‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 123 sur 344 · MOL · texte numérisé non relu

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probablement par commotion du bulbe. Souvent l'asphyxie se produit plus ou moins rapidement.

Au niveau du trou occipital les plaies du bulbe entraînent la mort foudroyante.

Sans être toujours mortelles, les plaies de la moelle sont extrêmement graves. Quand elles sont produites par des fragments osseux, si ces esquilles ne peuvent être facilement enlevées, on placera le malade dans une situation horizontale évitant tout changement de position , prévenant, autant que possible, toute pression sur les parties saillantes, qui sont très disposées à se mortifier, empêchant la stagnation d’urine, etc.

Contre la lésion médullaire on emploie les sangsues, les ventouses, l’ergot de seigle et la belladone.

Les premiers accidents disparus, on activera le retour des fonctions de la moelle par l’application de vésicatoires, de cautères, de frictions iodées, de douches.

A l’intérieur, on administrera la strychnine et le sulfate de zinc.

Commotion de la moelle. — La commotion de la moelle est de tous points semblable à celle du cerveau, elle reconnaît les mêmes causes, elle est lout aussi dépourvue d’altérations organiques et se traduit par une suspension momentanée des fonctions de la moelle, de même que la commotion cérébrale a pour caractère la suspension passagère des fonctions du cerveau.

Nous n’insistons pas sur les symptômes, ils sont semblables à ceux des plaies de la moelle; mais avec cette différence capitale qu’une fois la première stupeur passée, les fonctions nerveuses reprennent leur activité.

Compression de la moelle. — La compression de la moelle peut se produire de deux façons :

1° Brusquement, à la suite des fractures ou des luxations des vertèbres(V. Vertèbres), sous l’influence du Mal de Poil (V. ce mot) ;

2° Graduellement, lorsqu’une tumeur se développe dans le canal vertébral ou dans les méninges ( V. Paraplégie). in Leon Moynac.

MOIGNON. — Nom donné par les chirurgiens à la partie restante d'un membre amputé, comprise entre le point de cicatrisation de la plaie consécutive à l’amputation et l'articulation située au-dessus (V. Amputation). p. l.

MOIS. — Mot vulgaire employé souvent par les femmes pour désigner les époques menstruelles (V. Menstruation). p. l.

MOISISSURE. — (V. Microbe.)

MOITEUR. — Mot employé pour désigner une sueur peu abondante (V. Sueur). p. l.

MOLAIRE. — Nom donné par les anatomistes aux grosses dents situées sur les côtés des mâchoires. Les molaires chez l’adulte sont au nombre de vingt, cinq de chaque côté des deux maxillaires supérieur et inférieur, dont deux petites et trois grosses (Y. Dent). p. l.

DICTIONNAIRE POPULAIRE OK MÉDECINE IISIIRI.I Ej

MOLES. — Les môles sont des produits de conception dégénérés; on les désigne encore sous le nom de faux germe ou germe dégénéré. Autrefois on comprenait sous le nom de môles tous les produits organisés développés dans l’utérus, comme les polypes, les fragments placentaires ou de simples caillots fibrineux ayant séjourné plus ou moins longtemps dans la matrice. Mais l’examen attentif des môles et surtout les recherches microscopiques, ont permis de reconnaître dans les môles des œufs plus ou moins complets, dont certaines parties se sont atrophiées, alors que d’autres, au contraire, se sont hypertrophiées.

On distingue les môles en deux espèces : les môles charnues et les môles vésiculaires ou hydatiformes. Les môles charnues se présentent sous forme d’une masse d’un rouge plus ou moins vif, d’un volume variable, mais quelquefois assez considérable, constitué par un tissu fibrillaire très serré. Ce genre de môle peut séjourner plus ou moins longtemps dans la matrice, depuis quelques mois jusqu’à plusieurs années. J’en ai ainsi observé une qui était restée neuf ans dans l’utérus.

Les môles vésiculaires sont constituées par une masse molle, friable, composée d'une quantité considérable de vésicules, variant du volume d’un grain de millet à celui d’un gros grain de raisin ces vésicules étant toutes rattachées par une fibrille à une masse centrale molle, lâche, rosée, qui rappelle le placenta.

Les môles sont des produits rares; bien des accoucheurs n’en ont jamais rencontré, aussi est-il difficile de diagnostiquer leur présence. Cependant quand chez une femme, après avoir observé tous les signes d’une grossesse commençante, certains phénomènes se produisent, qui semblent indiquer que le fœtus a cessé de vivre, que des pertes sanguines se répètent de temps à autre, et que la matrice continue néanmoins à se développer, on pourra soupçonner une grossesse molaire {S . Avortement).

Tant que les pertes successives ne mettent pas la santé générale en danger, on peut attendre que la nature se charge elle-même de l’expulsion, ce qui arrive le plus souvent; mais si les hémorrhagies se répètent assez souvent pour inspirer quelque inquiétude, on devra se hâter ue. provoquer le travail et la sortie de la môle. Dr A. de soyre.

MOLÉCULE. — Nom donné par les physiciens à la particule de la matière la plus petite, c’est-àdire à celle qui ne peut plus être divisée ni sectionnée. P. L.

MOLÈNE. — (V. Bouillon blanc.)

MOLIGT (eaux minérales de). — Moligt.est un petit village des Pyrénées Orientales, situé à 9 kilomètres dü Vernet, qui possède des eaux sulfurées sodiques faiblement minéralisées, qu’on administre en boissons, en douches, et surtout en bains, contre les affections chroniques des bronches, les rhumatismes chroniques, certaines maladies de peau de nature herpétique, etc. p. l.

1 MOLLET. — N om donné par les anatomistes à

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la partie saillante de la région supérieure et postérieure de la jambe forrriée par la partie ventrue des muscles jumeaux (V. Jambe). p. l.

MOLLUSCUM. — Avec notre éminent ami Lanceraux, nous appelons de ce nom des productions de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, parfois congénitales, circonscrites ou établies en forme de manteaux, et constituées par une trame fibreuse infiltrée de cellules lymphoïdes.

Le molluscum se présente sous différents aspects : tantôt sous celui de productions isolées ou multiples de petit volume et plus ou moins pendantes,

Fig. 898. — Molluscum éléphantiasique du tronc.

tantôt sous celui de masses 'volumineuses formant à la surface du ligament une sorte de capuchon ou de besace très gênante, et pouvant atteindre le poids de 12 à 16 kilogrammes.

La première de ces formes est désignée sous le nom de molluscum pendulum, et a son siège de pédilection dans les régions du cou et du dos. La seconde est appelée molluscum éléphantiasique et a pour siège habituel le dos, la région postérieure du cou et la paroi thoracique.

Le molluscum, lorsqu’il n’est pas congénital, apparaît souvent dès l’enfance, il suit une marche lente et progressive. Dans certains cas, il est le siège de poussées congestives, accompagnées de douleurs vives et de liquide séro-albumineux.

Le molluscum ne comporte pas d’autre traitement que l’extirpation par l’instrument tranchant, ou la ligature simple extemporanée, suivant les cas.

Dr Paul Labarthe.

MONÉSIA. — Nom donné par les botanistes à 1 écorce d un arbre du Brésil appelé Buranheim ou Guaranhen, d’un rouge brun foncé, à cassure nette, fl une saveur d’abord douce et sucrée, puis âcre et astringente, qui jouit des mêmes propriétés que le ratanhia et le cachou (V. ces mots), et sert aux

mêmes usages, tout en étant cependant beaucoup moins employée. p. l.

MONOMANE. — Nom donné à l’individu atteint

de monomanie (V. ce mot). p. l.

MONOMANIES. — Elles constituent des cas particuliers de la Folie lucide. Le mot a été créé par Esquirol pour exprimer « le caractère essentiel de cette espèce de folie dans laquelle le délire est partiel ( Monomania , folie isolée ), permanent, gai ou triste ». Le célèbre aliéniste rangeait encore sous ce chef la mélancolie, dont on a fait depuis un genre à part, caractérisé par la dépression générale des fonctions psychiques, et opposé à l’excitation générale de ces mêmes fonctions dans la manie.

La création, ou plus exactement la découverte des délires partiels fut un trait de génie. Malheureusement, sous l’influence des idées fausses et, partant, rétrogrades, qui infectèrent la science et la philosophie durant les soixante premières années du siècle, les médecins tout dévoués à l’éclectisme — la forme la plus absurde encore connue du spiritualisme — s’élevèrent contre la doctrine de la monomanie dont ils nièrent la réalité. Partant du point de vue de l’âme immatérielle, une et j indivisible, etc., ils n’eurent pas de peine à démon- ■ trer que le « principe pensant» ne pouvait jamais ! être lésé que dans sa totalité. Comment pouvait-il. l’être en aucune façon, voilà ce qu’ils se gardaient bien de nous dire, la plupart d’entre eux n’ayant : même pas conscience de l’énormité des propositions soutenues, et ressassant de confiance les leçons de j l’école. Dans l’article sur la folie lucide, dont celuici n’est que la continuation, j’ai montré comment, — le terrain une fois déblayé par la défaite de l’éclectisme — les1 immortelles découvertes de Gall, conspuées par les académiciens de la décadence, avaient été définitivement confirmées et acceptées, sous l'influence de Morel, de Broca et d’autres, sinon dans leur détail discutable, au moins dans leur admirable ensemble.

« Il doit y avoir, dit Btichner, des cellules particulières pour la sensibilité, le mouvement, etc. 11 doit y en avoir même pour les divers modes les plus élevés de l'activité intellectuelle, tels que la raison, la mémoire, la notion des nombres, le goût de la musique, le sens de l’esthétique, etc. Si l’on réfléchit au nombre prodigieux des cellules nerveuses dans la substance corticale du cerveau humain (500 à 1,000 millions), cellules qui donnent naissance à un nombre de cinq à dix fois plus considérable de fibres nerveuses, établissant des communications entre elles ou avec le monde extérieur — on reconnaîtra que ces chiffres ouvrent un champ plus que suffisant à l’imagination la plus audacieuse pour y chercher et y découvrir le substratum anatomique de tous les processus psychiques et de tous les phénomènes nerveux possibles. En évaluant à 200,000 le nombre des idées que notre cerveau peut contenir — ce qui est évidemment exagéré étant donné que la langue la plus riche possède 15,000 mots au plus, qu’il y a très peu d’idées sans un mot correspondant, et qu’en attribuant à chaque idée quatre ou cinq formes

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differentes, nous ne dépassons pas le chiffre de 100,000 — on verrait qua chaque idée correspondent encore un nombre de cellules variant entre 2,500 et 5,000, et un chiffre de tubes ou de conducteurs nerveux allant de 10,000 à 50,000, en supposant ces idées uniformément réparties sur la totalité de la substance grise des hémisphères cérébraux.» (Force et Matière , 15e édit., traduction, A. llegnard, p. 313-314).

