPHES.
seoir dans sa chaire épiscopale ^ en présence de tous' les fidèles. « Ne manquez pas, lui a dit-il , d'écrire à mon frère Jacques dès « que je serai mort. »
Cette lettre semble prouver qu'on ne croyait pas alors que saint Pierre eût été supplicié, puisque cette lettre attribuée à saint Clément aurait probablement fait mention du supplice de saint Pierre. Elle prouve encore qu'on ne comptait pas Clet et Anaclet parmi les évêques de Rome.
xxrv^.
JHotnélies de saint Clément , au nombre de dix-neuf' . Il raconte, dans sa première Homélie , ce qu'il avait déjà dit dans les Reconnaissances, qu'il était allé chercher saint Pierre avec saint Barnabe à Césarée, pour savoir si l'ame est immortelle, et si le monde est éternel.
On lit dans la seconde Homélie , n° 38 , un passage bien plus extraordinaire; c*est saint Pierre lui-même qui parle de l'ancien Testament, et voici comment il s'exprime :
« La loi écrite contient certaines choses « fausses contre la loi de Dieu , créateur du « ciel et de la terre : c'est ce que le diable a
■ "• Sont aussi dans le recueil de Cotelier, ainsi que l'article suivant.
APOCRYPHES. â69
«fait pour une juste raison; et cela ««i ar- « rivé aussi par le jugement de Dieu , afin de a découvrir ceux qui écouteraient avec plaitt sir ce qui est écrit contre lui, etc., etc. » . Dans la sixième Homélie, saint Clément rencontre Apion, le mâme qui avait écrit contre les Juifs du temps de Tibère ; il dit à Apion qi^Iil est amoureux d'une Elgyptienne, et le prie d'écrire une lettre en son nom à sa prétendue maîtresse, pour lui persuader, par l'exemple de tous les dieux , qu'il faut faire l'amour. Apion écrit la lettre , et saint Clément fait la réponse au nom de l'Egyptienne } après quoi il dispute sur la nature des dieux.
Deux Epures de saint Clément aux Corinthiens, 11 ne paraît pas juste d'avoir rangé ces épîtres parmi les apocryphes. Ce qui a pu engager quelques savants à ne les pas reconnaître c'est qu'il y est parlé du « phénix d'Arabie qui vit cinq cents ans, et « qui se brûle en Egypte dans la ville d'Hé- « ^opolis. » Mais il se peut très bien faire que saint Clément ait cru cette fable que tant d'autres croyaient, et qu'il ait écrit des lettres aux Corinthiens.
On convient qu'il y avait alors une grande
f7# AVOCÏTrHES.
éttpateentrie rÉg^sedeCoriiidie et cdlede Rome. I/Eg^ise de GoriDthe, qcd se disait foodée la ptvniîère^ se {pourerDait en com- Bum, il n'y -avsôÊ, pfesqne point de dîstinction entre les prêtres ^ les séculiers , encore moins entre les prêtres et fëvéqoe; tons avaient ^;alement toîx délibéradve ; du moins jj^osienrs sayants le prétendent. Saint Clément dit aux Corinthiens dans sa première épttre : « Vous qui avez jeté les pre- « miers fondements de la sédition, sovez « soumis aux prêtres , corrigez«-vons par la a pénitence ^ et fléchissez les genoux de «votre cœur; apprenez à obéir, d U n*est point du tout étonnant qu'un évêque de Rome ait employé ces expressions.
Cest dans la seconde épUre qu'on trouve encore cette réponse de Jésus-Christ que nous avons d^à rapportée y sur ce qu'on lui demandait quand viendrait son royaume des cieux : « Ce sera^ dit-il^ quand deux fe- «c'Font un y quand ce qui est dehors sera de- <t dans y quand le mâle sera femelle ^ etquand « il n'y aura ni mâle ni femelle, n
Lettre de saint Ignace le matfyr à la Vierge Marie y et la Réponse de la Vierge h saint Ignace,
A MARIE QUI A PORTé CHRIST, SOK DEVOT IGNACE.
a Vous deviez me consoler, moi néophyte « et disciple de votre Jean. J'ai entendu « plusieurs choses admirables de votre Jésus, «I et j'en ai été stupéfait. Je désire de tout « mon cœur d'en être instruit par vous qui « avez toujours vécu avec lui en familiarité, a et qui avez su tous ses secrets. Portez-vous <( bien , et confortez les néophytes qui sont « avec moi , de vous et par vous. Amen. »
RÉPOSrSE DE LA SAfNTE VIERGE A IGNACE, soir DISCIPLE CQÉRI.
