‹ Dictionnaire philosophiqueChapitre 77 sur 84 · II. Des enfants des apôtres · texte numérisé non relu

II. Des enfants des apôtres

On a très peude notions sur Leurs familles. Saint Clément d'Alexandrie dit que Pierre eut des enjsuits ^; que Philippe eut des filles^ et qu'il les maria.

* Qui? les anciens Romains qui n'avaient point de paye, les Grecs, lés Tartaret destrnotears d» tant d'em- 'pires, les Arabes, tons les peuples conquérants. Volt.

" Stromat. , liv. III. Volt.

' Voyez ci-dessus Constitutions apostoliques, an mot AFOCRYPHES, art. XX. K.

* Stromat., liv. VU; et Eusèbe» liv. III, ch. xxx^ Volt.

994 JlVOTri».

Les-Ajctes des apôtres spécifient ^aini Plii«> lippe dont les: <|«i«!tre fiilea!prophjétiaaieDt ^ . Ohft croit -qu^ii y en eut itne. de mariée) et <{ue c'est sainte BennîicMie.

Ëusèbe rapporte que Nicolas ' y choisi par les apôtres pour coopérer au saint ministèiY avec saint Etienne^ avait une fort Jadis femme dont il était jaloux. Les apétres lui ayant reproché sa jalousie ^ il s^en corrigea y leur amena sa femnae, et leur, dit : « Je 8«&is a pr^t à la céder ; que c^ui qui la voudra « l'épouse.» Les apôtres n'acceptèrent point sa proposition. Il eut de sa femme un âls et des filles.

Cléophas^ selon Ëusèbe et saint Épiphane , était frère de saint Joaepli^ et père de saint Jacques-le-Mineur^ et de saint Jude qu'il avait eu de Marie, sœur de la sainte Vierge* Ainsi saint Jude Tap^tre était-cousin germain de Jésus-^Christ.

Hégésippe, cité f>ar Eusèbe , dit que deux des petits^fils de saint Jude furent déférés à l'empereur Domitien ' , comme descendants de David, et avaut un droit incontestable au trône de Jérusalem. Domitien y craignant

^ Act., ch. XXI. Volt.

* Eusèbe, lir. Ill, ch. xxix. Yoit.

* Eu««he, liv. III, ch. KX. Volt.

qu'ils ne se servissent de ce droit y les interrogea lui-même j ils exposèrent leur généalogie^ r^npereur leur demanda quelle était lenr fortune; ils répondirent qu'ils possédaient trente-neuf arpents de terre ^ lesquels payaient tribut"^ et qu'ils travaillaient pour vivre. L'empereur leur demanda quand arriverait le royaume de Jésus-Christ : ils dirent que ce serait à la fin du m^ade. Après quoi Domitien les laissa aller en paix; ce qui prouverait qu'il n'était pas persécuteur.

Voilà, si je ne me trompe, tout ce qu'on sait des enfants des apôtres.

ru. Où les apôtres ont -ils vécu ? où sont-ils morts?

Selon Ëusèbe ^ , Jacqu£s surnommé le Juste, frère de Jésus-Christ, fut d'abord placé le premier sur le trône épiscopat de la ville de Jérusalem, y ce ^sont ses propres mots. Ainsi, selon lui, le premier évéchc fut celui de Jérusalem, supposé que les Juifs connussent le nom à^évégue. Il paraissait eu effet bien vraisemblable que le frère de Jésus fut le prem^ier après lui , et que la ville même où s'était opéré le miracle de notre salut fut la métropole du monde chrétien. A l'égard du trane épiscopai, c'est un terme dont Eu-

^ Ensèbe , Mr. II , cli. i. Volt.

sèbe se sert par anticipation. On sait assez qu'alors il n'y avait ni trône ni sié^.

Ëusèbe .ajoute^. d'après saint Clément^ que les autres apôtres ne oontestërent point à saint Jacques Tfaonneur de cette dignité. Ils l'élurent immédiatement après l'Ascension, (c Le Seigneur, dit-il, après sa résurrection^ « avait donné à Jacques surnommé le Juste, « à Jean et à Pierre , le don de la scieiice ; » paroles bien remarquables. Eusèbe nomme Jacques le* premier, Jean le second; Pierre ne vient ici que le dernier : il semble juste que le frère et le disciple bieh-aimé de Jésus passent avant celui qui Ta renié. L'Eglise grecque tout entière , et tous les réformateurs demandent où est la primauté de Pierre. Les catholiques romains répondent : S'il n'est pas nommé le premier chez les pères de l'Église, il l'est dans les Actes des apôtres. Les Grecs et les autres- répliquent qu'il n'a pas été le premier évéque , et la dispute subsistera autant que ces Eglises.

