‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 122 sur 344 · C. La moelle est un centre nerveux, un agent · texte numérisé non relu

C. La moelle est un centre nerveux, un agent

central possédant le pouvoir réflexe. — On donne le nom d’actes réflexes aux mouvements succédant à une impression non sentie: cependant dans certains actes réflexes, comme l’éternuement, la toux, etc., l’impression est sentie. Pour démontrer le pouvoir réflexe de la moelle, il faut supprimer chez l’animal en expérience tous les mouvements spontanés voulus ; pour cela vous le décapitez (grenouille) ; portant alors une irritation sur une patte, vous déterminez la production d’un mouvement plus ou moins étendu suivant l’intensité de l’excitation.

Maladies de la moelle épinière. — Congestion de la moelle. — Les veines du rachis sont très défavorablement disposées au point de vue de la circulation ; les congestions de la moelle devraient donc être fréquentes, et autrefois on mettait volontiers sur leur compte la plupart des paraplégies de nature douteuse. Toutefois, on sait aujourd’hui que ces congestions sont assez rares.

La congestion active s’observe surtout au début de la variole et de la fièvre typhoïde; peut-être l’impression d’un air trop chaud ou trop froid peutelle également la produire. La congestion passive peut s’observer dans toutes les conditions qui entraînent la circulation de la veine cave inférieure, dont la plupart des veines du rachis sont tributaires : telles sont les tumeurs volumineuses de l’abdomen, les maladies du cœur, etc.

Lorsque la moelle est congestionnée, les vaisseaux se dessinent sous forme d’arborescences aussi nettes et aussi régulières que celles produites par une injection pénétrante; la substance grise est toujours plus atteinte que la substance blanche. La congestion passive est plus manifeste, les veines rachidiennes, gonflées et bleuâtres, sont distendues et gonflées de sang noir. Signalons aussi l’augmentation du liquide céphalo-rachidien.

La congestion de la moelle s’annonce par une douleur sur le trajet du rachis, généralement dans la région lombaire, et en même temps par un affaiblissement dans les contractions des muscles de la moitié inférieure du corps ; il peut même y avoir de la rétention d’urine. Mais ce qui donne à ces phénomènes leur cachet spécial, c’est la rapidité de leur invasion et la courte durée de leur existence. Ainsi la durée d’une congestion active, survenue par exemple au début d’une fièvre éruptive, ne dépasse pas deux ou trois jours ou un septénaire.

Dans la congestion passive, les accidents sont plus lents, moins accusés, ils s’agravent beaucoup par le décubitus dorsal.

Les congestions de la moelle liées à la variole, à la fievre typhoïde, à une fièvre intermittente, ne réclament pas de traitement spécial, car la situation est dominée par la maladie primitive. Les congestions survenues en dehors de ces circonstances doivent être combattues par des ventouses appliquées le long du rachis, des purgatifs salins administrés à faible dose (15 à 20 grammes), plusieurs jours de suite.

Anémie de la moelle. — Nous dirons peu de chose sur l’anémie de la moelle: elle s’observe dans le cas d’anémie générale; on a pu la produire expé-

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rimentalement par l’oblitération de l’aorte abdominale ou des artères spinales.

Les symptômes sont semblables à ceux que nous venons d’exposer dans la congestion médullaire; ici, comme pour l’encéphale, congestion et anémie déterminent les mêmes troubles fonctionnels, le diagnostic se fait d’après l’examen de l’état général.

L’oblitération de l’aorte a été observée trois ou quatre fois ; quand on pratique la ligature de ce vaisseau, on voit immédiatement survenir une paraplégie •

Le traitement est le même que celui de l’anémie en général; on pourrait y joindre des douches froides, l’électricité et les préparations de noix vomique.

Hémorrhagies de la moelle et de ses enveloppes.

— Les hémorrhagies de la moelle (hématomyélite) et de ses enveloppes (hématorachis) sont aussi rares que les hémorrhagies intra-crâniennes sont fréquentes.

En dehors du traumatisme, leurs causes sont inconnues : peut-être certaines inflammations de la moelle ou de ses enveloppes ont-elles pu les produire, de même qu’une hémorrhagie cérébrale intra-ventriculaire a pu s’étendre jusqu’au canal vertébral; mais ces dernières circonstances sont fort rares.

Les symptômes de Y hématorachis sont de deux ordres :

1° Les uns sont des phénomènes d’excitation ; il consistent en douleurs, convulsions et contractures semblables à celles que l’on observe au début d’une méningite et résultant de l’irritation des méninges par le sang.