L^umble servante de Jésus-Christ.
« Toutes les choses que vaus avez ap- « prises de Jean sont vraies^ croyez-les , a persistez-y , gardez votre vœu de christia- « nisme, conformez-lui vos mœurs et votre a vie^ je viendrai vous voir avec Jean, vous a et ceux qui sont avec vous. Soyez ferme « dans la foi , agissez en homme ; que la « sévérité de la persécution ne vous trou- « ble pas; mais que votre esprit se fortifie, fît et exulte en Dieu votre sauveur. Amen. »
272 APOCRTPHES*
On prétend que ces lettres sont de Fan 1 16 de notre ère vulgaire } mais elles n^en sont pas moins fausses et moins absurdes : ce serait même une insulte à notre sainte religion si elles n'avaient pas été écrites dans un esprit de simplicité qui peut faire tout pardonner.
Fragments des apôtres. On y trouve ce passage : « Paul^ homme de petite taille^ au a nez aquilin y au visage angélique y instruit « dans le ciel^ a dit à Plantilla la Romaine « avant de mourir : Adieu ^ Plantilla, petite a plante de salut éternel^ connais ta no- « blesse, tu es plus blanche que la neige, « tu es enregistrée parmi les soldats de « Christ, tu es héritière du royaume cé- « leste. » Cela ne méritait pas d'être réfuté.
xxvni.
Onze Apocalypses, qui 9ont attribuées aux patriarches et prophètes , à saint Pierre , à Cérinthe, à saint Thomas , à saint Etienne protomartyr; deux à saint Jean, différentes de. la canonique, et trois à saint Paul. Toutes ces Apocalypses ont été éclip&ées par celle de saint Jean .
Les Visions , les Préceptes, et les Similitudes dfHermas^ .
Hermas paraît être de la fin du premier siècle. Ceux qui traitent son livre d'apocryphe sont obligés de rendre justice à sa morale. Il commence par dire que son père nourricier avait vendu une fille à Rome. Hermas reconnut cette fille après plusieurs années ; et Faima , dit-il , comme sa sœur : il la vit un jour se baigner dans le Tibre, il lui tendit la main y et la tira du fleuve , et il disait dans son cœur : « Que je serais heu- « reux si j'avais une femme semblable à elle a pour la beauté et pour les mœurs ! »
Aussitôt le ciel s'ouvrit, et il vit tout d'un coup cette même femme , qui lui fit une révérence du haut du ciel, et lui dit iBonjour, Hermas, Cette femme était FËglise chrétienne. Elle lui donna beaucoup de bons conseils.
Un an après, l'esprit le transporta au 'même endroit où il avait vu cette belle femme, qui poiurtant était une vieille 5 mais sa vieillesse était fraîche , et elle n'était vieille que parc'Squ'eUe avait été créée dès
^ Imprimés dans le recneil de Cotelier. P.
^74 AP0C1LTI»HÏS&.
le commencement du inonde^ et que Iç monde avait été fait pom* elle.
Le livre des Préceptes contient moins d'allégories; mais celui des Similitudes en contient beaucoup.
Un jour que je jeûnais, dit Hermas, et que j'étais assis sur une colline, rendant grâces à Dieu de tout ce qu'il avait fait pour moi , un bei'ger vint s'asseoir à mes côtés , et me dit : Pourquoi êtes-vous venu ici de si bon matin? C'est que je suis en station lui répondis-je. Qu'est-ce qu'une station, me dit le berger. C'est un jeûne. Et qu'est-ce que ce jeûne? C'est ma coutume.
« Allez, me répliqua le berger, vous ne « savez ce que c'est que déjeuner, cela ne K fait aucun profit à Dieu; je vous appren- « drai ce que c'est que le vrai jeûne agréable « à la Divinité '. Voti'e jeûne n'a rien de « commun avec la justice et la vertu. Servez « Dieu d'un cœur pur; gardez ses comman- « déments; n'admettez dans votre cœur « aucun désir coupable. Si vous avez tou- Cl jours la crainte de Dieu devant les yeux, « si vous vous abstenez de tout mal , ce sera (( la le vrai jeûne, le grand jeûne dont Dieu « vous saura gré. »
' Similit. 5^ y Hv. m. Volt.