Saint Jacques , ce premier évéque de Jérusalem, frère du Seigneur, continua toujours à observer la loi mosaïque. Il était récabite, ne se fesant jamais raser, marchant^ pieds nus , allant se prosterner dans le temple des Juifs deux fois par jour, et sur-

APOTAES^ 297

nommé par les Juifs Ohlia, qui signifie le Juste, Enfin ils s'en rapportèrent à lui pour savoir qui était Jésus-Christ * : mais^ ayant répondu que Jésus était a le fils de Thomme « assis à la droite de Dieu ; et qu'il vien- <c drait dans les nuées ^ » il fut assommé à coups de bâton. C'est de saint Jacques-le- Mineur que nous venons de parler.

Saint Jacques-le-Majeur était son oncle ^ frère de saint Jean Tévangéliste, fils de Zébédée e> de Salomé *. On prétend qu'Agrippa, roi- des Juifs, lui fit couper la tète à Jérusalem.

Saint Jean resta dans l'Asie , et gouverna l'Église d'Éphèse, où il fut, dit-on, enterré '.

Saint André, fi'ère dé saint Pierre, quitta l'école de saint Jean-Baptiste pour celle de Jésus-Christ. On n'est pas d'accord s'il prêcha chez les Tartares, ou dans Argos ^ mais, pour trancher la difficulté , on a dit que c'était dans l'Ëpire. Personne ne sait où il fut martyrisé, ni même s'il le fut. Les actes àe, son martyre sont plus que suspects aux savants ; les peintres l'ont toujours représenté

* Easèbe, Epipbane, Jérôme, Clément d'Alexandrie.

Volt.

* Eusèbe, liv. II, cli. ix. Volt.

' Ensèbe, Ut. III, ch. xxx. Volt-

2i)8 APOT«£S.

«ur une croix en sautoir^ à laquelle on a donné son nom 5 c'est un usage .qui a prévalu san^ qu'on en connaisse la source.

Saint Pierre prêcha aux Jui£s dispersés dans le Pont^ la Bithynie^ la Gappadoce^ dans Antioche^ à Babylone. Les Actes des apôtres ne parlent point de son voyage à Rome. Saint Paul même ne fait aucune metition de lui dans les lettres qu'il écrit de* cette capitale. Saint Justin est le premier auteur accrédité qui ait parlé -de ce voyage, sur lequel les savants ne s'accordent pas. Saint Irénée j après saint Justin^ dit expressément que saint Pierre et saint Paul vinrent à Rome , et qu'ils donnèrent le gouvernement à saint Lin. C'est encore là une nouvelle difâcultë. S'ils établirent saint Lin. pour iuspecteui' de la société chrétienne naissante à Rome y on infère qu'ils ne la conduisirent pas^ et qu'ils ne restèrent point dans cette ville.

La critique a jeté ^ur cette matière uiie foule d'incertitudes. L'opinion que saint Pierre vint à Rome sous Jj^éron, et qu'il y occupa la chaire pontificale vingt-cinq ans, est insoutenable, puisque Néron ne régna que ti^eizc années. La chaise de bois qui est enchâssée dans l'église à Borne ne peut

ÀPOTASS. 2U9

guère avoii* apparteivu à saint Pierre ^ le bois ne dure pas si lonç-temps; et il n'e&t pas vraisemblable que saint Pierre ait enseigné dans ce fauteuil comme dans une école tome formée^ puisqu'il est avéré que les JuifB de Rome étaient les ennemis violents des disciples de Jésus-Christ.

La plus forte difficulté peut-être est que saint Paul, dans son Epître écrite de Rome aux Golossiens % dit positivement qu'il n'a été secondé que par Aristarque j Marq^ et un autre qui portait le nom de Jésus. Cette objection a paru insoluble aux plus savants hommes.

Dan& sa Lettre aux Galates y il dit ' a qu'il « obligea Jacques^ Cépbas, et Jean., qui <( étaient colonnes , » à reconnaître aussi pour colonnes lui et Barnabe. S'il place Jacques avant Céphas , Céphas a' était donc pas le chef. Heureusement ces disputes u'entament pas «le fond de notre sainte religion. Que saint Pierre ait été à Rome y ou non^ Jésus-Christ n'en est pas moins fils de Dieu et de la Viei'ge Marie , et n'en est pas moins ressuscité; il n'en a pas moins recommandé l'humilité et la pauvreté , qu'on né-

' Chap. IV, V. lo et 1 1 . Volt.