2° Les autres sont des phénomènes de compression; ils consistent en une paraplégie plus ou moins complète; cette paraplégie indique une compression de la moelle par le coagulum sanguin. Suivant la rapidité plus ou moins grande avec laquelle s’effectue l’épanchement, ces deux ordres de symptômes sont simultanés ou consécutifs ; dans ce dernier cas, ce sont en général les phénomènes d’excitation qui ouvrent la marche. L’avenir de celte maladie est variable : si le sang est épanché en faible quantité, sa résorption n’est pas impossible et le malade peut guérir; mais souvent la mort est la conséquence de la paraplégie ou d’une méningite développée par voisinage.

L ’ hématomyélite débute brusquement par une paraplégie, l'attaque est aussi brusque que dans une hémorrhagie cérébrale. Rappelons que l’hémorrhagie cérébrale détermine une hémiplégie, et l’hémorrhagie de la moelle, une paraplégie. D’ailleurs l’hématomyélite est fort rare.

Dans le cas de fracture de la colonne vertébrale, on ordonnera au malade le repos le plus absolu et en même temps on appliquera de nombreuses sangsues sur les côtés de la colonne vertébrale ; en tout cas, le traitement est le même que celui de l’hémorrhagie cérébrale.

Inflammation de la moelle. — (V. Myélite.)

Ramollissement de la moelle. — (V. Myélite , Ataxie locomotrice .)

Plaies de la moelle. — Logée dans le canal ver-

tébral, la moelle ne saurait être atteinte directement par les instruments vulnérants, si ce n’est dans la région cervicale, où le peu de volume des apophyses épineuses et l’écartement notable que présentent les lames vertébrales dans la flexion de la tête, exposent la moelle à des blessures directes.

Toutefois, même dans cette région, les blessures directes sont rares, et dans l’immense majorité des cas, les plaies de la moelle sont produites par des fragments osseux, lorsque sous l’influence d’un choc, d’une chute, d’un projectile, etc., les lames vertébrales fracturées ont été projetées dans l’intérieur du canal vertébral.

Nous allons étudier successivement les plaies des différentes régions.

On sait qu’à la région lombaire la moelle se termine, chez l’adulte, au niveau de la première vertèbre lombaire. Les plaies de cette région intéressent donc plutôt les nerfs de la queue de cheval que la moelle elle-même.

Au moment de l’accident les deux membres sont atteints d’une paralysie complète ou incomplète du mouvement et de la sensibilité.

Le blessé éprouve des douleurs dont le point de départ est la section de la moelle. Dans la région lombaire ces douleurs s’irradient vers l’hypogastre ou descendent le long des cuisses.

On observe encore la rétention d’urine soit par paralysie du col, soit par regorgement. La paresse de l'intestin et du tympanisme.

Les mouvements réflexes peu accentués lorsque la section porte sur la queue de cheval, sont d’autant plus nets que la plaie est plus élevée.

Les plaies de la moelle à la région dorsale déterminent une paralysie plus accentuée; de plus, la paroi abdominale et le thorax sont frappés d’inertie; les muscles abdominaux sont flasques, les parois du thorax immobiles ; la respiration s’effectue par le diaphragme, le sterno-mastoïdien, le grand dentelé et le trapèze, et l’expiration par le retour au repos de ces muscles, l’élasticité du poumon et des parois thoraciques; mais tout mouvement d’expiration brusque, tel que la toux, par exemple, est impossible.

La douleur qui part du niveau de la blessure forme une ceinture très nette accompagnée de fourmillements et d’élancements provenant d’un commencement de myélite.

En même temps on constate la paralysie de la vessie et du rectum ; assez fréquemment une demie érection, mais les fonctions génitales sont abolies. Ventre ballonné, digestions difficiles ; très grande lenteur du pouls et abaissement de la température.

Les mouvements réflexes sont très accentués.

Les plaies de la moelle à la région cervicale donnent aux phénomènes que nous venons de décrire une grande exagération. De plus, on observe la paralysie des membres thoraciques, l’anesthésie remonte jusqu’au 2e ou 3e espace intercostal; une gêne dans la déglutition, une érection presque constante; augmentation de la vascularisation et de la température faciale , resserrement de la pupille et même rétrécissement de l’orifice palpébral.

Lorsque la plaie siège au-dessus de la troisième vertèbre cervicale, la mort peut être instantanée.

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