Cette piété philosophique et sublime est un des plus singuliers monuments 4u premier siècle. Mais ce qui est assez étrange c'est qu'à la fin des Similitudes le berger lui donne des filles très affables^ valdè affabiles, chastes et industrieuse»^ pour avoir soin de sa maison; et lui déclare qu'il ne peut accomplir les commandements de Dieu sans ces filles qui 'figurent visiblement les vertus.
Ne poussons pas plus loin cette liste; elle serait immense si on voulait entrer dans tous les détails. Finissons par les Sibylles.
Les Sibylles. Ce qu'il y eut de plus apocryphe dans la primitive Eglise c'est la prodigieuse quantité de vers attribués aux an> ciennes sibylles en faveur des mystères dé la religion chrétienne. Diodore de Sicile' n'en reconnaissait qu'une^ qui fut prise dans Thèbes par les Ëpigones^ et qui fut placée à Delphes avant la guerre de Troie. De cette sibylle , c'est-à-dire de cette prophétesse^ on en fit bientôt dix. Celle de Cumes avait le plus gi*and crédit chez les Romains ; et la sibylle Erythrée chez les Grecs.
* Diodore, Uv. IV, Volt.
Gomme tous les oracles se rendaient en vers y toutes les sibylles ne manquèrent pas d'en feire^ et, pour donner plus d'autorité à ces Vers , ou les fit quelquefois e» acrostiches. Plusieurs chrétiens qui n'avaient pas un zèle selon la science y non seulement détournèrent le sens des anciens vers qu'on supposait écrits par les sibylles^ mais ils eu firent eux-mêmes , et^ qui pis est, en acrostiches. Ils ne songèrent pas que cet artifice pénible de l'acrostiche ne ressemble point du tout à l'inspiration et à l'enthousiasme d'une prophétesse. Ils voulurent soutenir la meilleure des causes par la fraudé la plus maladroite. Ils firent donc de mauvais vers grecs, àont les lettres initiales signifiaient en grec, Jésus y Christ y Fils y Sauveur; et ces vers disaient « qu'avec cinq pains et « deux poissons il nourrirait cinq mille tt hommes au désert, et qu'en ramassant les « morceaux qui resteront il remplirait douze « paniers. »
Le règne de mille ans, et la nouvelle Jérusalem céleste , que Justin avait vue dans les airs pendant quarante nuits, ne manquèrent pas d*être prédits par les sibylles.
Lactance, au quatrième siècle, recueillit presque tous les vers attribués aux sibylles ,
APOCB.TPBES. 277
et les regarda connue des |M:euves convaincantes. Cette opinion fut tellement autorisée^ et se maintint si long-temps^ que nous chantons encore des hymnes dans lesquelles le témoignage des sibylles est joint aux prédictions de David.
« £^olvet sseclum in SaviM, « Teste David cum sibyHà. »
Ne poussons pas plus loin Ja liste de ces erreurs ou de ces fraudes : on pourrait en rapporter plus de cent j tant le monde fut toujours composé de trompeurs et de gens qui aimèrent à se tromper. Mais ne recherchons point une érudition si dangereuse.
Une grande vérité approfondie vaut mieux que la découverte de mille mensonges.
Toutes ces erreurs, toute la foule des livres apocryphes , n'ont pu nuire à la reli-^ gion chrétienne, parcequ'elle est fondée, comme on sait, sur des vérités inébranlables. Ces vérités sont appuyées par une Eglise militante et triomphante , à laquelle Dieu a donné le pouvoir d'enseigner et de réprimer. Elle unit dans plusieurs pays l'autorité ftpini(tuelle et la temporelle. La prudence , la force, la richesse, sont ses attributs^ et quoiqu'elle soit divisée, quoique ses divi-
irS APOINTÉ, DÉSÀPOINTÉ.
siens Faient enstmglantée^ on la peut comr parer à la répablique romaine , toujours agitée de discordes dviles^ mais toujours victorieuse.
APOINTÉ, DÉSAPOINTÉ.