* Chap. Il, V. 9. Volt.

(]^lige ^ il est vrai y mais sur lesquelles ou né dispute pas.

NicéphoreCaliste^ auteur du quatorzième siècle , dit que Pierre « était menu^ £p:andy « et droit, le visage long et pâle, la barbé « et les cheveux épais, courts et crépus, les « yeux noirs, le nez long, plutôt camus « que pointu. » C'est ainsi que dom Calmet tjraduit ce passage ' .

Saint Barthélemi , mot corrompu de Bar- Ptolemaios ' , fils de Ptolémée. Les Actes des apôtres nous apprennent qu'il était de Galilée. Eusèbe prétend qu'il alla prêcher dans rinde, dans TArabie Heureuse, dans la Perse, et dans TAbyssiniei On croit que c'était le même que Nathanael. On lui attribue un évangile ^ mais tout ce qu'on a dit de sa vie et de sa mort est très incertain. On a prétendu qu-' Astyage , frère de Polémon roi d^Arménie , le fit écorcher vif; mais cette histoire est regaixlée comme fabuleuse par tous les bons critiques.

Saint Philippe. Si l'on en croit les légendes apocryphes, il vécut quatre-vingt-

* Voyez son Dictionnaire de la Bible. K.

■ Nom grec et hébreu , ce qui est singulier, et qui a fait croire que tout fut écrit par des Juifs helléoistei , Ipiu de Jérusalem. Volt.

APOTRES. 50f

sept ans ^ et mourut paisiblement sous Trajajo.

Saint ThomaS'Didyme. Origëne, cité par Eùsèbe, dit qu'il alla prêcher aux Mèdes , aux Perses ^ aux Garamaniens ^ aux Bactriiens, et aux mages ^ comme si les mages avaient été un peuple. On ajoute qu'il bap* tisa un des mages qui étaient venus à Bethléem. Les manichéens prétendaient qu'un homme ayant donné un- soufflet à saint Thomas fut dévoré par un lion. Des auteurs portugais assurent qu'il fut martyrisé à Mélîapour^ dans la presqu'île de l'Inde. L'Eglise grecque croit qu'il prêcha dans l'Inde, et que de là on porta son corps à Edesse. Ce qui fait cr«ire encore à quelques moines qu'il alla dans l'Inde c'est qu'ion y trouva, vers la côte d'Ormus , à la fin du quinzième siècle , quelques familles nestoriennes établies, par un marchand de Mozoul , nommé Thomas. La légende porte qu'il bâtit un palais- magnifique pour un roi de l'Inde, appelé Condafer; mais les savants rejettent toutes ces histoires.

Saint Mathias. On ne sait de lui aucune particularité. Sa vie n'a été écrite qu'au douzième siècle , par un moine de l'abbaye de Saint-Mathias de Trêves, qui disait la

te«ir d'un J-oif qui la lui avait ti^aduite de riiébreu en latin.

Saint Matthieu. Si Ton en cxoit Rufiu , Socrate^ Abdia&^ il prêcha et mouxut, en Ethiopie. Héraclépnlefait vivre loug-ten^s^ et mourir d'une mort naturelle; mais Abdia« dit qu'Hirtacus, roi d'Ethiopie, frère d'E^lipus y voulant épouser sa nièce Iphigénie, et n'en pouvant obtenir la permission de saint Matthieu ^ lui fit trancher la tete^ et mit le feu à la maison d'Iphigénie. Celui à qui nous devons l'Evangile le plus ch'constaucié que nous ayons méritait un meilleur historien qu'Abdias.

Saint Simon Cananéen, qu'on fête communément avec saintJude. On ignore sa vie. Les Grecs modernes disent qu'il alla prêcher .dans la Libye, et de là en Angleterre. D'autres le fout martyriser en Perse.

Saint Thaddée ouLébée,leméme que saint Jude, que les Juifs appellent^ dans saintMatthieu ' , fr^ère de Jésus-Christ, et qui, selon Eusèbe, était son cx>usin germain. Toutes ces relations, la plupart incertaines et vagues, ne nous éclairent point sur la vie des apôtres. Mais, s'il y a peu pour notice curiosité^ il reste assez pour notre instruction.

* Matthieu , ch. xiii , v. 55. Volt.