Sans doute, en raison de ces innombrables anastomoses qui relient entre eux les éléments cellulaires, organes des fonctions psychiques, la lésion retentit aisément sur un ou plusieurs autres; mais ce n’est pas a dire que ce retentissement soit tatal, et même, dans les cas où il se produit, la maladie emprunte toujours un cachet spécial au délire primitif, qui demeure prédominant. J’entends bien que les gens affectés de pareils troubles, appartiennent d'ordinaire à la catégorie de ces malheureux qui apportent en naissant les stigmates héréditaires, transmis dans la succession de générations tarées; j'ajoute même que nous sommes en mesure, aujourd’hui, de préciser davantage, et de rapporter, dans l’immense majorité des cas, à des malformations cérébrales, à des atypies , ces troubles partiels, si bien caractérisés dans leurs effets (V. Folie). 11 n’en reste pas moins acquis que dans la plupart de ces faits, la mécanique psychique est conservée, de sorte que, dit Schule, « une portion plus ou moins vaste du champs des fonctions cérébrales peut paraître intact, et, souvent demeure tel » (Die Geisteskranfcheiten, p. 467).

Et peu importe, après tout, que l’on démontre ou non, anatomiquement, l’existence de centres spéciaux pour le sentiment, l’intelligence et le mouvement — sous un autre aspect, pour les émotions, l'intelligence et la volonté — la lésion partielle et indéniable de chacune de ces fonctions chez un trop grand nombre de malheureux suffit à démontrer leur localisation dans des centres, dans des cellules distinctes. D’ailleurs, l’expression de monomanie n'avait jamais été abandonnée en Angleterre; on y revient aujourd’hui en France, et de plus en plus, à mesure que la renaissance de la saine philosophie permet le retour des théories véritablement scientifiques.

J’examinerai successivement les monomanies: A. De la sphère psycho-motrice ; B. De la sphère intellectuelle.

A. Monomanies de la sphère psycho-motrice.

« Si 1 on compte dans chaque être humain ce qui doit être inscrit au compte de l’automatisme, de l'habitude, des passions et surtout de l’imitation, on verra que le nombre des actes purement volontaires, au sens strict du mot , est bien petit... Prise entre les habitudes qui la rendent inutile et les maladies qui la mutilent ou la détruisent, la volonté n’est qu’un accident heureux ». (Th. Ribot, Les maladies de la volonté, 1884, p. 173). Ce qui revient à dire que dans l'immense majorité des cas,

1 automatisme joue le rôle attribué par le vulgaire à 1 action d’une force spéciale, d’ailleurs purement imaginaire.

La volonté, toujours déterminée, n’est jamais qu une résultante. Lorsque le caractère tout entier

est atteint avec la sphère affective, il s’agit de ces cas de folie morale ou de criminalité héréditaire étudiés ailleurs (V. Criminalité et Folie lucide ), 11 me reste à examiner ici, les lésions de l’activité proprement dite, les cas dans lesquels les troubles de la sphère psycho-motrice jouent le rôle prédominant.

La monomanie HOMicinE en offre le type le plus parfait. En 1825, vivait à Paris, une jeune servante nommée Henriette Cornier, destinée à demeurer éternellement fameuse dans les annales de la psychiatrie. Née à La Charité, dans le département de la Nièvre, orpheline de bonne heure, cette fille était d’un caractère doux, habituellement gaie, rieuse quelquefois à l’excès, aimant naturellement les enfants; rien à noter dans les antécédents qu’une tentative assez rudimentaire de suicide. Le 27 octobre, elle entrait comme domestique dans un hôtel garni de la rue de la Pépinière; à côté se trouvait une boutique de fruitier, tenue par les époux Belon, ayant une petite fille nommée Fanny, âgée de deux ans et demi, et la plus gentille du monde. « Il n’existait entre les époux Belon et Henriette Cornier, dit l'acte d’accusation, ni haine, ni intimité, ni jalousie; seulement, depuis son court séjour dans la maison voisine, elle était accueillie dans la boutique de la femme Belon comme pratique du quartier, et toutes les fois qu’elle y venait, elle se récriait sur la gentillesse de la petite Fanny et se plaisait à la caresser ». Le 4 novembre, la jeune servante dont les allures étaient parfaitement normales, à part une grande tristesse dans laquelle elle semblait plongée, se présente chez la fruitière et obtient de celle-ci qu’elle lui confie pour un instant la petite Fanny, afin de s’en amuser, dit-elle. Elle emporte aussitôt l’enfant dans sa chambre, tout en l’accablant de caresses : mais à peine arrivée, elle l’étend sur le dos en travers de son lit, d’une main lui saisit la tête, et de l’autre lui scie le cou, à l’aide d’un couteau de cuisine, et avec tant de promptitude, que la victime n’a pas le temps de jeter un cri. — « Je viens chercher mon enfant, donnez-lemoi », dit en ce moment la femme Belon, qui arrivait sur le palier. — • « Il est mort, votre enfant », répliqua Henriette Cornier, toujours aussi tranquillement, et en même temps elle se plaçait audevant de la porte de sa chambre comme pour en défendre l’entrée. Là, sur les nouvelles instances de la mère qui croyait toujours qu’elle plaisantait, elle répéta ces foudroyantes paroles: « Il est mort, votre enfant! » Alors, la femme Belon inquiète, la poussa pour pénétrer dans sa chambre, et aussitôt s’offrit à ses yeux l’horrible spectacle des restes mutilés de sa fille. Elle jette un cri de douleur et Henriette Cornier s’écrie à l’instant: «Sauvez-vous, vous servirez de témoin! » Puis ramassant sur le carreau la tête qu’elle y avait déposée, elle la jette par la fenêtre. Cependant, la mère éperdue se sauvait chez elle en poussant des cris affreux, et apprenait à son mari cette horrible nouvelle. Celui-ci, la croyant à peine, sort précipitamment de la boutique et le premier objet qui frappe sa vue, est la tête de son enfant, qu’une voiture avait failli écraser dans le ruisseau.

Il est difficile d’imaginer rien déplus effroyable et

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l'on ne voit pas bien ce qui a pu empêcher le père de monter immédiatement dans la chambre de cette malheureuse et de l’égorger avec le même couteau dont elle s’était servie pour couper le cou de la petite Fannv. Mais la Société n’agit point par vengeance et sous le coup de la passion: quand elle tue, c’est froidement, avec préméditation et sans circonstances atténuantes. Guillotiner Henriette Cornier, qui avait agi sans raison aucune et sous le coup d’une impulsion irrésistible, c’eut été un assassinat légal de plus; et cependant, si la belle consultation de Marc, qui fait époque dans la science, la sauva de l’échafaud, elle ne put, suivant l’expression même de l’auteur, « soustraire cette malheureuse au châtiment afflictif et infamant qui, dans l’échelle de la pénalité, suit immédiatement la peine de mort ». (Lire tout entière l’observation d’Henriette Cornier dans le beau livre de Marc: De la folie considérée dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires. Paris, 1840, t. II, p. 71 sq.) Papavoine qui tua sans motif, dans le bois de Vincennes, deux petits enfants auxquels il était absolument étranger, ne put être arraché à l’échafaud; ce qui lui valut une popularité plus grande et l’honneur posthume de figurer dans « la chambre des horreurs », des musées Tussaud et autres. Son cas était de tout point anologue au précédent.

Ces deux observations achèvent de s’éclairer par la suivante : « Dans une maison respectable, en Allemagne, une mère de famille rentrait chez elle ; une domestique contre laquelle on n’a jamais eu de motif de plainte, paraît dans une grande agitation; elle veut parler seule à sa maîtresse, se jette à ses genoux et lui demande en grâce la permission de quitter la maison. Sa maîtresse, étonnée d’une semblable prière, veut en connaître le motif, et elleapprent que toutes les fois que la malheureuse domestique déshabille l’enfant, elle est frappée de la blancheur de ses chairs et éprouve le désir presque irrésistible de l’éventrer. Elle craint de succomber et préfère s’éloigner. Cet événement, ajoute Marc, s’est passé, il y a une vingtaine d’années, dans la famille de M. A. de llumboldt, et cet illustre savant me permet d’alléguer son témoignage » (Marc, loc. cit., t. II, p. 101).

Remarquez bien qu’il ne s’agit pas ici de ces criminels héréditaires, de ces fous moraux en proie à toutes les mauvaises passions : bien que la relation soit étroite et la transition insensible, ce qui domine chez Henriette Cornier et ses pareilles c’est une impulsion passagère, d’ordinaire isolée, c’est une aberration de l’activité due à un état morbide des centres psycho-moteurs. A peine la sensation a-t-elle eu lieu que, sans passer, pour ainsi dire, par la sphère intellectuelle, elle doit se traduire en acte, de sorte que le meurtre, dans le cas qui nous occupe, apparaît comme un véritable acte réflexe, tâtai et irrésistible.

De pareilles impulsions se remarquent assez souvent chez les épileptiques, et même on a prétendu qu’eUes étaient toujours le fait de cette maladie; théorie manifestement fausse et imaginée par les adversaires de la doctrine des monomanies, acculés dans leurs derniers retranchements. Il n’est pas vrai, d’autre part, que les impulsions des épilepti-

ques soient toujours inconscientes, et bien qu’il y ait lieu de constater l’existence de ces impulsions chez certains monomaniaques simples et dans l’épilepsie, le processus intime ne peut être qu’analogue dans les deux cas. Qu’il s’agisse d’une hypérémie, comme le veut M. Luys, ou de telle autre modification moléculaire des cellules grises, le phénomène se passe toujours dans la sphère psychomotrice; par quoi il faut entendre non seulement les centres moteurs proprement dits, mais encore les éléments anatomiques qui déterminent immédiatement leur action. Du reste, l’ancienne division en monomanies avec conscience et monomanies sans conscience est à peu près illusoire. « Le volontaire, dit excellemment M. Th. Ribot, est fait avec l’involontaire, qui s’appuie sur lui, tire de lui sa force et est, en comparaison, bien fragile. » {Loc. cit., p. 105.) Rien qu’ayant connaissance de l’acte, Henriette Cornier tue aussi nécessairement, aussi aveuglément que l’épileptique le plus inconscient.

La monomanie suicmE est étudiée à propos du suicide, dont elle constitue un cas particulier.

La monomanie du vol ou Kleptomanie, n’est pas moins réelle que les précédentes. Elle s’observe très bien à l’état isolé, quoi qu’on ait pu dire, non associée à d’autres impulsions morbides : ces cas d’association, je le répète, portent sur la sphère affective tout entière et appartiennent à la folie morale. Les faits de kleptomanie abondent, depuis celui de Victor Amédée, roi de Sardaigne, qui prenait partout des objets de peu de valeur, jusqu’à ce médecin dont parle Lavater et qui ne sortait pas de la chambre de ses malades sans leur dérober quelque objet, auquel il ne pensait plus ensuite. La grossesse favorise le développement de ce penchant; mais on peut en constater les déplorables effets chez les deux sexes et à tous les âges ; l’hérédité est parfois très accentuée. On l’observe aussi dans toutes les classes de la société. Marc rapporte l’histoire d une jeune fille riche et de noble extraction, qui éprouvait habituellement le besoin de s’emparer de toute sorte d’objets. Elle tenait en réservé un grand nombre de mouchoirs, de dés, de fichus, de bas, de gants, qu’elle avait enlevés à ses compagnes. La maîtresse de la pension fut obligée de la renvoyer à ses parents (Marc, loc. Cit., t. II, p. 454).