Soit que ce mot vienne du latin punctum, ce qui est très vraisemblable^ soit qu'il vienne de l'ancienne barbarie^ qui se plaî^ sait fort aux oins, soin, coin y loin y foin ^ hardoùiny albouin y grouiny poing y etc. ^.il est certain que cette expression^ bannie au> jourd'hui mal à propos du langage^ est très nécessaire. Le naïf Amyot et l'énergique Montaigne s'en servent souvent. Il n'est pas même possible jusqu'à présent d'en employer une autre. Je \u\ apointaiYhàtel des Ursins; à septhèui^s du soir je m'y rendis; je fus désapointé» Ciomment exprimerez-vous en un seul mot le manque de parole de celui qui devait venir à lliôtel des Ursins à sept heures du soir^ et l'embarras de celui qui est venu, et qui ne trouve personne ? A-t-il été trompé dans son attente ? Gela est d'une longueur insupportable ; et n'exprime pas précisément la chose. Il a été désapoihté; il n'y a que ce mot. Servez -vous- en donc, vous qui voulez qu'on vous entende vite ; vous
. XPOIIXTER, APÔIWTEMENT. 279
savee que les circonlocutions sont la marque d'tme langue- pauvre. Il ne faut pas dire z « Yôus me • devez cinq pièces de douze ti sous y » quand vous pouveâ: dire : a Vous ce me devez un écu. »
Les Anglais ottt pris dé nous ces mots apointéf désap ointe ^ sXwû que beaucoup d'autres expressions très énergiques ; ils se sont em-ichis de nos dépouilles^ et nous n'osons reprendre notre bien.
APOINTER, APOINTEMENT.
Termes du Palais.
Ce sont procès par écrit. On apointe une cause; c'est-à-dire que les juges ordonnent que les parties produisent par écrit les faits et les raisons. Le Dictionnaire de Trévoux y fait en partie par les jésuites , s'exprime ainsi : « Quand les juges veulent fevoriser « une mauvaise cause y ils sont d'avis de « Tapointer au lieu de la juger. »
Ils espéraient qu'on apointerait leur cause dans l'affaire de leur banqueroute y qui leur procura leur expulsion. L'avocat qui plaidait contre eux trouva heureusement leur explication du mot apointer ; il en fit part attx juges dans une de ses oraisons. Le parlement plein de reconnaissance n'apointa
280 ÀPQSTÀT.
pas leur affaire; il fut jugé à l'audience que tous les jésuites ; à commencer- par le përe* général^ restitueraient 1! argent de la banqueroute > aivec dépens^ dommages et intérêts, n fut jugé depuis qu'ils étaient de trop dans le royaume ^ et cet arrêt qui était pourtant un ap ointe eut son exécution avec grands .applaudissements du public.
C'est encore une question parmi les savants, si l'empereur Julien était en effet apostat, et s'il avait jamais été chrétien véritablement *
Il n'était pas âgé de six ans lorsque l'empereur Constance, plus barbare encore que Constantin, fit égorger son përe et son frère, et sept de ses cousins germains. A peine échappa-t-il à ce carnage avec son frère Gallusj mais il fut toujours traité très durement par Constance. Sa vie fut long-temps menacée; il vit bientôt assassiner, par les ordres du tyran, le frère qui lui restait. Les sultans
fut ta seule consolation de Julien dès sa plus tendre jeunesse. Il voyait en secret les plus
illustres philosophes qui étaient de Tancienne religion de Rome. Il est hien probable qu'il ne suivit celle de son. oncle G}nstance que pour éviter l'assassinat. Julien fut obligé de cacher son esprit^ comme avait fait Brutus sous Tarquin. Il devait être d'autant moins chrétien que son oncle l'avait forcé à être moine ^ et à faire les fonctions de lecteur dans l'église. On est rarement de la religion de son persécuteur, surtout quand il veut dominer sur la conscience.
Une autre probabilité, c'est que dans aucun de ses ouvrages il ne dit qu'il ait été chrétien. Il n'en demande jamais pardon aux pontifes de l'ancienne religion. Il lem' parle dans ses lettres comme s'il avait toujours été attaché au culte du sénat. Il n'est pas même avéré qu'il ait pratiqué les cérémonies du taurobole, qu'on pouvait regarder comme une espèce d'expiation, ni qu'il eût voulu laver avec du sang de taureau ce qu'il appelait si malheureusement la tache de son baptême» C'était une dévotion païenne qui d'ailleurs ne prouverait pas plus que l'association aux mystères de Cérès. En \in mot, ni ses amis ni ses ennemis ne rapportent aucun fait,, aucun discours qui puisse prouver qu'il ait jamais cru au christianisme, et qu'il ait passé de
cette croyance sincère à celle des dieux de l'empire.