APOTnes. 505

Dea quatre £yangileji choisis parmi les ciàquante-quatre qui furent composés par les premiers chrétiens^ il y en a deqx qui ne sont point faits par des apôtres*

Saint Paul n'était pas un des douze apôtres y et cependant ce fut lui qui contribua le plus à rétablissement du christianisme. C'était le seul homme de lettres qui fut parmi eux. il avait étudié dans l'école de Gamaliel. Festus même j gouverneur de Judée ^ lui reproche qu'il est trop savant; et; ne pouvant comprendra les sublimités de sa doctrine^ il lui dit' : Tu es fou^ Paul; tes grandes études t'ont conduit à la folie. « Insanis; Paule; multae te litterae ad in- « saniam convertunt. »

Il se qualifie envoyé, dans sa première Epître aux Corinthiens '. « Ne suis-je pas « libre? ne suis-je pas apôtre? n'ai-je pas vu « notre Seigneur? n'étes-vous pas mon ou- « vrage en notre Seigneur? Quand je ne se- « rais pas apôtre à l'égard des autres ^ je le « suis à votre égard.... Sont-ils ministres du (( Christ? Quand on devrait m'accuser d'im- « pudence^ je le suis encore plus. ^

Il se peut en effet qu'il eût vu Jésus, lors-

* Act., ch. XXVI, T. a4. Volt.

' I. Aux Corinth., cb. ix, t. i et sui^. Volt.

304 AFOTRES.

qu'il étudiant à Jérusalem «ous Gamaliel. On peut dire cependant que ce n-' était point une raison qui autorisât son apostola-t. Il n'avait point été au ran^ des disciples de Jésus^ au contraire, il les avait persécutés^ il avait été complice de la mort de saint Etienne. Il est étonnant qu'il ne justifie pas plutôt son apostolat volontaire par le miracle qae fit depuis Jésus-Qirist en sa fàvein-, par la lumière céleste qui lui apparut en plein midi , qui le renversa- de cheval ^ et par son enlèvement au troisième ciel.

Saint Epiphane cite des Actes des apôtres'^ qu'on croit composés par les chrétiens nonmiés éhionites ou pauvres y et qui furent rejetés par l'Eglise ; Actes très anciens , à la vérité, mais pleins d'outrages contre- saint Paul.

C'est Ik qu'il est dit que saint Paul était né à Tarsis ' de parents idolâtres ^ a utroque a parente gentili procreatus ^ » et qu'étant venu à Jérusalem, où il resta quelque temps, il voulut épouser la fille de Gamaliel^ que dans ce dessein il se r^adit prosélyte juif,

' Hérésies, lir. XXX, § 6. Volt.

' Cette ville se nomme en grec Tarses, en latin Tar* sus» maintenant Tarsous , en franç.iis Tarse, ^ j^imais. TarsU, R.

et se fit circoncire^ mais que n'ayatit pas obtenu cette vierge ( ou ne Fayant pas trouvée vierge ) ^ la colère le fit écrire contre la ciirconcisiou ^ le sabbat^ et toute la loi.

« Qudmque Hierosolymam accessisset ^ et (c ibidem àliquandiù mansisset , ponûiicis a filiam ducere in animum induxisse ^ et « eam ob rem proselyium factum ^ atque « circumcisum esse ; posteà quod virginem a eam non accepisset , succensuisse y et ad- (c versus circumcisiont^n ^ ac sabbatum^ to- « tamque legem, scripsisse. »

Ces paroles injurieuses font voir que ces premiers chrétiens ^ sous le nom de pau-- \n*€s y étaient attaches encore au sabbat et à la circoncision , se prévalant de la circoncision de Jésus-Christ ^ et de son observance du sabbat ; qu'ils étaient ennemis de saint Paul y qu'ils le regardaient comme un intrus qui voulait tout renverser. En un mot ils étaient hérétiques ; et en conséquence ils s'efforçaient de répandre la di^ iàmation sur leurs ennemis^ emportement trop ordinaire à l'esprit de parti et de superstition.

Aussi saint Paul les. traite-t-il de faux apôtres y d'ouvriers trompeurs, et les accable

540 ÂK>TR£S.

d'injures *; il les appelle cAie/t^ dans sa lettre aux. habitants de Phîlippes '.

Saint Jérôme prétend ' qu'il était né à Glacala^ bourç de Galilée^ et non à Tarsis. D'autres lui contestent sa qualité de citoyen romain 7 parcequ'il n'y avait alors de citoyen rotmain ni . à Tarsis ^ ni a Giscala , et que Tarsis ne fut colonie romaine qu'environ cent ans après. Mais il en &i»t croire les Actes des apMres^ qui sont inspirés par le Saint-Esprit et qui doivent l'emporter sur le témoignage de saiaC Jérôme ^ tout savant qu'il était.