Dans une discussion assez récente à la Société de médecine légale, on s’est occupé du vol aux étalages et dans « les grands magasins ». On sait avec quelle furie les femmes de tout rang se précipitent dans ces immenses bazars si bien approvisionnés de tous les objets propres à satisfaire la coquetterie — cette forme de la vanité si naturelle et d’ailleurs nullement répréhensible lorsqu’elle n’est pas poussée à l’excès. — Mais l’occasion fait le larron, et l’on comprend assez que le penchant au vol soit singulièrement favorisé par ces exhibitions attrayantes et d'un abord si facile. Des dames du « meilleur monde » ont été prises en flagrant délit, et, dans certain cas, des médecins experts ont conclu à l’irresponsabilité partielle, et avec raison (V. les Annales d'hygiène, 1881). Le diagnostic est souvent délicat et il importe de ne pas oublier que de véritables voleurs peuvent se rencontrer dans les classes les plus élevées : l’excentricité du larcin n’est pas

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toujours une excuse. Telle cas de l’homme aussi sordidement avare que puissamment riche, dont parle Marc, et qui se livrait à la plus étrange industrie. Pour se procurer du bouillon à peu de frais, il avait imaginé de le soutirer du pot-au-feu de ses voisins, au moyen d’une seringue qu’il plongeait à propos dans leur marmite et qu'il dissimulait ensuite dans une poche profonde/ Ce fait relevait i surtout de la police correctionnelle.

La Monomanie incendiaire ou Pyromanie, s’observe assez fréquemment, surtout chez les jeunes sujets, au moment de la puberté. « Us mettent le feu sans motif appréciable, dit Marcé, et uniquement pour satisfaire un besoin irrésistible, qu'ils ne peuvent expliquer. Us incendient les propriétés de gens qu’ils n ont jamais vus, ils brûlent souvent leur propre maison. La vue des flammes, le tumulte, le son des cloches déterminent chez quelques-uns d'entre eux une admiration passionnée, qu’ils expriment tous en termes analogues et qui se traduit par une véritable extase; ils se trouvent en meme temps soulagés de cette angoisse inexprimable qui accompagne le développement de l'accès impulsif. » [Maladies mentales, p. 387.) « Quand ça me prenait, j’avais le cœur serré; quand ça flambait, j'étais soulagé, » disait au Dr Mottet le nommé D..., convaincu d’avoir allumé en cinq ans 23 incendies. Ce malade souffrait de vertiges épileptiques; mais il avait parfaitement consciencede 1 impulsion, et il apparaît bien ici que le processus est tout à fait analogue à celui qu’on observe dans la monomanic simple.

La Dipsomanie, ainsi que la Morphiomanie sont des formes mixtes dans lesquelles le trouble des centres psycho-moteurs se complique d’une lésion de la sphère effective ou des penchants. La dipsomanie, souvent héréditaire, est caractérisée par des accès intermittents, pendant lesquels le malade est irrésistiblement poussé à boire les liqueurs alcooliques les plus fortes, parfois même les plus repoussantes, tels que les liquides où macèrent depuis longtemps des préparations anatomiques : elle se confond souvent avec l’alcoolisme. La morphiomanie est trop récente chez nous pour être déjà héréditaire; il n’y a du reste ici, rien de nouveau dans le fond; c’est la munomanie de l’opium, si Iréquente en Orient, et qui nous envahit sous la forme des injections de morphine. Elle peut conduire à la cachexie et à la mort (V. Morphinisme).

L Erotomanie et la Nymphomanie appartiennent essentiellement à la sphère affective et ont été traitées à propos de la folie lucide.

J ai étudié jusqu ici les troubles de la sphère psycho-motrice caractérisés par la surexcitation de l’activité; il faut dire un mot de l'état contraire.

L’Aboulomanie, tel est le terme qui me parait le plus convenable (voy. Hammond, Trealy on Insanity, New-York, 1883) pour désigner les diverses formes de délire partiel dans lesquelles Y activité est anéantie ou simplement diminuée. En magistrat disait a Esquirol : « Je n'ai de volonté que pour ne pas vouloir, car j’ai toute ma raison; je sais ce que je dois taire, mais la force m’abandonne dès que je devrais agir. » L'Anglais De Quincey, par l'abus prolongé de l’opium, était arrivé, suivant son heureuse expression, à un véritable état de débilité voli-

tionnelle,7naû non intellectuelle. Après avoir conçu le projet d’écrire un travail important sur le Traité d'économie politique de Ricardo, qui l’intéressait beaucoup, après avoir annoncé l’ouvrage, tous les arrangements avec l’éditeur étant pris, il se trouva complètement incapable de l’exécuter. « Chacun de nous, dit très bien M. T. Ribot, peut se représenter cet état; car il n’est personne qui n’ait traversé des heures d’affaissement, où toutes les incitations extérieures et intérieures , sensations et idées, restent sans action, nous laissent froids. » (Loc. cit., p. 53.)

Une paralysie moins complète de l’activité se rencontre dans ces cas décrits récemment sous le nom à' Agoraphobie, peur des espaces. Bennett rapporte le fait d’un homme qui ne pouvait plus avancer, dès qu’en se promenant dans la rue il arrivait à quelques point d'interruption dans la rangée des maisons; la rencontre d’une place l'arrêtait infailliblement. » 11 faut rapprocher de ces faits le délire partiel appelé actuellement folie du doute et qui n’a trait qu’à la généralisation de ces cas décrit depuis longtemps par l’éminent aliéniste Baillarger, sous le litre de « Monomanie avec crainte » ( Leçons faites à la Salpêtrière en 1864, inédites). Tel malade relit cent fois une lettre, dans la crainte d’y laisser des fautes d’orthographe; tel autre n’est jamais sûr, en sortant, d’avoir bien fermé sa porte. Une femme, fort intelligente, d’ailleurs, citée par M. Legrand du Saulle, ne peut s’aller promener daus la rue sans se demander : va-t-il tomber d’une fenêtre quelqu’un à mes pieds? sera-ce une homme ou une femme? cette personne se tuera-t-elle? D’autres n’osent plus toucher les boutons de portes, les pièces de monnaie, etc., etc. Sans doute l’élément intellectuel joue ici un rôle, mais bien secondaire; ce qui domine, c’est l’irrésolution, la faiblesse du caractère, c’est-à-dire la paralysie plus ou moins complète de la sphère psychomotrice, la déchéance de l’activité, et c’est à tort que certains auteurs rangent ces étranges délires dans le cadre des monomanies intellectuelles.

B. Monomanies de la sphère intellectuelle. — 11 s’agit ici des idées fixes, en prenant le mot idée dans son véritable sens, de représentation. On ne saurait trop, dans des matières si délicates, se limiter à des expressions précises et bien définies ; et il est regrettable de voir certains auteurs classiques ou soi-disant tels, embrouiller les choses comme à plaisir, parlant — à propos des monomanies intellectuelles — de l’activité, des passions et des penchants, etc. Les troubles dont il va être question portent sur les centres de l’idéation qui, d'après Fiechsig, doivent se rencontrer dans les lobes frontaux et dans la zone temporooccipitale; nul doute que le sentiment, que les passions et les penchants ne jouent un rôle; mais c’est la sphère intellectuelle qui se trouve essentiellement affectée.

La Monomanie religieuse est particulièrement caractéristique à cet égard. Certes, cette aberration intellectuelle est plus rare aujourd'hui qu’autretois ; mais on la rencontre encore trop souvent chez les gens bornés, et surtout prédisposés, que des pratiques et des enseignements d’un autre âge font

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passer tous les jours du catéchisme et de l’Église dans nos asiles d’aliénés.

Augusta-Wilhelmine Strohm, de Dresde, âgée de 30 ans, d’une bonne constitution, se faisait remarquer par la ferveur et l’assiduité avec lesquelles elle remplissait ses devoirs religieux. Encore fort jeune, elle avait assisté à Dresde à l’exécution d’une femme condamnée à mort pour assassinat. Le soin avec lequel on prépara cette infortunée à mourir, sa marche à l’échafaud, son supplice, avaient produit sur Auguste Strohm une impression telle que, dès ce moment, elle regarda comme le plus grand bonheur Celui de terminer sa vie d’une pareille manière, c’est-à-dire de pouvoir être préparée à la mort et de faire une fin aussi édifiante que la condamnée. Six semaines avant le crime que l'on va maintenant rapporter, elle avait encore assisté à l’exécution d’un assassin qui avait eu aussi, paraîtil, l’inappréciable avantage d'une mort « véritablement chrétienne ». Dès lors, elle n’y peut plus tenir. Un dimanche soir, elle invite une de ses connaissances, la nommée Sophie Flugel, belle et robuste fille de 24 ans, à prendre le café. Sophie, très fatiguée et qui avait additionné son café d’une certaine dose d’eau-de-vie s’étend sur le lit pour se reposer et s’endort. Aussitôt Augusta, qui l’épiait, va chercher dans la cuisine une hachette et un couteau qu’elle avait eu soin d’aiguiser d’avance, commence à assommer son amie à l’aide du premier de ces instruments et l’achève en lui plongeant à plusieurs reprises le couteau dans la poitrine. Le jour venu, elle s’habille avec soin, emporte avec elle un livre de prières, de l’argent et du linge et va se livrer à l’olïicier de police ( Annales de médecine légale, de Ilencke, 1813). Marc cite encore l’histoire d’un soldat allemand qui tua un enfant chéri parce qu'il s’imaginait que Dieu voulait l’éprouver ainsi qu'il éprouva Abraham ; puis celle d’une femme qui noya sa fille âgée de cinq ans et demi, et répondit tranquillement qu’elle avait voulu délivrer son enfant des maux de cette vie et lui procurer le bonheur éternel ( Loc . cit., t. I", p. 234).

Quelle que soit l’absurdité d’un dogme religieux, l’immense majdrité des fidèles se conduit , fort heureusement, d’après les règles ordinaires de la morale pratique — sans quoi il s’ensuivrait facilement la dissolution de la société. Mais- qu’un tel dogme — dans le cas actuel, la croyance à l’admission certaine dans le Paradis à la suite d’une mort édifiante qui efface les plus énormes péchés — qu’un tel dogme dis-je, s’implante dans le cerveau d’un atypique et tout est perdu. L’idée s'incruste, se fige pour ainsi dire dans les cellules de l’idéation, et trop souvent pour n’en plus sortir. Il y a, suivant l’expression de Schule, une sorte d’état cataleptique des molécules qui, une fois déplacées de leur centre d’équilibre, tendent à persister indéfiniment dans leur nouvelle position. L’éréthisme nerveux, la convulsibilité prolongée des éléments psychiques peut ainsi conduire aux actes les plus horribles; mais qu’on le remarque bien, si le résultat est le même que dans les impulsions irrésistibles proprement dites, le processus est différent. Henriette Cornier tue pour le « plaisir » de

tuer sans savoir pourquoi; Augusta Strohm assassine pour pouvoir mourir sur l’échafaud, pénitente et sanctifiée, et par ce moyen acquérir la vie éternelle. Dans le premier cas, c’est l’activité désordonnée de la brute : monomanie des centres psycho-moteurs — dans le second, c’est l’acte réfléchi sous l'influence d’un raisonnement faux : monomanie des centres intellectuels proprement ® dits.