S'il est ainsi y ceux qui ne le traitent point d'apostat paraissent très excusables.
La saine critique s'étant perfectionnée, tout le monde avoue aujourd'hui que Femperèur Julien était un héros et un sage , un stoïcien égal à Marc-Aurèle. On condamne ses erreurs, on convient de ses vertus. On pense aujourd'hui comme Prudentius son contemporain, auteur de l'hymne Salsfete , flores manyrUm. Il dit de Julien :
« Ductor fortissimus armis, <c Conditor et l^m celebeirimus ; ore manuque « Gonsultor patriae : sed non consultor habends tt Relligionis; amans tercentum millia divùm. •* Perfidus ille Deo, quamvis non perfidus orbi. »
Apotheos. y V. 4So-454- Fameux par ses Tertus, par ses lois , par la guerre , Il méconnut son Dieu , mais il servit la teire.
Ses détracteurs sont réduits à lui donner des ridicules ; mais il avait plus d'esprit que ceux qui le raillent. Un historien lui reprodie, d'après saint Grégoire de TVazianze , d'avoir porté une barbe trop grande. Mais, mon ami, si la nature la lui donna longue, poin*quoî voudràis-tb qu'il la pi)rtât courte ? // branlait la tête. Tiens mieux Id tienne. Sa
démarche était précipitée. Souviens-toi que l'abbé d'Aubignac , prédicateur du roi, sifflé à la comédie, se moque de la démarche et de Tair du grand Corneille. Oserais-tu espérer de tourner le maréchal de Luxembourg en ridicHle, parcequ'il marchait mal, et que sa taille était irrégulière ? Il marchait très bien à l'ennemi. Laissons Tex-jésuite PatouilletetTex-jésuite Nonnotte, etc., appeler l'empereur Julien Vapostat. Eh , gredins î son successem* chrétien, Jovien, l'appela dis^us Julianus,
Traitons cet empereur comme il nous a traités lui-méïne\ D disait en se trompant : « Nous ne devons pas les haïr , mais les « plaindre ^ ils sont déjà assez malheureux m d'errer dans la chose la plus importante. »
Ayons pour lui la môme compassion, puisque nous sommes sûrs que la vérité est de notre côté.
Il rendait exactement justice à ses sujets, rendons-la donc à sa mémoire. Des Alexandrins s'emportent contre un évêque chrétien, méchant homme, il est vrai, élu par une brigue de scélérats. C'était le fils d'un maçon nommé George Biordos'. Ses mœurs
' Lettre lit de Pempereur Julien. Volt.
' Biord , fiU d'un maçon , a été évéque d*Aaneci au dix-
étaient plus basses que sa naissance : il joignait la perfidie la plus lâche à la férocité la plus brute; et la superstition à tous les vices; avare, calomniateur, persécuteur, imposteur, sanguinaire, séditieux, détesté de tous les partis : enfin les habitans le tuèrent à coups de bâton. Voyez la lettre que Fempereur Julien écrit aux Alexandrins sur une émeute populaire. Voyez comme il leur parle en père et en juge.
« Quoi ! au lieu de me réserver la connai»* « sance de vos outrages, vous vous êtes laissé a emporter à la colère, vous vous êtes livrés « aux mêmes excès que vous reprochez à a vos ennemis ! George méritait d'être traité tt ainsi; mais ce n'était pas à vous d'être ses a exécuteurs. Vous avez des lois, il fallait tt demander justice, etc. »
On a osé flétrir Julien de l'infâme nom ^intolérant et de persécuteur y lui qui voulait extirper la persécution et l'intolérance. Relisez sa lettre cinquante -deuxième, et respectez sa mémoire. N'est-il déjà pas assez malheureux de n'avoir pas été catholique , et de brûler dans l'eafer avec la foule
hnitième siècle. Comme il ressemblait beaucoup à George d'Alexandrie, M. de Voltaire, son diocésain, s'est amusé à joindre an nom de l'éyé^e le snmom de Biordos. K.
innombrable de ceux <jui n'ont pas été catholiques y sans que nous l'insultions encore jusqu'au point de l'accuser d'intolérance ?
