ABC, OD ALPHABET
Cécrops leur avait apportée d'Egypte : les Phéniciens^ en qualité de négociants^ rendaient tout aisé ; et les Egyptiens^ en qualité d'interprètes des dieux ^ rendaient tout difficile. .
Je m'imagine entendre un marchand phénicien y abordé dans l'Achaïe , dire à un Grec son correspondant : Non seulement mes caractères sont aisés à écrire^ et rendent la pensée ainsi que les sons de la voix ; mais ils expriment nos dettes actives et passives. Mon aleph , que vous voulez prononcer o/plm, vaut une once d'argent j betha en vaut deux *y ro en vaut cent ; sigrfia en vaut deux cents. Je vous dois deux cents onces : je vous paie un ro, reste un ro que je vous dois encore^ nous aurons bientôt fait nos comptes.
Les marchands furent probablement ceux qui établirent la société entre les hommes, en fournissant k leurs besoins } et pour négocier il faut s'entendre.
Les Egyptiens ne commercèrent que très tard ; ils avaient la nusr en horreur ; c'était leur Typhon, Les Tyriens furent navigateurs de temps immémorial j ils lièrent ensemble les peuples que la nature avait séparés, et ils réparèrent les malheurs où les
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révolutions de ce ^obe avaient plongé souvent une grande partie du genre humain.
Les Grecs à leur tour allèrent porter leur conunerce et leur alphabet commode chez d'autres peuples qui le changèrent un pcu^ comme les Grecs avaient changé celui des Tyriens. Lorsque leurs marchands ^ dont on fit depuis des demi-dieux^ allèrent établir à Colchos un commerce de pelleterie qu*on appela la toison d*or^ ils donnèrent leurs lettres aux peuples de ces contrées, qui les ont conservées et altérées. Us n'ont point pris l'alphabet des Turcs auxquels ils sont soumis, et dont j'espère qu'ils secoueront le joug, grâce à l'impératrice de Russie.
Il est très vraisemblable (je ne dis pas très vrai, Dieu m'en garde ) que ni Tyr, ni l'Egypte , ni aucun Asiatique habitant vers la Méditerranée, ne communiqua son alphabet aux peuples de l'Asie, orientale. Si les Tyriens, ou même les Chaldéens qui habitaient vers l'Euphrate, avaient, par exemple, communiqué leur méthode aux Chinois, il eu resterait quelques traces; ils auraient les signes des vingt-deux, vingt-trois, ou vingtquatre lettres. Us ont tout au contraire des signes de tous les mots qui C(;>mposent leur langue ; et ils en ont, nous dit-on , quatre-
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viagt mille : cette métbode n'a rien de commua avec celle de Tyr. Elle est soixante et dix-neuf mille neuf cent soixante et seize fois plus savante et plus embarrassée que la n6tre. Joignez à cette prodigieuse différence qu'ils écrivent de haut en bas, et que les Tyriens et les Chaldéens écrivaient de droite à gauche^ les Grecs et nous de gauche à droite.
-«^Examinez les caractères tartares^ indiens, siamois, japonais, vous n'y voyez pas la moindre analogie avec l'alphabet grec et phénicien.
Cependant tous ces peuples, en y joignant même les Hottentots et les Cafres, prononcent à peu près les voyelles et les consonnes comme nous , parcequ'ils ont le larynx fait de même pour l'essentiel, ainsi qu'un paysan grison a le gosier fak comme la première chanteuse* de l'Opéra de Naples. La dififié* rence qui fait de ce manant une basse-taille rude, discordante, insupportable, et de cette chanteuse un dessus de rossignol , est si imperceptible qu'aucun anatomiste ne peut l'apercevoir. C'est la cervelle d'un sot qui ressemble comme deux gouttes d'eau k la cervelle d'un ^and génie.
Quand nous avons dit que les marchands
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de Tyr enseignèrent leur ABC aux Grecs^ nous n'avons pas prétendu qu'ils eussent appris aux Grecs à parler. Les Athéniens proiKiblement s'exprimaient déjà mieux que les peuples de la Basse-Syrie ) ils avaient un gosier plus flexible 3 leurs paroles étaient un plus heureux assemblage de voyelles^ de cou» sonnes^ et de diphthongues. Le langage des peuples de la Phénicie^ au contraire ^ était rude, grossier; c'étaient des Shcifiroth, des Astaroth , des Shabaoth , des Chammain y des Chotihet , des Thopheth; il y aurait là de quoi faire enfuir notice chanteuse de l'Opéra de Naples. Figurez-vous les Romains d'aujourd'kui qui auraient retenu l'ancien alphabet étrurien, et à qui des marchands hollandais viendraient apporter celui dont ils se servent à présent. Tous les Romains feraient fort bien de recevoir leurs caraUères -, mais ils se gai^deraient bien de parler la langue batave. C'est précisément ainsi que le peuple d'Athènes en usa avec les matelots de Gaphthor, venant de Tyr ou de Bérith : les Grecs I^rirent leur alphabet qui valait mieux que celui du Misraim qui est l'Egypte, et rebutèrent leur patois.
Philosophiquement parlant, et abstraction respectueuse &ite de toutes les inductions
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qu'on pourrait tirer des livres sacrés, dont il ne s'agit certainement pas ici , la langue primitive n'est-elle pas une plaisante chimère?
Que diriez-vous d'un homme qui voudrait rechercher quel a été le cri primitif de tous les animaux j et comment il est arrivé que dans une multitude de siècles les moutons se soient mis à bêler, les chats à miauler, les pigeons à roucouler, les linotes à siffter? Us s'entendent tous parfaitement dans leurs idiomes , et beaucoup mieux que nous. Le chat ne manque pas d*accourir aux miaulements très articulés et très variés de la chatte: c'est une merveilleuse chose de voir dans le Mirebalais une cavale dresser ses oreilles, frapper du pied, s'agiter aux braiements intelligibles d'un âne. Chaque espèce a sa langue. Celle des Esquimaux et des Algonquins ne fut point celle du Pérou. II n'y a pas eu plus de langue primitive , et d'alphabet primitif, que de chênes primitifs, et que d'herbe primitive.
Plusieurs rabbins prétendent que la langue mère était le samâti'itain ^ quelques autres ont assuré que c'était le bas -breton : dans cette incertitude, on peut fort bien, sans offenser les habitants de Quimper et de Samarie^ n'admettre aucune langue mène.
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Ne peut-on pas, sans ofienser personne y supposer que T alphabet a commencé par des cris et des exclamations ? Les petits enfants disent d'eux-mêmes ha he quand iis voient un objet qui les frappe ) fU A» quand ils pleurent; hu hu y hou hou y quand ils se moquent; aïe quand on les frappe ; et il ne faut pas les frapper.
A l'égard des deux petits garçons que le roi d'Egypte, Psanuneticus ( qui n'est pas un mot égyptien), fit élever pour savoir quelle était la langue primitive, il n'est guère possible qu'ils se soient tous deux mis à crier bec bec pour avoir à déjeuner.
De»exclamations f onnées par des voyelles, aussi naturelles aux enfants que le coassement l'est aux grenouilles, il n'y a pas si loin qu'on croirait à un alphabet complet. Il faut bien qu'une mère dise à son enfant l'équivalent de viens , tiens, prends , tais-toi , approche y va-t'en : ces mots ne sont représentatif^ de rien , ils ne peignent rien ; mais ils se font entendre avec un geste.
De ces rudiments informes, il y a un chemin immense pour arriver à la syntaxe. Je suis efi^ayé quand je songe que de ce seul mot viens , il feut parvenir un jour à dire : « Je serais venu, ma mère, avec grand plai-