Il n’est pas possible de décrire ici les formes si variées du délire religieux. « C’est, dans tous les cas, dit Marcé, celui qui se transmet le plus volontiers par la contagion ; il suffit de rappeler ces épidémies nerveuses du moyen âge, si complexes au point de vue nosologique, qui envahissaient non seulement tout un couvent, toute une ville, mais encore des contrées entières et prenaient les aspects les plus variés. Dans la démonolatrie, les hallucinés croyaient assister au sabbat et adorer le démon ; dans la démonopathie (autre forme de la démonomanie) ils sentent en eux les souffrances causées par la présence du diable. » Et comme le penchant génésique ne perd jamais ses droits, on ne doit pas s’étonner de rencontrer la folie érotique, comme complication de la monomanie religieuse. Le cas était fréquent chez les malheureuses sorcières qui, en proie aux hallucinations les mieux caractérisées, s’accusaient nettement d’avoir cohabité avec le diable, sur quoi les de Lanere et les Spenger les faisaient brûler par milliers. L’hystérie joue aussi un grand rôle dans ces phénomènes.

La Monomanie des persécutions est une forme très commune de délire partiel dans laquelle le malade se croit poursuivi par des ennemis imaginaires qui lui disent des sottises, l'empoisonnent, lui font respirer de mauvaises odeurs, le tourmentent par l’électricité, etc., etc. Cependant les hallucinations ne sont pas constantes et manquent souvent au début. Il est très juste de dire avec M. Baillarger, que c’est le sentiment de la crainte qui domine chez ces malades ; mais seulement lorsque l'affection est pleinement développée. C’est une idée proprement dite et non un penchant, un sentiment qui forme le point de départ, l’origine des phénomènes. Par exemple, un homme né dans une belle position de fortune se désole de la ruine ultérieure de sa famille; cette idée le « travaille » sans cesse, suivant l’expression consacrée et, parti de prémisses trop réelles — la perte de sa fortune — il arrive à des conclusions fantastiques. 11 accuse sa mère, restée, veuve, de s’être appropriée l’argent de la famille et de vouloir l’empoisonner, etc., etc. Ce genre de monomanie, surtout dépressive, se rencontre d’ordinaire chez des atypiques, chez des dégénérés, prédestinés trop souvent à finir dans la démence.

La Monomanie hypochondriaque ou Nosomanie peut prendre son point de départ dans une maladie réelle; mais cette cause occasionnelle n’est pas constante et dans tous les cas les affections les plus légères deviennent souvent l’origine de conceptions délirantes, de craintes et de tourments infinis, hors de toute proportion avec l’origine apparente du mal. L’idée fixe relative à l’altéralion

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[ de la santé, une fois incrustée dans la sphère intellectuelle devient la source des rêveries les plus baroques. Marcé a connu un hypochondriaque qui, j poursuivi par des odeurs fétides dues à des hallu- | cinations de l’odorat, croyait que ces odeurs pro- | venaient de son corps gangrené. « Tel autre,

; .ajoute-t-il, refuse de parler parce qu’il n’a pas de larynx; celui-là marche sur ses talons parce que Élses jambes seraient incapables de soutenir le poids de son corps. On en voit qui manient à plaisir leurs matières fécales et cherchent minutieusement au I milieu de leurs excréments, les vers, les crapauds, les grenouilles qu’ils sentent remuer dans leur corps et auxquels ils attribuent tous leurs maux. »

( Maladies mentales , p. 376.) Le délire hypochondriaque peut se rencontrer, comme tous les délires tristes, chez les mélancoliques; d'autre part, simple et véritablement partiel au début, il finit souvent par s’associer à la mélancolie, en attendant la i démence.

La Monomanie des grandeurs ou Mégalomanie est un délire complexe dans lequel le trouble intellectuel se complique d’une lésion de la sphère affective. Elle rentre dans la catégorie désignée par l’éminent philosophe Pierre Laffite, sous le nom de « penchants composés »; l’exaltation de la vanité s'allie aune idée spéciale pour le constituer. Le malade se croit, selon le cas, roi, président de la République, empereur; d’autre fois pape, Dieu, Jésus-Christ, etc. Même dans le cas de ces « incarnations s diverses, il ne s’agit, pas de monomanie religieuse au sens propre du mot. Très souvent, les « idées de grandeurs» ne sont qu’un symptôme de la démence paralytique.

Aucun traitement, cela est trop clair, ne peut avoir d’influence décisive sur les monomanies, effet ordinaire de malformations cérébrales. Quand elles tiennent à des causes passagères, telles que l’hypérémie, elles peuvent guérir : les voyages, dans certains cas, la séquestration, favorisent la terminaison favorable; trop souvent le malade est voué à la mort dans la démence.

(V. Folie, Hallucinations, Lucide (Folie), Criminalité, Responsabilité, Suicide.) a. Regnard.

MONORCHIDE. — Nom donné à un individu qui n’a qu’un seul testicule apparent, c’est-à-dire descendu dans les bourses, ou scrotum, l’autre étant resté arrêté dans la cavité abdominale, dans le canal inguinal, crural, etc. (V. Testicule ). p. l.

MONSTRE. — (V. Tératologie.)

MONT DE VÉNUS. — Le mont de Vénus, appelé aussi Motte, Périt/, est une éminence plus ou moins saillante, de forme triangulaire, située en avant de la saillie des os du pubis, au-dessous de l’hypogastre et au-dessus de la vulve de la femme. 11 est formé par du tissu cellulo-adipeux très dense et très abondant mélangé de fibres élastiques que revêt la peau.

Chez l’enfant, le mont de Vénus est peu marqué. Chez la femme, il est plus ou moins accusé suivant que celle-ci est grasse ou maigre. Pendant les premiers mois de la grossesse, il devient plus saillant

et plus ferme. A l’époque de la ménopause, il s’affaisse très, sensiblement.

Le mont de Vénus se couvre d’un léger duvet aux approches de la puberté et de poils lorsque la jeune fille devient femme. Ces poils sont un peu moins longs que ceux du pénil de l’homme, ils occupent aussi un espace moins étendu. Cependant, chez certaines femmes, ils acquièrent une longueur démesurée. Ainsi, on peut lire dans les vieux traités l’observation d’une femme de Munster, d’ailleurs bien portante, dont les poils du mont de Vénus

Fig. 899. — Vulve chez la femme vierge.

1. Mont de Vénus. — 2.2. Face interne des grandes lèvres, — 3. Clitoris. — A. Face interne des- petites lèvres. — 5. Vestibule. — 6. Méat urinaire. — 7. Orifice de la glande vulvo vaginale. — 8. Orifice du vagin rétréci par la membrane hymen. — 9. Membrane hymen. — 10. Fourchette. — 11. Anus.

descendaient jusqu’aux genoux, et celle d’une Lithuanienne chez laquelle ils atteignaient 1 mètre 80 centimètres, si bien que, pour les empêcher de traîner à terre, elle était obligée de les enrouler autour de sa cuisse.

Les poils du mont de Vénus sont souvent d’une autre couleur que les cheveux. On a même observé des poils blancs chez une jeune femme dont la chevelure était brune. D’après Bartholin, Bichat, Roux et bon nombre d’autres médecins, ces poils friseraient plus chez la femme que chez la vierge. Certains observateurs ont prétendu aussi que plus le mont de Vénus est touffu, plus la femme est vigoureuse et portée aux plaisirs sexuels. Bon nombre de faits contredisent cette opinion. Par contre, ce qui est généralement vrai, c’est que les poils s’allongent beaucoup pendant la grossesse. Ce qui est également vrai, c’est que le mont de Vénus commence à se dégarnir de poils vers l’époque de la ménopause, et que les poils qui restent, en même temps qu’ils se décolorent, deviennent droits et allongés.

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Quel est le rôle du mont de Vénus? D’après Dionis, il sert « comme de petit coussin pour empêcher que la dureté des os ne blesse dans les approches conjugales. » Cette éminence paraît donc destinée surtout à protéger l’acte du coït.

Quant aux poils, nous ne saurions admettre avec certain anatomiste vraiment trop prude, qu’ils servent comme de rideau destiné « à voiler les organes génitaux ». Plusieurs physiologistes leur attribuent une part des sensations voluptueuses que procurent les rapports sexuels; cette opinion est contredite par les femmes de l’Orient qui sont toujours épilées et qui sont cependant très voluptueuses. Je crois plutôt que les poils servent, comme le mont de Vénus lui-même, à empêcher que les organes génitaux de l'homme se froissent contre ceux de la femme pendant le coït, et, en temps ordinaire, à entretenir dans la région de la vulve une plus grande chaleur.

Disons en terminant que, chez les femmes qui font fi des soins de propreté, on rencontre des poux, vulgairement connus sous le nom de morpions (V. ce mot) qui se glissent sous l’épiderme du mont de Vénus. Dr Paul Labarthe.

MONT-DORE (eaux minérales du). — Le Mont-Dore est un village du Puy-de-Dôme, situé à 17 kilomètres de Lacueille, adossé aux flancs du mont de l’Angle qui domine une petite vallée, l’une des plus pittoresques et des plus curieuses de l'ancienne Auvergne, et au fond de laquelle coule la Dordogne encore à l'état de petit ruisseau. Ses eaux minérales, connues du temps des Romains, sont chlorurées sodiques mixtes arsenicales et proviennent de plusieurs sources qui alimentent un bel établissement où on les administre en boisson, en bains, en douches, en inhalations, contre les affections chroniques de l’appareil respiratoire, les rhumatismes, et les maladies de la peau de nature arthritique et herpétique. W P. L.

MONTMIRAIL (eaux minérales de). — Montmirail est une petite commune du département de Vaucluse, située entre Orange et Carpentras, qui possède une source d eau sulfatée sodique et magnétique, unique en France. Cette source jouit de propriétés purgatives remarquables et aurait pu facilement remplacer toutes les eaux similaires allemandes et hongroises, si son propriétaire, plus avisé et plus patriote, avait su s’imposer quelques sacrifices pour la bien faire connaître en France. p. l.

MORRIDE. — Qualificatif employé en médecine pour désigner l’état de maladie d’un organe ou d’un individu [état morbide)-, pour distinguer des symptômes produits par une maladie (phénomènes morbides ). P. h.

MORELLE. — (V. Douce-amère.)

MORGUE. — Nom donné au lieu où l’on dépose les cadavres trouvés sur la voie publique ou retirés de l’eau, quand ils ne portent sur eux aucun signe permettant d’établir leur identité. Ils sont exposés ainsi, plus ou moins longtemps selon leur degré de

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putréfaction, afin de permettre aux personnes qui passent ou qui les recherchent de venir les reconnaître.

On porte également à la morgue le corps des individus dont la mort n’a pas parue naturelle. Ces corps sont soumis à l’autopsie et à des recherches médico-légales dans le but de découvrir la véritable cause de la mort. A cet effet la morgue possède un laboratoire admirablement outillé et lesf travaux se font sous la direction du professeur de^ médecine légale de la Faculté de médecine, p. l.

MORILLE. — (V. Champignon.)