DES GLOBES DE FEU QV'oiT A PRiTElfDU ÊtKE SORTIS DE • TERRE POUR EMPECHER I.Jl RBÉDIFICATION DU TEMPLE DE JERUSALEM, SOUS l'eMPEREUR JULI^IT.
Il est très vraisemblable que lorsque Julien résolut de porter la guerre en Perse , il eut besoin d'argent ; très vraisemblable encore que les Juifs lui en donnèrent pour obtenir la permission de rebâtir leur temple détruit en partie par Titus, et dont il restait les fondements, une muraille entière et la tour Antonia. Mais est-il si. vraisemblable que des globes de feu s'élançassent sur les ouvrages et sur les ouvriers , et fissent discontinuer l'entreprise ?
N'y a-t-il pas une contradiction palpable dans ce que les historiens racontent ?
lo Comment se peut-il faire que les Juifs commençassent par détruire ( comme on le dit ) les fondements du temple, qu'ils voulaient et qu'ils devaient rebâtir à la même place? Le temple devait être nécessairement sur la montagne Moria. C'était là que Salomon l'avait élevé : c'était là qu'Hérode l'avait rebâti avec beaucoup plus de solidité et
de magnificence^ i^près avoir préalablement élevé un beau théâtre dans Jérusalem^ et un temple à Augoste dans Gcsarée. Les pierres employées à la fondation de ce temple y agrandi par Hérode, avaient jusqu'à vingtcinq pieds de longueur, au i-apport de Josèphe. Serai^il possible qtie les Juifs eussent été assez insensés, du temps de Julien, pour vouloir déranger ces pierres qui étaient si bien préparées à recevoir le reste de Tédifice , et sur lesquelles on a vu depuis les mahome tans bâtir leur mosquée ** ? Quel homme fut jamais assez fou, assez stupide, pour se. priver ainsi à grands frais, et avec une peine extrême , du plus grand avantage qu'il pût rencontrer sous ses yeux et sous ses mains ? Rien n'est plus incroyable.
'x^ Comment des éruptions de flammes seraient-elles sorties du sein de ces pierres? Il
'* Omar ayant pris Jemsalem y fit bâtir une mosquée sur les fondements mêmes du temple d'Hérode et de Salomon ; et ce nofiTeaii tunple fut consacré au même Dieu que Salomon avait adoré avant qa^ fût idolâtre , an dieu d' Abraham et de Jacob, que Jésus-Christ avait adoré quand il fut à Jérusalem, et que les musulmans reconnaissent. Ce temple subsiste encore : il ne fut jamais entièrement démoli; mab il n'est permis ni anx Jtdfs, ni aux chrétiens d'y entrer; ils n'y entreront que quand les Turcs en seront chassés. Tolt.
se pourrait qu'il fût arrivé un tremblement de terre dans le voisinage;. ils sont fréquents en Syrie : mais que de lar.ges quartiers de pierre aient vomi dea tourbillons de feu! ne &ut-il pas placer ce conte parmi tous ceux de l'antiquité?
3^ Si ce prodige^ ou si un tremblement de erre^ qui n'est pas un prodige, éta it effectivement arrivé , l'empereur Julien n'en auraitril pas parlé dans la lettre où il dit qu'il a eu intention de rebâtir ce temple? N'aurait-on pas triomphé de son témoignage?
N'est-il pas au contraire infiniment probable qu'il changea d'avis? Cette lettre ne contientelle pas ces mots : <^ Que diront les Juifs de leur temple qui a .été détruit trois fois , et qui n'est point encore rebâti? Ce n'est point uu reproche que je leur fais, puisque j'ai voulu moi-même relever ses ruines; je n'en parle que pour montrer l'extravagance de leurs prophètes qui trompaient de vieilles femmes imbéciles. » a Quid de templo suo a dicent, quod, quum tertio sit eversum, a nondiim ad hodiernam usque diem instau- « ratur? Haec ego , non ut illis exprobrarem, <i in médium adduxi, ut potë qui templum « illud tanto intervallo à ruinis excitare voce luerim; sed ideo commemoravi, ut osten-
288 ÀPO^TÀi:.
a derem délirasse prophetas istos quibus «- cum stoUdis aniculîs negotîum erat. »
Wcst-il pas évident que l'empereur ayant fait attention aux prophéties juives, que le temple serait rebâti plus beau que jamais^ et que toutes* les nations y viendraient adorer, crut devoir révoquer la permission de relover cet édifice? La probabilité historique serait donc , par les propres paroles de l'empereur, qu'ayant malheureusement en horreur les livres juifs, ainsi que les nôtres,- il avait enfin voulu faire mentir les prophètes juits.