Tout est intéressant de saint Pierre et de saint Paul. Si Nicéphore nous a dona^ le piMrtrait de l'un ^ les Actes de sainte Thècle^ qui y bien que non canoniques ^ sont du premier siècle^ nous ont fourni le portrait de l'autre. Il était ^ disent ces Actes ^ de petite taille y ehauve y les cuisses tortues y la jambe grosse^ le nez aquilin^ les sourcils joints^ plein de la grâce du «Seigneur. Staturd breviy etc.

Au reste, ces Actes de saint Paul et de

* II. Aux Corinth., cli. xi, v. i3. Voi.t.

* Chap. ICI, ▼. 2. Volt.

' Saiùt Jérôme, De scriptonbus ecclenastids , ad Dex» trum. Volt.

sainte Tlkècle furent composés^ selon Tertullien y pai^ un Asiatique ; disciple de Paul lui-même^ qui les mit d'abord squs le nom de Tapôtre, et qui eu fut repris, et m^ue déposé, c'est-à-dire exclus de rassemblée; car la hiérarchie n'étaat pas encore établie, il n'y avait pas de déposition proprement dite.

IV. Quelle était la discipline sous laquelle vivaient les apôtres et les premiers disciples ?

1 1 paraît qu'ils étaient tous égaux. L'égalité était le grand principe des essëuiens, des récabites , des thérapeutes , des disciples de Jean, et surtout de Jésus-Christ, qui la recommande plus d'une fois.

Salut Barnabe, qui n'était pas un des douze apôtres, donne sa voix avec eux.

Saint Paul, qui était encore inc^itis apôtre choisi du vivant de Jiësus, m^n seulement est égal à eux , mais il a une sorte d'ascendant ; il tance rudement saint Pierre.

On ne voit parmi eux aucun supérieur quand ils sont assemblés. Personne ne préside, pas même tour-à-tour. Ils ne s'appellent point d'abord évêques. Saint Pierre ne donne le nom d'^v'e^Me, ou répithète équivalente, qu'à Jésus-Christ, qu'il appelle le

surveillant des âmes' , Ce nom cle surveilkmtj ^évêquey est donné ensuite indifféremment aux anciens^ que bous appelons jfrétres ; mais nulle cérémonie j nulle dignité y nuHe marque di«tinctiv€ de prééminence.

Les^ anciens ou vieillards sont chargés de distribuer les aumônes. Les plus jeunes sont élus à la pluralité des voix % pour avoir soin des tables y et ils sont au nombre de sept; ce qui constate évidemment des repas de communauté '.

De juridiction^ d&puissance^ de commandement^ de punition^ on n^en voit pas la moindre trace.

Il est vrai qu'Ananias et Saphira sont mis à mort pour n'avoir pas donné tout leur argent à saint Pierre , pour en avoir retenu un© petite partie dans la vue de subvenir à leurs besoins pressants ; pom* ne l'avoir pas avoué; pour avoir corrompu, par un petit mensonge , la sainteté de leurs largesses : mais ce n'est pas saint Pierre qui les condam^ne. Il est vrai qu'il devine la faute d'Anania«; il la lui reproche; il lui dit* : «Vous

* EpUre I, cb. ir. Volt.

"Actes, ch. VI, V. 2. Volt.

* Voyez l'article église. Volt.

^ Actes, ch. T, ▼. 8. Volt-

ÀPOTilE». 509

tt avez menti au Saint-Esprit ^ » et Ananias tombe mort. Ensuite Saphira vient , et!pierre au lieu de l'avertir l'interroge } ce qui semble une action déjuge. Il la fait tomber dans le piège en lui disant : m Femme ^ dites - moi « combien vous avez vendu votre cbamp. » La femme répond comme son mari. Il est étonnant qu'en arrivant sur le lieu elle n'ait pas su la m^rt de son époux ;-que personne ne l'en ait avertie ; qu'elle n'ait pas vu dans l'assemblée l'effroi et le tumulte qu'une telle mort devait causer^ et surtout la crainte mortelle que la justice n'accourût pour informer de cette mort comme d'un meurtre. Il est étrange que cette femme n'ait pas rempli la maison de seB cris^ et qu'on Tait interrogée paisiblement comme dans un tribunal sévère^ où les huissiers contiennent tout le monde dans le silence. Il est encore plus étonnant que saint Pierre lui ait dit : « Femme ^ vois^tu les pieds de a ceux, qui ont porté ton mari en terre ? ils « vont t'y por-ter* » Et dans l'instant la sentence est exécutée. Rien ne ressemble plu$ à l'audience criminelle d'un ju^e despotique » Mais il faut considérer que saint Pi^re n'est iqi que l'organe de Jésus-Christ et du Saint-Esprit ^ que c'est à eux qu' Ananias et