MORPHINE. — La morphine, de Morphœus, dieu du sommeil, découverte par Sertuerner en 1816, constitue le principal alcaloïde de l’opium. Elle se présente en cristaux prismatiques, incolores, brillants, doués d’une saveur amère et d’une réaction franchement alcaline. Elle est presque insoluble dans l’eau, l’alcool, l’éther, le chloroforme et les huiles grasses.

Ce principe a, à peu près, la même action physiologique que l’opium (V. ce mot).

La morphine peut se donner en potions, sirops, pilules, lavements ou pommades depuis la dose de 5 milligrammes jusqu’à 1 et 5 centigrammes par jour. Mais on l’emploie rarement à cause de son insolubilité, tandis qu’elle est très en usage, au contraire, à l’état de sel; ainsi, combinée avec les acides chlorhydrique, sulfurique, acétique, elle forme des sels parfaitement définis et beaucoup plus solubles, tels que ; le chlorhydrate de morphine, le suljate de morphine et Yacétate de morphine. Nous ne parlerons ici que du premier qui est de beaucoup le plus usité.

Chlorhydrate de morphine. — Le chlorhydrate de morphine, cristallisé en fibres soyeuses, est incolore, inodore, d’une saveur amère/ soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther.

Comme l’opium, le chlorhydrate de morphine est hypnotique, anodin, sédatif, légèrement sudorifique et légèrement expectorant. Comme lui, il convient dans toutes les maladies où les symptômes insomnie, délire, malaise, douleur, prédominent. Il a, du reste, les mêmes avantages thérapeutiques que la morphine et l’opium, mais il en a aussi les mêmes inconvénients, on doit éviter de le prescrire aux sujets prédisposés aux liypérémies des centres nerveux.

On administre le chlorhydrate de morphine par la bouche, par le rectum, par les méthodes hypodermique et endermique; on le prescrit en pommade sur la peau, en poudre à priser pour le faire pénétrer et absorber par la muqueuse nasale ; on mêle 2 grammes de sucre avec 5 à 10 centigrammes de chlorhydrate de morphine, et l’on fait priser une pincée de cette poudre toutes les deux ou trois heures contre les névralgies faciales, sus-orbitaires, contre les céphalalgies nerveuses, les migraines, etc.

La poudre de chlorhydrate de morphine se mêle quelquefois à d’autres poudres antidyspeptiques que l’on fait prendre avant chaque repas. Le plus souvent elle se donne en potion ou pilules à la dose de 1 à b centigrammes par jour. Les lavements se

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recommandent lorsque les préparations précédentes ne peuvent être supportées par l’estomac.

Le sirop, dont chaque dose de 20 grammes (une ! cuillerée à bouche) représente 1 centigramme de I sel narcotique, est très fréquemment employé pur, dans une tisane pectorale ou dans un julep. On le | désigne sous le nom de sirop de chlorhydrate de | morphine ou simplement sirop de morphine. Employé pur, il se prescrit à la dose de 30 à 50 gram. par cuillerées à café toutes les heures; dans une tisane appropriée, il se donne en une ou deux fois le soir en se couchant; enfin dans un julep gommeux de 120 grammes, on peut mettre 40 grammes de sirop de morphine, qu’on administre par cuillerées à soupe dans le courant de la journée.

Les injections hypodermiques sont très usitées dans les névralgies et surtout dans la sciatique, la pleurodynie, le lumbago, le tic douloureux et les contractions spasmodiques. On a adopté pour ces injections sous-cutanées la solution au 50e : un gramme de chlorhydrate ou de sulfate de morphine pour50grammesd‘eau. Chaque goutte de laseringue Pravaz représente assez exactement un milligramme de principe narcotique. En injecter 10 à 15 gouttes sur le trajet du nerf malade, répéter tous les jours et même au besoin plusieurs fois par jour la même dose en augmentant progressivement jusqu’à 20 gouttes et au delà. Le plus souvent la douleur est calmée cinq ou six minutes après l’opération, mais elle reparaît bientôt et plusieurs séances sont nécessaires pour obtenir la guérison complète.

Auguste Voisin a employé les injections hypodermiques de morphine à hautes doses contre les manies, folies, hallucinations, idées délirantes. Il a pratiqué plusieurs de ces petites opérations par jour sur le même sujet et a injecté depuis 2 ou 3 jusqu’à 20 et 40 centigrammes dans les vingt-quatre heures sans observer le moindre symptôme d’empoisonnement ; presque toujours ses malades ont été guéris dans un espace de temps très court.

Quant à la poudre, on s’en sert pour saupoudrer les petits vésicatoires que l’on applique dans certains cas sur des points douloureux. Avec ce mode de traitement, on est parvenu souvent à calmer des névralgies que d'autres remèdes avaient été impuissants à maîtriser. Il faut toujours avoir recours à de petites doses : 1 centigramme par jour, 2 centigrammes au plus.

Empoisonnement par la morphine. — La morphine et ses sels sont toxiques à partir de 4 ou b centigrammes. Ils produisent des symptômes analogues à ceux de l’opium, mais beaucoup plus énergiques. Bailly a, de plus, observé chez les individus empoisonnés par la morphine, une démangeaison à la peau, précédée et accompagnée d’une petite éruption de petites élevures arrondies et incolores (V. Opium). Dr Marc. Camdouliyes.

MORPHINISME. — Le morphinisme est un véritable empoisonnement obtenu lentement par l’usage trop souvent répété des injections sous-cutanées de chlorhydrate ou d’acétate de morphine. Ce moyen facile de calmer les douleurs et de déterminer non seulement un bien-être momentané, mais une excitation agréable pour quelques-uns, a conduit cer-

ÜICTIONNaIKE POPÜLAIHK UE MEDECINS USUEt.Lii

tains ndividus à abuser étrangement de la morphine, ils sont devenus morphiomanes.

On comprendra facilement l’enthousiasme pour l’injection hypodermique de morphine, lorsqu’on saura que cette injection anéantit brusquement non seulement la douleur physique, mais môme l’insaisissable, l’incurable douleur morale. L'homme se passionne pour la morphine comme pour un stimulant, un excitant des plus énergiques L’effet produit par la bienheureuse injection consiste en une sorte d’ivresse voluptueuse et gaie, qui renforce l’organisme tout en lui donnant (pour ainsi-dire) des ailes. Un état de vigueur mêlé à un état de légèreté; la loquacité vive, la hardiesse physique et psychique ; en un mot, toutes les apparences de la force sont évoquées, d’abord, par un coup du merveilleux piston Voilà les effets primordiaux, la phase d'excitation Mais à cette phase ne tarde pas à succéder une phase absolument inverse, de faiblesse, de douleur, d’a battement, de tristesse, de lâcheté : c’est la période de dépression et de stupeur. Pour la chasser, on recourt de nouveau au flacon et à la seringue. L’habitude est créée.

La manie de la morphine choisit surtout ses victimes dans les classes qu’on nomme communément les classes élevées de la société. La principale raison de cette délimitation, c’est que la seringue et le poison coûtent assez cher. La maladie mentale dont nous parlons atteint souvent les cerveaux d’élite, les journalistes, les hommes de lettres, les politiciens de profession, et, malheureusement, surtout les médecins. Sur les 160 cas recueillis par le docteur P. Landovvski, il y a 56 médecins et 28 personnes touchant, de près ou de loin à la médecine : femmes de médecins, sages-femmes, garde- malades, etc... C’est une misère de plus à ajouter à celles, trop peu connues, de l’infernale profession médicale.

Les symptômes du morphinisme consistent en insomnies, angoisses, hallucinations et cauchemars, illusions des sens, sensations fausses, sensibilité exagérée ; névralgies multiples et étranges; tremblements analogues à ceux du délire alcoolique ; perte de l’appétit, constipation opiniâtre, etc... La piqûre de l’aiguille détermine divers accidents locaux, phlegmons, abcès, érysipèles, parfois même de la gangrène. Le morphinisé devient d’une faiblesse extrême; il succombe quelquefois, subitement, dans une syncope; mais, le plus souvent, il meurt de congestions internes, d'inflammation des reins; généralement il est d’une maigreur squelettique, et finit ses jours dans le marasme le pli complet, après avoir présenté les signes de l’albuminurie ou du diabète.

. Nous ne pouvons ici que faire une pâle esquisse du tableau morbide du morphinisme : ses accidents locaux, indurations, abcès, ulcères, érysipèles, etc., finissent par faire ressembler la peau des morphiomanes à la peau de crocodile. Quant aux principaux symptômes (fièvre, délire, pâleur cadavériq le, apathie, dégoût, perte de la mémoire, tædium vitee. tendance au suicide, rides précoces, atonie du regard, démarche chancelante, maigreur, troubles profonds de la vue et de l’ouïe, bégaiement, titubation, ‘impuissance, etc.), ils finissent par aboutir

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aux mortels accidents delà cachexie morphinique : vomissements, sueurs visqueuses, palpitations très douloureuses du cœur, tremblement de la langue, paralysie des sens, de la vessie et. du rectum, engourdissements et fourmillements généralisés, albuminurie, glycosurie, etc.

Pour arriver à ces beaux résultats, le morphiomane a souvent pris, progressivement, des doses incroyables de son poison. La dose normale et médicamenteuse de chlorhydrate de morphine est d'un centigramme au plus : eh bien ! il n’est pas rare de voir un morphiomane répéter, dans une journée, cent fois cette dose. Le docteur Rochard a rapporté au congrès de la Rochelle le fait d'une jeune femme parvenue, dit-il, à une certaine célébrité, et qui, tous les jours, s'administre cinq grammes .de morphine en injections! Sa physionomie a un masque spécial, son regard est hébété et terne, son corps agité de tremblements convulsifs. La mort attend sa proie.

Selon nous, le traitement de la morphiomanie confirmée doit consister dans la suppression brusque du poison : sinon, le médecin est condamné à être la dupe de fraudes et de dissimulations constantes, de mensonges journaliers de la part des malades les plus intelligents : car la dégradation morale s’élève, chez le morphinisé, à la hauteur de la dégradation physique. L’hydrothérapie aide puissamment à la cure. Pour déceler le morphiomane, il faut courir au signe que vient de signaler P. Landowski : rechercher sur l’index et le médius de la main droite, une sorte de callosité, qui est le résultat du frottement causé par le piston de la seringue, au niveau de la dernière phalange...

Mieux vaut prévenir que guérir. Pour arrêter la contagion toujours croissante du mal, il importe que le médecin seul se charge de la pratique des injections hypodermiques, et ne laisse jamais une seringue de Pravaz entre les mains d’individus étrangers à la médecine. Le pharmacien ne devra délivrer de solution morphinée que sur une ordonnance fraîchement datée. On pourrait même à la rigueur (et la rigueur serait ici de mise), empêcher les fabricants d’instruments et les brocanteurs de ’endre des seringues à injection sous-cutanée autrement que sur ordonnance médicale. 11 importe que l’on songe à appliquer ces prescriptions préventives, si nous ne voulons voir les Français ravalés plus bas que les Allemands, au-dessous même des mangeurs d'opium. Balzac écrivit un jour cette phrase : « On s’est effrayé du choléra : l’alcool est un bien autre fléau. » Aujourd’hui nous pourrions dire, avec tous nos confrères témoins des ravages croissants de la morphiomanie . « On s’effraie de l'alcoolisme : la morphine est une aussi grande calamité !... »

Si le malade échappe une première fois aux accidents morphiniques et renonce à la morphine, il ne tarde pas à retomber dans ses funestes pratiques. Les récidives du mal sont très faciles. Leveenstein (de Berlin) a compté, sur 82 cas de morphiomanie, Cl récidives, dont 82 chez des ? nédecins (ils savent pourtant à quoi .ils s’exposent!). Il est bon, toutefois, de dire que lu morphiomanie

est infiniment plus fréquente chez nos bons et vertueux voisins que chez nous : le prince de Bismarck a été autrefois un morphiomane accompli, et ne s’est guéri que par un prodige de volonté, prodige qu’un bon Français lui reprochera toujours !