L'abbé de LaBletterie, historien de l'empereur Julien, n'entend pas comment le temple de Jérusalem fut détruit trois fois. Il dit ' qu'apparemment Julien compte pour une troisième destruction la catastrophe arrivée sous son règne. Voilà une plaisante destruction que des pierres d'un ancien fondement qu'on n'a pu remuer ! Comment cet écrivain n'a-t-il pas vu que le temple bâti par Salomon, reconstruit par Zorobabel, détruit entièrement par Hérode, rebâti par Hérode même avec tant de magnificence, ruiné enfin par Titus , fait manifestement trois temples détruits? Le compte est
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àpostàîs. Î89
juste. Iln'y apas là de quoi calomnier Julien^ .
L'abbé de La Bletterie le calomnie assez en disant qu'il n'avait que ' « des vertus ap- « parentes et des vices réels. » Mais Julien n'était ni hypocrite^ ni avare, ni fourbe, ni menteur, ni ing;rat, ni lâche, ni ivrogne, ni débauché , ni paresseux, ni vindicatif. Quels étaient donc ses vices?
4° Voici enfin l'arme redoutable dont en se sert pour persuader que des globes de feu sortirent des pierres. Ammien Marcelin ^ auteur païen et non suspect, l-a dit« Je le veux; mais cet Ammien a dit aussi que lorsque l'empereur voulut sacrifier dix boeufs à ses dieux pour sa première victoire remportée contre les P^-ses, il en tomba neuf par terre avant d'être présentés à l'autel. Il raconte cent prédictions, cent prodiges. Faudra-t-il l'en croire? faudra-t-il croire tous les miracles que Tite Live rapporte ?
£t qui vous a dit qu'on n'a point falsifié le texte d' Ammien MarceUin? serait-ce la première fois qu'on aurait usé de cette supercherie ?
^ Julien pouvait même compter quatre destructions du temple, puisque Antioi^us Eupator en -fit abattre tous les murs. VoirT.
' Préface de La Bletterie. Voi*t.
VoLTAiEE. Dict. Philos. T. II. 15
2&0 APÛTKES.
Je m^iétoime que vous n'ayez pas ^Ënit mentioQ des petkes croix de feu cfoe tous les ouvriers aperçurent sur leurs corps quand ils allèrent se coucher. Ce trait aurait figuré parfaitement avec vos globes.
Le fait est que le temple des Jui£s De. fut point rebâti^ et ne le sera point à œ qu'on présume. Tenons-nous-en là^ et ne ckerchoos point des priMiligpes inutiles. Glohijlammaruniy des ^obes de feu ne sortent m de la pierre ni de la terre. Ammien et ceux qui l'ont cité n' étaient pas physiciens. Que l'abbé de La Bletterie regarde seulement le feu de. la Saint'Joan y il verra que la flamne monte toujours en pointe^ ou en onde^ et qu'elle ne se fonne jamais en globe : cela seul sufïît pour détruire la sottise dont il sa rend le défenseur avec une critiqoe peujudiiDieusey et ane hauteur révieltante.
Au reste la chose importe fort peu. Il n'y a rien là qui intéresse la foi et les mœurs ^ et nous ne cherchions ki que ia vérité httfto-
riqœ ' .
Leurs vies, leurs femmes, leurs enfants.
Après l'article Apôtre de V Encyclopédie y lequel est aussi savant qu'orthodoxe ^ il reste
* Voyez l'article julieic. Volt.
bien peu de clKise à dire ^ mais <»b demande souvent : Les apôtres étaient-ils xoariés? ontiis eu des en&nts? que sont devenus ces enfants? où les apôtres ont-ils vécu? où ont^ils écrit? où soopt41s niorts ? ont-ils eu un district? cmt- ils exercé un mânistère civil? avaient-ils une juridicttoci^ sur les fidèles? étaient-ils évéques ? y avaitril une hiérarchie^ des rites , des cérémonies ?