^^ê APOTKES.

sa femme ont menti ^ et que -ce sout eux qui l«s punissent par une mort subite } que c'est même un miracle feitpour effrayer twis^ ceux qui , en donnant leur bien k l'Eglise , et qui , en disant qu'ils ont tout donné, retiendront quelque chose pour des usî^es profanes. Le judicieux dom-Cahnet fait voir combien les Parcs et les commentateurs diffèrent sur le s^^t de ccjs^euK premiers chrétiens , dont le péché consistait dans une simple réticence , maiS' coupable.

Quoi qu'il- en «eit, il est certarin que le» ap»ôtres n'avaient aucune juridiction, aucune puissance , aucune autorité que celle de la persuasion , qui est la première de toutes , et sur kiquelle toutes les autres sont fondées.

D'ailleur» il paraît par cette' histoire même que lee chrétieiis vivaient en conxmun.

Quand ils ëtaient-assemblés deuxoutror», Jésus-Christ était au milieu d'eux.' Ils pouvaient tous reôevoir également l'B^prit. Jésus'était leur véritable, le^r seul supérieur; il leur avait dit ' : « N*appele2 personne sur a Ja. terre votre père , ear V0<us n'ave* qu'un <t père , qui est dans le ciel. Ne desiven point « qu'on vous appelle ms^ti^ , parceque vou»

' Matthica, ck. xxin, v. 8 , 9 <rt iof. Volt.

APOTRES. 5t t

« n'avez qu'ua seul maître^ et que vous êtes « tous frères; ni qu'on vous appelle docteurs ^ « car votre seul docteur est Jésus ^ . »

Il n'y avait du temps <les apôtres aucun rite y point de liturgie y point d'heures marquées pour s'assembler^ nulle cérémonie.

Les disciples baptisaient les catédiumènes ; on leur soufflait dans la bouche p<rar y faire entrer l'Esprit saint avec le souffte % ainsi que Jésu8-€hrist avait soufflé sur les apôtres^ ainsi qu'on souffle encore aujourd'hui, en plusieurs églises j dans la bouche d'un enfant quand on lui administre le baptême. Tels furent les commencements du chriatiianisme.^ Tout se fesait par inspiration , par enthousriasme , comme chez les thérapeutes et chez les judaïtes y s'il est permis de comparer un moment des sociétés judaïques*, devenues réprouvées , à des sociétés conduites par Jésus-Christ même , du haut du ciel , o^ il était assis à la droite de son père.

Le temps amena des changements nécessaires ) l'Eglise, s'étant étendue, fortifiée, enrichie , eut besoin de nouvelles loi».

' Voyez Particle église. Volt. * Jean, cb. xx, ▼. aa. Volt.

SfiS ÀPPÀHENCE.

APPAB.ÈKCE.

Toutes les apparences sont -elles trompeuses? Nos sens ne nous ont-ils été donnés que pour nous faire un« illusion continuelle? Tout est -il erreur ? Vivons - nous dans un songe , entourés d'ombres chimériques?

Vous voyez le soleil se couclier à Tliorizon, quand il est déjà dessous. Il n'est pas encore tevé , et vous îe voyez paraître. Cette tour carrée vous setable ronde. Ce bâton enfoncé danis l'eau vous semble courbé.

Vous regardes votre inaage dans un miroir, il vous la représente derrière lui ; elle n'est ni derrière, ni devant. Cette glace> qui au .toucher et à La vue est si lis&e et si unie, n'est qu'un amas inégal d'aspérités et de cavités. La peau la .plus fine et la plus blanche n'est qu'un réseau hérissé, dont les ouvertures sont incomparablement plus larges qua le tissu, et qui renferment un uombre in&ii de petits crins. Des liqueurs passent sans <;esse sous ce réseau., et il en sort des exhalaisons continuelles , qui couvrent toute cette surface. Ce que vous appelez grand est très petit pour un éléphant^ et ce que vous appelez petit est un monde pour des insectes.*

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