Les morphiomanes sont curables par la surveillance et l’isolement, un régime fortifiant, des vins généreux, des frictions, des injections sous-cuta- ^ nées d’éther, des préparations de strychnées. Le docteur Zambaco préconisme l’alcoolisme comme remède à la morphiomanie : le remède n’est-il pas pire que le mal? Et est-il plus facile de guérir la manie de boire que la morphiomanie?

Donc, selon nous, il ne faut pas hésiter à supprimer brusquement la morphine, à séquestrer les morphiomanes, à les priver entièrement de leur liberté. Sans ces mesures énergiques, ils courent de grands dangers. Toutefois, la suppression brusque du poison habituel et chéri s’accompagne souvent de vomissements, de délire, de troubles mentaux; ces accidents sont avantageusement traités par de petites doses souvent répétées de teinture d’opium. 11 est certain, d’ailleurs, que l 'opiophagie (si fréquente dans certains pays, au Céleste-Empire par exemple) est infiniment différente de la morphiomanie, et beaucoup moins grave qu’elle.

Il y a dans la question de la morphine, un côté peu étudié, et qui mériterait les recherches d’un travailleur. Nous voulons dire le côté médicojudiciaire. Il est certain que la responsabilité légale est très atténuée chez les morphiomanes; leur volonté et leur libre arbitre sont fortement entamés. Sous faction du délire maniaque et d’affreuses hallucinations, les morphiomanes se livrent aux écarts les plus violents Ils sont capables de meurtre, tout comme les alcooliques délirants. Ils sont aussi capables des délits les plus divers. Ainsi la dame dont le pharmacien a été condamné pour lui avoir livré sans ordonnance plus de 2,000 francs de morphine — (et dont les gazettes judiciaires ont rapporté l’intéressante odyssée), — cette dame, disons-nous, avait été arrêtée comme voleuse dans un’ grand magasin. Ses facultés mentales étaient très endommagées; actuellement elle est dans une maison de santé, pour toujours peutêtre. D‘ E. Monin.

MORPION. — (V. Pou.)

MORSURE.— Plaie contuse produite parles dents de l’homme ou des animaux. La morsure est dite simple, quand l’animal qui l’a produite n’a pas déposé de virus dans la plaie. Au contraire, les morsures de serpents venimeux ou de chiens enragés sont dites compliquées. Les morsures les plus graves déterminées par les animaux domestiques sont celles faites par le cheval; il est rare, en effet, que ces plaies ne s’accompagnent pas de phlegmon diffus. Les morsures simples faites par le chien sont moins graves que les précédentes, en ce qu'elles déterminent plus rarement le phlegmon, à moins que les tissus atteints n’aient été déchirés ou mâchés par l'animal. En

tous cas, les dents canines s'enfoncent profondément dans les chairs et occasionnent une vive douleur, suivie presque toujours de suppuration. Le traitement des morsures simples est celui des plaies confuses (V. ce mot). Quant aux morsures compliquées, voyez liage, Serpent, Venin. p. L.

MORT. — La mort est la cessation complète et définitive de tous les actes organiques dont l’ensemble constitue la vie de l’individu.

Signes de la mort. — Il n’est pas de question qui ait plus préoccupé l’opinion publique. Tout en reconnaissant l’exagération et les terreurs imaginaires qui ont été suscitées à ce propos, nous pensons que les signes de la mort réelle doivent être étudiés avec le plus grand soin par le médecin, et qu’il convient de les passer en revue. On a cru longtemps, et beaucoup de personnes croient encore à l’incertitude des signes de la mort. « L’idéal cherché, nous dit le professeur lourdes, était un signe pathognomonique, constant, irréfragable, facile à constater par tous; les uns le placèrent dans l’extinction d’une fonction importante, les autres dans une modification organique. Si la certitude absolue semblait se refuser à chacun de ses travaux de détails, bientôt on s’aperçut que le problème était résolu, et que l'ensemble et l'association des caractères fournissent les éléments d’un diagnostic certain. »

Les signes de la mort ont été divisés en certains et en incertains. On les a également divisés en fonctionnels et en organiques : les premiers sont fournis par la cessation des fonctions qui caractérisent la vie, les seconds par les modifications qui se produisent dans les organes après la mort. Sans nous attacher à aucune division spéciale, nous allons décrire successivement les signes fournis par l’aspect général, la perte de la sensibilité, du mouvement, de la contractilité musculaire, l’abaissement de la température, l’absence de respiration et de circulation, les signes fournis par l'œil, et enfin la rigidité cadavérique et la putréfaction.

1° Face, attitude, aspect général. — La face cadavérique n’est pas un signe caractéristique de la mort : elle n’existe pas chez les individus qui succombent à la suite d’un accident ou d’une maladie aiguë, et on peut l’observer pendant la vie. Cependant on doit attacher une grande importance à la pâleur mortelle, à l’abaissement de la mâchoire inférieure et à l’ouverture des yeux et de la bouche.

L’expression de la face est très variée et peut, dans certains cas, exprimer les sentiments éprouvés pendant les derniers moments de la vie. Nous pensons que l’expression de la face, jointe à l’attitude du corps, peut quelquefois jeter de la lumière sur les circonstances de la mort, mais nous ne considérons pas l’expression faciale comme pouvant fournir un signe réellement utile dans le diagnostic du suicide ou de l’homicide.

L 'attitude peut, dans quelques cas, révéler le genre de mort. Elle est le plus souvent déterminée par la pesanteur et par la situation du corps au dernier moment de la vie. Dans le tétanos et dans d'autres affections on constate une raideur qui

maintient le corps dans une attitude contraire aux lois de la pesanteur.

La flexion du pouce, résultat d’une dernière contraction musculaire pendant l’agonie, manque souvent. D’après le D1 Josat, ce signe manque sep fois sur dix, et il existe à peu près dans la même proportion avant la mort consommée.

Les lividités cadavériques et les vergetures constituent un des signes les plus prompts et les plus certains de la mort. Le décubitus ayant lieu en général sur le dos, le sang abandonne la partie antérieure du corps et produit sur les parties déclives des colorations rougeâtres, violacées blanchâtres, sous forme de plaques et de vergetures irrégulières qui dépendent de la pression des objets qui supportent le cadavre. Si l'on incise ces vergetures, on voit l’épiderme incolore et le réseau vasculaire distendu par du sang liquide, tandis que, lorsque la coloration de la peau est due à l’afflux vital du sang, le tissu du derme est piqueté et injecté par ce liquide. Ce signe est constant ; il peut se produire quatre ou cinq heures après la mort, mais il existe des différences notables, suivant les sujets, pour l'intensité du phénomène et lepoque de son apparition. La seule objection sérieuse qu’on puisse faire à ce signe, c’est qu’il peut déjà se manifester pendant l’agonie.

2° Perte de la sensibilité. — Elle doit être constatée, mais avec les précautions nécessaires pour que, en cas de survie, il ne reste pas des blessures graves. Les moyens les plus employés consistent en frictions, vésicatoires, acupuncture, applications de ventouses et brûlures. Ces procédés sont le plus souvent appliqués sur la partie supérieure et antérieure du thorax, les extrémités des doigts et des orteils, la plante des pieds et l’épigastre. Desgranges (de Lyon) et Josat ont signalé le mamelon comme étant le siège de la sensibilité la plus vive. Ce. dernier auteur a imaginé une pince spéciale dont les bords sont pourvus d’aiguillons qui s’enchevêtrent en pénétrant dans le mamelon; ce procédé lui a permis de constater une mort apparente et de déjouer la ruse d’un magnétiseur, dont la volonté avait résisté à tous les autres moyens douloureux.

La brûlure démontre non seulement l'extinction de la sensibilité, mais encore l’absence de certaines lésions telles que la phlyctène séreuse et l'auréole inflammatoire qu’on observe sur les tissus vivants. On se sert de l'eau bouillante, du fer rouge, de la flamme d’une bougie, de la cire brûlante. Jamais, sur le cadavre, on n’observe la phlyctène séreuse et la coloration rouge. Ce signe a une grande valeur et peut se reconnaître immédiatement ou peu de minutes après la mort.

3° Perte du mouvement et de la contractilité musculaire. — « Les muscles sont un des organes qui retiennent le plus longtemps leurs propriétés vitales, dit M. lourdes, et qui fournissent ainsi, quand elles ont cessé, un des signes les plus certains de la mort. Nysten et Hallé ont déterminé expérimentalement la durée de la période pendant laquelle les muscles restaient contractiles, et ils ont trouvé une moyenne de sept à huit heures pour les muscles de la vie de relation. Les propriétés contractiles s’éteignent ,'plus rapidement dans les

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muscles de la vie organique. L’application du galvanisme à la constatation de la mort se fait avec les instruments les plus variés, mais on emploie généralement les appareils à induction qui sont les plus répandus et les plus portatifs. L’absence de toute contractilité musculaire sous l’influence d’un appareil d’électricité d’induction capable de dégager des étincelles de 1 à 2 millimètres ou de 1 à 2 centimètres, suivant l’instrument employé, peut être considérée comme un signe certain de la mort. »

4° Abaissement de la température. — Considéré autrefois comme un signe très équivoque, il a pris de l’importance depuis que la précision a présidé aux recherches thermométriques. îl faut d’abord déterminer le temps nécessaire pour le refroidissement du corps et l’équilibre de sa température avec celle de l’air extérieur. Ce temps est plus ou moins long et varie suivant le genre de mort, l’obésité, l’âge, le milieu ambiant. Les expériences de Taylor et Wilk, citées par lourdes, montrent que, au bout de deux ou trois heures, la température du cadavre descend entre 18 et 34 degrés; au bout de quatre a six heures, elle est entre 16 et 30 degrés ; après six ou huit heures, entre 18 et 26 degrés; après douze heures, entre 13 et 26 degrés. L’équilibre avec la température ambiante est rétabli de seize à vingt-quatre heures après la mort.

Il s’agit ensuite de déterminer le degré de température incompatible avec la vie. D’après les docteurs Sivaset Bouchut, on peut considérer la mort comme certaine lorsque le thermomètre descend graduellement à 28 ou 27 degrés. Il convient, dans celte exploration thermométrique, de répéter l’opération plusieurs fois dans l'aisselle et le rectum, et de constater l’abaissement progressif de la température en tenant compte de la chaleur du milieu ambiant.

Absence de la respiration. — Lorsqu’elle est constatée par un miroir ou une bougie placés devant les lèvres, elle est un signe des plus équivoques, puisqu’on a vu la glace conserver son éclat chez des asphyxiés et des hystériques qui ont été rappelés à la vie. L 'immobilité du thorax, très difficile à constater, ne constitue pas un signe plus certa n ; Y auscultai ion donne une preuve meilleure, mais il faut se tenir en garde contre les cas où la respiration est affaiblie au point de devenir insensible. On sait que la respiration s’éteint avant la circulation, et qu’on entend encore les bruits du cœur alors que les mouvements respiratoires ont cessé.

Absence de la circulation. — La cessation définitive des mouvements du cœur et de la circulation, constatée par l’auscultation, est un signe d’autant plus certain qu’elle entraîne immédiatement la cessation de la respiration et des fonctions du système nerveux, lorsqu'elle n’en a pas été précédée. y

11 reste à déterminer pendànt combien de temps l’absence des battements du cœur peut n’être qu'une simple suspension, au bout de combien de temps cette absence des contractions du cœur doit être, sans crainte d'erreur, regardée comme une cessation définitive: or, dans les agonies qui ont été observées, le maximum d'intervalle entre les

derniers battements a été d’environ sept secondes. La Commission de l’Académie de médecine, chargée en 1848, d’étudier cette question et dont Rayer fut rapporteur, pense:

1° Que l’absence des battements du cœur, constatée par l’auscultation sur tous les points où ils peuvent naturellement ou accidentellement être entendus, et sur chacun, pendant l'intervalle de cinq minutes, c’est-à-dire pendant un espace de temps cinquante fois plus considérable que celui qui a été fourni par l’observation des bruits du cœur dans les cas d’agonie jusqu’à la mort, ne peut laisser aucun doute sur la cessation définitive de ces battements du cœur et sur la réalité de la mort.

Quoiqu’on ait opposé à cette conclusion de l’Académie quelques observations dans lesquelles des malades ont été rappelés à la vie malgré la suppression des bruits cardiaques pendant une demiheure et plus, on peut admettre que la cessation des battements du cœur, constatée par l’auscultation, est un des meilleurs signes de la mort. Si l’interruption momentanée de la circulation n’est pas une preuve absolue de la mort, on peut renouveler l’auscultation un grand nombre de fois et à quelques minutes d’intervalle, pour tenir compte des intermittences, et on acquerra ainsi la certitude de la mort.

L’innocuité des plaies du cœur, faites sur des animaux à l’aide d’aiguilles très fines, a donné l’idée d’appliquer Y acupuncture à la constatation des mouvements de cet organe. Sous le nom d 'akidopeir astique, lourdes décrit, d’après Middeldorf, le procédé suivant : on enfonce une aiguille très fine, longue de 10 centimètres, au milieu du point où ordinairement on perçoit les battements du cœur, dans le cinquième espace intercostal, à trois travers de doigt du sternum, à deux au-dessous du mamelon ; l’aiguille est poussée par un mouvement de rotation dans la paroi du ventricule gauche, 5 centimètres au plus de l'aiguille doivent pénétrer dans les tissus; on observe alors si elle est agitée par un mouvement oscillatoire, par un simple tremblement ou si elle reste immobile.

L 'application de ligatures et de ventouses scarifiées a été proposée pour démontrer l’absence delà circulation capillaire. En plaçant une ligature sur l’avant-bras ou sur un doigt, l’extrémité du membre se colore d'un rouge plus ou moins violacé si l’individu est vivant, et la coloration disparaît quand on enlève le lien ; rien de semblable ne se produit sur le cadavre. Il en est de même lorsqu'on applique une ventouse scarifiée; l’impossibilté d’amener le sang en dehors des vaisseaux indique l’absence de la circulation capillaire, et par conséquent la mort. Ces deux signes ont beaucoup de valeur, mais on peut leur objecter que les mouvements du cœur peuvent exister sans influencer la circulation capillaire.

L'état du sang fournit également des signes importants. Indépendamment de la coagulation qui s’opère de quatre à six heures après la mort, il faut encore tenir compte des caractères histologiques qui ont été décrits par les professeurs Feltz et lourdes. Les modifications suivantes dans l’état du

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fluide nourricier sont des indices de la réalité et de la date de la mort : i° la persistance des globules en pile et de la forme nummulaire pour les premières heures du décès; 2° la disparition des piles, la déformation des globules, qui deviennent rugueux, ridés, parsemés à leur surface de petits grains blancs fibrineux, après une douzaine d’heures ; 3° la réunion en masses irrégulières de ces globules altérés, mêlés, fondus, avec quelques globules blancs distincts, après quarante huit heures et plus; 4° l'apparition des bâtonnets, dont la présence constitue une des phases de la destruction qui dure, en été et en automne, du cinquième au douzième jour; 5° la dissolution du liquide en granulations fines, avec des globules de graisse et des cristaux de formes diverses. A cette époque avancée, la structure du sang n’est plus à reconnaître.

7° Relâchement de tous les sphincters. — « Le relâchement brusque et presque instantané de tous les sphincters, y compris celui de la pupille, est bien, chez l’homme, dans l’immense majorité des cas, l'effet de la mort et non d’un état morbide; cependant, le relâchement de tous les sphincters a lieu dans beaucoup d’agonies, et certaines affections cérébrales peuvent entraîner en même temps que le relâchement des sphincters, la dilatation de la pupille : aussi vos commissaires pensent ils que ce signe n’a pas un degré suffisant de certitude.» Ainsi s’exprimait Rayer, dans son rapport à l’Académie, sur ce signe auquel les auteurs avaient attaché une si grande importance. 11 est en effetcertain que la dilatation des sphincters peut être le résultat de la syncope, qu'elle a été constatée chez des asphyxiés qui ont été rappelés à la vie, et que ce signe ne peut acquérir de la valeur que par sa persistance.

8° Signes fournis par l'oeil. — «Ce sont les plus nombreux et les plus sûrs depuis 1 instant même du décès jusqu'à une époque avancée de la décomposition » (lourdes). Voici les principaux :

A. Affaissement et flaccidité du globe oculaire. — L’affaissement a lieu aussitôt après la mort, par suite de l’arrêt de la circulation. La flaccidité se montre un peu plus lard et est due à l'évaporation des liquides principalement de l’humeur aqueuse. « Il n'v a aucune maladie, aucune révolution dans le corps humain qui puisse opérer un pareil changement; ce signe est caractéristique, j’ose le donner comme indubitable. » Ainsi s’exprimait Louis, qui plaçait avec raison le ramollissement de l’œil parmi les preuves les plus sûres de la mort.

B. Insensibilité delà conjonctivite et dp la cornée Iranspai ente ; perte de l’éclat de l'œil et de la transparence des milieux. — Le premier de ces signes est une bonne preuve de l’abolition de la sensibilité, mais il existe dans l’anesthésie et l’asphyxie incomplète. Le second a également une certaine importance, mais il importe de noter que la transparence des milieux peut persister une douzaine d’heures après la mort.

C. Dilatation de la pupille. — Bouchut a beaucoup insisté sur ce signe, qui se produit en même temps que le relâchement des autres sphincters, et fournit une preuve immédiate. Cette dilatation manque rarement, mais on sait qu’elle peut être

produite parla belladone et par certaines affections cérébrales. En tenant compte de ces circonstances, on peut dire que ce signe est un des plus sûrs et des plus faciles à constater immédiatement.

D. Immobilité et déformation de l’iris. — Une heure ou deux après la mort, l’iris reste immobile et insensible à l’action de la lumière. La déformation commence au moment où la dilatation diminue, mais elle ne devient manifeste que lorsque l’affaissement de l’œil se produit. Ce dernier signe a une valeur réelle, mais il n’est pas facile à constater pendant les premières heures qui suivent le décès.

E. Tache, noire de la sclérotique. — Indiqué par Sommer et étudié de nouveau par le D‘ Larcher, ce signe a quelque valeur. La scérotique prend une teinte jaunâtre deux ou trois heures après la mort ; cette teinte devient plus prononcée sur un point, et se transforme en une tache bleuâtre ou noirâtre.

La tache apparaît presque toujours du côté externe de l'œil ; une fois formée, elle est noire, de forme longue ou ovale. Une autre tache, moins prononcée, se forme ensuite sur le côté interne ; plus tard, les deux taches se rapprochent et forment un segment d ellipse à concavité inférieure. Larcher attribue cette tache à l’imbibition cadavérique.

F. Décoloration de la rétine. — Bouchut a le premier appelé l’attention sur ce signe. L’œil étant le seul point où l’on puisse voir une artère à découvert et remplie de sang, c’est là où l’on peut aussi constater la vacuité du système artériel que produit la mort. En effet, le fond de l’œil, qui était rosé pendant la vie, se décolore tout à coup, et après la mort, on observe les signes suivants ; dis- I parition de la papille du nerf optique, vacuité complète de l’artère centrale du nerf optique et de

la rétine, vacuité par places des veines de la rétine, décoloration grisâtre de la choroïde.

9° Rigidité cadavérique. — Ce signe est un des plus certains de la mort. Déjà connu de Zacchias, il a surtout été mis en évidence par Louis. La rigidité cadavérique apparaît au moment où cesse la contractilité musculaire, et est produite par une modification moléculaire et chimique du système musculaire. Voici l’explication qu’en donne lourdes:

Le muscle devient acide après la mort, comme à la suite d’efforts violents ; peut-être est-ce sa réaction habituelle, masquée par le liquide alcalin qui l’imbibe; quand la circulation s’arrête, l’acidité prédomine et détermine la coagulation de la myosine, matière albumineuse qui remplit la fibre. Cette f matière coagulable est comme à l’état de solution concentrée dans le muscle vivant; elle passe après la mort à l’état de grumeaux. Quand on exprime cette substance du muscle, il perd la faculté de se raidir. Le muscle redevient souple quand l’ammo- i ninque sature l’acide et quand la fibre se désorganise.

La rigidité cadavérique commence trois ou quatre heures après la mort ; elle est générale après vingt-quatre heures; elle diminue ensuite pour cesser après trente-six ou quarante heures. Elle est plus rapide chez les vieillards et les sujets affaiblis par les maladies ; elle se manifeste plus tard chez les jeunes sujets et chez ceux qui ont péri de

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mort violente, et particulièrement chez les asphyxiés par le charbon. Elle se prolonge beaucoup plus longtemps lorsque la température est sèche et froide. Il faut distinguer la rigidité cadavérique de la congélation. L’état des tissus congelés se distingue aisément en fléchissant les jointures: on entend alors un petit bruit comparable au cri de l'étain, et qui est causé par la rupture des pelits glaçons renfermés dans le tissu cellulaire.

10° Putréfaction. — La décomposition du corps humain est certainement le signe le plus caractéristique de la mort. Elle se reconnaît aux caractères suivants: 1° coloration bleuâtre, verdâtre ou brunâtre des téguments; 2° ramollissement des tissus ; 3° odeur cadavérique ; 4° développement de gaz ; 5° apparition d'organismes accessoires. D’après Tourdes, la décomposition se révèle par des signes évidents ou bout de 24 ou 36 heures, c’est-à-dire au moment ou la rigidité cadavérique disparaît. Mais cette époque est nécessairement variable, selon la température, l’humidité, l’état du sujet, et le genre de mort (Y. Putréfaction).

Dr A. Lutaud.

MORTALITÉ. — On désigne sous ce nom la proportion qui existe entre le nombre des vivants et le nombre des morts dans un pays, dans un lieu déterminé, pendant un temps donné. C’est ainsi qu’on dit que, pour la France, la mortalité annuelle est d’environ 23 à 14 pour 1,000. On calcule encore quelquefois la mortalité pendant une épidémie. Par exemple, on dira que sur 100 individus atteints de variole, de fièvre typhoïde, de choléra, il en meurt 20, 30 ou 40. La mortalité pour cette épidémie est donc de 20, 30 ou 40 pour 100. P. L.

MORT-NÉ. — On donne le nom de mort-né au fœtus mort dans le sein de sa mère, pendant le travail de l'accouchement ou aussitôt après sa naissance, mais avant d’avoir respiré. Les causes de la mort du fœtus sont multiples. Le Dr de Soyre a déjà énuméré les conditions morbides qui atteignent le fœtus dans le sein maternel en traitant de Y avortement. Quant à la mort qui survient pendant le travail de l’accouchement, notre éminent collaborateur en a donné l’explication à l’article Dystocie et aux mots qui s’y rapportent. Enfin souvent l’enfant amené vivant subit, dans les premières heures de sa vie, l'influence des maladies qui ont entravé son développement ( Albuminurie , Monstruosités , Syphilis, etc.) ou desopérations pratiquées pour sa délivrance (Y. Ambryotomie, Forceps, Naissance, Version). P. L.

MORTON (farine). — La farine Morton est un produit alimentaire excessivement employé, qui est né en 1874, à la suite des remarquables expériences chimiques et cliniques sur la larine d’avoine d’Ecosse dans l’alimentation du jeune âge, par notre grand thérapeutiste Dujardin-Beaumetz et l’éminent chimiste E. Hardy, communiquées à la Société médicale des hôpitaux en 1873, expériences qui ont démontré : 1° que la farine d’avoine est un aliment d’une valeur nutritive très grande; 2“ qu’elle présente une analogie très grande avec le lait de

femme, dont elle se rapproche même plus que le lait de vache au point de vue des proportions des éléments plastiques et respiratoires; 3° qu’elle contient en outre une forte proportion de fer et de phosphate de chaux, si nécessaires à l’enfant à cette période de la vie, pour la constitution des os et du tissu musculaire; 4° que, donnée avec le lait de vache, elle a produit sur des enfants de 4 à 11 mois, le même développement quotidien — constaté par des pesées — que chez les enfants qui prennent exclusivement le sein d’une bonne nourrice ; 5° enfin qu’elle ne donne pas de diarrhée, mais l’arrête au contraire quand elle existe.

Pour obtenir de semblables résultats, il faut bien se garder d’employer la farine obtenue en moulant simplement l’avoine dans les conditions ordinaires des autres céréales, car on n’obtient qu’une masse pâteuse et noirâtre, qui ne se conserve pas, mais pas de farine réelle. Il ne faut pas non plus faire usage de cette farine d’avoine dont la blancheur semble être une preuve de bonne fabrication et n’est due, au contraire, qu’à ce que la .farine a été dépouillée précisément de la partie avoisinant l’enveloppe, et qui contient l’azote, le fer et le phosphate de eliaux, c’est-à-dire la meilleure partie de ses qualités nutritives. Il faut employer de la farine comme celle qui a servi aux expériences de Dujardin-Beaumetz et Hardy.

La farine Morton est seule dans ce cas. Fabriquée d’abord par M. Coirre, puis par MM. Piot frères, elle est préparée avec du gruau d’avoine concassé et moulu, puis torréfié avec le plus grand soin à l’aide de manipulations et de procédés spéciaux. Elle est d’une finesse moyenne et uniforme, d’une couleur bise qui tient, d’une part, à la torréfaction indispensable à la bonne conservation et nécessaire d’ailleurs pour toutes les farines destinées à l’alimentation des enfants; d’autre part, à la présence de toutes les parties nutritives de l’avoine. Son odeur franche rappelle celle du pain qui sort du four, et sa saveur, qui se rapproche de celle de la vanille, est très agréable. Elle se digère facilement, ne produit jamais de diarrhée, mais au contraire, la combat avec un grand succès.

A partir du troisième ou du quatrième mois, la farine Morton peut entrer dans l’alimentation des petits enfants, comme un adjuvant précieux venant suppléer à l'insuffisance du lait de la nourrice, ou bien encore venant aider l’allaitement artificiel au biberon. Nous ne rappellerons pas les noms des nombreux médecins qui préconisent ce produit : de Piétra-Santa, Brochard, Blanc- Aillaud, Bouchut, etc. Qu’il nous suffise de citer ce passage de Bouchut dans ses leçons cliniques de l’hôpital des enfants : « Je me suis toujours servi de la farine Morton avec avantage, non seulement chez les enfants bien portants, comme alimentation normale, mais chez les enfants malades atteints de dyspepsie laiteuse ou d’entérite catarrhale. Dans ces cas, la digestion troublée devient plus régulière, les enfants qui ne digèrent qu’imparfaitement le lait, peuvent mieux digérer la bouillie faite avec cette farine. » C'est surtout au moment souvent si difficile du sevrage, que la farine Morton est d’une grande utilité. Ajoutons

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eufin qu’elle constitue un mets aussi léger que nourrissant pour les adultes convalescents.

I.a farine Morton s’emploie à la dose de 2 à 4 cuillerées à café pour un verre de lait, suivant l’àge de l’enfant et la quantité de lait qu'on lui donne par jour. On la délaye dans un peu de lait froid, puis on la jette dans, le lait chaud, avant qu’il ne soit en ébullition, et on ajoute du sel et suffisamment de sucre. On peut aussi la faire cuire avec de l’eau, mais il est évident qu’on obtient alors un mets moins nourrissant, mais cependant très agréable. Dr l. Saint-Antonin.

MORDE. — La morue est un poisson excessivement abondant sur les côtes de Norwège, d’Ecosse et d'Irlande, mais principalement à Terre-Neuve. Sa pèche n’occupe pas moins de 6,000 navires qui livrent en moyenne 36 millions de morue par an à l’alimentation. Il y a trois espèces de morue : la morue proprement dite, la morue cgrefin et la dorsche ou petite morue.

La morue fraîche, appelée aussi cabillaud, est assez agréable à manger et sa chair est très nourrissante. La morue salée a besoin , pour être mangée, d'ètre dessalée et ramollie dans l’eau froide pendant 24 ou même 48 heures. Sa chair est moins délicate qu’à l’état frais. Mais elle est très savoureuse et les estomacs ordinaires la digèrent facilement, surtout lorsqu’elle est préparée à la maître d hôtel ou à la hollandaise; accommodée à la provençale ou en brandade, elle est indigeste, et les dyspeptiques ainsi que les personnes affligées d’un estomac délicat devront s’en abstenir complètement. D' Paul Labarthe.

MORUE (HDILE DE FOIE de). — L’huile de foie de morue est une huile généralement extraite du foie de la morue fraîche. C’est un corps gras d’une importance capitale. Introduite dans la thérapeutique européenne depuis un temps immémorial, l'huile de foie de morue n'a joué un grand rôle en France que depuis les travaux de Schenck, de Bretonneau et de Bouchardat. Aujourd’hui son usage est si universellement répandu qu'on en dépense par an plusieurs millions de kilogrammes. ,

Celte huile est de couleur différente, suivant le procédé qui a servi à sa préparation. La blanche est la première à paraître et à surnager a la surface des foies qu’on a préalablement entassés g ans de vastes tonneaux; la blonde se forme dès que ces organes commencent à entrer en décomposition et constitue une couche située au-dessous, de la précédente; la brune s’obtient en faisant bouillir dans 1 eau des foies déjà altérés. La première, souvent lalsifiée avec de l'huile d'œillette ou décolorée par 1 agitation avec une eau alcaline et la filtration au charbon, est la moins forte, la moins désagréable, niais aussi la moins efficace; la seconde, de couleur plus foncée, d’une odeur de poisson sensible, quoique bien supportable, d’une saveur amère et excitante, est la plus apte à la cure des maladies et par cela même la plus fréquemment employée; enfin la dernière, très foncée en couleur, d une odeur de poisson nauséabonde, d’une saveur excessivement amère, âcre et repoussante, est la plus

active, mais peu employée à cause du dégoût souvent invincible qu’elle cause aux malades.

La composition de l’huile de foie de morue est très complexe : outre l’oléine, la margarine et la butyrine faisant partie de presque tous les corps gras, elle renferme un principe actif, la gaduine, de l’iode, du chlore, du brome, du phosphore, du soufre, de la chaux, delà magnésie, de la soude et du fer dans des proportions infinitésimales et encore mal connues. Ainsi, un kilogramme d’huile ne contiendrait que quelques milligrammes d’iode, de chlore, de brome, etc., en somme des quantités si faibles qu’elles suffisent pour réfuter l’opinion de ceux qui veulent rapporter exclusivement à ces éléments l’action médicatrice de ce précieux remède; la plus grande part revient évidemment aux corps gras et aux parties aromatiques et sapides qui y sont unies.

Bien supportée, l’huile de foie de morue est un médicament reconstituant par excellence; elle donne de l’appétit, facilite la digestion, procure de l’embonpoint et des forces, change la crase du sang et des humeurs en augmentant le nombre des globules sanguins et en diminuant la trop grande quantité de sérum, fournit des éléments importants à la nutrition et à la respiration en jouant le rôle d’aliment thermogène par l’énorme proportion de corps gras qu’elle contient. C’est, en un mot, le médicament de la misère physiologique et du délabrement général de l’économie; il convient aussi bien aux faibles et cachectiques des villes qu’aux lymphatiques et tuberculeux des campagnes.

Son administration est indiquée toutes les fois que les actes d’assimilation et de calorification languissent, comme dans l’anémie, le rachitisme, la scrofule, la phthisie, quelques maladies de la peau, et généralement dans toutes sortes de cachexies.

L’huile de foie’ de morue devrait s’administrer pure. Les enfants s’habituent à sa saveur et à son odeur et finissent par l’avaler sans trop de difficultés. Beaucoup, cependant, ne peuvent s’y habituer. Quant aux grandes personnes, elles éprouvent en général pour ce médicament une répugnance invincible. Chez elles, l’huile de foie de morue détermine des aigreurs d’estomac, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, enfin un malaise tel qu’il faut en supprimer l’emploi.

Cette répugnance a donné l’idée d’en masquer la saveur dans des potions, du vin, du café, du sirop d’écorce d'orange amère, ou avec quelques gouttes d’essence de citron, d'anis, de menthe poivrée, etc. Ces diverses préparations n'ont été adoptées ni par les médecins, ni par le public. Elles ont l’inconvénient de coûter cher, d’augmenter le volume du médicament, de lui faire perdre une partie de sa valeur thérapeutique, sans avoir l’avantage d’en masquer complètement le goût désagréable. De plus, l’intolérance de l’huile de foie de morue subsiste malgré tout, car elle réside moins dans son odeur et sa saveur nauséeuses, que dans la peine insurmontable qu’éprouvent les voies digestives, languissantes et débilitées, à assimiler les diverses substances alimentaires, et surtout les corps gras.

Heureusement, l’ingénieux pharmacien Th. De-

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